PAR MM
lies Docteurs H. DE CASTELYAi; et F-M. Dl'CREST.
Tous les phénomènes de la nature s’enchaînent et s’éclairent mutuellement, et celui dont le regard en embrasse un plus grand nombre est aussi celui qui peut se faire la meilleure idée des lois qui les régissent.
Si nous n’avions consulté que la disposition actuelle des esprits, relativement au sujet proposé par l’Académie, nous aurions pu prendre pour synonyme d'abcès multiples les abcès métastatiques tels que les a entendus Dance, et suivre la marche
(I) L’époque fixée par l’Académie royale de médecine pour la remise des mémoires destinés au concours des prix nous a mis dans la nécessité de lui livrer notre travail avant qu’il fût complètement achevé: aussi ne nous serions-nous pas décidés à le publier, si l’Académie, en lui accordant un encouragement dans sa séance publique du 17 décembre 18AA, ne l’eût elle-même jugé digne de figurer dans le recueil de ses travaux.
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qu’ont généralement suivie ceux qui ont abordé l’étude de ces derniers abcès; mais nous avons cru devoir comprendre autrement l’étude des abcès multiples, et nous avons cherché à ébaucher dans tout son ensemble le vaste plan qu’elle embrasse. Deux raisons nous ont engagés à agir ainsi : la première, c’était d’abord de nous conformer rigoureusement à la lettre, et probablement aussi à l’esprit du programme de l’Académie; la seconde, c’est qu’une semblable manière de procéder, sans rien ôter à la prééminence de la question capitale, celle des abcès métastatiques proprement dits, nous semblait devoir l’environner d’une foule d’autres questions si lucides, que leur vive clarté rejaillirait sur elle, et dissiperait toute l’obscurité dont elle a été enveloppée jusqu’à ce jour. Si, comme nous osons l’espérer, nous sommes assez heureux pour être arrivés à un résultat aussi désirable, c’est à l’Académie qu’en devra revenir le principal mérite; car on l’a dit depuis longtemps : une question bien posée est a moitié résolue. Or, il n’est pas douteux, selon nous, que si tous ceux qui ont abordé la même étude que celle à laquelle nous allons nous livrer avaient oublié pour un instant la dénomination d’abcès métastatiques pour se bien pénétrer de celle d’abcès multiples , ils ne fussent arrivés avec plus ou moins de promptitude, mais inévitablement, à une solution exacte du problème.
Après les explications dans lesquelles nous venons d’entrer sur la manière dont nous envisageons notre sujet, nous pourrions sans doute nous dispenser de déterminer plus rigoureusement la nature des laits que nous ferons entrer dans notre cadre; toutefois, ne fut-ce que pour nous conformer à un usage qui a reçu la sanction générale, nous allons essayer de définir ces faits, sans attacher à notre définition plus d’importance que n’en mérite toute définition en général, et en laissant à la suite de notre travail le soin d’éclaircir ce qu’elle pourrait laisser d’obscur ou d'incomplet dans l’esprit de ceux qui la liront.
Joutes les fois que deux ou plusieurs abcès se développent si-
multanément ou successivement ( mais dans ce dernier cas à des époques très rapprochées ), sans que ces abcès trouvent leur raison d’existence ^s oit dans des violences traumatiques exercées sur les points ou ils se développent, soit dans le voisinage ou V extension d’un foyer inflammatoire ( tel cpae ï érysipèle phlegmoneux ), soit dans des fusées purulentes provenant cl’un foyer unique ou d’une infiltration de liquides dans les tissus ( abcès par congestion, abcès urineux, etc.), cès abcès seront considérés par nous comme des abcès multiples.
Ainsi compris, on peut dire que les abcès multiples ont été observés dès les temps le plus reculés de la médecine : Hippocrate les désigne dans plusieurs passages de ses écrits, entre autres dans les suivants :
« Dans les fièvres de long cours, il survient des abcès aux ar- » ticulations ; et si cela arrive, ce n’est pas sans avantage. » {Prénotions de Cos , ch. ï.)
« Tous ceux qui, à la suite de péripneumonie, ont aux a oreilles ou aux parties inférieures des dépôts cpii suppurent et » deviennent fistuleux, sont sauvés. » ( Prén . de Cos , ch. XVII.)
« A la suite d’un causas , s’il ne se fait pas de dépôts purulents » vers les oreilles, on n’est pas entièrement délivré. »(/c/., ch. I.)
Dans le livre 1 II (ï) des épidémies, il rapporte que presque tous les malades dont l’érysipèle aboutissait à des suppurations réchappaient. Dans le même livre, il mentionne vaguement les tumeurs aux aines, qu’il semble spécifier davantage dans cet aphorisme: «Les fièvres nées sur bubons sont toutes mauvaises (2).»
Enfin, le chapitre V des Prénotions de Cos , qui est entièrement consacré aux parotides, témoigne surabondamment que le père de la médecine avait vu nombre d’abcès multiples. Mais si le père de la médecine a constaté des abcès multiples, il serait difficile aujourd’hui de dire dans quelles maladies il les a observés, de quels phénomènes pathologiques précis ils ont été
(1) Quatrième constitution.
\2) Œuvres d’Hippocrate, tract, par E. Littré, Aphorisme 55, ive sect. , t. IV, p. 523.
accompagnés, tant ses indications sont vagues, son diagnostic peu en harmonie avec les progrès actuels de la science. Ses successeurs, Galien, Celse, Cœlius Aurelianus, Zacutus Lusitanus, etc., tout en reproduisant les observations d’Hippocrate, ont été aussi obscurs que lui, et ce serait faire une énumération stérile que de transcrire ici tous les passages dans lesquels ces auteurs ont consigné des exemples d’abcès multiples. Nous avons cru qu’il serait préférable, profitant des progrès successifs de la médecine, de classer d’après ces progrès tous les cas d’abcès multiples que nous avons trouvés consignés dans la science, cette classification devant nous être éminemment utile dans l’appréciation des doctrines qui ont été émises sur la pathogénie de ces abcès.
Peste. — Tous les auteurs qui ont écrit sur cette affection ont tellement insisté sur les bubons, qui en sont un des symptômes les plus constants, qu’il serait inutile de faire ici des citations particulières. Nous ajouterons seulement que ces suppurations ne sont pas les seules qu’on ait constatées dans la peste, et que les parotides ont aussi été constatées dans un certain nombre de cas, ainsi que d’autres tumeurs que les auteurs désignent sous le nom de charbons , et dans lesquelles on peut reconnaître quelquefois des abcès de mauvaise nature.
Typhus. — Les parotides suppurées, les bubons, les furoncles, les dépôts purulents sur différentes parties, sont indiqués dans presque tous les auteurs qui nous ont laissé des descriptions des épidémies de typhus; nous pourrions en citer un grand nombre, nous nous bornerons aux suivantes : Roboreto ( Epid . de Trente , iôqi), Home ( Epid . d’Oxford, i643), Bonté ( Épid . de Coutances, 1 778), Reil [Epid. de Hall 1787), Batt [Epid. de ’Yice, 1 799)5 Barzelotti [Epid. Grossetto, 1801), J. Grigor [Epid. de Portsmouth , i8op), Breslau [Epid. de JHilna , 1 8 1 3), Carron [Epid. d' Annecy, 181 4).
Fièvre jaune. — Quelques auteurs rapportent que la fièvre jaune d’Amérique s’accompagne quelquefois de bubons et de
parotides : cependant M. Roclionx (art. Parotides , du Dict. en 25 vol.) rapporte qu’il n’a jamais constaté un seul cas de tumeur parotidienne pendant tout son séjour dans les Antilles. On peut donc considérer la question comme étant encore douteuse; et s’il existe des exemples authentiques d’abcès multiples à la suite de la fièvre jaune, ces exemples sont au moins excessivement rares; ce fait est du reste d’accord avec l’opinion dominante maintenant, grâce aux travaux du célèbre et vertueux Chervin, qui considère cette affection comme empoisonnement paludéen, car on sait que les abcès n’ont peut être jamais été constatés à la suite des fièvres intermittentes.
Dysenterie. — Voici cc qu’on lit dans la relation que Zimmermann nous a laissée sur l’épidémie dysentérique qui ravagea une partie de la Suisse et de l’Allemagne en 1^65: « Les malades » attaqués le plus dangereusement furent pris de fièvre miliaire.
» Ils eurent en même temps des abcès sur le corps, lorsque la » maladie était montée au dernier période, s’ils avaient négligé » les évacuations nécessaires. » — « Quelques uns de ceux qui ne » furent pas pris de la maladie où elle régna, mais qui avaient » soigné les malades ou demeuré dans les mêmes maisons qu’eux, » furent attaqués, après l’épidémie, de nombre d’abcès à la poi- » trine, sous les bras, aux genoux et aux jambes; quelques uns » en eurent même sur la tête et par tout le corps; d’autres eu- » rent des vessies blanches au lieu d’abcès. » (Zimm., Traité de la dysent., cliap. Jl.)
Depuis l’illustre épidémiographe, quelques rares auteurs ont parlé de collections purulentes qui se formaient à la suite de certaines dysenteries; mais aucun n’a formulé ses assertions aussi catégoriquement que lui , en sorte qu’on reste fort indécis sur le nombre et le siège de ces collections.
Fièvre typho'ide. — Si l’on admettaitavec plusieurs auteurs que les épidémies catarrhales décrites dans le siècle dernier fussent autant d’exemples de fièvre typhoïde, il faudrait admettre aussi que cette fièvre s’accompagne assez souvent d’abcès multiples.
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Rœderer et Wagler signalent, dans leur histoire de la fièvre muqueuse, des taches blanches sur la rate renfermant du pus dans leur intérieur; Sarcone parle d'abcès qui se manifestèrent à l’intérieur et à l’extérieur pendant l'épidémie de Naples. Dans les auteurs plus récents, on ne rencontre que de très rares exemples d’abcès dans la véritable fièvre typhoïde, et dans l’ouvrage de M. Louis (i) en particulier, un seul cas de parotide (et encore la parotide était unique) se trouve relaté. Cependant, d’après nos propres observations, nous serions portés à admettre que, sans être très fréquents, les abcès multiples ne sont cependant pas extrêmement rares dans la fièvre typhoïde. Voici un des cas que nous avons eu occasion d’observer, et qui nous paraît intéressant à plus d’un titre.
Fièvre typhoïde très grave. — V ers le trentième jour de sa durée otite purulente et parotide. — A partir de cette époque, abcès qui se succèdent en différentes parties des membres et du tronc jusqu’au troisième mois. — Guérison.
Cachat, âgée de quinze ans, giletière, cheveux châtains, yeux bruns, peau brune, médiocrement développée pour son âge, non réglée, entra à l’hôpital Beaujon, n° 3o4 , le io juillet i84a.
Cette jeune fille, d’une assez bonne santé habituelle , n’ayant jamais fait de maladie grave, commença à éprouver un peu de céphalalgie et de douleurs au ventre huit jours avant son entrée à l’hôpital ; bientôt il s’y joignit un malaise général de plus en plus prononcé; et enfin , au bout de six jours, une diarrhée d’intensité médiocre.
Quand la malade fut pour la première fois soumise à notre observation, son faciès était empreint d’un caractère de stupeur assez prononcé; ses réponses étaient lentes, assez difficiles à
'1) Recherches sur la fièvre typhoïde. 2° édition. Paris, 1841.
obtenir. Peu de céphalalgie; langue rouge, humide, avec léger enduit au centre; abdomen partout douloureux, plus à l’épigastre et à la fosse iliaque droite qu’ailleurs; météorisme médiocre; trois selles depuis hier; deux taches lenticulaires; sueur assez abondante pendant la nuit; pas de sudamina; étourdissements quand la malade se met sur son séant; pas de bourdonnements; un peu de dureté de l’ouïe; prostration assez grande. — Orge miell.; pot. gomm. avec émétique o,o5; cat. émoll. sur l’abdomen; diète (i)„
Le même traitement, auquel on associa l’eau de Sedlitz, fut continué jusqu’au s3 juillet; les symptômes allèrent graduellement en croissant, et avaient acquis à cette époque à peu près le plus haut degré que I on puisse imaginer ; ils persistèrent ainsi, sans modifications bien sensibles, jusqu’au 28. Ce jour-là notre malade se plaignit de douleurs dans l’oreille droite, et l’inspection fit découvrir une légère tuméfaction surmontée de rougeur au-dessous du lobule de l’oreille, entre l’apophyse mastoïde et la mâchoire inférieure ; on ne voyait rien dans l’intérieur du conduit auditif, bien que ce fût surtout là que les douleurs se faisaient sentir.
Le 29, l’état de la malade semble un peu amélioré; un écoulement purulent assez abondant a eu lieu cette nuit par le conduit auditif droit, et a continué encore ce matin; les douleurs ont cessé dans ce conduit; elles persistent , au contraire, ainsi que le gonflement, au-dessous du lobule; la rougeur s’est même étendue sur toute l’apophyse mastoïde. — Les symptômes généraux restent à peu près les mêmes.
Le 3 1 , la douleur, la rougeur et le gonflement ont beaucoup diminué au-dessous de l'oreille.
Le 1e1 août, ils ont presque entièrement disparu ; mais pendant toute la nuit, la malade s’est plainte d’une vive douleur d’ans le
(1) Nous croyons devoir supprimer les détails de l’observation, que nous possédons intégralement, pour ne pas allonger inutilement ce qui nous paraît nécessaire ; il nous suffit d’avoir suffisamment motivé le diagnostic.
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genou gauche. Ce matin, on trouve la partie postérieure de ce genou empâtée, très douloureuse à la pression, sans rougeur; la partie antérieure est à peu près normale; la jambe est demifléchie, et ne peut exécuter le moindre mouvement sans faire éprouver des douleurs atroces. - — Douze sangsues au jarret malade.
Le 2, les douleurs et le gonflement sont moindres au jarret; ils ont entièrement disparu à l’oreille; les mouvements de la jambe, sans être faciles ni complètement exempts de douleur, sont cependant possibles. L’amélioration de l’état général se manifeste seulement par une plus grande facilité de la parole, la prostration persistant au même degré, et les excrétions étant rendues sans conscience.
Le 3, encore un peu d’amélioration au jarret; cessation complète de l’écoulement par l’oreille.
Le 5, le gonflement du jarret ressemble à un œdème circonscrit; il est indolore, même à la pression; mais, depuis hier au soir, il s’est manifesté une douleur assez vive à la main et à l’épaule gauche, ainsi qu’à l’avant-bras droit. Ce matin, on trouve ces parties dans l’état suivant : toute la face dorsale de la main gauche est tuméfiée, en cône très obtus, rouge, douloureuse à la pression, offrant une fluctuation obscure; l’épaule du même côté est douloureuse, sans gonflement bien notable, sans rougeur; les mouvements y sont impossibles; l’avant-bras droit, à sa partie antérieure et inférieure, offre une tuméfaction de deux pouces de long sur un et demi de large, rouge partout, mais plus à son centre qu’a illeurs, donnant la sensation d’une fluctuation manifeste et assez superficielle. — On met seulement quatre sangsues sur l’épaule gauche, vu l’extrême faiblesse de la malade.
Le 6, la douleur de l’épaule est un peu moindre; le gonflement de la main a gagné un peu du côté du poignet; celui de l’avant-bras est pluseonoïde, et offre une fluctuation encore plus superficielle qu’hier. — Cat. émoi, sur les tumeurs.
Le 7, à peu près même état: seulement, la fluctuation, qui était obscure, est manifeste sur le poignet et la face dorsale de la main gauche. — Faciès de mieux en mieux.
Les douleurs , sans cesser d’exister dans les points signalés, se sont portées sur l’épaule droite et le coude du même côté; sur cette dernière partie, il y a une tuméfaction du volume d’un œuf de pigeon , rouge et sans fluctuation évidente; la fluctuation semble un peu diminuée à l’avant-bras droit et au poignet gauche.
Le g, le coude droit est évidemment fluctuant; la fluctuation est superficielle, et ne paraît nullement avoir de rapports avec l’articulation; diminution delà fluctuation et affaissement des tumeurs du poignet et de l’avant-bras; apparition d’une tumeur nouvelle au poignet droit et à la partie supérieure du sternum. — Etat général meilleur; la malade demande des bouillons qu’on lui accorde.
Le 11, fluctuation très évidente sur le coude droit et le sternum; disparition de celle de l’avant-bras droit et du poignet gauche, o,ù il reste seulement un peu de rougeur et d’empâtement. Douleurs nouvelles sans gonflement dans les deux genoux, particulièrement en arrière. — La malade paraît prendre un peu de force; cependant les excrétions sont toujours involontaires. — Deux potages.
Le 12, à peu près même état des parties indiquées, avec cependant un peu d’amélioration sous le rapport des douleurs. Une tuméfaction très large, mais peu élevée, s’est manifestée sur le sacrum, et la malade, depuis cette nuit, 11e peut plus garder la position dorsale; d’un autre côté, les deux trochanters étant un peu excoriés, on est obligé de la coucher sur le ventre.
Le 1 5 , une fluctuation évidente peut être perçue sur le sacrum dans une étendue arrondie de plus de 7 centimètres de^ diamètre; la peau qui recouvre l’abcès n’est rouge qu’à son centre ; elle est peu douloureuse à la pression. La plupart
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des autres tumeurs sont plus ou moins améliorées; la fluctuation ne persiste qu’au coude droit et au sternum, où elle s’est étendue vers l’extrémité interne de la clavicule droite.
Le 1.9, la malade est à peu près dans le même état: seulement, l’appétit se développe; elle demande et on lui accorde un dixième de portion, malgré une diarrhée opiniâtre qui produit deux selles
par jour. ,
Le s5, on constate une légère diminution de l’abcès du sacrum, ainsi que de ceux du coude et du sternum. Toujours décubitus sur le ventre. — Un cinquième.de portion.
Le 3 1 , la tumeur du sacrum est complètement affaissée, sans fluctuation ; il y a seulement une légère rougeur de la pe.au ; celle du coude persiste, quoique diminuée, et celle du sternum reste au même degré.
A partir de ce jour, l’état de la malade s améliore rapidement; elle se lève le 10 septembre, et sort le 27 dans un état d’embonpoint assez satisfaisant; la tumeur du coude n’a disparu complètement que le 10, et celle du sternum persistait encore avec un peu de fluctuation lors de la sortie de la malade.
Variole. D’après Sydenham (. Petites-véroles irrégulières de 1674)1 le petit nombre de malades qui réchappèrent des varioles confluentes furent pris de douleurs atroces suivies de tuméfaction, non seulementaux jambes, mais encore aux cuisses, aux bras et aux épaules, où de vastes abcès se formaient, en sorte que le danger persistait encore plusieurs jours après que la petite-vérole avait cessé.
Boerhaave {Connu, de V. Swicten , t. V, aphor. i4oo), dans ses aphorismes sur la variole, parle, non seulement des abcès multiples, mais encore il indique dans une même table le cortège effrayant des phénomènes qui les accompagnent, et la théorie de leur formation. Ce passage nous a paru trop remarquable pour
que nous ayons pu résister au désir de le rapporter : « Hinc,
» impedimento perspirationis circulationisque, irritatione gene- » ris membranosi et nervosi, absorptu puris in venas , fit fe-
» bris pessimæ indolis cum pessimis symptomatibus; si matœvies » hœc purulent cd sanguini nuxta diii movetur, putrescit; hinc » pro vario delapsu in divers a s corporis partes diros elf’ectus, » vixque snperabiles producit : deliria , phrenitides, anginas, » peripneumonks, pleuritides , vomitus, dysenterias , hepa- » titidem ,apostemata, anthraces,juncturarum tumores yibcessus , » immobilitates, tabem, phtliisim, et in fini ta similia. »
Des suppurations abondantes survinrent à la suite d’une variole dont Stoîl nous a laissé l’histoire [Med. , ch. XII). — Une observation de variole, durant laquelle il se forma des abcès multiples, a été publiée en i838, par M. Ancell/dans les Transactions méd.-chir . , t. XXIII. — -Nous aurions nous-mêmes pu ajouter cà tous ces exemples un beau cas d’abcès multiples survenus à la fin d’une variole confluente, mais nous avons préféré emprunter au professeur Andral celui qui suit, qui nous paraît suffisamment concluant.
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V ariole confluente. Du neuvième au quatorzième jour de l’éruption, développement graduel d’accidents typhoïdes. Mort le quatorzième jour. Nombreux abcès dans le poumon et dans le tissu cellulaire de la région profonde du cou. Rougeur intense de la membrane muqueuse des voies digestives (i).
Un homme, âgé de vingt et un ans, entré à la Pitié le 18 août, est tombé malade le izj. Le 12, il s’était couché bien portant, et avait bien dormi. Le 1 4 , en se réveillant, il se sentit un fort mal de reins ; il se leva cependant, et déjeuna ; mais il ne put pas travailler, Le i5, continuation du mal de reins; alitement. Le malade mange encore; il ne vomit pas. Dans la matinée du 16, l’éruption paraît à la figure, et elle augmente le \q.
Le 18 août, jour où nous voyons pour la première fois le malade, l’éruption est générale, confluente et développée comme
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(1) Andral, Clinique médicale , maladies de l'abdomen, t. I, p. 278, 3° édition.
ia
elle doit l’être le troisième jour. Le mal de reins a disparu depuis le 16; la langue est blanche et humide; des pustules nombreuses couvrent la voûte palatine et le voile du palais; il n’y a aucune salivation. Le malade n’accuse pas de soif’; il a mal à la gorge, seulement depuis une douzaine d’heures. Le ventre est souple et indolent; deux selles un peu moins consistantes que de coutume ont lieu depuis vingt-quatre heures. La voix est un peu enrouée, la respiration libre; il n’y a pas de toux; le pouls ne bat que soixante-quatre fois par minute. (Boissons gommées; diète.)
Le 19 août, quatrième jour de l’éruption, quelques pustules couvrent la langue , dont l’aspect n’a pas changé : il y a eu la nuit un peu de délire. L’état est d’ailleurs le même, si ce n’est que le pouls donne soixante-douze battements au lieu de soixantequatre; on ne compte par minute que seize respirations.
Le 20 août, cinquième jour de l’éruption , le malade se plaint beaucoup de la gorge; sa voix est complètement éteinte; la langue est couverte de pustules; une seule selle a eu lieu. La nuit a été plus calme que la précédente. La fréquence du pouls a encore un peu augmenté : on compte par minute soixante-seize battements artériels et vingt-quatre respirations.
Le 21 août, sixième jour de l’éruption, 1 état du malade 11e présente pas de changement notable; le pouls toutefois s’est encore accéléré. (Quatre-vingt-douze battements par minute, et seulement vingt respirations.)
Les trois jours suivants, l’intelligence du malade se trouble de temps en temps; et, dans un moment de délire, il déchire toutes les pustules de la figure. Il en résulte la formation sur toute la face de nombreuses croûtes noires.
Le 25 août, dixième jour de l’éruption, le délire devient de plus en plus continu; les membres sont agités de petits mouvements convulsifs; ils sont couverts, ainsi que le tronc, de pustules remplies de pus; un masque complètement noir recouvre toute la figure; les yeux s’ouvrent facilement. La
DANS LESQUELS ON OBSERVE LES ABCÈS MULTIPLES. l3
langue est sèche comme un morceau de parchemin; la voix reste complètement éteinte; le pouls bat cent fois par minute.
Du 26 au 29 août, le délire est permanent; les membres sont agités de temps en temps de mouvements involontaires; la langue continue à être très sèche; la fréquence du pouls va toujours en augmentant. Le 28 et le 29 août, la langue est couverte de croûtes noires. Jusqu'au 29, jour de la mort, la plupart des pustules des membres sont encore pleines de pus.
Le malade meurt le 29 août, quatorzième jour de l’éruption, à neuf heures du soir. La veille au soir, il s'était levé seul, et, dans son délire, s’était roulé sur le carreau delà salle.
Ouverture du cadavre le 3o août , a neuf heures du matin. — • Le cerveau et ses annexes ne présentent rien de remarquable. La pie-mère est infiltrée d’un peu de sérosité; les ventricules n’en contiennent qu’une fort petite quantité. La substance grise des circonvolutions est pale, et l’on ne trouve qu’assez peu de vaisseaux apparents dans la substance blanche des hémisphères.
Toutes les veines superficielles et profondes du tronc, des membres et du cou sont examinées avec le plus grand soin; elles n’offrent rien de remarquable, soit dans leurs tuniques, soit dans le sang qu’elles contiennent; il en est de même des vaisseaux lymphatiques et des ganglions auxquels ils se rendent. L’examen des artères donne un résultat également négatif.
Les muscles du cou sont séparés et comme disséqués par du pus, qui infiltre le tissu cellulaire placé entre leurs faisceaux. On trouve une certaine quantité de ce pus épanché entre l’œsophage et la colonne vertébrale.
L’estomac est dilaté par des gaz. Intérieurement, il offre sur ses deux faces un pointillé rouge vif qui réside tout entier dans sa membrane muqueuse, et spécialement dans les villosités de cette membrane; la consistance de celle-ci 11’est ni augmentée ni diminuée. La surface interne de tout l’intestin
grêle et celle de la moitié supérieure du gros intestin est d’un rouge livide des plus intenses; des follicules isolés, assez nombreux, mais petits , existent vers la fin de l’iléon : aucune plaque de Peyer n’est apparente. Le pharynx et l'oesophage sont à l’état sain.
La rate, augmentée de volume, a 6 pouces io lignes de long sur 3 pouces 7 lignes de large, et 19 lignes d'épaisseur; elle est très molle.
Le foie, de volume ordinaire, est peu gorgé de sang; son tissu est ferme. La vésicule contient une bile noire et épaisse.
La membrane muqueuse du larynx est très rouge et érodée en plusieurs points. Une couche pultacée blanchâtre la recouvre.
Les deux poumons sont fortement engoués en arrière. Le lobe inférieur du poumon gauche est comme criblé d’une multitude de petits abcès dont le volume varie depuis celui d’une noisette jusqu’à celui d’une lentille. Chaque incision faite par le scalpel tombe sur plusieurs de ces abcès, tant ils sont multipliés. Les uns sont entourés d’un parenchyme parfaitement sain; autour de plusieurs autres, le tissu pulmonaire est hépatisé. Dans un certain nombre de points, on trouve, au lien d’abcès, de petites masses grisâtres, encore dures, et qui sont évidemment des portions de tissu pulmonaire infiltrées de pus. Le lobe supérieur du poumon gauche ne contient rien de pareil. Dans le poumon droit, on ne découvre qu’un seul point où le tissu de cet organe contient un peu de pus, qui s’y trouve encore à l’état d’infiltration.
Les ganglions bronchiques sont assez développés; mais ils n’offrent rien de remarquable, si ce 11’est que l’un d’eux contient un peu de matière crayeuse.
Le cœur, dont le tissu est ferme et de couleur normale, contient dans ses cavités un sang coagulé, comme de coutume. Un demi - verre de sérosité citrine est épanché dans le péricarde.
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Nous n’avons considéré comme abcès multiples varioliques que ceux qui survenaient hors de la peau ; mais nous devons faire remarquer que Sydenham, Boerhaave, Stoll et beaucoup d’autres auteurs, considèrent chaque pustule variolique comme un petit abcès. On comprend que, d’après cette manière de voir, qui a plus d’une bonne raison en sa faveur, la variole devrait être considérée comme offrant le type des abcès multiples.
Scarlatine. — Des parotides avec suppuration ont été signalées dans la scarlatine par Witering (. Epidétn . de 1778). Kortum rapporte également ( Epidém . scarlat. Jf^estplialie, 1787) que la tuméfaction des glandes sous-maxillaires et des autres glandes du cou passa chez plusieurs malades à suppuration qui se fit jour au dehors. — Depuis ces auteurs, plusieurs médecins ont répété les mêmes observations, et tout récemment encore, le docteur Kennedy, rendant compte d’une épidémie scarlatineuse qui a lieu à Dublin, note ce qui suit : « La suppuration des » grandes articulations fut aussi une des suites les plus redou- » tables de la scarlatine; quelquefois une seule était prise, et » quelquefois deux ou trois étaient pleines de pus. » Et ailleurs : « Dans la forme maligne, les engorgements du col furent fré- » quents. Ils s’étendaient parfois jusqu’aux clavicules, et dans y> un cas jusqu’aux muscles pectoraux, qui étaient durs comme » du bois. Ces engorgements étaient souvent le siège d’une sup- » puration diffuse ou en foyers, etc. »
Rougeole. — Aucun des auteurs qui ont traité de la rougeole, soit comme maladie sporadique, soit comme épidémie, n’a mentionné la complication d’abcès multiples dans cette affection; le seul cas qui semble se rapprocher d’une semblable complication est une observation de rougeole extrêmement intéressante consignée par M. Brieheteau dans le cinquième volume des Archives de médecine (ire série, 1824, p. 216); dans ce cas, il y avait du mucus purulent infiltré dans le tissu des poumons ; mais il est difficile de savoir si ce mucus était contenu dans les dernières ra-
mifications bronchiques , ou si, au contraire, il était réellement infiltré dans le tissu pulmonaire. Quoi qu’il en soit, le silence des auteurs sur le sujet qui nous oceupe prouve l’extrême rareté des abcès multiples dans la rougeole, si tant est qu’il en existe des exemples.
Fièvre miliaire. — Lorsque les parotides ne suppuraient pas dans la fièvre miliaire qui régna à Noyers en J763, les malades, au rapport de Cbaussier, mouraient inévitablement. Allionni observa, dans une épidémie de la même affection, qui occupa le Piémont de 1770 à 1773, des éruptions scabieuses , des croûtes à la surface de la peau et des abcès.
Choléra. — Nous n’avons pas vu que les différents auteurs qui nous ont laissé des descriptions du choléra avant ceux qui ont décrit la cruelle épidémie de i832, aient noté l’existence d’abcès dans le cours de cette affection; les auteurs mêmes qui ont écrit sur le choléra de i83a ont omis de signaler cette complication, et l’on doit à M. le docteur Duplay {sir ch. gén. de méd., t. XXIX, p. 365, ire série) une collection de faits qui prouvent que, sans être très fréquents, les abcès des parotides ont cependant lieu quelquefois dans la maladie qui nous occupe.
Charbon et pustule maligne. — A part les anthrax et les furoncles, qui forment la principale lésion des maladies charbonneuses, et qui ne sont autre chose que de véritables abcès gangréneux,on a encore trouvé dans ces maladies des abcès multiples disséminés dans l’intérieur des viscères. (Voy. Encyclop. des sc. méd ., t. I, p. 217, et Rev. méd., i83o.)
Syphilis. — Dès son apparition, la syphilis s’annonça par des pustules et même par de véritables dépôts purulents répandus sur la surface du corps. (Voy. N. Massa, Fallope, J. de Vigo,ete.) De notre temps encore, les bubons suppurés sont un des symptômes les plus fréquents de cette maladie. Les abcès sur les autres parties du corps sont, au contraire, assez rares; cependant il s’en présente de temps en temps quelque exemple, et nous
avons actuellement sous les yeux un malade qui porte deux abcès syphilitiques , l’un au mollet, l’autre sur le dos du pied, concurremment avec une affection très grave de la gorge. Si, de même que pour la variole, on considérait comme des abcès les pustules volumineuses qui se manifestent souvent dans la syphilis constitutionnelle, le nombre de cas d’abcès multiples dans
cette maladie serait très considérable.
Erysipèle. — Une foule d’auteurs ont signalé la coïncidence assez fréquente de l’érysipèle et des abcès multiples; quelques uns même ont expliqué cette fréquence, ainsi que nous le dirons plus tard, en considérant comme une inflammation , soit des petites veines, soit des lymphatiques, l’affection érysipélateuse. Si nous ne nous trompons pas, nous croyons que cette complication se présente plus souvent encore chez les enfants à la mamelle que chez les adultes. Parmi plusieurs cas que nous avons observés, le suivant nous a paru digne d’être rapporté, d autant plus qu’il a été constaté par plusieurs des premiers praticiens de la capitale. — - On peut aussi consulter sur ce sujet la belle observation que M. Landouzy a publiée en 1 835 dans la Gazette médicale, observation qu’il a fait suivre d’excellentes considérations sur les cas analogues.
Erysipèle qui parcourt successivement toute la surface du corps chez un enfant âgé de 8 d io jours au début de la maladie. A la suite de V érysipèle, trois abcès au cuir chevelu, un à la région scapulaire , un autre sur la main , un sur la cuisse, et trois tant aux lombes que sur le sacrum.
N. naquit, le 28 octobre i8/|3, à terme, bien conformée et très vivace. Les parents, qui jouissaient de tous les avantages que peut donner une grande fortune, avaient pris à demeure une nourrice d’une bonne constitution et d’une excellente santé. L enfant téta avec avidité et ne présenta rien d’insolite les premiers jours. Le 2 novembre , d’après le récit de la nourrice, il T. XII. 3
survint un peu de coryza et de rougeur successivement à chaque œil. On fit sur le nez des onctions avec un corps gras; le coryza et la rougeur des yeux disparurent rapidement. L’enfant semblait être dans un état de santé parfaite, lorsque, le soir du 6 novembre, son cri commença à faiblir; il ne prit le sein que mollement et téta à peine. Le matin du 7, refus du sein, faiblesse très grande; cri presque éteint ; extrême mobilité de la face, qui d’un instant à l’autre est yiolacée ou très pâle. (Vésicatoire de la largeur d’une pièce de trente sous sur le milieu du sternum; sirop d’ipécacuanha par cuillerées à café de demi-heure en demi-heure jusqu’à vomissement.)
Dès les premières doses de ce sirop, vomissement et, à la suite, amélioration marquée; cris plus forts; face calme et naturelle; l’enfant reprend le sein; il ne reste, en apparence, qu’un peu de coryza, et, pour le moment, on croit qu’il ne s’est agi que de cette maladie, dont on puise naturellement la cause dans la première sortie de l’enfant qui a eu lieu la veille. — Le soir à 6 heures, des marbrures rouges apparaissent sur la face cutanée de l’une des paupières, avec rougeur de la conjonctive sur le bord palpébral correspondant. — Le matin du 8 , on distingue une légère rougeur à la région malaire droite sans tuméfaction apparente; vers midi, cette rougeur se dessine davantage, disparaît momentanément sous la pression du doigt , pour reparaître aussitôt après, et s’accompagne d’un léger degré de tuméfaction. Elle gagne bientôt tout le côté droit de la face , avec gonflement des paupières et impossibilité d’apercevoir le globe de l'œil. Lorsque cet érysipèle commençait à décroître sur le côté droit de la face, ii s’étendit, en passant par-dessous le menton, à tout le côté gauche, envahit l’oreille, de là se porta à la nuque, d’où il descendit progressivement sur la poitrine et les membres thoraciques, le ventre et les lombes, les hanches, les cuisses, les jambes, les pieds, et enfin les orteils, marchant toujours de telle manière, qu’à mesure qu’il occupait des surfaces inférieures, il diminuait et disparaissait aux parties supérieures.
La tuméfaction qui l’accompagnait fut plus marquée à la vulve et à la face dorsale des mains et des pieds que partout ailleurs. Le 19 novembre , après deux nuits plus agitées, l’érysipèle occupant alors les fesses, les cuisses, et commençant à franchir le jarret gauche, on vit reparaître sur l’abdomen des marbrures rouges , et une rougeur érysipélateuse se montra de nouveau sur les joues, puis sur le nez, avec tuméfaction de son lobule et des paupières de chaque côté. Toutefois cette nouvelle éruption fut de durée beaucoup plus courte que la première; dès le 23, les paupières se détuméfiaient; l’enflure et la rougeur du nez disparurent ensuite rapidement, ainsi que celles des joues et le degré d’induration qu’elles avaient offert.
Le 23 , on remarqua pour la première fois deux saillies arrondies sur les apophyses épineuses des deux premières vertèbres lombaires; ces saillies avaient a leur sommet un peu de rougeur qui se prononça davantage le 2 4- Le 25, elles présentaient une fluctuation manifeste que l’on constatait aussi dans une tumeur reconnue la veiile sur la face dorsale de l’articulation métacarpo-phalangienne du doigt médius. On découvrit, en outre, un abcès occupant toute la longueur de la face postérieure du sacrum. Cet abcès fut ouvert le soir avec la lancette, et fournit un pus blanc et bien lié.
La nuit du 27 au 28, deux nouveaux abcès sont apparents, l’un sur la région occipitale , l’autre sur la région pariétale droite. Le premier, cjui est le plus volumineux, est ouvert le 28 avec la lancette, et donne un pus blanc, épais et bien lié. L’apparition de ces deux abcès étonne d’autant plus que le cuir chevelu semblait avoir échappé à l’érysipèle , aucune rougeur ni tuméfaction n’ayant été aperçues pendant que les parties supérieures étaient prises. Les parois du foyer ouvert sur le sacrum sont recollées; la fluctuation est moins prononcée sur les tumeurs de la région lombaire.
La nuit du 29 au 3o est plus agitée que les précédentes : on découvre un nouvel abcès sur la région Ipariétale gauche, un
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peu moins étendu que les deux autres. Les bords de l’ouverture faite à l’abcès de la région occipitale se sont recollés, et la poche se remplit de nouvenu, en sorte que le cuir chevelu présente actuellement trois foyers. Ces trois abcès sont ouverts avec la lancette, le 2 décembre; l’ouverture de celui qui est placé sur l’occipital amène une hémorrhagie que l’on a quelque peine à arrêter. — Le 3, l’abcès situé sur l’articulation métacarpo-phalangienne du médius diminue, et la fluctuation y est moins manifeste. Elle n’est plus perceptible dans ceux de la région lombaire, qui sont réduits à un noyau aplati, de forme lenticulaire.
Le 5 et la nuit du 5 au 6, agitation, cris presque continuels, deux vomissements, réapparition des selles vertes. — Le soir du y, on découvre sur la région scapulaire droite une nouvelle tumeur fluctuante , du volume d’un œuf de pigeon à peu près, sans coloration à la peau , sans induration au pourtour, à peine douloureuse à la pression. Les parois des trois foyers de la tête sont recollées et la cicatrisation complète.
Le 11 décembre, la face antérieure de la cuisse droite, immédiatement au-dessus du genou, offre une tuméfaction très prononcée, sans changement de couleur à la peau; la jambe estfléchiesur la cuisse, et l’enfant manifeste de la douleur par ses cris lorsqu’on communique des mouvements à cette articulation.
Nous cessâmes d’observer cette malade le 12 décembre ; nous avons su par l’un des médecins qui la soignaient qu’on avait été obligé d’ouvrir l’abcès de la région scapulaire; tous ceux qui ne furent pas ouverts par l’instrument tranchant se résorbèrent, et l’enfant fut conduit à parfaite guérison.
Nous avons omis le traitement et beaucoup d’autres détails inutiles au but que nous nous proposions dans cette observation; nous espérons qu’il est suffisamment établi qu’à la suite de cet érysipèle, des abcès multiples (9 en tout) se montrèrent sur différentes parties.
Scrofules. — Tout le monde sait que les scrofules s’annoncent souvent par des abcès multiples dans les glandes lymplia-
tiques du cou et d’autres parties; mais, outre ces engorgements à marche extrêmement lente qui sont un des principaux caractères de la maladie, on voit assez souvent chez les scrofuleux se manifester en diverses parties du corps d’autres abcès à marche toute spéciale sur lesquels les auteurs ont peu insisté. Voici la marche que suivent ces abcès. Chez un enfant qui ne présente rien de particulier, un point de la peau devient élevé, un peu rougeâtre, peu ou point douloureux; le lendemain, la tumeur s’est étendue et présente une fluctuation évidente; au bout de trois ou quatre jours, elle aboutit ou se résout brusquement. Dans le premier cas, la cicatrisation se fait promptement (contrairement à ce qui a lieu pour les abcès scrofuleux des glandes); dans le second, la tumeur se montre sur quelque autre partie et finit par se terminer comme dans le premier cas. 11 peut ainsi se manifester à la suite les uns des autres jusqu’à une dizaine ou une quinzaine d’abcès sans que la santé des petits malades en soit nullement altérée, mais sans que nous puissions dire non plus qu elle en soit améliorée, quoiqu’il nous ait paru que ces évacuations sont plus utiles que nuisibles.
Etat puerpéral. — Sous le nom d’abcès ou de dépôts laiteux, les anciens accoucheurs, ainsi que les anciens médecins, ont désigné une catégorie nombreuse d’abcès multiples dont tout le monde a vu quelques exemples, et dont l’étude a occupé beaucoup d’esprits depuis que Dance en a fait l’objet de ses beaux travaux.
Affections clartreuses. — Il n’est pas extrêmement rare de voir plusieurs éruptions cutanées, en dehors des fièvres éruptives, se compliquer à une certaine époque de leur durée, mais principalement à leur déclin, d’abcès plus ou moins nombreux. Nous avons pu en observer un cas très remarquable dont nous allons rapporter un extrait : Un homme de vingt- six ans, fort et bien constitué, portait un prurigo extrêmement abondant qui produisait des démangeaisons presque continuelles
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et tout-à-fàit intolérables par instants. Entré à l’hôpital, ce malade fut soumis pendant quatre mois à des bains sulfureux, puis alcalins, tous les deux jours; il prit à l’intérieur des boissons émollientes, puis alcalines, puis amères; on lui pratiqua deux saignées; il fit usage de la pommade d’Helmerieh ; après l’emploi de tous ces moyens, il était exactement dans le même état qu’à son entrée. Un jour, le malade se plaignit d’une tumeur dans le dos, et l’inspection y fit découvrir un gros furoncle; les jours suivants, deux autres tumeurs apparurent, l’une à la cuisse, l’autre à l’avant-bras du côté gauche. Le furoncle suivit la marche ordinaire; les deux autres tumeurs acquirent le volume de gros œufs de pigeon et s’abcédèrent. A partir de la première apparition du furoncle les démangeaisons cessèrent, les papules prurigineuses pâlirent, et le huitième jour toute trace de prurigo avait disparu. Le malade resta encore trois semaines à l’hôpital, et aucune récidive ne se manifesta.
Vaccine. Il semblerait, d’après un compte-rendu de l’Académie de médecine (voy. Gaz. méd ., 1 835, p. 45), que la vaccine peut dans certains cas s’accompagner d’abcès multiples; mais cette indication est trop vague pour pouvoir suppléer au silence que les auteurs'spéciaux, et en particulier M. Bousquet dans son excellente monographie, gardent à ce sujet.
Piqûres anatomiques. — On trouve quelques observations d’abcès multiples survenus à la suite de piqûres anatomiques; mais il reste à déterminer les circonstances dans lesquelles elles se produisent.
Morve. — Les cas de morve qui ont eu lieu chez l’homme dans ces derniers temps ont eu trop de retentissement et ont donné lieu à trop de travaux importants pour que nous ayons besoin de rappeler que, parmi toutes les maladies, la morve est eelle qui produit le plus constamment des abcès multiples. U nous suffira d’avoir mentionné le fait.
Plaies. — Depuis Ambroise Paré, qui, le premier, à ce qu’il semble, signala les abcès multiples qui se manifestent à la suite
des lésions traumatiques et chirurgicales graves, ces abcès ont toujours tenu un rang important dans la pathologie , et ont fini, comme nous le dirons plus tard, par captiver exclusivement l’attention. Tous les chirurgiens ont eu l’occasion de constater un trop grand nombre de fois ces abcès, pour qu’il soit utile d’en rapporter des exemples.
Phlébite. — A côté des abcès par cause traumatique, se placent naturellement ceux qui se manifestent dans le çours d’une phlébite. Indiqués par Hunter, ces derniers ont reçu des travaux de plusieurs contemporains célèbres une importance qu’une étude approfondie justifie chaque jour de plus en plus.
Enfin, nous devons signaler, sauf à discuter plus tard leiu^ authenticité, des abcès multiples qui, au dire de quelques médecins, surviendraient quelquefois au milieu de la plus belle santé, san£ lésions traumatiques, sans phlébite, sans aucune des affections que nous venons d’énumérer, et qui, pour cette raison, mériteraient le nom à' abcès multiples spontanés.
Tels sont à notre connaissance les cas dans lesquels on a constaté la formation d’abcès multiples (i). Avant de les comparer sous leurs différents rapports, cherchons à esquisser rapidement les théories dont ils ont été l’objet depuis l’origine de la médecine.
Pour bien apprécier les doctrines dont les abcès multiples ont été l’objet, il est indispensable de diviser ces derniers en deux grandes catégories : l’une composée d’abcès qu’on pourrait appeler médicaux^ l’autre composée d’abcès qu’on pourrait nommer chirurgicaux. Les premiers, vus par Hippocrate et expliqués par lui, d’après une doctrine qui nous paraît encore vraie aujourd’hui , sont toujours restés sur un plan très secondaire dans les
(1) Nous n’avons compris dans notre énumération que les véritables abcès qui se rencontrent à la fois dans plusieurs points du corps; mais, comme nous l’avons donné à entendre à propos des pustules varioliques, la saine interprétation des affinités pathologiques tendrait à faire rentrer dans le même cadre au moins toutes les affections pustuleuses. Les auteurs de l’article Abcès, du Dictionnaire en 25 volumes, partagent entièrement cette manière de voir.
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divers cadres nosologiques, et ont subi les fluctuations des doctrines médicales qui se sont tour à tour remplacées; les autres, signalés d’abord par Amb. Paré (1), donnent lieu à des discussions et à des théories qui grandissent de jour en jour, et finissent enfin par dominer la pathologie contemporaine, qu’elles semblent devoir rétablir sur les bases d’un humorisme rationnel, fondé sur l’observation rigoureuse des faits et sur l’expérimentation, et désormais à l’abri des méditations spéculatives de cabinet.
Hippocrate n’a donné nulle part une doctrine spéciale sur les abcès multiples; mais cette doctrine ressort de plusieurs passages de ses ouvrages. D’après eet illustre médecin, les maladies gé-, nérales étaient produites par un principe particulier introduit dans l’économie; et, lorsque ce principe ne pouvait pas être éliminé par les émonctoires naturels, il se fixait sur diverses parties, où il déterminait des lésions variées, parmi lesquelles des dépôts purulents.
Les successeurs d’Hippocrate, soit qu’ils reproduisissent ses idées en les commentant, et souvent en les défigurant, comme l’ont fait Galien et la presque totalité des médecins du moyen-âge, soit qu’ils les modifiassent plus ou moins profondément, 11’ont pas été plus précis que lui, et c’est dans ce qu’ils disent des crises et dans l’histoire des parotides qu’il faut surtout chercher les indications fugitives qu’ils ont données sur les abcès multiples. Or, d’après tous ces auteurs, les abcès critiques sont toujours produits, ou par une matière morbifique rassemblée dans les points où se forment les abcès, selon les doctrines humorales, quelle (pie soit d’ailleurs la variété d’humorisme à laquelle elles se rattachent, ou par le déplacement de l’irritation ou la sympathie dans les doctrines solidistes. On s’évertuerait vainement à chercher quelque chose de plus positif touchant la doctrine générale des abcès multiples médicaux. Mais on trouve dans quelques questions spéciales des doctrines beaucoup plus
(1) Œuvres complètes , nouvelle édition , par J. -F. Malgaigne. Paris, 1840, t. II, p. 32 et 176; t. III, p. 361.
précises , qui n’auraient demandé qu’à être généralisées pour produire tous les fruits qu’on pouvait en attendre. C’est ainsi que, dans la syphilis, l’illustre Fernel proclama le premier que les pustules, les abcès, etc., étaient dus à l’introduction dans l’économie d’un principe étranger par suite de contagion; c’est ainsi que Boerhaave, comme on a pu le voir dans le passage remarquable que nous avons cité de lui, attribue à l’absorption du pus de la variole divers accidents qui peuvent survenir dans le cours de cette affection, et en particulier les abcès. Mais ces vérités furent léguées sans profit pour la science aux successeurs de ces grands hommes, et, non contente de les laisser stériles, l’école solidiste des Brown, des Pinel et des Broussais sembla même les méconnaître. Depuis que l’étoile de ces derniers a commencé à pâlir, personne n’a songé à les tirer de leur obscurité.
Autant les abcès multiples médicaux ont peu occupé les esprits, autant les abcès multiples chirurgicaux les ont agités.
Ambroise Paré , qui attribue ces abcès à une altération des humeurs produite par un état inconnu de l’atmosphère, est déjà obligé de combattre les chirurgiens de son temps, qui, d’après ce qu’il en dit, les rapportaient à des poisons, dont ils supposaient que les ennemis enduisaient leurs armes ou leurs projectiles.
La découverte des abcès multiples chirurgicaux par Ambroise Paré, annoncée sans pompe et sans éclat, ne fit cependant pas une grande sensation; tout se passa entre les chirurgiens militaires du temps, sans donner lieu à des travaux bien remarquables. Des théories plus ou moins vagues, telles que l’irritation du système nerveux et la sympathie, ou absurdement mécaniques, telles que la chute d’après les lois de la pesanteur du pus dans le foie, cherchèrent seules à expliquer les abcès multiples du foie, lorsque Morgagni entrevit et indiqua assez obscurément la résorption du pus, qui fut soutenue plus tard avec beaucoup de science, de logique et de vraisemblance par Quesnay. Cepen- T. xii. &
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dant ce célèbre chirurgien manquait d’un fait fondamental pour étayer sa doctrine : ce fait, c’était l’existence du pus dans les vaisseaux; ce fait fut formellement établi par l’immortel Hunter (i), qui démontra, aussi clairement qu’on puisse le désirer, l influence et le mode d’action de la phlébite sur les abcès multiples. Cependant l’ignorance dans laquelle on était en France des travaux du chirurgien anglais, engendra plusieurs autres doctrines. Non seulement Bertrandi, qui avait nié la résorption du pus, et l’avait remplacée par une théorie antiphysiologique, c’est-à-dire par la supposition que la circulation pouvait être plus rapide dans la tête que dans le foie, et engorger, enflammer ainsi ce dernier organe, non seulement Bertrandi conservait des partisans, mais encore d’autres avaient imaginé avec Richerand une contusion du foie dans les plaies de tête, ou une génération spontanée de tubercules, et plusieurs contemporains ont pu entendre Dupuytren professer cette immense erreur, qui n’est pas encore actuellement entièrement dépourvue de partisans. Les esprits flottaient encore dans l’incertitude, lorsque les travaux remarquables de M. Velpeau, qui le premier en France démontra la présence du pus dans le sang, vinrent donner un nouvel et important appui à la doctrine de l’infection purulente, doctrine que les travaux de Dance, de MM. Cruveilhier et Blandin conduisirent jusqu’à la démonstration, tout en expliquant d’une manière différente de M. Velpeau le passage du pus dans le sang. Si l’on était embarrassé de choisir une doctrine, on n’hésitait guère qu’entre celle de la résorption et celle de la phlébite, lorsque M. Tessier, rétrogradant jusqu’à Ambroise Paré, vint soutenir l’impossibilité du passage du pus dans le sang, et attribuer les abcès multiples à une tendance à la transformation en pus des solides et des liquides coagulables, tendance qui se développait elle-même sous l’influence de conditions inconnues dans leur nature, mais se rencontrant exclusivement dans la circonstance de l’entassement des malades.
(1) Œuvres complètes , traduit par G. Richelot. Paris, 1843, t. III, p. 489 etsuiv.
Ainsi qu’on le voit par ce qui précède, des diverses doctrines dont les abcès multiples ont été l’objet, les unes appartiennent exclusivement aux abcès que nous avons appelés médicaux, les autresexclusivementaux abcès chirurgicaux (i);ces doctrinesont constamment marché d’une manière isolée, sans jamais se prêter un mutuel secours. Dans la comparaison que nous allons maintenant entreprendre des diverses espèces d’abcès multiples que nous avons énumérées, nous essaierons de nous placer à un point de vue plus général, tout en conservant une importance spéciale à la question qui nous semble actuellement dominer l’attention générale.
La comparaison des divers cas d’abcès multiples que nous avons énumérés nous semble devoir être faite sous le rapport, i° de leur étiologie, 2° ^e leurs caractères anatomiques, 3° de leur symptomatologie, 4° de leur marche et de leur terminaison, 5° de leur pronostic, 6° de leur traitement.
La considération des circonstances au milieu desquelles les abcès multiples se développent, ou leur étiologie, est sans contredit le point capital de leur histoire ; c’est aussi celui sur lequel nous insisterons d’une manière particulière. Si l’on cherche à grouper sous ce point de vue tous les cas précédents , on peut obtenir les groupes suivants.
Abcès multiples qui se développent :
Premier groupe : Dans le typhus, dans la variole, dans la scarlatine, dans la syphilis, dans le charbon, dans la morve.
Deuxième groupe : Dans la peste, dans la fièvre jaune, dans la dysenterie, dans la fièvre miliaire, dans la fièvre typhoïde , dans les scrofules , dans les affections dartreuses , dans le choléra.
Troisième groupe : Dans l’érysipèle, dans les lésions trauma-
(1) Il faut cependant faire une exception en faveur des partisans de la phlébite , de Dance en particulier, qui a embrassé dans sa théorie et les abcès chirurgicaux et les abcès puerpéraux qui faisaient partie du domaine de la médecine , sous le nom de dépôts laiteux.
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tiques ou les opérations, dans les piqûres anatomiques, dans la phlébite, dans l’état puerpéral.
Enfin, on doit placer jusqu’à nouvel ordre, dans une classe à part, ces abcès multiples que l’on pourrait nommer spontanés.
Un premier fait qui résulte de ce groupement, c’est que, dans un bon nombre de cas, c’est-à-dire dans tous ceux qui forment le premier groupe, les abcès multiples se développent pendant que l’économie est sous l’influence d’un trouble général produit par la présence dans son sein d’un principe morbifique spécial. Doit-on attribuer les abcès à l’action de ce principe, doiton les regarder comme un accident fortuit? Telle est la question qu’il importe de résoudre. Or, si l’on considère que c’est surtout dans les cas très graves, alors que l’économie a les plus grandes difficultés à se débarrasser du principe morbide, ou bien encore lorsque la maladie arrive à sa solution, et que l’élimination de ce principe se complète, que ces abcès surviennent; si l’on considère surtout que plusieurs (i) renferment dans la matière qui les constitue le principe lui-même de la maladie, il nous semble bien difficile, ou plutôt impossible, de ne pas admettre que c’est bien au principe morbide que les abcès doivent leur développement.
Les abcès du second groupe ont la plus grande analogie avec ceux du premier, et s’il est impossible de trouver dans les maladies qui constituent ce groupe un principe spécial üolable , il n’est pas douteux au moins qu’elles ne soient produites par une altération générale qu’aucun observateur éclairé ne méconnaît aujourd’hui. D’ailleurs, si le principe qui produit cette altération est resté inconnu jusqu’à ce jour, les raisons les mieux fondées doivent faire espérer qu’il n’en sera pas toujours de même. Déjà les travaux du vertueux Chervin ont à peu près complètement démontré que la fièvre jaune était due à une intoxication par un
(1) Tels sont les abcès morveux, syphilitiques et charbonneux ; peut-être si l’on faisait des expériences dans ce sens trouverait-on qu’il en est de même des abcès varioliques , typhoïdes et scarlatineux.
miasme paludéen, et il est infiniment probable que la peste reconnaît une cause fort analogue. Quant à la suette miliaire, son caractère, presque constamment épidémique, et peut-être dans quelque cas contagieux, ne permet pas de douter que cette maladie ne soit due à un principe spécial, soit que ce principe vienne du dehors, soit qu’il se développe spontanément au sein de l’organisme. Cela est au moins aussi vrai de la dysenterie et de la fièvre typhoïde, surtout lorsque ces maladies revêtent la forme épidémique, puisque dans cette forme, qui est principalement celle dans laquelle on observe la formation d’abcès multiples, le caractère contagieux des deux maladies a été mis hors de toute contestation. L’existence d’un vice dartreux (i) est si généralement admise, et d’ailleurs si bien établie par les faits dans lesquels les éruptions qui en sont le symptôme disparaissent subitement à la suite d’une élimination critique (voy. observ. 1Y), que nous ne croyons pas utile de reproduire ici toutes les raisons péremptoires qu’on pourrait donner en faveur de cette vérité. Il ne reste donc dans le second groupe que la scrofule, dans laquelle personne ne conteste l’existence d’une altération générale, dont on ne saurait indiquer la cause d’une manière positive. Cette cause gît-elle dans une altération primitive des solides, altération par suite de laquelle les fonctions nutritives ne s’accomplissent qu’imparfaitement? Réside-t-elle, au contraire, dans une altération primitive du sang transmise héréditairement, comme le veulent ceux qui ne voient dans la scrofule qu’une dégénérescence de la cachexie syphilitique? Voilà des questions insolubles dans l’état actuel de la science; disons seulement que la saine interprétation de l’analogie tend à donner raison à la seconde opinion, en faisant rentrer la scrofule dans les lois générales qui régissent la pathologie des cachexies. Nous
(1) Nous conservons à dessein ce mot , bien qu’il ne soit pas en harmonie avec les progrès de la dermatologie , pour indiquer, par un terme générique , plusieurs affections différentes , comme certains eczemas , certains prurigos , etc. , , qui ont pour caractère essentiel et patent une altération générale de l’organisme
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avons placé l’érysipèle dans le troisième groupe, et l’on en verra la raison plus tard; mais nous aurions certainement pu le laisser dans le second, car les cas d’abcès multiples érysipélateux* ne s’observent que dans l’érysipèle dit médical, et dans l’érysipèle de cette espèce , personne ne conteste que la lésion locale ne soit sous la dépendance d’une altération générale, bien indiquée par la marche souvent errante de l’exanthème, et par la forme épidémique qu’il revêt fréquemment.
Il résulte de cet aperçu rapide, que nous aurions pu étendre beaucoup, mais qui sera, nous l’espérons, suffisant pour le but que nous nous proposons, il résulte que les deux premiers groupes d’abcès multiples, qui comprennent presque entièrement les abcès que nous avons appelés médicaux , sont dus à l’action d’un principe morbide existant au sein de l’organisme. En présence d’un fait ayssi général, toutes ces théories partielles, qui, comme celle de Bertrandi, attribuaient les abcès multiples chirurgicaux à des conditions pathologiques locales , n’auraient pas pu inspirer beaucoup de confiance, lors même qu’elles auraient paru aussi vraisemblables qu’elles sont fausses ou même absurdes. Une seule théorie générale restait possible, c’était celle qui faisait dépendre les abcès multiples d’une altération des humeurs; c’est à celle-là que se rattachèrent les esprits solides de tous les temps, depuis Ambroise Paré jusqu’à nos jours. Mais l’altération des humeurs, telle que la conçoivent Ambroise Paré et M. Tessier, quoique constituant une doctrine vraie, n’était cependant pas le dernier progrès qu’on pût espérer d’atteindre. Cette théorie n’indiquait nullement quel était le principe auquel était due l’altération qu’on admettait, et c’est là ce que certains auteurs essayèrent de déterminer. Tant qu’on plaça ce principe dans une constitution particulière et inconnue de l’atmosphère, comme Ambroise Paré; lorsqu’on ajouta encore que cette constitution naissait de l’entassement des malades, on avançait sans doute un peu la question, à supposer que l’hypothèse fût vraie; mais encore laissait-on à désirer un fait important, la détermi-
DANS LESQUELS ON OBSERVE LES ABCÈS MULTIPLES. 3l
nation de la cause immédiate. De plus, l’opinion d’Ambroise Paré échappait à toute démonstration, puisque, l’état de l’atmosphère auquel il attribuait les abcès étant indéterminé, on ne pouvait s’assurer si les mêmes causes produisaient les mêmes effets. Il n’en était pas tout-à-fait de même de la théorie de M. Tessier; l’entassement étant une circonstance facile à observer, on pouvait étudier, sinon son mode d’action présumé, au moins la réalité de cette action; or, il faut bien le dire par anticipation, l’entassement n’a qu’une influence très secondaire, sinon complètement nulle, sur la production des abcès multiples chirurgicaux. Ces théories laissaient donc planer une incertitude complète sur la cause immédiate des abcès, en supposant qu’elles fussent fondées; ce qui était loin d être démontré. Il n’en était plus de même, dès qu’on attribuait, avec Quesnay, Hunter, Dance, MM. Cruveilhier, Velpeau et Blandin, ces abcès au mélange du pus avec le sang; dans ce cas, soit que l’on admît le simple dépôt du pus dans les foyers purulents, soit que l’on admît l’existence d’une phlegmasie locale déterminée par le pus agissant comme principe étranger, on déterminait de l’une comme de l’autre manière la cause essentielle des lésions; cette théorie acquérait donc par sa précision une immense importance; et si l’on est frappé, d’une part, d’admiration pour les beaux travaux exécutés par ses partisans, on est presque étonné, d’une autre part, qu’ils n’aient pas épuisé davantage les moyens de démonstration qu’ils avaient à leur disposition. Il semble, en effet, que la première chose à faire, dès qu’on attribuait ies abcès multiples à la présence du pus dans le sang, c’était de voir expérimentalement si cette introduction du pus dans le sang agissait de la manière qu’on supposait; et puis ensuite, dans le cas de solution affirmative, de s’assurer si cette introduction était naturellement possible. Or, si les auteurs qui ont soutenu la théorie de l’introduction du pus ont beaucoup fait pour démontrer la possibilité de cette introduction, ils n’ont fait que très peu pour en démontrer les effets; et, comme le
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moyen de conviction qu’ils ont choisi est difficile à manier, obscur ou au moins très délicat dans ses résultats, il est arrivé que beaucoup d’esprits ne lui ont pas trouvé' un suffisant caractère d’évidence, et qu’ils sont restés dans le doute. Quelques uns même, se fondant sur des expériences très défectueuses, ont cru pouvoir démontrer la fausseté de cette théorie par le moyen qui en montre le mieux l’exacte réalité. C’est, nous l’espérons, ce qui ressortira d’une manière très positive de l’analyse de leurs expériences et de leur comparaison avec les nôtres.
RÉSUMÉ CRITIQUE DES EXPÉRIENCES FAITES SUR L’iNTRODUCTION DU