VI. Aldéhyde. — Quelques essais faits avec Paldéhyde
montrent que ce corps se comporte comme l’acétone.
Conclusion.— Les liquides inactifs par barbotage suppriment les particules neutres. Parmi les liquides actifs, il en est qui ont la même action (éther, alcool amylique, alcool éthylique), d’autres laissent subsister en tout ou en partie les courants de convection (aldéhyde, acétone).
Il semble que les différents liquides se comportent d’une façon analogue en ce qui touche le courant d’ionisation et en ce qui touche le courant de convection.
13. — Particules neutres des réactions chimiques et centres neutres du barbotage.
Les centres neutres obtenus par barbotage possèdent, d’après M. de Broglie, les propriétés suivantes :
1° Îls peuvent se transformer en gros ions par charge au moyen du radium (*);
2° Ils sont visibles dans l'éclairage à arc (?);
3° Les liquides inacuifs produisent des centres neutres, les liquides actifs n’en produisent pas (3).
Les particules neutres que nous venons d’étudier prennent naissance dans l’action de l’acide chlorhydrique étendu sur le zinc, c’est-à-dire dans un milieu actif par barbotage. Elles échappent entièrement à l’examen ultra-
(!) Voir Recherches sur les centres de faibles mobilités (Ann. de Chim. et de Phys., 1909, p. 32).
(?) Cf. Le Radium, 1909, p. 204.
(*) Voir Recherches, etc., p. 32, Bu, 58, et Le Radium, p. 209.
microscopique, et les dimensions qu’on est amené à leur attribuer les rapprochent beaucoup plus des petits 1ons que des gros ions. Elles constituent donc une classe de centres neutres nettement distincte de la précédente.
Par leur origine, par leur grosseur, par la charge qu'ils peuvent transporter, ces centres se rapprochent beaucoup des ions qui prennent naissance en même temps qu'eux. Tout se passe comme si la réaction chimique produisait surtout des particules neutres, une très faible fraction de ces particules se Lrouvantionisée par un mécanisme accessoire. Le fait que dans la réaction chimique les ions formés sont en proportion faible dans l’ensemble des parücules neutres est à rapprocher des faits analogues observés pour le phosphore (t}), pour les gaz de la flamme et les gaz de l’étincelle (?). Dans tous ces cas d’ionisation, les ions n'apparaissent qu'à l’état sporadique dans un amas très dense de particules neutres. On est amené à penser qu'ils résultent, non des conditions générales du milieu, mais de circonstances locales. Cette remarque vient à l’appui de celle que nous a suggérée l’étude des flammes (p. 101): la température, qui est une propriété moyenne, n’est pas le facteur essentiel d’où dépend l’ionisation des flammes. Pour les flammes, comme pour les actions chimiques, le mécanisme de formation des ions ne pourra se connaître que lorsque nous aurons plus de détails sur la formation des centres neutres.
L'action chimique et le barbotage ont été maintes fois comparés au cours de ce travail. Nous pensons avoir montré les grandes analogies qui existent entre l’ionisation par barbotage et l’ionisation par voie chimique. Toutefois, on a signalé entre les deux ordres de phénomènes certaines différences qu'il est bon de rappeler : les points neutres
(1) Voir E. BLocx, Recherches sur la conductibilité de l’air, etc., p. 101, 128.
(2) Cf. M. DE BRoGLIE, Loc. cit., p. 37.
ou points d’inversion ne se correspondent pas dans Îles deux phénomènes; des liquides très actifs par barbotage (éther, alcool amylique) peuvent jouer le rôle d’écrans pour l’ionisation chimique. Ces différences, nous l’avons dit, ne paraissent pas décisives. Les bulles dégagées par réaction chimique sont beaucoup plus fines que les bulles du barbotage, et rien n'autorise à penser que cette circonstance soit insignifiante. Si nous maintenons l’analogie profonde du barbotage et de l’action chimique, il y a lieu de chercher pourquoi les centres neutres, si abondants dans les réactions chimiques, sont absents des gaz du barbotage (il ne s’agit, bien entendu, que du barbotage dans les liquides actifs). L'opposition peut être plus apparente que réelle. Si l’on n’a pas obtenu de centres neutres par barbotage dans l’eau ou les acides, cela peut tenir à ce qu'on n’a jusqu'ici recherché dans les gaz du barbotage que les centres de grosses dimensions. Peut-être la recherche de particules neutres, très petites et très mobiles, mènerait-elle à une autre conclusion. Des expériences sommaires entreprises dans ce sens ont donné un résultat positil. Mais ce sujet mérite une plus longue étude.
Indiquons enfin un dernier problème que les expériences ci-dessus amènent à poser. Nous avons dit que certains liquides (benzine, éther, alcool amylique, etc.) suppriment, même en couche très mince, tous les courants de convection. La manière la plus simple de concevoir cette action consisle à penser que ces substances suppriment toute projection de particules liquides. Mais cette façon de voir ne s'impose nullement. L’examen attentif d'une cuve où l’on a versé un peu de benzine montre qu'il se produit encore de temps en temps des projections de gouttelettes visibles; rien n'autorise à affirmer l'absence de centres invisibles. Si l’on admet que le dégagement d'hydrogène continue à se faire avec projection de parti-
cules, la suppression totale du courant nous permet d’affirmer qu’alors ces particules ne portentaucune charge. Il serait donc possible d’arracher à l’une des armatures d’un condensateur chargé (armature liquide) des particules matérielles n’emportant aucune charge électrique. Ge paradoxe n'a rien d’impossible. Nous savons par l’exemple des égalisateurs de potentiel que des gouttes d’eau relativement petites emportent avec elles la charge électrique du liquide dont elles se séparent. Mais nous savons aussi qu’une surface électrisée ne se décharge pas par évaporauon (1); les molécules d’eau n’emportent donc pas la charge du liquide qui se dissipe en vapeur. Entre le diamètre des gouttes très petites et le diamètre des molécules il doit exister un diamètre critique, pour lequel une particule liquide cesse de pouvoir s’électriser par contact. L'hypothèse émise ci-dessus ne peut donc être rejetée a priorti.Des recherches ultérieures permettront peut-être de jeter la lumière sur cette importante question.
(1) Voir GaALLAROTTI, Rend. Acc. Lincei, t. XVII, 1908, p. 709.