NEUVIÈME EXPERIENCE
Injection de i5 grammes de lait dans la veine saphène. — Au bout de dix minutes , frisson ; malaise ; gémissements ; huit vomissements dans l’espace d’une heure quarante- cinq minutes ; rétablissement en moins de quarante-huit heures. — Injection de 1 3 grammes de mercure métallique. — Au bout de vingt minutes , frisson) vomissement ; toux ; raie entendu a distance ; amélioration passagère ; refus constant des aliments ; diarrhée avec innombrables globules mercuriels mêlés aux excréments. — Mort le vingt- deuxième j our après l’injection de mercure. — A l’autopsie , poumons farcis d’une multitude de petits noyaux blanchâtres , avec un globule de mercure a leur centre ; nombreux globules mercuriels dans l’estomac, l’intestin grêle et le gros intestin.
Chien noir, d’assez petite taille, très gras, très gai, jouant continuellement.
Le 7 septembre i843, à midi 55 minutes, injection de i5 grammes de lait pur dans la veine saphène externe droite. — L’animal, détaché aussitôt après, fait quelques pas et tombe par terre, où il demeure étendu sans remuer quand on l’appelle, mais chassant les mouches qui se posent sur lui.
A 1 heure 5 minutes, le train de derrière est agité par un léger tremblement.
A 1 heure 3o minutes, le tremblement se généralise.
A 1 heure 4° minutes, le tremblement devient très prononcé; l’animal est alors étendu dans toute sa longueur sur le côté droit, complètement insensible aux caresses, et refusant de boire un peu de lait qu’on lui présente.
A 1 heure 45 minutes, il manifeste un malaise général, se traîne, se retourne dans tous les sens en poussant quelques gémissements. Le frisson continue.
A 2 heures i5 minutes, trois vomissements, le premier sans efforts, les deux autres précédés d’efforts : les matières vomies
sont liquides, un peu colorées parle sang qu’il a avalé en léchant sa plaie.
A 2 heures 20 minutes, deux nouveaux vomissements de liquides glaireux sur lesquels l’animal s’assied.
A 2 heures 4° minutes, trois autres vomissements de liquides glaireux, cette lois un peu colorés en vert: le frisson est toujours intense. — -On quitte l’animal.
Le 8, il est encore malade, demeure couché, refuse de manger et de jouer avec une jeune chienne qui le provoque à chaque instant.
Le q au matin, il parait complètement rétabli; il mange, caresse, saute et joue avec les autres chiens.
Le 10, l'animal paraissant être en aussi bonne santé qu’avant l’expérience, on pousse i3 grammes de mercure pur par la veine saphène externe de l’autre membre.
Cette injection , pratiquée à midi 3o minutes , ne produit d’abord aucun phénomène remarquable : il conserve toute sa gaieté, joue , et lèche sa plaie de temps en temps. Il se couche ensuite.
A midi 5o minutes, il est pris d’un frisson cpii devient de plus en plus marqué.
A 1 heure i5 minutes, il survient une toux assez fréquente, mais qui semble calmée à 2 heures i5 minutes, époque où le frisson dure encore.
A 3 heures, vomissement. — On cesse d’observer.
Le 11, à 1 heure 3o minutes, on le trouve couché, abattu; il vomit des matières liquides jaunes. Sa respiration est ronflante; il tousse par moments.
Le 12, il reste couché tout le jour sans bouger de place, même lorsqu’on l’arrose avec de l’eau. Il tousse de temps en temps, parfois cette toux s’accompagne d’efforts de vomissement qui n’amènent rien. On entend parfois à distance un peu de râle qui se produit dans l’expiration. — Refus de prendre des aliments.
RECHERCHER LES CAS
Le i3, on le trouve couché, encore plus abattu que la veille; on ne l’a pas encore vu boire; il refuse de manger, tousse assez souvent, et avec efforts dej vomissement ; le pouls et la respiration sont rapides; de temps en temps, du râle se fait entendre à distance; l’oreille appliquée sur la poitrine ne perçoit qu’un peu de gémissement vers le sternum; les battements du cœur ne s’accompagnent d’aucun bruit anormal distinct. — Emission assez abondante d’urine claire un peu jaune.
A i heure 45 minutes, léger frisson ou tremblement de i5 minutes de durée.
A 2 heures 5 minutes, il se lève, va boire dans un vase plein d’eau, urine ensuite, tousse en faisant des efforts de vomissement qui amènent avec un peu d’eau un mucus opaque, blanchâtre, comme dans la bronchite. — La toux, au lieu de se calmer, semble devenir plus fréquente; on ausculte de nouveau, mais l’on ne perçoit aucun râle.
A 3 heures i5 minutes, il a une selle liquide très peu copieuse, boit encore un peu d’eau, et retourne dans la cour, où il fait des efforts impuissants de défécation. — On cesse d’observer.
Le i4, il boit et urine abondamment à i heure 3o minutes ; son état s’est amélioré depuis hier.
Cette amélioration semble faire des progrès jusqu’au 25; l’animal marche, redevient un peu caressant; mais il refuse de manger et maigrit considérablement.
Les 25 et 26, l’abattement , la faiblesse, se prononcent davantage; les yeux sont chassieux; il y a de temps en temps un peu de tremblotement ou frisson. L’animal a cessé tou t-à-fait d’étre caressant. J1 a une diarrhée jaunâtre, et ne sort plus pour rendre ses excréments, qui sont chaque fois en petite quantité; en les examinant de près, on y reconnaît une foule de globules mercuriels extrêmement fins.
Les jours suivants, il refuse toujours de manger; l’exténuation fait des progrès.
Le ier octobre, elle semble portée au dernier degré : il ne se lève plus quand on l'appelle, ne donne aucun signe de sensibilité aux caresses, ne soulève pas même la tête quand on le flatte avec la main. La diarrhée continue : il rend chaque fois quelques gouttes de liquide jaune-roussâtre, au milieu duquel on reconnaît sans peine et delà manière la plus évidente une foule de très petits globules de mercure.
Le 2, on le trouve mort sur son lit de paille, et replié sur luimême comme s’il s’était éteint, à la même place et dans la même position où on l’avait laissé la veille.
Ouverture le 3 octobre, à 1 1 heures du matin.
Cadavre émacié ; muscles pâles et coriaces. — Les veines saphènes ont été complètement coupées par les ligatures appliquées après chaque injection. Le bout inférieur est assez volumineux et plein de sang liquide jusqu’à son extrémité , qui se termine brusquement en cul-de-sac arrondi. On a quelque peine à retrouver le bout supérieur près de la cicatrice de la plaie : il est aminci , et la veine, d’un calibre beaucoup moindre qu’au bout inférieur, ne renferme aucun caillot.
On n’aperçoit aucun globule mercuriel dans le réseau veineux sous-cutané, ni dans l’épaisseur ou à la surface des muscles. Les glandes salivaires n’en contiennent pas ; les gencives n’offrent rien d’insolite. On trouve des dents de lait soulevées par les dents permanentes, qui sont visibles sous les premières. Le péritoine est sain; on ne découvre aucun globule mercuriel à sa surface. La rate est très petite, de couleur ordinaire, un peu flasque, point friable, point ramollie, semblant même avoir pris un peu de l’état coriace. Le foie, de couleur ordinaire à sa face convexe et dans la plus grande étendue de sa face concave, présente, à gauche de la vésicule, vers le bord tranchant et sur la lace antérieure seulement, une couleur noirâtre qui n’intéresse (pie la couche superficielle; du reste, le parenchyme est sain. — Reins à l’état normal; calices et bassinets pâles; vessie b la nchâtre, du volume d’un gros marron, ne contenant qu’un
RECHERCHER LES CAS
peu d’urine. — Aucun globule mercuriel dans ces divers organes.
Estomac revenu sur lui-même, 11e contenant qu’un peu de mucus qui enduit sa surface interne, plissée au milieu, déplissée et unie au grand cul-de-sac et au pylore. La portion plissée la plus voisine du pylore présente trois taches d’un rouge brun, occupant surtout les replis et pénétrant toute l’épaisseur de la membrane muqueuse; celle-ci, plus mince au grand cul-de-sac, y donne cependant des lambeaux, mais moins fermes que sur d’autres sujets; elle est plus épaisse, plus résistante dans le reste de son étendue.
Dans l’intestin grêle, quatre petits vers arrondis et une petite quantité de matières liquides jaunes roussâtres, sans odeur prononcée. Les plaques de Peyer sont très nombreuses et se reconnaissent, même avant d'avoir ouvert l’intestin , à une agglomération de points comme demi-transparents, visibles à sa surface séreuse. Elles commencent dès le duodénum et se retrouvent tout le long de l’intestin grêle jusqu’à la valvule qui le sépare du gros intestin. Elles sont arrondies ou ovales à la partie supérieure, déprimées plutôt que saillantes, presque demi-transparentes; elles vont en s’allongeant à mesure qu elles descendent, perdent leur demi-transparence, et prennent à la fin de l’intestin une couleur grise plus pâle que la muqueuse voisine ; la dernière a plus d’un décimètre de long, occupe à peu près les deux tiers de la largeur de l’intestin et s étend jusqu’à la valvule iléo-cœcale. Cette plaque fait un très léger relief. 11 n’y a pas de follicules solitaires saillants. Le bord de la valvule iléo-cœcale est d’un rouge assez foncé; le reste de l’intestin grêle est pâle ou à peine rosé. — Le gros intestin est petit, revenu sur lui-même; sa muqueuse offre des plis longitudinaux avec couleur rouge foncé à leur sommet, rouge peu foncé dans leurs intervalles.
Dans tout le tube intestinal (estomac, intestin grêle et colons), on trouve un nombre assez grand de globules mercuriels; les plus gros ont le volume d une graine de navet; les autres sont la plupart d’une extrême petitesse; il en est plusieurs qu’on ne voit
DANS LESQUELS ON OBSERVE LES ABCÈS MULTIPLES. lo3
qu’en regardant attentivement. Les plus gros sont en général noirâtres, comme oxydés à leur surface; les plus petits sont brillants, ont tout l’éclat métallique du mercure. Nous n’en distinguons pas qui soient engagés dans l’épaisseur delà muqueuse. Il en reste une grande quantité sur la main qui a enlevé les mucosités intestinales.
Les plèvres sont saines. Les deux poumons sont farcis d’une innombrable quantité de petits noyaux blanchâtres, indurés, qui tranchent par leur couleur et par leur dureté sur le reste du tissu pulmonaire, qui est rosé et de consistance normale. Ces noyaux ont tous sensiblement un même volume, semblable et à peu près égal à celui d’un gros grain de mil ou d’un petit grain de chènevis. Ils sont entourés tantôt par une injection et une induration rouge légère, tantôt par le tissu sain. Ils sont eux- mêmes formés à l’extérieur par une matière blanche jaunâtre demiconcrète, et au centre par un globule mercuriel d’environ un demi-millimètre de diamètre. Tous les globules, de même que les noyaux, sont sensiblement de même volume. Les noyaux sont également répandus dans toute l’étendue du poumon, et, bien qu’ils soient très rapprochés, ils ne se confondent nulle part pour former des noyaux plus gros. — Ceux des nombreux tuyaux bronchiques qui ont été examinés ne présentaient aucune lésion.
Aucune altération appréciable dans le péricarde et le cœur, dont les cavités droites contiennent du sang noir coagulé.
Les méninges et le cerveau, examinés avec soin , sont à l’état normal.
Toutes les articulations des membres sont ouvertes, et le tissu musculaire découpé par morceaux : on ne découvre nulle part de collection de pus, ni des noyaux d’induration.
RECHERCHER LES CAS