HUITIÈME EXPÉRIENCE
Trois injections d’eau commune , suides chacune seulement d’un frisson de courte duree. — Injection de 7 grammes d’urine : frisson; rétablissement complet en moins de vingt-quatre heures. — Injection de /\ grammes de sérum de pus mêlé d 6 grammes d'eau .- frisson d’une demi-heure , soif vice; vomissements répétés; rétablissement au bout de six heures. — Injection de 4 grammes de sulfure de mercure en poudre fine agitée dans Veau au moment de V injection ; chute subite , avec renversement de la tête en arrière; mouvements convulsifs , puis frisson intense ; rétablissement en moins de vingt - quatre heures. — Nouvelle injection d’urine, rétablissement. --Injection de 4 grammes de sulfate de plomb récemment précipité , lavé et délayé dans l’eau. — Mort instantanée. — A V ouverture , faite immédiatement , l’oreillette droite se contractant encore, on trouve les quatre cavités du cœur, les gros troncs veineux distendus par des caillots bien formés de sang amalgamé avec le sulfate de plomb ; tous les capillaires pulmonaires injectés de sulfate de plomb , et plusieurs noyaux rouges dans le tissu des poumons , avec sulfure de mercure reconnaissable dans leur épaisseur.
Chien griffon, d’assez petite taille, très alerte, s’élançant vivement d une table à l’autre, et mordant quand on le veut prendre.
Le 7 septembre i843, à 4 heures du soir, i5 grammes d’eau commune sont injectés par la veine saphène externe droite.
Le 8, à q heures du matin, on pousse encore dans la même veine deux injections d’eau commune, de 1 5 grammes chaque T sans obtenir d’autre phénomène qu’un frisson léger et de courte durée.
A 10 heures, on introduit dans la saphène externe de chaque jambe une petite cheville de bois qu’on laisse à demeure. Après cette opération, l’animal boite, et a beaucoup de peine à marcher.
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Le 9, il marche bien, joue, caresse, et paraît bien portant.
A3 heures i5 minutes, injection, par la saphène interne, de 7 grammes d’urine d’homme venant d’être rendue.
A 3 heures 3o minutes, frisson.
Le 10, il mange, saute, joue avec les autres chiens, et parait bien rétabli.
A midi, on essaie une nouvelle injection d’urine parla même veine cjue la veille; mais le liquide passe dans le tissu cellulaire delà cuisse. — L’animal tient longtemps cette cuisse roide, suspendue, n’osant s’appuyer sur le sol. Il ne se couche pas et dort debout.
Le 1 1, il est rétabli, mange et joue avec les autres chiens.
Le 1 3, à 8 heures 55 minutes, on injecte par la veine saphène interne gauche 4 grammes de sérum de pus filtré et mêlé à 6 grammes d’eau. Le pus qui a fourni ce sérum était de couleur lie de vin et provenait d’abcès multiples développés sur un autre chien.
A g heures, frisson très marqué; l’animal reste debout à la même place, et tremble de tout son corps.
A g heures i5 minutes,, il cherche le soleil, et s’y tient debout; il a des bâillements et des hoquets.
A g heures 20 minutes, le frisson diminue.
A 9 heures 3o minutes, il a cessé complètement. L’animal boit alors une assez grande quantité d’eau.
De g heures 3o minutes à 1 1 heures, il a une selle et vomit la soupe qu’il avait mangée le matin.
A 11 heures 45 minutes, il boit à deux reprises et vomit ensuite un liquide glaireux incolore. — Il demeure au soleil.
A 1 1 heures 5o minutes et à 1 1 heures 55 minutes, il boit de nouveau, reste, après la seconde fois, deux minutes debout, se couche un instant, puis se lève, et gagne le coin du mur comme pour y vomir ; mais il ne vomit pas, et revient se coucher au soleil.
A midi, vomissement de liquide aqueux.
A midi io minutes, il vient boire, retourne au coin du mur, où il demeure un instant comme dans l’attente du vomissement, et revient se coucher au soleil sans avoir vomi.
A i heure i5 minutes, il boit encore et se remet aussitôt après au soleil.
A i heure 3o minutes, il boit de nouveau, mais en petite quantité. Il donne plusieurs coups de dent à une chienne qui. le provoque à jouer, et va reprendre sa place au soleil.
A 2 heures i5 minutes, émission d’urine abondante. Il est moins affecté, et commence à rendre les caresses.
A 2 heures 4o minutes, nouvelle émission d’urine : il est plus caressant.
A 3 heures io minutes, une selle bien liée.
A 3 heures 20 minutes, il ne paraît plus affecté; il joue avec les autres chiens, qu’il est le premier à provoquer.
Le 1 4, il est complètement rétabli.
A midi, on injecte dans la veine 4 grammes de sulfure de mercure en poudre fine, agité, au moment de l’injection, avec de l’eau. Un peu d’air pénètre en même temps. — A peine une minute s’est écoulée, que l’animal tombe , la tête renversée en arrière, demeure ainsi vingt à trente secondes, se lève ensuite et reste debout, éprouvant de minute en minute une contraction musculaire qui fléchit les lombes et rapproche le train postérieur du train antérieur.
A midi 25 minutes, il est encore debout, agité d’un tremblement intense; une bave filante découle de ses mâchoires.
A 1 heure 5 minutes, le frisson dure encore; on cesse de l’observer.
Le i5, il mange, caresse et joue avec les autres chiens. On le laisse reposer les jours suivants.
Le soir du 20, une chienne soumise à l’injection du pus dans les veines ayant été mise dans la même chambre que lui, il devient si bruyant qu’on est obligé, pour faire cesser ses cris d’impatience, de lui faire une injection d’urine dans la veine
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saphène interne; il devient calme immédiatement après, demeure un peu moins alerte le 21, mais recommence, le 22 au matin, les mêmes cris d’impatience.
A 1 1 heures du matin, on injecte dans l’une des veines du pli du coude 4 grammes de sulfate de plomb récemment précipité, lavé et délayé dans 4 grammes d’eau commune. A peine cette injection est- elle achevée, que l’animal renverse la tête en arrière, pousse des cris perçants, et expire en moins de trente secondes.
\J ouverture est faite immédiatement, et, moins de deux minutes après la mort, on voit le ventricule droit du cœur distendu par un caillot bien formé dans l’épaisseur duquel on aperçoit line grande quantité de sulfate de plomb blanc, comme amalgamé avec le sang. Ce ventricule ne se vide pas quand on y fait une incision : une partie du caillot se présente et fait un peu hernie à travers l’ouverture qu’elle bouche. L’oreillette droite est remplie par un semblable caillot; elle a des contractions manifestes, mais seulement dans son auricule. Après qu’on a pratiqué une ponction avec le bistouri, une partie du caillot se présente à l’ouverture comme plus haut, mais il s’échappe aussi un peu de sang noir liquide. Alors les contractions deviennent manifestes dans le corps de l’oreillette et dans quelques lignes d étendue du bout des veines caves. Le ventricule gauche a des contractions très manifestes, succédant immédiatement à celles de l’oreillette droite, la seule qu’on aperçoive. Ce ventricule contient un caillot ou amalgame de sang et de sulfate de plomb qui n’occupe pas toute sa capacité. Des caillots semblables distendent les veines caves supérieure et inférieure ainsi que l’azygos.
En examinant la surface du cœur, on aperçoit sous la séreuse un assez grand nombre de vaisseaux extrêmement fins, remplis de sulfate de plomb, que la couleur blanche fait distinguer très facilement. Lorsqu’on coupe le ventricule gauche, on voit dans
son épaisseur de semblables vaisseaux injectés par le sulfate de plomb.
Tous les capillaires pulmonaires, à la surface et dans l’épaisseur du tissu, sont injectés de sulfate de plomb blanc. On se fait difficilement une idée de la multiplicité et de la ténuité de cette injection.
Les lobes pulmonaires sont adhérents entre eux. Ils offrent plusieurs noyaux durs, imperméables, variant du rouge brun au rouge clair. La coupe de ces noyaux fait voir dans leur épaisseur des points rouges plus marqués, qu’on enlève avec la pointe du bistouri et qu’on reconnaît pour de très petites masses de vermillon. Les plèvres sont saines, ainsi que le péricarde.
L’estomac contient une petite quantité de matières alimentaires réduites à l’état de pâte; sa surface interne, revenue sur elle-même, présente une multitude de replis de la membrane muqueuse, qui est partout d’un blanc grisâtre et très ferme. Il y a des matières vertes dans le duodénum, de petits’ vers cylindriques vivants dans l’intestin grêle, dont la partie supérieure est parsemée de plaques rouges par l’injection seulement de ses villosités.
Les veines sus-hépatiques sont pleines de caillots de sang amalgamé avec le sulfate de plomb; — la rate est criblée de petites granulations blanchâtres arrondies; — les reins n’offrent rien de particulier; — le cerveau est dans l’état normal : on ne peut y découvrir à l’œil nu la moindre trace de sulfate de plomb; l’aorte et les gros troncs veineux conservent leur couleur naturelle. On cherche en vain les deux cylindres de bois introduits dans les veines pendant la vie.
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