‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrileChapitre 30 sur 66 · RECHERCHES SUR LE VICE CA.NCEREUX · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR LE VICE CA.NCEREUX

Des affections cancéreuses locales guérissant par un traitement purement local, avec amélio«

ration de l’état général, tandis quelles résistent ordinairement aux traitemens internes les plus actifs , iî était naturel d’examiner si un semblable phénomène ne conduit pas à considérer le vice cancéreux sous des points de vue différens de ceux sous lesquels on l’a envisagé.

D’une part, d après ce qui est arrivé dans les cas que j ai observés jusqu’à présent, lorsqu’un engorgement cancéreux primitif a été dissipé par la compression , l’organe semble, après la guérison, cesser d’etre apte à produire des affections cancéreuses quelconques. On peut voir à ce sujet les Ier, 4% i5% i6e, 19e, 20e faits, etc.

D’autre part, une tumeur cancéreuse extirpée repullulant le plus souvent , cette récidive ne prouve-t-elle pas un vice général primitif? Non ’, mais elle suppose une susceptibilité locale et spéciale à la dégénérescence cancéreuse , ce qui constitue un phénomène très - différent qu’il s’agit maintenant d’examiner dans ses développemens accidentels ou spontanés sur toutes sortes de sujets, dans ses transmissions héréditaires, et cuti n dans ses récidives.

Universalité de la susceptibilité cancéreuse .

Quelque bonnes que soient les apparences de la santé individuelle et de celle de la famille, il n’est personne chez qui la moindre contusion des glandes mammaires ou des testicules, ou le plus léger frottement d’un nævus ne puisse occasioner le développement de l’affection cancéreuse de ces parties. Il n’y a entre les individus , à cet égard , que des différences d’aptitude en plus ou en moins. La plus petite pression, l’irritation la plus insuffisante pour déterminer l’état inflammatoire, suffit cependant, chez un grand nombre de personnes, pour amener ce fâcheux résultat.

Si on extirpe un lambeau de glande mammaire saine, ou un nævus entier non dégénéré, il n’y a pas plus de repullulation que dans toute autre partie saine du corps. Il n’appartient qu’à certaines familles d’animaux, aux crabes, aux écrevisses, de donner le spectacle de la repullulation des parties qu’on leur arrache*, la tête et les yeux même des colimaçons , étant excisés , repullulent aussi *, les arbres qu’on taille

réparent avec avantage les pertes qu on leur fait subir *, mais cle semblables phénomènes ne sont point observés dans l’état de santé des organes de l’homme ni des mammifères.

Si on excise un lambeau d’un sein ou d’un testicule cancéreux, ou d’un nævus dégénéré, il s’opère une repullula don d’autant plus active qu’on excise ou qu’on cautérise davantage.

Si on excise ou si on cautérise en entier un sein, un testicule ou un nævus devenu cancéreux, et dans lesquels l’état inflammatoire survenu a déjà amené le ramollissement de ces organes, alors il est ordinaire que la maladie recommence avec plus de violence dans le voisinage ou dans des organes différens \ ce qui arrive même lorsque l’organe n’était qu’à l’état cancéreux sans ramollissement.

La repullulation est loin de se faire selon le trajet des vaisseaux lymphatiques évidens, car elle s’opère en tout sens et même d’un côté du corps à l’autre, et dans des endroits ou il n’y a point de communication lymphatique immédiate , mais seulement des anastomoses nerveuses ou des similitudes de sensibilité et d’action. On peut voir au quarante-huitième fait, etc.

11 est ordinaire que la disposition â la recrudescence des affections cancéreuses aille croissant; de manière que plus un sujet ou un cancer avancent en âge, plus il y a de chances de récidive après l’excision ou la cautérisation des maladies cancéreuses.

§. Il-

Spontanéité du développement des affections

cancéreuses .

Chez divers sujets dans lesquels domine la susceptibilité cancéreuse des organes, les nævus , les glandes mammaires, les testicules, l’utérus, l’estomac, le nez, les lèvres et toutes les parties du corps peuvent devenir le siège de cancers , sans qu’on puisse les attribuer à aucune violence locale évidente (i).

Le développement de ces affections arrive souvent sans qu’on puisse non-seulement lui assigner

(i) Il est difficile de croire à des violences antécédentes sur l’utérus des vierges devenu cancéreux, etc. Une personne se plaignait de souffrir des vices de digestion par suite de mauvais traitemens reçus d’une autre : pressée pour déterminer exactement le lieu où elle avait été frappée à l’épigastre , elle avoua qu’elle n’avait pas reçu le coup qu’on lui destinait, mais qu’elle en avait eu la frayeur. Elle mourut d’un, cancer à l’estomac. (Voyez le 35* fait.)

mie cause, mais même sans qu’on puisse en saisir les occasions les plus ordinaires , qui sont les changemens d’âge, les vices de régime alimentaire, de régime moral, de vêtement, d’habitation et de climat*, et enfin différentes maladies, comme la syphilis, la gale, etc. (i)

Si dans quelqu’une de oes circonstances on extirpe ou si on cautérise les organes cancéreux en totalité et même avant leur ramollissement, l’affection cancéreuse se reproduit dans le voisin nage ou dans d’autres organes, sans qu’il y ait rien de fixe à cet égard relativement aux vaisseaux lymphatiques, puisque, ainsi que je l’ai fait observer, la maladie recommence indifféremment dans toutes les directions et à toutes les distances de l’organe primitivement affecté.

La propension au développement spontané (2) des maladies cancéreuses est fréquente à certains

(1) Il ne me serait pas difficile de citer des observations d’affections cancéreuses survenues sous ces diverses influences. Les nævus dégénèrent par les seuls progrès de l’âge ; des tumeurs anciennes , de nature manifestement cancéreuse , s’arrêtent ou même disparaissent par le changement de régime alimentaire , par le retour du calme moral , par des modifications dans les vêtemensj comme l’application d’une peau de cigne sur la partie malade, par une habitation exposée au midi , par un traitement antisyphilitique , etc.

(2) C’est-à-dire sans cause évidente directe , mais seulement sous diverses influences, qui sont des lieux communs à toutes les maladies spontanées.

âges dans la plupart des tissus extraordinaires congéniaux *, elle est constante dans diffërens organes, comme les seins, les testicules, et même la peau des lèvres et du nez par les moindres irritations locales , surtout répétées *, enfin elle est possible dans toutes les parties du corps.

§. III

Hérédité des affections cancéreuses .

Le cancer est incontestablement héréditaire dans beaucoup de cas , sans que les organes compromis soient toujours les mêmes, une mère qui a eu un cancer spontané au sein pouvant transmettre indifféremment la disposition au cancer des mamelles, de l’utérus, de l’estomac, du testicule ou de la face, etc. ; ce qui me conduit naturellement à reprendre de plus haut l’étude de l’hérédité des affections cancéreuses , c'est-à-dire de celle de tous les phénomènes organiques.

Les formes , les structures , les dimensions , les ressemblances générales , sont certainement héréditaires et transmises par la génération *, les formes, les structures, les dimensions, les ressemblances spèciales , chez certains peuples , dans certaines familles , ne sont pas moins évi-

demment transmises par la génération que les générales. L’hérédité du mode de susceptibilité vitale des organes, et de l’aptitude aux fonctions ou aux phénomènes propres de chaque âge , estelle moins évidente?

Dans le fœtus, les organes des sens se préparent pour le sentiment, les muscles pour la contraction, les poumons pour la respiration, l’appareil digestif pour la digestion , tous les organes sécréteurs pour leur sécrétion spéciale, etc. ; en sorte que l’enfant, après sa naissance., ne conserve la vie qu’en raison de l’aptitude convenable de ses organes pour remplir leurs fonctions particulières. C’est alors que l’aptitude des os au rachitis, des articulations aux tumeurs blanches, des ganglions lymphatiques aux scrophules, des yeux aux ophthalmies chroniques , des lèvres et du nez aux tuméfactions strumeuses , se montrent chez ceux qui les portent , et sur-tout si quelque faute suffisante de régime alimentaire, de vêtemens, de gymnastique, ou si quelque violence locale vient à seconder l’aptitude de l’organisme à ces affections.

Pendant le premier âge l’enfant se développe pour la puberté , qui le revêtira bientôt des formes de la jeunesse, et fera sortir de leur incubation les fonctions des organes sécréteurs

du sperme, de la menstruation, en même temps que les poumons arriveront à leur dégénérescence tuberculeuse, que le pharynx deviendra sujet aux esquinancies , le nez aux épistaxis, les bronches l’hémoptysie, etc. Il n’y a pareillement, à cet égard , entre les individus, que des différences de susceptibilité, une petite cause suffisant aux uns, tandis qu’une grande est nécessaire chez les autres.

Plus tard l’aspect de l’âge mûr remplacera celui de la jeunesse, mais l’individu ne parviendra au complément de sa vigueur qu’à mesure que ses organes mûriront pour les hémorrhoïdes , la goutte, etc., ou pour quelque autre servitude organique dont la susceptibilité existait chez lui ; mais en même temps les seins, l’utérus, l’estomac , les testicules mûrissent pour la susceptibilité cancéreuse , dont aucun individu , comme je l’ai déjà dit, n’est exempt, ni même aucun organe , lorsque l’aptitude à cette dégénérescence est fortement prononcée.

Plus tard encore , la vieillesse et la décrépitude impriment leur cachet sur l’économie animale, qui se dégrade dans ses organes sous les lois de l’hérédité , comme elle s’était dégagée des strumes de l’enfance, des inconvéniens de la jeunesse et des maladies de l àge mûr.

11 est clair que considérée de ce point de vue,

l’hérédité gouverne tous les phénomènes successifs de 1 organisme, et que ce qu’ils ont de fixe repose sur ses lois, soit dans leur production par des stimulus spéciaux, soit dans leur développement spontané. Il n’est, en effet, aucun phénomène organique qui ne puisse être développé accidentellement par des causes extérieures à l’organisme, comme il n’en est aucun qui ne puisse survenir spontanément par des causes indéterminées : je n'excepte pas meme les sens de cette loi générale. En effet , d’une part , les sens entrent en action sous l’influence de leurs stimulus spéciaux : l’œil par la lumière, les couleurs*, l’oreille, par les sons *, l’odorat , par les substances odorantes*, le goût, par les corps sapides; le toucher cutané spécial, par les corps tangibles*, le tact général commun, par la température et des conducteurs de stimulation commune *, les organes soumis aux nerfs ganglionaires, par leurs stimulus spéciaux *, et enfin le sens interne , par les impressions faites sur les organes cérébraux , spinaux et ganglionaires. D’autre part, l’œil donne en leur absence la vision d’objets qui n’existent pas^ et qui disparaissent si on ferme les paupières } l’oreille produit des illusions d’acoustique*, le nez^ des erreurs d’odoration*, la langue, des saveurs trompeuses *, la peau des mains peut

donner lieu au toucher de formes mensongères ; toutes les parties du corps peuvent devenir le siège de douleurs , de chaleurs ou de froids spontanés, c’est-à-dire sans cause physique agissant sur le tact général, etc. Il est donc certain que tous les organes peuvent entrer en action en l’absence de leurs stimulus spéciaux.

La nutrition serait-elle dans l’organisme un phénomène moins considérable que les autres? soumise à des lois spéciales dans chaque organe, on la voit, par des stimulus nouveaux ou insolites , s’écarter de sa marche ordinaire, et, par une aberration fâcheuse , transformer en quelque manière un tissu en un autre; un muscle en tissu cellulaire*, un vaisseau, etc., en substance osseuse ; et cette transformation , si commune dans la vieillesse, ou elle ne surprend personne , s’observe encore dans les âges précédens par une anticipation fâcheuse. D’autre part, ne voit-on pas la nutrition altérer les organes à îa structure normale desquels elle a présidé , et leur imprimer le cachet d’une organisation nouvelle et abnormale, qui n’a point d’analogue dans l’organisme? La nutrition a donc scs erreurs comme les autres fonctions, et ces erreurs peuvent dépendre de causes évidentes, locales on générales, ou bien de causes indéterminées.

L ossification propre à certains organes dans lesquels elle peut cependant se perdre ou n’avoir pas lieu, l’ossification peut arriver et arrive en effet spontanément par les seuls progrès de l’âge dans différens organes, comme elle arrive accidentellement sous 1 influence de diverses causes accidentelles, virulentes, etc., capables de développer des périostoses, etc.

La dégénérescence squirrheuse qui endurcit les tissus mous , ramollit les tissus durs et ramène au même aspect tous les tissus organiques , depuis les glandes mammaires jusqu’aux os ; qui arrive si facilement par des causes purement locales , et si souvent dans certains organes par les seuls progrès de âge, ne présente- 1- elle pas un point de contact remarquable avec l’ossification ? En effet, l’ossification qui est normale, pour les tissus destinés à former les os , le devient pour d’autres dans certains sujets , dans certaines familles , et n’est impossible pour aucun tissu , pas même pour les plus mous ; comme la dégénérescence cancéreuse qui est normale , pour certains organes, le devient pour d’autres dans certains sujets, dans certaines familles, et n’est impossible pour aucun tissu.

La nutrition des organes est un phénomène local qui dépend de l’état de vie mis en ac-

tion par les stimulus propres de chaque tissu.

Les modifications de la nutrition sont un phénomène local qui peut dépendre d’un état simplement local , comme dans les affections primitives de la syphilis , de la gale , etc. , par exemple, mais qui peut aussi dépendre, dans d’autres cas, d’un état général, comme dans les affections locales consécutives de la syphilis, de la gale, etc.

L’ossification abnormale , modification de la nutrition, dépend tantôt de causes locales et tantôt de causes générales.

La dégénérescence cancéreuse, modification abnormale de la nutrition , dépend tantôt de causes locales et tantôt de causes générales.

L’inflammation des tissus normaux de l’organisme est normale comme eux, c’est-à-dire proportionnée au degré d’action et à la nature de ses causes, qui sont tantôt locales et tantôt générales. Elle change un organe normal en un organe abnormal, avec des fonctions nouvelles, parmi lesquelles il faut compter , i°. l’augmentation de l’influence nerveuse de l’organe enflammé sur les autres et la propagation de l’inflammation locale par ce mécanisme \ 20. la sécrétion de produits nouveaux qui dépendent de l’état inflammatoire , et peuvent de ceîte manière devenir , par l’absorption , des causes de

trouble et meme de propagation de la maladie.

L’inflammation des tissus normaux est normale comme eux $ mais l’inflammation des tissus abnormaux ou extraordinaires est abnormale, et produit des effets aussi extraordinaires qu’euxmêmes. Faudra-t-il s’étonner, d’après cette loi , de la marche réfractaire de l’état inflammatoire des tissus cancéreux et de tous les phénomènes spéciaux qui s’y rattachent ?

J’ai fait sentir les rapports de la diathèse cancéreuse primitive avec la diathèse variolique et syphilitique, et ceux de la cachexie ou vice cancéreux consécutif avec la cachexie ou vice variolique et syphilitique. S’il entrait dans mon pian d’opérer en ce moment les mêmes rapprochemens entre les diathèses et les cachexies strumeuse, tuberculeuse, herpétique, arthritique et scorbutique, je montrerais les diathèses comme des susceptibilités congéniales et communes à tous les hommes sous des conditions données pour chacun d’eux, et je ferais voir que dans tous les cas il n’y a de vice ou de cachexie générale qu’après les affections locales, qui doivent leur existence aux diathèses héréditaires.

Je n ai pas besoin de faire remarquer que l’inoculation syphilitique , qui repose sur la susceptibilité pour l’infection du virus de ce nom, et

qui produit ensuite une cachexie ou un vice spécial et general, est en même temps une cause qui peut mettre en action toutes les autres diathèses strumeuse , tuberculeuse , herpétique , arthritique , scorbutique et cancéreuse *, comme les changemens d'âge, de saison, de pays, de régime, de vêtemens, d’exercices, les affections morales et toutes les maladies fébriles, etc., qui ébranlent l’organisme dans ses fondemens, et passent pour les causes de phénomènes strumeux , tuberculeux, etc., dont elles n’ont été que des occasions très - secondaires , puisque leurs effets sont constamment relatifs à la prédominance des susceptibilités individuelles pour telle ou telle diathèse, qui, étant développée, engendre ensuite, si elle n’est enrayée dans sa marche, la cachexie ou le vice général qui lui correspond.

Il est facile de sentir que tous les phénomènes dont je viens de parler roulent sur le pivot de l’hérédité des susceptibilités vitales de l’organisme dans ses appareils locaux et généraux.

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