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VENTRICULE

J'ai dit plus haut que, dans certains cas, des caractères extérieurs fort nets permettent de distinguer l’un de l’autre la trompe pharyngienne et le ventricule. Mais, alors même que ces caractères extérieurs disparaissent, il n'importe pas moins de conserver la distinction que nous avons établie entre les deux régions, car les différences histologiques que je vais signaler entre elles subsistent, quel que soit l'animal étudié.

Ces différences portent :

1° Sur la nature du revêtement musculaire des parois ;

2° Sur la structure de l’épithélium.

Une coupe transversale du ventricule nous montre en effet les couches suivantes, énumérées en partant de la lumière de l'organe :

a) La cuticule, qui atteint ici un développement énorme.

b) L'épithélium, qui forme un petit nombre de grandes papilles.

c) Une basale peu épaisse, d'aspect semblable à celui d'une cuticule.

d) Le revêtement musculaire.

e) Enfin, le péritoine.

Or, il est facile de constater tout d’abord que la couche des muscles est tout entière formée par des fibres circulaires constituant un revêtement dont l'épaisseur, assez considérable dans la région antérieure du ventricule, diminue graduellement à mesure que l'on considère des points plus rapprochés de l'intestin.

Quant à l’épithélium, les papilles qu'il forme, peu nombreuses et assez peu saillantes dans la région qui avoisine la trompe pharyngienne, ne tardent pas à prendre un développement assez considérable, comme le montre la fig. 71 qui représente une coupe prise dans la région antérieure de l'organe, chez Lepidonotus clava e N Liddoue dues Moxr. Chacune de ces papilles est

Mont. Coupe transversale Comme On voit (fig. 72) formée par

du ventricule un épithélium à plusieurs couches, épithélium alvéolaire, à alvéoles très

développés, mais pour la plupart vides de leur contenu. Parmi les alvéoles encore pleins de mucus, il n’est pas rare d’en trouver dont le contenu fuse à travers la cuticule par les pores très fins qu’elle présente. Les couches profondes de l’épithélium , dans la région centrale de la papille, sont formées par des fibro - cellules de remplacement, dont les limites n'apparaissent jamais nettement. De ci de là on trouve, en

nombre assez restreint d’ailleurs "ét toujours au Fig. 72. — Lepidonotus clava Mont. Coupe dans une papille épithéliale du ventricule.

voisinage de la basale, des éléments à protoplasme clair, qui sont des cellules nerveuses dépendant du système stomatogastrique dont les quatre nerfs ne se terminent qu'a la limite postérieure du ventricule, après

avoir accompli dans la gaîne, la trompe et le ventricule un trajet tout entier intraépithélial.

En résumé l'épithélium du ventricule est un épithélium à structure alvéolaire qui, en certains points, s’est épaissi pour former des papilles dont la saillie est due au développement de couches profondes de fibro-cellules de remplacement.

Le ventricule se distingue donc bien de la trompe pharyngienne, à laqueile il fait suite, et par la nature de son revêtement musculaire et par la structure de son épithélium.

J'ajouterai que son rôle physiologique est absolument différent.

La trompe est, en effet, un simple organe d'aspiration ou, du moins, son rôle prépondérant paraît être d’aspirer, en même temps que l'eau, les aliments déjà dilacérés par la pointe de dents et grossièrement broyés entre les plaques chitineuses. MALAQUIN (93) a montré que, chez les Syllidiens, la musculature du proventricule, absolument analogue à celle que nous signalons ici dans la trompe, permettait, grâce au jeu alternatif des deux séries de fibres, radiaires et circulaires, la dilatation, suivie de contraction de l’organe et, par suite, l'absorption de l’eau et des aliments qu’elle peut entraîner.

Dans le ventricule, au contraire, les aliments doivent subir une malaxation énergique, entre les sortes de dents formées par les papilles, dont le revêtement cuticulaire acquiert une épaisseur inusitée. L’abondance des éléments glandulaires et le développement considérable qu'ils présentent permettent de penser qu’il y a, dans cet organe, constitution d’un bol alimentaire, formé par des fragments de nourriture enrobés dans du mucus.

COMPARAISON DE LA TROMPE DES APHRODITIENS AVEC CELLE D'AUTRES ANNÉLIDES.

MALAQUIN [93] a fait remarquer qu'il n’est guère possible, en l’absence d'observations relatives au développement, d'établir des homologies entre les diverses parties de la région proboscidienne dans les différentes familles d'Annélides. En ce qui concerne les Aphroditiens, il se trouve que, postérieurement au travail de MALAQUIN, HAECKER [94] a étudié l’ontogénie d'un Polynoinien ; malheureusement, les indications qu’il donne sur le développement du tube digestif se réduisent à peu de choses: dans le plus jeune

stade qu'il ait observé, on trouve sur l’œsophage cilié de la larve un diverticule qui est l’ébauche de la gaîne pharyngienne; el Hagcker signale, à la partie profonde de ce diverticule une couche (aüssere Lage) de cellules qui, dit-il, prennent naissance par une sorte de processus de délamination (durch eine Art von Abspal tungsrorgang) ; il semble résulter de ses dessins que ce sont ces cellules bourgeonnées qui donnent naissance à la trompe pharyngienne et au ventricule.

En rapprochant ces résultats de ceux de MaLaAQuiIN, l’on verra facilement que tout ce que l’on peut déduire de la comparaison, c'est qu'il reste difficile d'établir des homologies; on peut néanmoins admettre que la gaîne pharyngienne des Aphroditiens est homologue à l’organe décrit sous le même nom chez les Syllidiens et que, par suite, l’ensemble formé, chez les premiers, par la trompe et le ventricule correspond à celui qui constituent, chez les seconds, la trompe, le proventricule et le ventricule.

Toutefois, si j'ai cru devoir employer les termes de trompe pharyngienne et de ventricule, je n’entends nullement, par l'emploi de ces dénominations, instituer une homologie entre ces organes et ceux que MALAQUIN a désignés sous le même nom.

Je pense; par contre, que la région proboscidienne des Aphroditiens est absolument comparable à celle des Phyllodociens, étudiés par GRAVIER {96 | et chez lesquels on trouve, comme ici, une gaîne pharyngienne, une trompe pharyngienne et un ventricule.

En tout cas, il convient de retenir ce fait que l’épithélium, alvéolaire dans toute l'étendue de la région proboscidienne, rappelle ainsi, par sa structure, le tissu épidermique ce qui semble d'accord avec le résultat obtenu par HAECKER que la région proboscidienne est tout entière d’origine épidermique.

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