HABITAT
Distribution géographique. — La famille des Aphroditiens est largement représentée dans toutes les mers du globe, depuis les côtes du Groenland et du Spitzherg jusqu’au détroit de Magellan, dans la Méditerranée comme dans le Pacifique et l'Océan Indien.
Les grands voyages d'exploration entrepris dans la première moitié du siècle, celui notamment de la frégate suédoise « Eugénie », et celui qu'avait accompli ScHMARDA [61], avaient déjà permis aux
(1) I1y a exception constante pour les segments 4 et 5 qui, tous deux, portent des
élytres.
er Aus
zoologistes de se faire une idée de la répartition géographique de la famille dont nous nous occupons ici ; les travaux de GRURBE [78] sur les Annélides des Philippines, ceux de Vox MARENZELLER [79] sur les Annélides du Japon méridional, les mémoires de LANGERHANS [79 et 84] sur la faune de Madère, ceux encore d'HAsweLL sur les Aphroditiens d'Australie étaient aussi, à ce point de vue, des plus intéressants. Mais la plus belle contribution apportée à nos connaissances sur ce sujet est bien certainement celle de Mac-Ixrosx [85] qui a étudié les Annélides recueillis par le « Challenger >. Les résultats obtenus au cours d'une croisière qui a duré près de cinq ans sont venus confirmer ce que l'on savait déjà, en même temps qu'ils comblaient de nombreuses lacunes ; les régions japonaise et australienne, particulièrement. ont fourni toutes deux nombre de types nouveaux des plus intéressants.
Il convient de remarquer que la plupart des genres ont une aire de dispersion très étendue: il y a plus: certaines espèces se retrouvent en des points fort éloignés les uns des autres ; nous n'en citerons que quelques-unes particulièrement remarquables à cet égard: Lepidonotus pleiolepis. découvert au Japon par Kozs et décrit par Vox M4REXZELLER |79] a êté observé à Dinard par DE ST-JosEPx | 88]; Eupolyodontes (Acoëtes) 1 Cornishii Bucanan a été signalé deux fois seulement : au Congo par miss BucHANAN [94] et en Nouvelle-Calédonie par FAUvEL [978] ; Harmothoe imbricata L. se trouve dans toutes les mers d'Europe ; Vox MARENZELLER | 79| l'a décrite du Japon et Joaxsox [97] des côtes de Californie ; enfin Lœtinatonice producta GR. que Mac-Ixrosx [85] avait déjà signalée aux Acores et au Nord-Est de l'Australie a êté draguée sur les côtes de l'Islande par miss BucHANaN [93], qui fait en outre mention d'un exemplaire provenant du Japon.
On sait, d'ailleurs, que d'une façon générale, la plupart des familles de Polychètes ont une aire de dispersion considérable ; par contre, l'extension bathymétrique de certains groupes est assez restreinte ; ainsi, d'après FauvEL [97a] les Ampharétiens se rencontrent presque toujours à une assez grande profondeur. GRAVIER | 96] donne les Phyllodociens comme des animaux littoraux où pélagiques. D'autre part, en consultant les tableaux bathy-
(1) Les noms génériques entre parenthèses sont ceux qui doivent être substitués aux noms actuels si l'on adépte la classification établie plus loin (voir chapitre HD).
Le.
métriques publiés par Mac-Inrosa [85] l'on voit, par exemple, que le nombre des Syllidiens, très considérable au voisinage de la surface, diminue rapidement à mesure que la drague opère à des profondeurs, plus grandes.
Les Aphroditiens se comportent, à ce point de vue, d’une facon tout à fait différente. On les trouve, en effet, depuis le niveau de l’eau jusqu'aux plus grandes profondeurs où l’on ait rencontré des Annélides et c’est là un caractère qu’ils ne partagent qu'avec les seuls Polychètes sédentaires.
La Drieschia pelagica MicuaëLsEN est pélagique au même titre que les Alciopiens.
Sur nos côtes de l'Océan et de la Manche l’on peut, à toutes les marées, recueillir en abondance un certain nombre de formes ; c’est ainsi qu'à Wimereux (Pas-de-Calais) j'ai loujours eu sans difficulté Lagisca extenuata GRr., L. rarispina Sars, Lepidonotus squamatus L., Harmothoe impar Jonnsrox, Pholoe minuta FABr., Sthenelais Iduncæ RaATHKE, Sigalion Mathildae Avp. et H. MILE- Epw.
D’autre part, en Méditerranée, à Cette, Lagisca exlenuala GR., Harmothoe impar Jonnstr., Lepidonotus clava Moxr., Hermadion pellucidum Eur., H. Sabatieri n. sp., Pholoe synophthalinica Czpp vivent à une profondeur très faible (0",50 à 4 mêtres) soit dans l'étang Ge Thau, soit dans les canaux du port; je signalerai encore la capture, dans les canaux, à une profondeur maxima de 5 mètres, d’un Polyodontes (2?) et celle aussi de Psammolyce arenosa DELLE CHIAJE.
A Cette, également, les pêcheurs apportent à la Station zoologique l'Aphrodite aculeata L. qu'ils draguent sur les fonds de 25 mêtres à 35 mètres, en même temps que les grands Asfropecten dans les sillons ambulacraires desquels on trouve parfois un intéressant Polynoinien, Acholoe astericola DELLE CHIAJE. z
Mais, parmi les animaux que nous venons de citer, il n'en est pas un seul qui soit localisé dans cette zone littorale où nous l'avons signalé. LANGERHANS |79 et 84] a trouvé un certain nombre d’entre eux à des profondeurs pouvant atteindre 160 mètres et nous allons voir que quelques-uns descendent beaucoup plus bas encore.
Comme Aphroditiens des grands fonds, nous citerons d’abord les Panthalis (Acoëtes) trouvés au large de Banyuls par Pruvor et Racovrrza | 95] à 700 mètres de profondeur environ, en compagnie
de deux Polynoiniens, Lepidasthenia elegans GR. et Harmothoe impar Jounsr. EuLers | S7] a signalé dans le golfe de Mexico une Aphrodite (A. obtecta Eur.) qui vit sur les fonds de 1.009 mètres et l'A. aculeata L. à été draguée à plus de 900 mètres de profondeur par le « Knight Errant >. Parmi les Annélides recueillis par le « Porcupine » se trouvait un Sigalionien dragué à 1.100 mêtres et qu'Eucers [75] a décrit sous le nom de ZLeanira hystricis. Le Polynoinien bathypélagique découvert par VON MARENZELLER | 92 |, Nectochæta Grimaldii, a été recueilli à 2.000 mètres de profondeur environ. Enfin entre 1.800 mètres et 3.600 mêtres le« Challenger » a récolté six espèces d’Aphroditiens, et trois autres ont été encore rencontrées entre 4.500 et 5.500 mètres.
L'on est d’ailleurs étonné de voir combien sont diverses les conditions de pression auxquelles peut s’adapter une espèce donnée. Lœtmalonice producta Gr., dont nous avons déjà indiqué l'aire géographique trés étendue, a une extension bathymétrique énorme (80 mètres à 5.200 mètres). Polynoe platycirrala Mac-Ixrosn n’a été draguée que deux fois à 70 mètres et à 4.500 mètres. Enfin, nous avons déjà vu que l’Harmothoe impar et l’ Aphrodite aculeata, si communes à la côte, vivent encore sur des fonds de 750 mètres à 1.000 mètres.