‹ Recherches sur les causes et l'anatomie des hernies abdominales (volume 2)Chapitre 12 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la consercadon des articulations.

Les articulations ayant été préparées avec leurs ligaments , d'après les préceptes ci-dessus établis , il s'agit d'indiquer maintenant les procédés à mettre en usage pour les conserver. L'auatomiste a pour but : 1° de dessécher simplement ces pièces, ou bien, 2° de leur faire subir , avant de les soumettre à la dessiccation, certaines préparations qui conservent aux tissus fibreux leur forme et leur souplesse, aux articulations leur mobilité. Il doit se conduire différemment dans l'un et

l'autre cas.

1° Dessiccation des articulations.

Il faut fixer la pièce sur un cadre de bois , en donnant à l'articulation la position qu'on désire qu'elle conserve, et qui doit varier suivant l'usage auquel on la destine. Les procédés à mettre en usage pour la maintenir dans cet état, sont, pour ainsi dire, différents pour chaque articulation.

Voyez de la dessiccation du squelèle naturel à la lin du Chap. III de cette section.

2° Des procèdes à mettre en usage pour consen'er la souplesse des ligaments , et la mobilité des articulations.

Les ligaments, en se desséchant, se raccornissent, deviennent jaunâtres, transparents , très-roides , comme cela s'observe en pareil cas pour la peau; ils donnent à l'analyse la même substance que celte membrane, la gélatine; ils se comportent à peu-près de la même manière avec les divers réactifs; ils doivent être susceptibles des mêmes genres de préparation ; or , on sait que par divers moyens on peut dessécher la peau en lui conservant sa souplesse^ sans altérer sensiblement son tissu fibreux ,

sans diminuer sa force de résistance , comme on en voi't un exemple pour les peaux de daim , de chamois , de bnfle. Il y a quelques années qu'en partant de ce raisonnement, je voulus m'assurer s'il ne serait pas possible de conserver aux autres tissus fibreux de l'économie, aux tendons, aux lif^aments leur forme et leur souplesse, aux articulations leur mobilité. Je résolus de faire des recherches sur ce sujet; mais avant de les entreprendre, je passai successivement en revue et comparai entre eux les divers procédés qu'emploient dans la préparation des peaux d'animaux, les tanneurs , les chamoiseurs , les mégissiers , les corrojeurs, les parcheminiers ^ les hongroyeurs, etc. Après cet examen, j'eus quclqu'espoir d'assouplir le tissu gélatineux en le traitant par les procédés employés par le corroyeur (i) l'hongroyeur (2), ou le chamoise'nr (3) , c'est-à-dire mécaniquement, au moyen de \di frappe et du foulage ^ et en introduisant ensuite une substance grasse on savonneuse, entre ses fibres plus ouraoius séparées les unes des autres.

J'ai fait plusieurs essais, et leur résultat a été en général trèssatisfaisant; en suivant à-peu-près les procédés employés par l'hongroycur , je suis parvenu à conserver la souplesse aux divers tissus fibreux , aux aponévroses , aux tendons, aux ligaments.

Voici le procédé auquel je me suis arrêté.

Faites dissoudre quatre livre de muriate de soude et une livre d'a-

(1) Le corroyeur reçoit le cuir du tanneur; il le ramollil dans l'eau, leybu/e et le refoule pour Tassouplir; il ëcharne le cuir et le nettoie ; il lui donne le grain au moyen du travail de la pommelle qui contriliue encore à l'assouplir ; il Yëlire et I imbibe de suif; il le met tremper et le nettoie mécaniquement.

(2) L'hongroyeur passe les cuirs forts dans un mélange d'alun et de sel , et les imbibe de suif; il écbarne le cuir frais, le lave , rase le poil, et le met tremper dans une dissolution de sel et d'alun; il le foule et refoule, et le fait sécher; étant sec, il l'assouplit encore en le foulant avec les pieds , et le passe au suif

(3) Le cliamoiseur prend les peaux débourrées et gonflées, y ajoute de l'huile, et les passe au foulon qui les as.<.uuplit ; il fait pénétrer l'huile en échauffant la peau qu'il dégraisse ensuite avec une lessive alcaline ; il la fait sécher, 1 assouplit encore , et tinil par la parer, la nettoyer, et la rendre bien unie. On voit que la peau chamoisée est une peau débourrée, décharnée, assouplie et imbibée de savon avec excès d huile , et probablement de savon insoluble , mais n'y existant qu'à très-petite dose.

Jiin dans dix pintes d'eau ; laissez macérer pendant qi)inze à vingt jours dans cette lessive l'articulaliou que vous avez disséquée avec soin ; ayez l'attention de la mouvoir souvent dans la dissolution , de presser ses ligaments, de les tordre, et sur-tout de les frapper légèrement avec une petite masse de bois léger. Ces manœuvres sont destinées à les assouplir, à écarter leurs fibres, qui se laissent pénétrer plus facilement par les sels. Relirez l'articulation de la dissolution saline; faites la sécher pendant quatre ou cinq jours , en ayant soin de la mouvoir de temps à autre et de la frapper encore avec la petite masse; plongez alors votre articulation dans une dissolution très-concentrée de savon ( une livre pour trois pintes d'eau ) , remuez , frappez-la de nouveau pendant sept à huit jours, temps nécessaire pour la dessaler et permettre au savon de pénétrer entre les fibres ligamenteuses (i) , de prendre la place des sels. Au bout de ce temps, c'est-àdire, trente-six à quarante jours après le commencement de l'opération , lavez l'articulation dans une lessive peu concentrée de carbonate de soude (une once pour deux livres d'eau), après quoi vous la faites sécher.

Par ce procédé (?) , que l'on peut modifier de plusieurs manières, on obtient des ligaments parfaitement souples, d'une couleur terne , grisâtre, assez semblables à de la peauchamoisée , très-résistants et permettant de faire exécuter aux articulations , leurs mouvements ordinaires.

J'ai préparé de cette manière les articulations de l'épaule, du genou, des doigts, de la colonne vertébrale. J'ai repris mes expériences, dans l'intention d'obtenir un procédé plus expéditif (3).

On peut encore conserver les articulations parfaitement souples ,

(i) Pour dessaler plus facilement les pièces , et favoriser l'introduction du savon entre les fibres des ligaments, on peut faire chauffer la lessive de 25 à 3o degrés.

(2) On pourra appliquer ce procédé à la préparation de tous les tissus gélatineux.

(3) Je fais macérer plusieurs articulations dans un lait de chaux ; je compte ensuite les traiter par le suif, la foule et la lessive alcaline, en suivant la méthode du chamoiseur. J'essaierai ensuite les autres procédés qu'on suit pour faire gonfler et dchourrcr les cuirs. M. le docteur Hereau , qui s'occupe avec tant de zèle de l'application de l'analomie aux beaux-arts, conserve la mobilité des articulations par des procédés qui lui sont propres, et qu'il se propose de soumettre bientôt à l'examen de la Faculté,

eu les tenant plongées dans un mélange de partie égale, d'huile d'olive et d'essence de térébenthine.

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