ESPÈCES
Chaque genre de phlegmasie, c’est-à-dire les phlegmasies érysipélateuses et pblegmoneuses , se présente sous deux formes différentes, que je désignerai par le nom d’espèces, comme dans les lièvres.
i°. Les phlcgmasies itiosiques av'ec simple sur- stimulation : tous les phénomènes pldegmasiques sont exagérés, avec résistance vitale fortement prononcée, si le sujet est vigoureux , et éréthisme s’il est faible ;
2°. Les phlegmasies biosiques avec sur- stimulation vitale excessive , et tendance à là gangrène par stupeur si le sujet est vigoureux, et par éréthisme avec extinction s’il est débile.
Il faut rattacher ici ce que j’ai dit au sujet des espèces des pyrexies générales biosiques.
V ariétés.
Chaque espèce de phlegmasie présente à considérer :
i°. Les phénomènes organiques phîegmasiques spéciaux dans la partie enflammée. ( V oy. Gendrio , Hist . anat. des in fl.)
2°. Les produits inflammatoires spéciaux primitifs et consécutifs de chaque organe enflammé ;
5°. Les conditions étiologiques spéciales de rinflammation. Ainsi :
a. Les agens mécaniques , chimiques, épidémiques, miasmatiques et virulens ou contagieux , dans leur action sur les appareils généraux et sur les tissus, comme conditions physiques spéciales des inflammations;
b. L’état spécial de la sensibilité vitale , de l’irritabilité latente et du tact général dans les appareils généraux et dans chaque partie enflammée, comme conditions physiologiques spéciales des inflammations;
c. Enfin la susceptibilité morale spéciale , comme condition psychologique des inflammations.
Les variétés des phénomènes , des produits et des conditions phîegmasiques, physiques du ressort des sens de l’observateur, physiologiques dans les sens du
malade, et 'psychologiques dans ses fondions intellectuelles, présente à étudier :
i°. Leur nature relative ;
2°. Leur quantité relative $
5°. Leur situation relative ;
4*. Leur locomotion relative ;
5°. Leurs modifications relatives ;
6°. Leur succession relative;
7°. Leur durée relative , continue, intermittente ou rémittente.
8°. Leur similitude relative, dans le même sujet, dans divers sujets, et dans différentes saisons ou dans la même.
Recherches sur les caractères anatomiques des parenchymes enflammés.
La nécropsie est la source où j’ai puisé çe que j’ai dit sur la distinction de l’hématose du système capillaire commun et spécial dans les phlegmasies.
Lorsque la congestion sanguine est dans le système capillaire commun, la rougeur disparaît sous la pression pour reparaître ensuite avec une vivacité proportionnée à celle de la circulation capillaire commune ; lorsque la congestion est dans les vaisseaux propres de la partie enflammée, alors on ne peut plus dissiper la rougeur comme dans le cas précédent.
Dans les phlegmasies du premier genre, les tissus conservent de l'élasticité, la tuméfaction dépend de la fluxion inflammatoire et des infiltrations locales qu’elle peut déterminer, comme dans toutes les phlegmasies éry-
sipélateuses , ce qui est très-évident dans celle des paupières. Dans les phlegmasîes du second genre, les infiltrations d’un fluide anormal se font en môme temps dans les aréoles communicantes du tissu cellulaire séreux et dans les cellules non communicantes du tissu cellulaire adipeux, et dans les cellules des parenchymes dont l’organisation prend un aspect nouveau et anormal, en même temps que leurs tissus perdent de leur élasticité et deviennent friables. A une période de l’inflammation, le liquide albumineux et fibrineux qui remplit les aréoles et les cellules cellulaires et parenchymateuses, prend l'aspect purulent, ce qu’on reconnaît facilement à la loupe dans tous les tissus comme dans la pneumonie grise.
Lorsque l’inflammation domine en un point, et par conséquent y marche plus vite, il arrive que l’exhalation qui se fait dans les cellules rompt leurs parois devenues plus friables , et par la convergence sur ce point du mouvement péristaltique capillaire qui produit la fluxion inflammatoire, il s’y forme une collection purulente plus ou moins considérable. On trouve sur les parois du sac qui contient ces collections une fausse membrane grisâtre et adhérente aux lamelles cellulaires, qui plus tard fourniront les bourgeons charnus rouges de la cicatrice de l’abcès.
Toutes les fois qu’il arrive des produits nouveaux inflammatoires dans les séreuses, on y trouve des fausses membranes plus ou moins épaisses dans lesquelles , soit qu’elles soient libres ou adhérentes, on observe souvent un système hématosique nouveau et parfaite-
ment indépendant de l’hématose générale, puisque ce système hématosique nouveau a même été observé dans des fausses membranes flottantes dans la plèvre ou le péritoine. Il est donc certain que non seulement une hématose nouvelle est possible dans l’inflammation , mais encore qu’elle a lieu , et cela dans des productions flottantes entièrement séparées des surfaces contiguës. Les aréoles cellulaires , n’étant que de très-petites poches séreuses qui communiquent entr’elles , rentrent dans les lois des grandes séreuses, avec cette différence que dans l’inflammation cellulaire, au lieu de fausses membranes comme dans les séreuses enflammées, ce sont des pscudo-mcmbranutcs ou fausses lamelles fibrineuses qui remplissent les aréoles du tissu cellulaire changé en parenchyme phlegmoneux. Les fausses lamelles du tissu cellulaire étant plus minces et dans des rapports plus intimes avec les lames du tissu cellulaire, s’organisent plus vite et se changent plus promptement en tissu cellulaire de seconde génération , qu’il est impossible de distinguer du tissu cellulaire qui lui sert de support primitif. Cette conversion des fausses lamelles en tissu cellulaire explique la résolution des phlegmons et le retour de l'élasticité de la partie dont l’inflammation avait produit la tuméfaction et l’induration.
L’examen de l’œil enflammé fait voir les deux sortes d’hématoses dont j’ai parlé; car on distingue d’abord l’injection de la conjonctive autour de la cornée transparente ; mais , lorsque celle- ci s’enflamme à son tour, ou y voit , comme sur les cartilages diarthrodiaux, des
faisceaux ou des gerbes capillaires el hémalosiques , qui ne communiquent point directement avec les vaisseaux rouges du voisinage.
Les surfaces d’une plaie récente , mises en contact, se réunissent immédiatement. La douleur de la plaie provoque l’exhalation d’un fluide fibrino-albumineux d’abord inorganique ; mais plus tard ce moyen d’union , comme les fausses membranes des séreuses enflammées, se change en tissu cellulaire vasculaire de nouvelle formation. La matière fournie par la surface d’un os cassé se change en cal par le même mécanisme.
Lorsque l’inflammation dure long -temps dans les bords d’une solution de continuité, leur surface se couvre de bourgeons charnus : ces bourgeons ne sontils que le produit de l’allongement des vaisseaux préexistans dans la partie? Il sera difficile de se le persuader , malgré les raisons de Fabre , de l’ancienne Académie de Chirurgie, si l’on tient compte des faits suivans :
i°. Les plaies fongueuses chez les sujets strumeux , chez qui surtout les productions pseudo-membraneuses sont très-faciles dans les inflammations des séreuses, les plaies fongueuses , dis-je , peuvent fournir une quantité parfois prodigieuse de bourgeons et de végétations, qui sont d’autant moins propres à servir de base à une cicatrice solide qu’ils sont plus considérables;
2°. La destruction d’une grande quantité de ces productions ne cause pas une perte de substance finale plus grande que celle qui existait d’abord;
5°. Les cicatrices opérées sur une plaie fongueuse sont croûteuses et élevées, et n’acquièrent de la solidité que lorsqu’elles s’affaissent , deviennent souples et ces-
sent d’être friables ; c'est-à-dire lorsque leur base fongueuse se comporte comme une fausse membrane qui dégénère en tissu cellulaire élastique et devient un moyen d’union entre des organes contigus.
4°. Plus le tissu ulcéré et fongueux est anormal , efc plus les productions qui peuvent en naître sont considérables. Ainsi , il survient une tumeur squirrheuse isolée, d’abord très-petite : on la voit augmenter et devenir du volume de la tête d’un adulte, et si elle s’ulcère, elle fournit des végétations fongueuses de la plus grande dimension. Cette tumeur part d’un point du thorax au voisinage de la glande mammaire. Où sont les vaisseaux qui se développent pour son grand accroissement et pour fournir à toutes les fongosités consécutives ? Les vaisseaux de la partie : mais ils étaient d’abord exigus; et, au plus haut point de la maladie, avant le développement de l’état variqueux des veines de son voisinage, ils sont encore d’un très-petit volume hors de la sphère d’activité de l’affection locale dans laquelle on en trouve d’un calibre beaucoup plus grand que celui de ceux dont ils naissent ou semblent naître. Celte dimension excessive des grands vaisseaux de la partie malade n’y annonce-t-elle pas une action vasculaire particulière, et ne conduit-elle pas à en admettre une correspondante dans les capillaires de son hématose particulière? Les résultats de ce travail vasculaire ne seront- ils pas exagérés par la sur- stimulation inflammatoire qui peut survenir dans le parenchyme de la production anormale dont je parle?
5°. Lorsque les végétations longue uses sont cunsidér râbles , et qu’on dissèque avec soin celles qui ne sont
pas ulcérées , on y trouve un système capillaire sanguin aussi indépendant de la grande circulation du sujet que celui des fausses membranes libres ou adhérentes. Lorsqu'on dissèque les fongosités ulcérées vers leur base, il arrive encore qu’on y retrouve les restes d'un système capillaire hématosique particulier et isolé du système capillaire commun du sujet;
6°. Toute végétation anormale comprimée se réduit sur le vivant en tissu cellulaire conforme à sa nature. Examinée sur le cadavre , elle rend un fluide analogue «à sa couleur.
Par toutes ces considérations , je compare les bourgeons charnus et les végétations phlegmasiques des surfaces traumatiques et ulcéreuses des tissus normaux et anormaux aux productions organiques des surfaces séreuses enflammées. On est même amené à une assertion qui , de prime-abord, semble un paradoxe, et la voici : c’est que les plaies de tous les parenchymes et tissus ne se cicatrisent pas plus par les surfaces coupées que celles des grandes séreuses. En effet, chaque lamelle ou fibrille cellulaire ou parenchymateuse d’un tissu quelconque représente une petite séreuse dont les bords traumatiques ne paraissent pas plus propres à remplir des fonctions organiques que les bords d’une séreuse divisée, qui ne peuvent se réunir par l'inflammation comme ses surfaces adossées.
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Deuxième Classe.
PYREXIES HÉMATOSIQUES.
Considérations générales sur V hématose.
L’hématose générale et locale s’opère dans l’organisme par deux systèmes capillaires différons qui sont en antagonisme d’action ; le système capillaire pulmonaire sanguin reçoit noir un sang qui y reprend la rutilance qu’il perd dans le système capillaire sanguin général, d’où les veines le rapportent noir au centre de la circulation. Il est clair, d’après cela, qu’il faut distinguer les appareils de Y hématose générale , des appareils de îa circulation commune , qui se composent des artères et de leurs capillaires pour le sang rouge, des veines et de leurs radicules pour le sang noir, et du cœur pour tous les deux.
Le sang rouge de la grande hématose est en même temps un stimulus vital commun et un aliment nécessaire à l’existence vitale de tous les organes. Si le sang cesse de récupérer sa rutilance dans les capillaires pulmonaires destinés à celte fonction , tout l’organisme tombe dans le coliapsus asphyxique ; si le sang rouge des artères ne perd pas de sa rutilance, la sur-stimulation générale commence ; si le sang rouge qui stimule l’action vitale ou le sang noir qui la tempère augmente de proportions relativement à leurs appareils , on voit
commencer les effets du trop plein qu’on appelle dans ce cas pléthore, et qui est avec sur-stimulation ou stupeur, selon sa prédominance dans les artères ou dans les veines; si la quantité du sang convenable aux fonctions organiques diminue à un certain point, par un mécanisme quelconque, on voit aussitôt commencer les phénomènes de V anémie et du coîlapsus des exsangues. Si la grande circulation ou le réservoir commun du sang devient le réceptacle de quelque principe délétère absorbé par quelque écorchure, par les bronches avec l'air inspiré, par la muqueuse gastro-intestinale avec la salive avalée, comme les miasmes charbonneux , typhoïdes, pestilentiels, marématiques , etc.; de quelque virus absorbé par la peau ou par une voie quelconque, comme le variolique, le scarlatin , le rubéoleux, etc. ; de quelque venin , comme celui de la vipère, etc.; il est clair que l’hématose générale sera dans un état d’autant plus fâcheux qu’elle s’éloignera davantage de celui qui lui est naturel. Quelle que soit la cause qui modifie l’hématose générale, rorganisme entier en reçoit une influence proportionnée à la nature et au degré de la modification. L'usage des salaisons et de beaucoup d’autres substances alimentaires développe des phénomènes généraux, comme l’usage de diverses boissons alcooliques et autres, et ces phénomènes indiquent dans la nature du fluide sanguin des changemens qui sont facilement constatés dans les émissions qu’on fait de ce fluide.
En effet, le sang retiré des veines du sujet qui présente les symptômes de la plénitude et de la dureté du pouls associés à ceux de la fièvre, est riche en fibrine,
très -coagulable', et couenneux ^ surtout lorsque k>g poumons ou les organes qui fournissent du sang à la veine-porte ou qui en reçoivent sont compromis par quelque phlegmasie. Le même phénomène a lieu dans la simple grossesse, et je l'ai observé dans un grand nombre de cas en l’absence de toute affection locale inflammatoire , de quelque manière que j’ai fait pratiquer la saignée, On peut voir à ce sujet la thèse de M. le docteur Roboam. Les dimensions de l’ouverture ne paraissent empêcher la formation de la couenne pleurétique que lorsque cette ouverture est assez petite pour que le sang se coagule à mesure qu’il sort. Alors le départ ne peut pas se faire. J’ai vu le sang, retiré par une très-petite ouverture , se recouvrir de la couenne qui ne s’est point montrée dans le sang du même sujet sorti par une très-grande ouverture, mais à une autre époque de la maladie : il faut absolument que dans ce cas, et d’autres semblables , il y eût une grande différence dans l’état du sang au moment de chaque saignée» Le sang qu’on retire dans les fièvres sanguines asthéniques, pétéchiales, etc., n’est pas sans rapport avec celui des asphyxiques, qui se putréfie très-promptement. Le sang des scorbutiques est manifestement moins coagulable, quoique moins noir, que celui des sujets affectés de typhus, et il se putréfie beaucoup plus promptement que le sang physiologique ou inflammatoire. Une jeune fille de dix-sept à dix-huit ans est apportée à la Clinique del'Hôtel-Dieu, en 1 826, après quelques jours de maladie ; le pouls était fréquent et petit, avec un reste de roideur; les traits du visage étaient profondément altérés, et elle était dans le délire; des accidens semi-épilep-
tiques des muscles du visage et des membres se manifestèrent après des sangsues appliquées sur l’estomac à l’occasion d’une douleur vive dans la région épigastrique; il en arriva de même à la suite de celles qu’on appliqua derrière les oreilles à cause du délire. Le reste de roideur du pouls me fit prescrire une saignée exploratrice de quatre onces. Le résultat de la saignée fut le
même que celui des sangsues; la malade eut des mou-
vemens épileptiformes, et , malgré les rubéfians et les autres moyens qui furent jugés convenables, mourut le surlendemain. Le sang retiré par la saignée ressemblait à de la iavure de chair , et se trouva tout-à-fait semblable au fluide sanguinolent qui était contenu en trèspetite quantité dans le cœur et les gros vaisseaux artériels. Le cœur, le foie et la rate étaient friables ainsi que l’estomac, et même les poumons. Il faut absolument que dans ce cas l’hématose ait grandement souffert , car des traces de pblcgmasie ne pourraient en rien rendre raison d’un semblable état du sang et des viscères ramollis sans traces d’inflammation.
Ici je m'arrête pour faire remarquer qu’il est impossible que l’hématose générale souffre à ce point, sans que toutes les fonctions spéciales de la circulation, de la respiration, delà digestion, des sécrétions, de la nutrition, ne soient gravement compromises, ainsi que les fonctions nerveuses et celles de la calorification vitale, celles de la motilité latente et du tact général.
Recherches sur {' Hématose intestinale .
J’ai dit que le système capillaire général rendait noir