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LES ACCIDENTS DUS AU VENIN D’ABEILLES

On sait que l’abeille possède un apareil d’inocu-

lation très perfectionné, en relation. avec deux glandes, l’une dite acide, l’autre alcaline, qui élaborent une toxine dont on connaît la nocivité. L’injection de ce venin, chez l’homme, par la piqûre de l’insecte, détermine des accidents d'intensité variable, pour la plupart bénins, pour quelques-uns très graves, Ces accidents, en effet, semblent en rapport avec la multiplicité des piqûres, avec leur siège, avec leur mode,

«pénétration directe de la toxine dans les vaisseaux

du derme, par exemple », avec surtout la sensibili-

sation du sujet qui est le facteur principal de réactions extrêmement violentes, dont quelques-unes se sont terminées par la mort.

On connaît la réaction locale habituelle à la piqûre

de l’insecte : douleur, érythème, œdème, en sont les: symptômes essentiels. Cette réaction immédiate est

d’ailleurs passagère et ne laisse aucune trace:

Mais à. côté dé cet accident local, il convient d’insister sur la possibilité de voir, chez certains individus, des réactions beaucoup plus inquiétantes avec œdème pouvant se généraliser et aboutir à un véritable anasarque, prurit, urticaire, névrose, avec même des phénomènes de choc, vomissements, diarrhée, col, pe dyspnée, hyperthermie. Ru

Nous allons citer ‘quelques observations, les plus frappantes, qui mettent en évidence ces dérniers accidents::—

Les unes sont: Fe connues, rapportées par. difrérents auteurs, une autre est tout à fait personnelle.

PREMIÈRE OBSERVATION, ia par Madame PAS

Il s’agit d’une jeune femme de 24 ans, qui fut piquée en saisissant un gâteau à une ruche pour en couler le miel. De RE

1° accident se pr oduisit le 24 juillet 1918, vers 10 anis es du matin ; ia jeune femme fut piquée en deux points voisins de la face palmaire du médius gauche. Malgré la douleur locale, elle n’attacha aucune importance à ce menu fait et continua de vaquer à ses occupations. Mais au bout d’une heure environ, il survint du malaise, des fourmillements généralisés, avec sensation de prurit, des vertiges, des nausées, enfin une syncope, suivis de convulsions cloniques et toniques: des membres, du trimus, de la contrietion du pharynx et du thorax et, corrélativément, une grande ‘gêne respiratoire, Un œdème douloureux s’étendait sur tout le thorax et le membre piqué.

Ces accidents d’allure #étanique se reproduisirent pendant tout l’après-midi, alternant avec des périodes de céphalée et de stupeur. La malade, immobile, angoissée, ne pouvait ni remuer, ni parler, ni avaler. Le pouls était faible et rapide. C’est dans cet état que nous la trouvàmes quand nous fûmes, vers minuit, appelée auprès d’elle -— 14 heures s'étaient passées depuis le début de l'accident. ï

Nous fimes aussitôt une injection hypodermique d'huile camphrée et une autre d’eau salée physiologique. Au bout de 25 à 30 minutes, la malade sortit de sa stupeur et put répondre par des signes des paupières- aux quelques questions simples que nous lui posâmes, Les contractures s’affaiblirent et, corrélativement, le pouls et la respiration, sans être normaux, reprirent un rythme plus rassurant.

Vers 2 heures du matin, la phase la plus critique de lenvenimation était passée.

Néanmoins, la malade resta encore toute la nuit et toute la matinée dans la somnolence et l'indifférence, sans que de nouvelles crises convulsives se produisent ; la déglution ne devint possible que dans l’après-midi et, malgré un régime approprié de désintoxication, le retour à la normale exigea environ une semaine.

DEUXIÈME OBSERVATION rapportée par le Docteur FABRE, due à FRANZINI

IL s’agit d’un amateur d’apiculture qui, en s’occupant d'une ruche, fut piqué par une abeille sous le menton, du côté gauche, et en même temps par une autre à la joue droite,

Te

Il se retire de suite et se promène lentement à travers le jardin, lorsqu'il se sent frappé à la nuque par un groupe de 6 à 8 abeilles. : Re en

La sensation éprouvée fut comparée à celle qu'on ressentirait en recevant un vase d’eau bouillante sur. la tête : ardente brûlure intolérable qui se répand sur tout

Je corps, fourmillement aux extrémités et spécialement

à la plante des pieds, qui semblent au patient avoir subi un frottement énergique d’orties. Sur toute la peau, sensation générale de piqûres d’ épingles.

La bouche s’emplit d’une salive abondante, fait Suivi bientôt de la sensation d’agacement que provoque la mastication d’un fruit trop vert ; la tête est en feu, la vue se trouble, le patient hésite : 2 Va: - il se jeter dans un bain ou rentrer dans sa maison. Fete

Les sensations qu’il éprouve sont si fortes et si étranges qu’il préfère monter chez lui pour avoir du secours. Sa sœur accourt près de lui, il tombe à terre, en syncope.

Quand il revient à lui, il est étendu sur un lit. .Douleurs de ventre atroces, évacuations, vomissements, convulsions. Face très pâle avec taches jaunâtres, les yeux injectés, — la surface du corps aussi rouge qu’ apres un bain trop chaud, hébétude, assoupissement, .COMA. “Le lendemain, il était guéri. :

TROISIÈME OBSERVATION rapportée par L. CORNIL dans le Bulletin de la. Société de Pathologie (13 mars 1917).

Il s’agit d’une femme de 25 ans, s'occupant d'apicul-

dure et qui avait. été piquée de nombreuses fois par. des - abeïlles, sans présenter d’autres symptômes qu une pa-

pule rouge au niveau de la piqüre.

tr ne

Le 1* juin 1916, alors que son hémorrhagie menstruelle venait de débuter, elle est piquée à 10 h. du matin, au dos de la main gauche.

La piqûre ne détermina d’abord qu’une légère douleur. mais une heure plus tard se produit une crise qui commence par du prurit, d’abord localisé au bras gauche, puis généralisé et suivi bientôt d’une éruption urticarienne siégeant au pli du coude et de laine, puis sur tout le corps. Quelques placards érythémateux, avec phlyetènes, se produisent ensuite aux plis de flexion.

Le visage est congestionné, les conjonctives injectées ; il se produit de l’œdème des paupières et des lèvres. La malade est prise de nausées, sans vomissements ; puis apparaît de la dyspnée qui augmente et qui s’accompagne d'angoisse. À 11 h. 45, syncope. Quand la malade reprend connaissance, l’érythème, l’æœdème de la face.et la dyspnée persistent ; le pouls est rapide et petit.

À 12 h. seulement apparaît l’œdème à la main piquée — céphalée vive,

A 13 h., disparition progressive des symptômes dans l’ordre bat : des placards érythémateux, de Purticaire, de l’æœdème de la face, enfin de la dyspnée.

À 15 h., seuls persistent une céphalée légère et un peu d’œdème local.

Observation de cas mortels car, dans certaines circonstances, on a vu la réaction générale aboutir à la mort.

PREMIÈRE OBSERVATION DE CAS MORTEL rapportée par le « Progrès Médical »,.

Le « Progrès Médical > a emprunté le cas suivant aw Journal < Le bonhomme normand >, du 20 juillet 1899 :

SAS 2 © L'abbé Nottelet, 71 ans, procédant à la récolte du mie de ses ruchers, fut assailli par une nuée d’abeilles qui le piquèrent, Quelques heures plus tard, on le trouvait étendu sans connaissance auprès de ses ruches. Il mourut le lendemain.

DEUXIÈME OBSERVATION, rapportant un cas analogue

A Quincey, près de Nuits-St-Georges, le 8 mars 1902, un homme de 45 ans, M. Bordeau, a été semblablement piqué au cou en recueillant le miel de ses ruchers. Les souffrances très vives arrachant des cris au blessé, attirèrent les voisins qui s’efforeèrent de calmer le patient, lequel mourut avant l’arrivée du médecin.

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