La cessation des sécrétions anormales survenues
Faisons dans tous ces phénomènes la part de la dou-
leur ou de firritation : La congestion primitive n’en suppose pas plus que dans la congestion des voies lacrymales, mais elle suppose absolument une erreur de lieu pour le fluide en congestion, et l’obstruction des orifices efféreus. L’action des capillaires qui sont le siège de la congestion ne suppose pas la douleur; mais cette congestion portée à un certain point , finit par l’amener. Elle n’en dépendait donc pas plus que l’hématose spéciale ou les modifications de la nutrition et des sécrétions immédiates ou médiates. Il est facile de sentir que l’irritation même vitale , ne joue ici qu’un rôle secondaire, car elle est développée par la congestion inflam matoire elle-même , et cesse avant elle quoiqu’elle puisse dans d’autres circonstances servir à la produire.
Recherches sur (es phlegmasies avec et sans stimulus
étranger ajouté .
Au sujet de la fièvre biosique générale, j’ai fait voir que toutes fonctions pouvaient être altérées par les vices des stimulus spéciaux des organes, et par diverses modifications spontanées de la sensibilité de ces derniers, c’est-à-dire des sens spéciaux distincts et confus, et des sens mixtes et communs. L’on a vu que les mêmes lois se retrouvent dans les phénomènes des grands appareils spéciaux et dans ceux des appareils capillaires des parenchymes : il est donc manifeste que les lois des pyrexies générales ou des fièvres appartiennent aussi aux pyrexies locales ou aux phlegmasies. En effet :
i°. Il est incontestable que divers agens irritans , extérieurs ou intérieurs , appliqués aux tissus organiques
vivans , en produisent l’inflammation par une sur-stimulalion vitale locale et accidentelle.
2°. Il n’est pas moins certain que sans addition de stimulus nouveau évident, l’état inflammatoire peut survenir spontanément dans les diverses parties du corps vivant par une sur-stimulation vitale locale et spontanée. Quelques exemples prouveront ces assertions :
i°. On applique à une partie du corps une chaleur égale à celle de l’eau bouillante, et il en résulte , par le stimulant radical, une sur-stimulation ou une irritation qui détermine l’inflammation de la partie, et même sa désorganisation si le stimulus est porté assez loin.Yoilà une phlegmasie par le stimulus radical ajouté, ou par la chaleur, comme on voit la fièvre produite par le même mécanisme.
2°. On expose une partie du corps à l’action d’un froid vif, mais insuffisant pour en produire la congélation: bientôt la réaction vitale a lieu pour rétablir la température normale de la partie; mais comme les rapports du tact général et du sens vital latent ont été changés dans ce cas par la soustraction du calorique, comme dans le premier par son addition, il en résulte que les capillaires de la partie se trouvent en éréthisme et supportent difficilement la présence de leurs fluides accoutumés, qui deviennent pour eux des sur-stimulans ou des irritans, jusqu’à ce que leur sensibilité soit revenue à son état normal. Tel est le mécanisme de l’inflammation développée par la soustraction du stimulant radical ou par le froid, comme celui de la fièvre par la même cause.
5°. On applique sur une partie une substance hétéro-
gène qui agit sur l’orifice des vaisseaux absorbans, et pénètre dans leur trajet jusqu’aux ganglions lymphatiques qu’elle traverse; elle parvient môme jusqu’au grand appareil circulatoire, et il résulte de sa présence, souvent sans douleur, sans sur-stimulation, ou sans irritation locale manifeste , il résulte, dis-je , de son action latente , une pyrexie locale , et môme une pyrexie générale. Diverses substances peuvent produire les effets dont je parle, par leurs propriétés chimiques. Telles sont :
d . Les substances âcres et irritantes , vénéneuses ou miasmatiques, minérales, végétales ou animales quelconques, que l’organisme ne reproduit pas, et qui sont cependant capables de déterminer des affections générales et locales très-fâcheuses dans les fièvres marérnaliques, etc., quoique leur absorption ne soit souvent marquée par aucun phénomène iocal remarquable d’irritation.
B . Les substances virulentes , les miasmes typhoïdes, etc., qui sont les produits pathologiques spéciaux de l’organisme sur lequel ils ont une action également spéciale. Ici se rapportent les virus varioliques , le miasme pestilentiel, typhoïde, etc., dont l'action primitive dans l’infection spontanée n’est souvent accompagnée d’aucune affection phlegmasiqueà l’endroit de leur absorption , quoiqu’il se développe ensuite des phénomènes généraux et locaux fébriles et inflam~ matoires si considérables et parfois de si mauvaise nature.
C. Divers produits des sécrétions ordinaires peuvent devenir, localement ou par leur résorption , des agens
d’irritation phlegrnasique, que l’organisme fournit spontanément de son fonds.
I). Le pus varié qui résulte de la sécrétion phlegmasique des surfaces ulcéreuses peut, par son action locale ou par sa résorption, devenir la cause du développement de diverses inflammations. Il est permis d’attribuer à cette cause divers exanthèmes de la peau et des muqueuses dans le cours des phthisies ulcéreuses.
4°. Les tissus vivans déchirés par un agent mécanique qui ne peut agir sur eux par scs propriétés chimiques, finissent par s’enflammer, par suite de la violence qu’a éprouvée le sens vital dans la désorganisation des tissus qui sont son ouvrage -f sa stimulation en produira d’abord l’inflammation et ensuite la cicatrisation. Telles sont les phlegmasies par des agens mécaniques, qui sont extérieures ou développées au dedans du corps. Lorsque les agens mécaniques restent appliqués, comme un pois dans un cautère ou une pierre dans la vessie, ils agissent en meme temps par l’agacement du sens vital latent et du tact général évident.
5°. Une impression morale ou un changement atmosphérique sont suivis d’une esquinancie ou d’une fièvre j que se passe-t-il alors ? où est le stimulus ? Alors la sensibilité vitale des capillaires blancs est modifiée et même mise en éréthisme, et ils admettent la partie rouge du sang , qui devient pour eux un stimulus suffisant pour produire le phénomène de la sur-stimulation et de l’inflammation en raison de l’éréthisme survenu. Toute autre commotion de l’organisme qu’une impression morale ou un changement atmosphérique peut produire le même effet ; c’est aussi ce qu’on voit arriver par les
commotions fébriles qui , agissant en qualité de perturbations organiques, font éprouver à l’économie animale, dans ses fonctions spéciales et vitales, diverses modifications qui amènent les affections locales consécutives, qui en sont les terminaisons favorables lorsqu’elles sont bien placées, mais qui ne sont que des métastases fâcheuses lorsque l’organisme s e suicide luimême en produisant la fluxion critique sur uu organe essentiel à la vie.
Il est clair que dans tous ces cas les phénomènes phlegmasiques, comme les phénomènes fébriles, reconnaissent un stimulus ; mais il faut distinguer les circonstances où la modification primitive est dans le stimulus de celles où elle se trouve dans les supports, c’est-à-dire les cas où il y a introduction ou formation d un stimulus hétérogène, de ceux où aucun stimulus nouveau n’est introduit dans l’organisme, dont la susceptibilité vitale pour les stimulus habituels est modifiée, augmentée ou diminuée.
Recherches sur les modes fondamentaux de
V inflammation .
L’inflammation élémentaire ou la pyrexie locale biosique se présente, comme l’état fébrile biosique général, sous quatre formes différentes, qui sont: la sthénique, l’asthénique , l’ataxique et la réfractaire chronique, que je me bornerai à rendre sensibles par quelques exemples.
PREMIER ORDRE
Phlegmasies biosiques sthéniques.
Un érysipèle spontané, rutilant, avec tension et chaleur, un phlegmon chaud donnant promptement une suppuration bien liée ; une angine avec une grande rougeur et tension; une pleurésie, une pneumonie trèsvive, une plaie suppurante avec tendance immédiate à la cicatrisation, etc., peuvent donner une juste idée de ce que j’entends par inflammation sthénique qui , comme la fièvre biosique sthénique . est ou n’est pas en harmonie avec le caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire de la constitution , du tempérament et des idiosyncrases du malade.
L’agent irritant est souvent indéterminable en pareil cas, et le degré de l’inflammation sthénique est souvent disproportionné avec l’irritation évidente.
DEUXIÈME ORDRE
Phlegmasies biosiques asthéniques.
Un érysipèle spontané blafard , œdémateux ; un
phlegmon froid, donnant lentement une suppuration séreuse, et qui ne guérit qu’en revenant aux caractères du phlegmon sthénique; une angine pâle, avec infiltration; une pleurésie et une pneumonie latentes; une
p!aie blafarde sans tendance immédiate à la cicatrisa-* lion, etc., peuvent servir de prototypes pour les phlegiuasies asthéniques qui, comme les fièvres biosiques asthéniques , sont ou ne sont pas en harmonie avec le caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire de la constitution , du tempérament et des idiosyncrases du sujet.
L’inflammation asthénique souvent n’est pas proportionnée à la douleur parfois assez forte qui i’accom« pagne.
"TROISIÈME ORDRE
Phlegmasies biosiques ataxiques.
Un érysipèle gangréneux, quel que soit son aspect rouge ou livide; un phlegmon qui frappe les parties de gangrène, comme l’anthrax et la pustule maligne, qui
ne guérit qu’en revenant aux caractères des phlegmons
sthéniques; une angine, une pneumonie gangréneuse, une plaie frappée de pourriture d’hôpital, etc., feront aisément comprendre ce que j’entends par phelgmasies ataxiques , qui sont ou ne sont pas en rapport avec le caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire, de la constitution, des tempéramens et des idiosyncrases de celui qui les éprouve. La graviié de l’inflammation n’est en rien proportionnée à la douleur, mais à la nature des causes qui est délétère et qui imprime son cachet à la maladie locale et à la constitution, 11. 1 2
si elle ne s’éteint pas dans la production de la gangrène des parties enflammées
QUATRIÈME ORDRE
Phlegmasies biosiques réfractaires ou chroniques.
Un érysipèle dartreux, des pustules grégales herpétiques, un abcès cancéreux, une angine syphilitique, une pleurésie ou une pneumonie strumeuses, tous les ulcères chroniques, scorbutiques, strumeux, herpétiques, psorîques, syphilitiques, cancéreux, etc., réfractaires, qui ne sont pas entretenus mécaniquement ou chimiquement par la disposition de leurs bords, ou par quelque corps étranger appliqué ou formé au dedans , constituent des phlegmasies réfractaires chroniques, qui sont ou ne sont pas en rapport avec le caractère sthénique, asthénique, ataxique ou réfractaire, de la constitution, du tempérament et des idiosyncrases du malade. La ténacité de l’inflammation n’est point en rapport avec l'irritation ou avec la douleur, mais avec la nature des causes qui sont réfractaires et impriment leur cachet à l’affection locale et à la constitution elle-même, par la chronicité de la consomption, du marasme, des cachexies constitutionnelles et des fièvres hectiques.
Yoilà assurément quatre modes très-différens de fétat inflammatoire de nos tissus , que j’ai observés sur le même sujet en différens temps, et qui ne comportent point un traitement semblable , même dans chaque
série. Si toutes ccs différences ne dépendent que de celles de l’irritation, il faut qu’on les indique autrement que par la phlegmasie même, et qu’on reconnaisse dans l’irritation non seulement divers degrés * mais diverses natures , ce qui change l’état de la question, en obligeant à chercher des moyens de traitement partout ailleurs que dans la classe des anti-phlogisliques et des moyens propres à combattre l’irritation ou la douleur, puisqu’il est des inflammations qu’on ne guérit qu’en irritant.
Une mouche qui a touché le charbon d’un animal surmené, une goutte du sang du même animal, par leur simple contact avec une région saine de la peau , sans écorchure, déterminent un léger prurit, une vésicule et la gangrène ; puis une inflammation qui propage la gangrène et la mort. Où est la proportion entre la douleur, ou si l’on veut, l’irritation , la sub-irritation ou l’ab-irritation , et la gravité des accidens produits, qui sont si facilement enrayés au début par une goutte de nitrate de mercure qui produit une véritable douleur ?
Un érysipèle très-vif et douloureux, s’est développé : on couvre sa partie moyenne d’un vésicatoire, et l’érysipèle s’évanouit par une irritation nouvelle. Quelle est la différence de l’action de l’irritation spontanée et de l’irritation artificielle ? N’est-il pas évident que dans tous ces cas, et dans une foule d’autres semblables, l’irritation n’est qu’un phénomène secondaire de l’inflammation qui, je le répète, se développe dans des parties paralysées et insensibles, et dans des organes qui ne reçoivent ni nerfs, ni vaisseaux, comme les fausses membranes, etc., qui n’ont la vie que par contiguïté et par absorption.
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L’analyse qui précède peut servira démontrer qu’on a mal interprété la nature, eu attribuant d’une manière absolue l'inflammation à une entilé qu’on a appelée irritation, sub-irritation , ab-irritation , etc. , afin de conserver dans cette dynastie poétique un radical favori qui n’a conduit qu’à une théorie dont la fausseté devient évidente par le défaut de proportion entre le degré et le mode de l’irritation et ceux de l’inflammation. Le peu de fondement de cette hypothèse ressort encore davantage en étudiant les divers types continu , intermittent et rémittent , la périodicité et les diverses manières d’être de l’inflammation , quelle que soit son espèce, dilfuse , circonscrite ou traumatique. On a voulu échapper au phénomène de la sédation , de la tonification et de l’atonie, pour s’en tenir à celui de la stimulation anormale ou de l’irritation , sans prendre garde qu’on agissait comme le chimiste qui , dans le phénomène de la combustion, confondrait l’action stimulante des conducteurs qui cèdent du calorique et de l’électrique, avec l'action sédative des conducteurs qui soustraient le calorique et l’électrique , ou l’action tonique de i’oxigène et des combustibles secs, alcooliques, huileux, résineux, avec l’action relâchante des combustibles humides. Que diraient les musiciens sensés si l’un d’enlr’eux prétendait trouver toutes les causes de désaccord d’un luth dans les divers degrés de stimulation des cordes, et qui soutiendrait que tout le mécanisme de l’instrument consiste dans la stimulation des cordes par l’archet, sans tenir compte de la sédation produite par les doigts qui tempèrent les vibrations, et sans s’occuper des chevilles qui donnent aux cordes le ton ou le
pouvoir do vibrer et de rendre des sons harmoniques, La marche continue, rémittente et intermittente, et les retours périodiques de l’état inflammatoire des organes, a de quoi fort embarrasser ceux qui prétendent plier les phénomènes organiques à quelques conceptions hypothétiques exclusives; mais elle n’a rien de gênant pour ceux qui, sans idées préconçues, se présentent à l’étude physiologique et pathologique de l’écu^ nomie, pour en étudier rigoureusement les lois et leurs rapports, en suivant la marche naturelle de comparer toujours les fonctions normales aux fonctions anormales correspondantes. Je me borne ici à renvoyer à ce que j’ai fait remarquer sur les lois de l’exercice et de la suspension , de la veille et du sommeil, de la continuité et de l’intermittence, ainsi que sur celles de la pério' dicité des phénomènes organiques dans leur état nor-= mal et anormal.
GLN-RES.
Les inflammations, ainsi que je l’ai déjà fait entendre, se divisent en deux genres fondamentaux :
i°. L’inflammation diffuse ou érysipélateuse , dans laquelle les phénomènes de la sur-stimulation phleginasique se passent dans le système capillaire hémato* sique préexistant dans la partie, sans formation vasculaire nouvelle et sans sécrétion purulente essentielle. La maladie est alors en avant de !a nutrition. (Ce sont là les phlegmasies rhumatoïdes de M. (iosse. )
2°. L’inflammation circonscrite ou phtegmoneuse , dans laquelle les phénomènes de la sur-stimulation
phlegmasique se passent dans les capillaires parcnchyînalenx qui auparavant ne recevaient pas le sang rouge. Dans ce cas, à la congestion rouge des vaisseaux blancs se joint souvent la production d’un système capillaire hématosique nouveau et tout-à-fait indépendant de l’hématose commune du sujet, et même de l’organe cnil a ni tué qui devient alors le siège d’une sécrétion spéciale,, celle du pus. Dans ce genre il y a production de substance organique nouvelle, et, par fois, destruction d’une partie de l’ancienne.
L’inflammation traumatique, participe tantôt des caractères du premier genre, et tantôt de ceux du second , selon qu’elle est sans suppuration et avec cicatrisation immédiate, ou avec suppuration et produits organiques nouveaux, les bourgeons charnus et les cicatrices secondaires.
Pour ce que j’aurais à ajouter ici sur les rapports de l’inflammation et des vices primitifs de la nutrition, je renvoie à la troisième note, qui contient quelques recherches sur cet objet.