CHAPITRE PREMIER
Préparations relatives à la dissection des articulations.
10 articulations diarthrodiales. Lorsqu'on veut disséquer une articulation , il faut d'abord couper les os à une distance plus ou moins grande de leurs surfaces articulaires , afin de conserver dans leur intégrité les ligaments qui les unissent, et de pouvoir saisir la préparation avec plus de facilité (2). On place la pièce sur une alèze propre et pliée en plusieurs doubles, afin d'empêcher la poussière qui pourroit se trouver sur la table d'y adhérer , et pour absorber à mesure les
(1) Marjolin, Manuel de l'Anatomisle, lova. 1, pag. l^.
(2) On peul préparer certaines articulalions sans les dëlacher du cadavre; elles sont alors moins mobiles, il est vrai, mais on éprouve beaucoup plus de difficultés pour placer successivement la pièce dans la position la plus favorable à la dissection des parties.
(37 ) liquides qui s'en écoulent j on fait fixer la pièce par un aide (i) et on procède à la dissection des parties, avec la pinc»^ ordinaire et un bistouri (2). Il faut découvrir les ligaments et les isoler autant que possible de prime abord, en les disséquant de très-près, dans le sens de leurs fibres j on sépare avec soin les capsules articulaires des parties voisines, afin dé ue point les ouvrir, ce qui demande souvent beaucoup d'adresse et u liabitudc : dès que les ligaments sont disséqués sur l'un des côtés de l'articulation , on retourne successivement la pièce pour préparer les autres (3).
On ne doit pas, en général, enlever le périoste des os aux environs de l'articulation, afin de mieux saisir les rapports des ligaments avec celte membrane fibreuse ; cependant lorsqu'on prépare des articulations pour une leçon publique, il faut l'enlever, pour rendre les ligaments plus apparents et plus distincts. Pour cela, avec un fort scalpel, on circonscrit l'insertion de chacun des ligaments, en incisant le périoste dans toute son épaisseur j puis on détache cette membrane en ruginant l'os de son extrémité articulaire vers son corps (4).
(1) Je me sers avec beaucoup d'avantage, pour fixer et disséquer les arliculalions, d'un gros élau dont les mors ont été garnis de linge. 11 serait de la plus grande utilité, pour ces préparations et pour beaucoup d'aulres , d'avoir, pour les retenir, un de ces instruments que les menuisiers nomment valets, et dont ils se servent pour fixer solidement sur leur établi les pièces de bois qu'ils travaillent. On peut serrer et desserrer à volonté les valets , en les frappant dans telle ou telle direction avec un maillet ; les valets des anatomistes devraient être faits en cuivre afin d'éviter la rouille.
(2) 11 vaut mieux se servir, pour disséquer, de bistouris que de scalpels ordinaires ; ces instruments sont plus commodes, coupent mieux en général , et de plus, en les employant journellement , on contracte Ihabitude de les tenir, de les diriger avec adresse, ce qui est fort avantageux dans la pratique des opérations.
(3) Souvent les commençants prennent pour dos ligaments les tendons qui avoisincnt les articulations : il est un moyen sûr de ne point s'y méprendre. Ou exanunc les deux extrémités de la corde fibreuse ; se fixent-elles de part et d'autre aux os, c'est tin ligament ; S'insèrent-elles, l'une à un os, l'antre à un muscle, c'est un tendon.
(4) Si on faisait agir l'instrument en sens contraire, on risquerait de détacher les insertions des ligaments. Les rugines dont ou se sert doivent avoir des plaques de rechange de forme et de grandeur variables, qui se montent sur la tige au moyen d'un
(38) L'articulation étant préparée , on l'enveloppe exactement dans un linge, on la laisse pendant cinq ou six heures dans de l'eau de fontaine , pour la faire dégorger; on la relire, on la place sur une alèze propre, et on l'essuie avec un linge rude qu'on passe dessus à plusieurs reprises dans le sens des fibres ligamenteuses (i).
Chaque articulation doit être préparée d'après des règles qui sont tracées avec autant de précision que de clarté dans le manuel d'anatomie de M. le professeur Marjolin (2).
Il est quelques préparations qu'on doit exécuter sur les parties qui , indépendamment des ligaments, entrent dans la composition des articulations en général : ce sont les cartilages, les fibro- cartilages , les membranes et les franges synoviales, les vaisseaux des articulations, etc.
1° Cartilages d'incrustation. Pour montrer l'épaisseur plus grande de ces cartilages dans certains endroits que dans d'autres, il suffit de scier dans plusieurs directions les os qui en sont recouverts ; Ainsi, par exemple, sciez la tête de l'humérus, dans la direction du corps de l'os, et vous verrez le cartilage beaucoup plus épais au centre de l'éminence qu'à sa circonférence ; sciez comparativement la cavité glénoïde dans une direction verticale , vous observerez une disposition inverse, c'est-à-dire, plus d'épaisseur vers la circonférence que vers le centre de la cavité.
Les cartilages diarlhrodiaux sont très-adhérents à la surface des os; cependant on peut les en détacher : voici le procédé qui m'a réussi : Sur le cadavre d'un adulte, coupez la tête du fémur au niveau de sa
pas de vis; leurs bords doivent en général être droits ou légèrement convexes. Cette dernière forme est des plus commodes, sur-tout pour les os plats; l'angle aigu que la plupart des rugines présentent à l'une des extrémités de leurs plaques , est utile lorsqu'il s'agit de détacher des parties fibreuses insérées dans les cavités ou enfoncements extérieurs des os; cependant on peut employer également à cet usage un scalpel à lame épaisse.
(i) Lorsque de la poussière s'est attachée à une préparation anatomique, il devient très-difficile de l'enlever ; on se sert pour cela d'une brosse à poils très - courts et très-roides.
(2) Voyez Tome i, pag. 4 et suiv.
(39) jonction avec le col ; à l'aide d'un fort scalpel, creusez une cavité profonde en enlevant une portion du tissu sponf,'ieux delà tête au niveau de la section ; ve'rSez dans cette cavité un mélanj^e de trois parties d'eau et d'une d'acide tnuriatique; au bout d'un quart d'heure , plongez la pièce sous l'eau , et avec le manche d'un scalpel, grattez et enlevez toute la portion de l'os qui a été ramollie par l'acide ; en répétant cinq ou six fois cette opération , on parvient à séparer entièrement le cartilage que l'on obtient sous la forme d'une calotte creuse. — On peut le conserver en le faisant sécher, ou bien en le plongeant dans l'alcoliol.
2° FiBRO-cARTiLAGES. Pour préparer les fibro-cartilages inter-articulaires , et faire voir leurs formes, leurs couleurs, leur connexion avec les parties voisines, il faut , après avoir pratiqué différentes coupes, les disséquer successivement dans les articulations sterno-claviculaire , temporo-maxillaire, cubito-carpienne , tibio-fémorale , entre les corps des vertèbres ^ etc. , et les comparer entr'eux.
3° Capsules synoviales. Il est nécessaire de les préparer dans chacune des articulations diarlhrodiales. Pour faire voir la manière dont elles se portent de la face interne des ligaments sur les os , il suffit de couper perpendiculairement une capsule fibreuse, celle du fémur, par exemple ; d'en détacher un lambeau que l'on renverse du côté de son insertion à l'os ; on aperçoit alors entre ce dernier organe, la capsule fibreuse et la membrane synoviale, un petit espace triangulaire rempli de tissu lamineux. Les franges synoviales , sur lesquelles M. le professeur Béclard prépare un travail intéressant, seront préparées pour des leçons publiques, dans les grandes articulations , et spécialement celle de la hanche et du genou (i).
On est quelquefois obligé de recueillir la synovie dans des vases pour étudier ses propriétés physiques ou la soumettre à l'analyse chimique. 11 faut la chercher dans les grandes articulations , dans la fémoro-
(i) On voit parfaitement les nombreux vaisseaux sanguins que reçoivent les franges synoviales, dans certaines hydarlliroses , dans les inflammations des articulations , les luxations spontanées commençantes , etc.
libialCj la libio-larsieime , la coxo- fémorale. J'emploie à cet e/Tet un procédé bien simple que voici : faites à la partie déclive deTarticulalioii , une ponction avec un trois-quartj laissez la canule en place, retirez le poinçon j faites avec un bistouri étroit une autre ponction à la partie supérieure de la capsule articulaire, introduisez par cette ouverture un tube de verre, par lequel vous poussez de l'air dans l'arliculalion : ce fluide élastique comprime et chasse la synovie , avec laquelle il s'échappe par la canule du trois-quart (i).
4° Vaisseaux. Les vaisseaux qui se rendent aux articulations doivent être injectés , avec une liqueur pénétrante, avant d'être disséqués. Ou trouve , lorsque l'opération a bien réussi , un lacis vasculaire très-abondant formé par des arlérioles qui se rendent dans les parties fibreuses, s'épanouissent sur les capsules articulaires, et envolent des vaisseaux d'une ténuité extrême dans les franges et les capsules synoviales.
La colle de peau, colorée par le noir de fumée , réussit parfaitement pour ces injections, sur-tout si on a eu la précaution de faire cliauffer le cadavre avant de l'injecter.
L'anatomiste fera voir la disposition des articulations amphiarthrodiales , en exécutant comparativement diverses coupes sur les vertèbres , la symphise du pubis , la symphise sacro-iliaque, sur des individus d'âge et de sexe différents.
11 sera également nécessaire de faire des coupes variées et faciles à concevoir , pour démontrer la substance fibro-cartilagineuse qui se trouve entre les sutures des os de la tête ; de faire ces coupes comparativement à la voûte et à la base du crâne, dans les sutures par engrenures, et dans celles par juxla - positions^ de les pratiquer sur des têtes de fœtus (espaces membraneux, fontanelles) d'enfant, d'adulte et de vieillard ; on verra cette substance disparaître plutôt dans certains endroits que dans d'autres; aller toujours en diminuant d'épaisseur, «à mesure que l'individu avance en âge : on saisira , sous ce rapport, son analogie avec la lame cartilagineuse qui sépare les épiphyses des autres os , etc.
(i) C'est par un procédé à peu-près semblable que les personnes qui préparent des colleclious d làisloire naturelle, vidcut les œufs des oiseaux pour les conserver.
Il faudra cgalemenl , pour démontrer le mode d'articulation par gomphose , pratiquer des coupes verticales et obliques sur les différentes espèces de dents et aux alvéoles tout-à-la-foisj séparer ces parlies avec précaution, afin d'isoler quelques fdaments du périoste alvéolo-dentaire. Cette dernière préparation est plus facile sur de jeunes sujets.