QUARANTE-SEPTIÈME FAIT
Madame R , âgée de cinquante-trois ans,
est fort replette, et ne conserve aucun souvenir particulier sur la santé de son père ni de sa mère *, mais elle a perdu dans leur jeunesse deux frères et deux sœurs , tous quatre phthisiques *, une autre sœur est morte à quarante-deux ans, d’une maladie de matrice.
Madame R.... a eu à onze ans une première apparition des menstrues , qui ne se sont définitivement établies qu’à quatorze, époque depuis laquelle elles sont restées régulières jusqu’à quarante-cinq; alors ce flux périodique a éprouvé quelques retards , après lesquels il a continué , comme avant, jusqu’à l’àge de cinquante-deux ans. Elle a été reprise, depuis deux ans, d’un flux leucorrhéique, qui l’avait déjà incommodée dans sa jeunesse. Mariée dans sa dix-septième année, elle a eu trois enfans^ dont deux sont vivans et jouissent d’une bonne santé. Vers quarante ans, cette personne est devenue sujette à des douleurs rhumatismales , avec sentiment de froid ; à cinquante , toutes ses dents, jusque-là saines, sont devenues le siège de douleurs violentes , et se sont toutes caiiées en quelques mois. ‘
A quarante-sept ans, frappée par une porte au sein gauche, elle y reçut, à cinquante, un second coup par l’extrémité d’un bâton , et , trois mois après , ce meme sein présentait autour du mamelon un engorgement, qui a été vainement combattu depuis par des applications répétées de sangsues, des purgatifs et la tisane de saponaire.
Le i8 juillet 1827, lorsque j’examinai pour la première fois la malade , je trouvai le sein gauche dans l’état suivant : le mamelon déprimé, ayant du coté gauche deux tubercules rouges de trois lignes de diamètre, reposait sur le milieu d’un engorgement de deux pouces trois-quarts de largeur , et d’un pouce et demi d’épaisseur au moins. Cette tumeur, inégale et dure, était le siège de simples pieotemens vers le mamelon. En dehors du meme sein , en remontant un peu du coté de l’aisselle , on trouvait un autre noyau d’engorgement du volume d’un marron. Cet état fut constaté par M. le professeur Desormeaux, médecin ordinaire de la malade.
La compression, commencée le 20 juillet 182*^, avec des disques d’agaric et des bandes de toile de coton, a eu les résultats suivans jusqu’à ce jour : la tumeur principale , réduite à moins d’un pouce d’épaisseur , en a à peine deux dans son grand diamètre, et quinze ou seize lignes dans
ie petit *, celle de la partie externe du sein n^cst plus que du volume d\me olive -, mais les deux tubercules rouges indiques sont restes à-peu-près dans le meme état.
I®. L’amélioration obtenue en deux mois doit faire espérer des résultats plus complets , en continuant avec persévérance le même traitement.
2°. Ce cas a des rapports avec le dix-septième ; mais le mamelon, quoique déprimé, est moins désorganisé*, avec le vingt-sixième par la forme de la tumeur*, enfin, avec le trente-septième , et par la forme de la tumeur et par les tubercules rouges qui dans les deux cas ont résisté jusqu’à présent,
3®. Les deux tubercules sont moins étendus dans le fait présent que dans le trente-septième *, ce qui peut laisser des chances plus favorables.
4°. Madame R quittant Paris , mon avis
est qu’elle suive le traitement par le curâ famis ^ la ciguë et la compression.
Il est probable que la guérison complète se fera long - temps attendre ; mais , à moins que des douleurs ou une augmentation nouvelle de l’engorgement, n’obligent de renoncer à la compression , on doit insister sur l’emploi de ce moyen , peut-être le seul capable de produire la résolu-
tion complèle de la tumeur , si toutefois elle n’est pas aLsolument impossible.
5®. Après la terminaison de la maladie locale par résolution ou par une operation quelconque, la compression doit être continuée encore long* temps, et un cautère établi au bras.
6". J’ai vu, dans divers traitemens du genre de celui-ci , quelques engorgemens du sein re^ prendre, dans des bains tièdes, le volume cpie leur avait fait perdre la compression : cet inconvénient n’ayant pas eu lieu chezmadameR. . . y elle pourra les employer avec utilité.