‹ Recherches sur les AphroditiensChapitre 2 sur 69 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans le nombre immense des travaux consacrés à l'étude faunistique des Annélides, il en est peu qui ne fassent pas mention de quelques représentants du groupe des Aphroditiens, et il suffit de parcourir quelques-uns des mémoires dont nous parlons pour se convaincre que, dans l’ordre des Annélides errants, il n’est point de famille où les genres soient plus nombreux ; en outre, si, parmi ces genres, certains sont à l'heure actuelle représentés par une ou deux formes seulement, d’autres, et c'est la majorité, renferment au contraire un nombre considérable d'espèces.

Je crois, d’ailleurs, qu’il y aurait lieu de reprendre un travail de récapitulation, déjà fait par GRUBE [75,76 | *, il y a plus de vingt ans ; mais, tandis que le savant allemand s’est contenté de résumer les diagnoses des diverses espèces d’Aphroditiens connus, il faudrait revoir, dans les limites du possible, les types même qui ont servi de base aux descriptions ; la plupart du temps, en effet, ces descriptions ne sont pas comparables entre elles ; tel auteur décrit soigneusement le lobe céphalique et les élytres, sans rien dire des soies ; tel autre fait précisément l'inverse ; il décrit et figure les soies, mais n'indique pas même la disposition des antennes ou le nombre des élytres, il

* Les chiffres entre crochets renvoient à l’Index bibliographique, page 268.

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est difficile, dans ces conditions, d'affirmer qu'une seule et même espèce ne se trouve pas décrite plusieurs fois sous des noms différents ; une étude telle que celle dont je parle, entreprise au seul pointdevuetaxonomique, conduirait, j'en suis persuadé, à des résultats intéressants et aurait, en tout cas, l’incontestable avantage de faciliter la détermination, toujours si délicate dans les conditions actuelles.

Je me suis borné, ainsi qu’on le verra, à une revision des genres, dont j'ai tenté de préciser les limites; encore n'ai-je été amené là que d'une façon en quelque sorte accidentelle. Les résultats auxquels m’avaient conduit mes études sur les quelques Aphroditiens que j'ai examinés se trouvaient en contradiction avec des opinions généralement admises jusqu'ici. J'ai dû me préoccuper, faute de mieux, de rechercher dans les travaux antérieurs où se trouvent décrits des types que je n’ai pu me procurer, la confirmation de ce que . j'avais observé sur les quelques formes soumises à mes recherches ; au cours de ce travail, je me suis rendu compte de la difficulté que l’on éprouve actuellement pour déterminer même le genre auquel appartient une forme donnée, placé que l’on est en présence de diagnoses qui sont ou bien trop sommaires, ou, ce qui n’est pas moins gênant, surchargées de détails et qui, en tout cas, ne sont pas comparables entre elles. :

Dans le chapitre III du présent travail, j'ai essayé d'établir une classification rationnelle, en tenant compte seulement de certains caractères, mais en en tenant toujours compile; j'ai été conduit à modifier les limites des tribus, à supprimer certains genres, à en créer de nouveaux ; les tableaux dichotomiques et les diagnoses accompagnées de listes synonymiques qui font suite à une discussion que j'ai resserrée dans des limites aussi étroites que possible seront, j'ose l’espérer, de quelque utilité.

Des sept tribus dont j'ai donné la définition, les trois plus importantes, et de beaucoup, sont certainement celles des Hermioniens, des Polynoiniens et des Sigalioniens ; les autres ne contiennent qu'un nombre restreint de formes, dont il est difficile dese procurer des échantillons, la plupart des espèces n'étant représentées que par un ou deux exemplaires. L'on s’expliquera par là que j'aie été obligé de négliger leur étude. Dans les trois tribus énumérées en premier lieu, il y a encore des genres dont les représentants sont assez rares, et que je n'ai pas examinés non plus. Enfin, même parmi les formes les plus communes, il en est dont j'ai cherché sans succès à

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me procurer des échantillons. J'aurais vivement désiré, en particulier, combler la lacune qui résulte de l'absence dans mon travail de tout renseignement sur les Polynoe s.str et les Lepidasthenia ou des formes voisines. La Polynoe scolopendrina Sav. a étè signalée à Saint-Vaast, où je l'ai vainement demandée. Quant au genre Lepidasthenia, il est représenté dans l’Adriatique par l'espèce typique L. elegans GR.. Avec une amabilité dont je suis heureux de de le remercier, le professeur Cort, directeur de la Station Zoologique de Trieste, a bien voulu me faire adresser divers envois ; mais aucun d'eux ne contenait de Lepidasthenia.

Je dois également remercier la direction du Laboratoire de Plymouth, qui m'a envoyé de magnifiques échantillons de Sthenelais Iduncæ RaTakE et de Lepidonotus squamatus L.

Sur ma demande, la Station Zoologique de Naples m'a fait, à diverses reprises, des envois assez importants, comprenant surtout des Sigalioniens.

Enfin, j'ai moi-même recueilli à Wimereux (Pas-de-Calais) où j'ai séjourné à diverses reprises, quelques spécimens des espèces suivantes : Lepidonotus squamatus L., Harmothoe impar JoHNsT., Lagisca extenuata GR., L. rarispina Sars, Sthenelais Idunae RaTHKE et Sigalion Mathildae Avr. et H. M.-Epw. Il m'est particulièrement agréable d'exprimer ici au professeur GIARb, directeur du laboratoire de Wimereux, la reconnaissance que je lui garde pour la large hospitalité qu'il a bien voulu m’accorder et pour les précieux conseils qu’il n’a cessé de me prodiguer.

Attaché, en qualité de préparateur, ‘au laboratoire de la Faculté des Sciences, à l’Institut de Zoologie de l’Université de Montpellier, c'est dans ce laboratoire que j'ai poursuivi mes recherches. Les animaux étudiés ont été recueillis à Cette, où gràce à l’heureux aménagement de la Station Zoologique, fondée et dirigée par M. SaBarTier, doyen de la Faculté des Sciences-de l'Université de Montpellier, j'ai pu observer en place et recueillir moi-même un certain nombre d'espèces. À Cette, comme à Montpellier, d’ailleurs, j'ai largement usé des ressources de laboratoires dont l'outillage est au courant des derniers progrès de la technique moderne.

Les conseils éclairés, les bienveillants encouragements du savant maître qu'est M. SABATIER ne m'ont jamais fait défaut; je le prie d’agréer ici l'assurance de ma profonde reconnaissance et de ma respectueuse affection.

M. Souuier, Maître de Conférences, à la Faculté des Sciences de l'Université de Montpellier, a droit également à mon affectueuse gratitude pour l’aide qu’il a bien voulu m'apporter au cours de mon travail.

Avant d'aborder l'exposé des résultats que j'ai obtenus, je crois devoir dire ici quelques mots de l’esprit dans lequel mes recherches ont été conduites : je n’ai nullement tenté de faire une monographie comme pourrait le faire croire, au premier abord, le plan adopté dans les pages suivantes. Je me suis, au contraire, placé au point de vue suivant : dire que les Aphroditiens sont des Annélides errants, c’est dire en même temps qu'ils possèdent un certain nombre de traits généraüx d'organisation bien connus et sur lesquels il m'a paru inutile d’insister. Mon attention s’est au contraire portée sur ce qui est particulier aux Aphroditiens, sur ce qui leur assigne un caractère propre, une place à part. L'on s’expliquera ainsi l’inégal développement donné aux différentes parties du présent travail.

J’ajouterai enfin que, lorsque les résultats énoncés dans des mémoires antérieurs étaient conformes à ceux que j’obtenais moimême, j'ai pris pour base les travaux de mes prédécesseurs et me suis borné, au cours d’un résumé aussi bref que possible, à indiquer, s'il y a lieu les rectifications de détail ou les additions qui m'ont paru nécessaires.

Montpellier, le 15 octobre 1899.

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