PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Injection de 4 grammes de pus louable , récemment tiré d’un abcès , dans la 'veine saphène d'un chien : frisson , vomissements, convulsions au milieu desquelles la mort survient, 3a heures après l’injection. — A l’autopsie , caillot de i centimètre de long dans la veine injectée ; système circulatoire sain d’ ailleurs ; eccliym oses multiples dans les muscles , avec ramollissement presque en consistance de bouillie de la fibre musculaire ; infiltration de sérosité rougeâtre dans le tissu cellulaire sous-cutané du coude gauche; deux cavernes anciennes dans le poumon gauche.
Le 2g juillet 1 843, à 6 heures 3o minutes du soir, 4 grammes de pus très louable sont injectés dans la veine saphène externe d’une chienne de petite taille, gaie, vive, impatiente.
Une minute après l’injection , l’animal éprouve une secousse brusque, et devient immédiatement languissant, légèrement tremblant, sans frisson marqué néanmoins; il se couche aussitôt,
T. XII. g
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reste étendu dans toute sa longueur pendant cinq minutes, puis se retourne et lèche sa plaie un instant; il demeure ensuite immobile, ne bouge pas quand 011 l’appelle, et ne se montre nullement sensible aux caresses comme avant l’opération.
Après 10 minutes, des frissons parcourent le corps de l’animal de demi-minute en demi-minute; il se pelotonne et change de position quatre fois en moins de trois minutes.
i5 minutes après l’injection, le frisson se manifeste d’une manière évidente à chaque inspiration; l’animal est fortement pelotonné.
17 minutes après, le frisson devient continuel; les muscles sont agités de contractions ; l’animal se lève et va se coucher sur un linge placé dans un coin obscur de la chambre.
Après 20 minutes , vomissement de pain qui avait été ingéré 1 heure 3o minutes auparavant. Après le vomissement , l’animal se lève, et avec son museau recouvre de linge les matières vomies; puis il se recouche. Dès qu’il est recouché, le frisson ou tremblement diminue beaucoup sans cesser complètement : il n’est prononcé qu’au train postérieur. Les mouvements respiratoires paraissent plus larges.
Après 3o minutes, l’animal se lève, lèche un peu sa plaie et se couche sur l’autre côté; il n’y a plus de tremblement manifeste.
A 1 heure i5 minutes, il se lève et va vomir dans un coin : les premiers vomissements se faisaient comme par régurgitation; ceux-ci sont précédés d’efforts. Après avoir vomi , il reste quelque temps assis en face des matières vomies, puis vient se recoucher sur le linge où il était. — Les matières qu’il a vomies cette dernière fois sont plus liquides, glaireuses, un peu colorées en vert et peu copieuses. — Le frisson a cessé; l’œil est ouvert, larmoyant, inquiet; pas de sommeil; aucun signe de caresse quand on l’appelle : il regarde et ne bouge pas.
A 1 heure 20 minutes, il change de côté, se couche de manière à s’appuyer contre le mur; la tête est penchée, mais ne
repose pas à terre. La respiration est plus calme, moins profonde.
i heure 25 minutes, il change de côté et laisse reposer sa tête par terre. — i heure 3o minutes, il change encore de côté; les yeux sont plus humides; le bruit ne fait aucune impression manifeste sur lui. Après être resté couché une minute, il se lève et va se coucher sous un lit vers l’angle du mur, en faisant entendre quelques plaintes. — i heure 45 minutes, l’animal est fortement pelotonné sur lui-même; sa respiration est plus haute et plus rapide; on observe quelques tremblements dans les muscles des cuisses, quelques légers soubresauts dans le train de derrière à chaque inspiration.
A 2 heures 5 minutes, l’animal ne dort pas, quoiqu’on le laisse parfaitement tranquille; sa respiration est plus calme; les tremblements, les soubresauts au train postérieur ont cessé. — 2 heures îo minutes, il change de côté, et fait entendre en même temps quelques plaintes. — 2 heures 12 minutes, vomissement, après lequel il reste assis, la tête penchée, les yeux humides, avec un air d’indifférence, de stupeur; il ne fait aucun mouvement quand on l’appelle, même de fort près, pour le caresser. Puis il change de place; sa démarche est lente, comme précautionnée; il s’assied un instant, fait encore quelques pas, la queue serrée entre les cuisses, qui sont rapprochées l’une de l’autre comme si le train de derrière était un peu embarrassé; il s’assied encore après quelques pas, puis recule pour s’asseoir de nouveau, et, enfin, revient sur le linge, qu’il pousse du museau pour mieux recouvrir la matière des premiers vomissements; il se couche sur ce linge après avoir fait un tour sur lui-même, se pelotonne, et finit par s’endormir. — On le laisse dans cet état, à 10 heures du soir, sa respiration étant assez calme.
Le 3o, à 7 heures 3o minutes du matin, plusieurs vomissements glaireux, légèrement colorés en vert, ont encore eu lieu pendant la nuit en divers endroits de la chambre; on ne reconnaît pas de déjections alvines. Il y a moins d’abattement qu’hier;
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le regard est meilleur, l’œil moins larmoyant; le nez reste froid ; le poil du dos est un peu hérissé. Il boit une assez grande quantité d’eau. — Pendant la journée, un peu de sang s’écoule par la plaie, mais non d’une manière continue. L’animal reste couché, replié sur lui-mème, et le museau caché entre les jambes; il ne regarde même pas lorsqu’on l’appelle; il boit souvent, mais il refuse les aliments. — A io heures 3o minutes du soir, il manifeste un peu de sensibilité aux caresses, puis il retombe dans l’indifférence. Jusqu’à minuit 45 minutes, il boit plusieurs fois, ,et dans les intervalles ii demeure assoupi.
A minuit 45 minutes, il survient une extension brusque, des convulsions des quatre membres, avec regard fixe et perte complète de connaissance ; les mouvements convulsifs se répètent sept ou huit fois en cinq minutes, et sont suivis d’une extension complète de tous les membres, extension portée au point que le membre supérieur opposé au côté sur lequel l’animal repose est maintenu au-dessus du sol; la respiration est fréquente et peu profonde.
A 1 heure i5 minutes, attaque violente de convulsions étendues, avec renversement considérable de la tête en arrière, cris, efforts violents de vomissements qui expulsent un peu de liquide limpide. Cette attaque dure de trois à quatre minutes, après quoi l’animal rend involontairement 5 à 6 grammes de matières fécales en consistance de bouillie épaisse, et retombe dans l’état d’extension roide;la respiration devient plus fréquente, l’inspiration plus profonde et un peu sifflante.
A 1 heure 35 minutes, nouvelle attaque de convulsions, avec renversement violent de la tête en arrière , cris plaintifs et efforts de vomissement, cette fois sans résultat; elle dure le même temps que la précédente ; après l’attaque , la respiration est encore plus fréquente; l’inspiration est plus bruyante, le plus souvent sifflante, et l’expiration s’accompagne d’un gémissement très caractérisé; il y a roideur des membres, interrompue par quelques secousses convulsives; la tête se porte par un mouvement
DANS LESQUELS ON OBSERVE LES ABCÈS MULTIPLES. /\b
progressif dans l’extension, puis est brusquement soulevée et fléchie. Ces mouvements successifs d’extension et de flexion durent jusqu’à i heure 45 minutes; «alors une résolution complète remplace l’état de contracture convulsive; la respiration devient plus fréquente; chaque inspiration est fortement sifflante, assez prolongée, avec allongement du cou et du museau; l'expiration est courte et accompagnée d'un gémissement déchirant.
A 2 heures moins 5 minutes, la respiration devient tout-à-coup calme, lente et sans bruit; de temps en temps seulement il y a une petite inspiration saccadée, avec expiration légèrement plaintive.
A 2 heures 3 minutes, il y a un mouvement comme vermiculaire de flexion de la tête vers l’anus, puis d’extension; le paucier se contracte à deux ou trois reprises sur le dos, et déplace la peau; puis tout mouvement cesse. Ces diverses contractions se sont passées depuis la dernière inspiration ; les battements du cœur ont cessé d’être appréciables au toucher, presque aussitôt que la dernière contraction a cessé.
Autopsie 12 heures après la mort. — Veine injectée. Un petit caillot noir, adhérent, humide, au plus de i centimètre de long, existe dans chaque bout de la veine; le reste est rempli par du sang noir liquide.
Tissus cellulaire et musculaire des membres et du tronc. Au centre de l’un des gros muscles de la partie postérieure de la cuisse droite, ecchymose d’environ 2 centimètres de diamètre ; la moitié périphérique de ce diamètre est d’une couleur lie de vin peu foncée, l'autre moitié a une couleur lie de vin très foncée; dans toute son étendue, le muscle a perdu son aspect fibreux; i! est flasque, mou, d’autant plus ramolli qu’on se rapproche plus du centre , où il est réduit presque en consistance de bouillie.
A la partie supérieure et interne delà même cuisse, infiltration ecchymotique dans le tissu cellulaire ; plus supérieurement.
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dans l’un des muscles internes de cette cuisse, petite ecchymose d’un rouge clair et d’un centimètre de large; une autre, plus étendue et plus avancée dans le haut du triceps fémoral ; une énorme, occupant le centre du grand fessier droit dans toute sa longueur, depuis la crête iliaque jusqu’au grand trochanter; une légère, dans l’épaisseur du grand fessier gauche, vers son attache supérieure.
Une petite ecchymose en bouillie dans l’épaisseur du triceps brachial droit, une autre plus large près du tendon de ce muscle; une infiltration de sérosité rougeâtre dans le tissu cellulaire sous-cutané qui recouvre le tendon du triceps brachial gauche près de l’olécrâne; dans l’épaisseur même du triceps, ecchymose lie de vin avec ramollissement du tissu, ecchymose lie de vin d’autant plus foncée qu’on se rapproche plus de son centre, qui est réduit presque en consistance de bouillie, envahissant le quart interne du grand pectoral gauche; une autre superficielle peu avancée, s’étendant depuis le troisième espace intercostal jusqu’à la huitième côte à la surface des muscles sacro-lombaire et long dorsal; une autre centrale dans la masse des mêmes muscles au niveau du dixième espace intercostal : cette dernière, beaucoup plus isolée et plus limitée que toutes les précédentes, est noire comme leur point le plus central.
Tête. Rien dans la cavité de l’arachnoïde; pie-mère assez fortement injectée; substance cérébrale n’offrant aucune lésion appréciable.
Poitrine. Deux petites cavernes, l’une vide, l’autre contenant une très petite quantité de pus dans le lobe inférieur du poumon ga uche avec cicatrice blanche, et un peu rétracté sur la plèvre pulmonaire correspondante. Cavités du cœur contenant du sang noir coagulé; péricarde et endocarde à l’état normal ; surface interne de l’aorte saine, d’un blanc jaunâtre ; système veineux normal.
Abdomen. Péritoine sain; estomac fortement contracté, formant à sa surface interne des replis longitudinaux, et contenant
des matières liquides rougeâtres; membrane muqueuse d’un jaune blanchâtre au grand cul-de-sac, et violacée dans sa moitié pylorique, marbrée partout, de très bonne consistance , s’enlevant par lambeaux aussi longs que l’on veut, même au grand cul-de-sac : les lambeaux enlevés et renversés, on peut, par leur face adhérente, enlever d’autres lambeaux qui laissent intacte une membrane demi-transparente très mince (épithélium). La moitié supérieure de l'intestin grêle contient une assez grande quantité de sang très reconnaissable, mêlé à des mucosités et à de la bile ; la muqueuse est de très bonne consistance, marbrée de rose et de rouge ; une petite ecchymose existe à l’embouchure des conduits pancréatique et cholédoque. La moitié inférieure de l’intestin grêle et le gros intestin sont blancs, parsemés de quelques marbrures rouges et de bonne consistance : aucune altération appréciable dans le foie, la rate, ni dans les reins.