‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 3 sur 66 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES MALADIES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES MALADIES

CANCÉREUSES

Après avoir déterminé les caractères des affections cancéreuses, j’en scruterai la dynamétrie

vitale , j’en discuterai le siège et j’en présenterai une classification.

S- *er-

Phénomènes caractéristiques .

Les phénomènes caractéristiques des maladies cancéreuses sont :

i°. Le développement primitif ou consécutif:

A . D’un parenchyme abnormal , mais homogène dans tous les organes , et dont la densité varie depuis celle qui approche du cartilage jusqu’à celle du rein ; il est tantôt squirrheux, semidiaphane , blanchâtre , bleuâtre et chondroïde ou d’un aspect cartilagineux d’abord , ensuite couenneux ou lardacé, et enfin gélatiniforme ) tantôt opaque , blanchâtre, et solanoide ou analogue par sa structure au parenchyme de la pomme de terre , puis encéphaloïde et pultacé j tantôt noirâtre, opaque,, dense et enfin difîïuent ;

B . D’ulcères secs ou humides , de divers aspects d’abord, mais finissant toujours par devenir sordides , fétides , fongueux et rongeans ;

C . De douleurs spontanées, lancinantes ou brûlantes , sans inflammation ni fièvre qui en soient inséparables',

2®. L’assimilation ou la destruction uniforme de tous les tissus par l’affection locale;

3°. L’association primitive ou secondaire des productions squirrheuses ou encéphaloïdes, des ulcères carcinomateux, des douleurs, et enfin consécutivement, si le cours des maladies locales n’est pas accidentellement interrompu, de l’e'tat général qu’on désigne sous le nom de cachexie cancéreuse générale, et que caractérisent le marasme, la couleur jaunâtre et livide de la peau, la friabilité clés solides , et la diminution de la densité des liquides en général et du sang en particulier ;

4°. Dans la plupart des cas, la nature réfractaire de la maladie et sa reproduction lorsqu’on l’a détruite , même complètement en apparence.

Tels sont les phénomènes caractéristiques du cancer, qui commencent ordinairement par une altération locale , lente et spéciale de la nutrition, dans laquelle il est impossible de distinguer de prime-abord rien qui appartienne à l’inflammation qui s’y manifeste ensuite avec des caractères et des effets spéciaux si fâcheux dans tous les cas, et si différens selon que les tissus ou les ulcères cancéreux sont isolés ou associés à d’autres productionsfibreuses, tuberculeuses ou adipeuses.

§• II

Djnamêtrie ..

Les phénomènes généraux que je viens d indiquer se présentent dans les diverses affections cancéreuses avec un aspect très-différent et qui semble indiquer que l’état des forces vitales (voyez à la fin de l’ouvrage la note I ) n"est pas le même dans tous les cas.

Ainsi les cancers se présentent tantôt avec des apparences inflammatoires , une propension fébrile , et par conséquent avec une grande activité des fonctions normales en général, et en particulier des fonctions abnormales, telles que la nutrition cancéreuse, comme chez les sujets des 6e, 7% 12% 3a% 35e, 38e, 45% 5o% 58e et 6oe faits. 11 y a dans ce cas une sorte d’activité dans la marche de la maladie*, tantôt, au contraire, l’aspect inflammatoire et la propension fébrile sont nuis, les fonctions paraissent lentes dans l’organisme et dans l’organe affecté, comme chez les personnes des ie, 4% i5% 16% 19e, 5ie, 54% 55e et 5ye faits ; d’autres fois l’activité excessive des fonctions assimilatrices rend les progrès de la maladie locale si rapides , que la vie des malades est

promptement compromise, comme on le voit chez les sujets des 7% 25e, 35e et 42e faits*, dans d’autres cas , enfin , le caractère de résistance des fonctions nutritives normales se retrouve dans les fonctions parenchymateuses abnormales, et par conséquent dans les maladies cancéreuses , et leur imprime un cachet particulier de ténacité et de chronicité 5 on peut revoir à ce sujet les 5e, 8e, 9% 12e, 14% 17% 27e et 47e faits.

D’après ces rapprochemens , on voit que l’activité , la langueur , le désordre et la longue durée de leurs phénomènes forment tour- à- tour le caractère dominant des maladies cancéreuses, et mesurent le degré et le mode de ladÿnamie vitale qui préside à la nutrition des organes malades, et par conséquent aux vices de cette nutrition et au développement des affections dont je parle, toujours plus ou moins chroniques , sous quelque forme qu’elles se présentent. Cette dynamétrie des organes cancéreux est applicable à toutes les fonctions normales et abnormales, et spécialement à l’inflammation. Cette assertion , pour être facilement entendue , ayant besoin de quelques développemens , je les renvoie à la fin de l’ouvrage. ( Voy . la note II.)

Après avoir étudié la manière-d être sthénique , asthénique, ataxique et chronique de la

dynamie vitale dans l’organe affecté, il est indispensable d’examiner si les forces physiologiques générales du malade sont en harmonie avec elle; ainsi chez les sujets des 12e et i3e faits, on observe une énergie remarquable de l’organisme en opposition avec la maladie , et des tentatives d’élimination ou de séparation de la partie affectée; chez les personnes des 6e, 7% 18e, 32e, 35e, 45e, 52e et 56e faits, la résistance de l'organisme languit et la maladie locale s’étend sans opposition ; chez les sujets des 25e, 42e et 5oe faits, l’économie semble montrer pour la propagation de la maladie locale une susceptibilité , ou si l’on veut une avidité fâcheuse et tout -à -fait ataxique; enfin on observe une résistance soutenue de la constitution des malades des 3e, 5e, io% 1 4e, 17% 27% 28e, 37% 4 Ie, 44% 47e faits, et leurs affections locales subsistent pendant de longues années sans produire la cachexie cancéreuse.

Siège.

Quoique tous les organes puissent être affectés de cancer, il en est qui y sont disposés d’une

manière particulière, et dans lesquels on le voit se développer spontanément sans qu'on puisse en accuser aucune cause locale ou générale évidente*, tels sont les glandes mammaires, les testicules , la peau de la face et surtout les nævus ( i ) . Ces organes, les lèvres, le nez, les joues, peuvent tous être amenés à l’état cancéreux, chez les personnes les plus saines, par des irritations locales souvent incapables de développer la moindre inflammation dans tout autre organe , ce qui conduit à reconnaître dans ceux-ci une disposition congéniale et spéciale à la dégénérescence cancéreuse. Les nævus, les glandes mammaires, les testicules et la peau de la face peuvent donc être considérés comme le siège spécial du cancer ; d’autre part, divers organes présententparfois une susceptibilité prédominante à la même maladie.

Il faut noter surtout, i°. La peau. Voyez madame L, de la Barrière, dans lintroduction , et les 5e, 33e et 36e faits de la irc partie, ainsi que les 2e, 3e, 4e et 6e de la 2e partie.

2°. Les muqueuses . Voyez les 5e et 12* faits de la 2e partie.

(1) Je comprends sous le nom de nævus certaines excroissances congéniales, qui ne font point partie spéciale et nécessaire de l’organisme humain dans son état normal, et sont comme des organes surnuméraires.

3°. L utérus. Voyez le n° fait de la a® partie et le 3e à la suite du supplément présentant des tubercules indépendans de l’affection de la muqueuse utérine.

4°. L’estomac. Outre les affections de la muqueuse gastrique, on trouve des en gorge me ns de nature cancéreuse dans les parois épaissies de l’estomac, dont la muqueuse et la séreuse sont intactes et même sans adhérence à cet engorgement, comme je l’ai fait voir à la clinique de l’Hôtel-Dieu : ce qui oblige de distinguer dans les cancers de l’estomac , comme dans ceux de la bouche, de la vessie, du vagin et du rectum, les cas oii la maladie commence par la membrane muqueuse, de ceux ou elle se manifeste d’abord au-dessous.

5°. Les viscères. Jai vu des cancers du cerveau, du foie, de la rate, des poumons , du pancréas, des reins.

6°. Les ganglio?2s lymphatiques. Voyez les 29e et 4oe faits de la ire partie.

70. Les muscles. On connaît les cancers- de la langue, et j’en ai vu développés dans le cœur et dans d’autres muscles.

8°. Les os. Les ostéosarcomes, dans lesquels les os sont ramollis.

On peut voir sur ce sujet les articles de MM.

Bayle, Cayol et Laennec, clans le Dictionnaire des Sciences médicales \ de MM. Breschet et Férus dans le Dictionnaire de Médecine en 20 volumes; les faits qu’a rassemblés M. Rouzet dans ses Recherches et Observations sur le Cancer; la Nosologie naturelle de M. le professeur Alibert \ les ouvrages de Périlhe, de M. Beaumes, de Storek, et des auteurs indiqués par Plouquet, litte ratura diges ta.

Le cancer peut commencer dans un seul organe , sans donner signe de présence dans les autres , ou se développer simultanément dans plusieurs organes ou même dans différens appareils généraux, et par conséquent dépendre primitivement d’une diathèse uniloculé ou multilocale; il constitue une maladie générale de l’organisme lorsqu’il a produit la cachexie cancéreuse générale.

La remarque thérapeutique la plus importante à ce sujet est que quand la maladie est locale, elle guérit quelquefois spontanément (i) et par les moyens de l’art , tandis que lorsqu’elle affecte plusieurs organes simultanément ou successivement , elle devient nécessairement incurable.

(1) Voyez ce qui est arrivé au sein droit du sujet du 10e fait de la irc partie.

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