CHAPITRE PREMIER
Des causes des hernies,
Jues hernies abdominales , forme'es par le passage de quelqu'un dïs organes contenus dans le ventre à travers une ouverture des parois de cette cavité, ne sont pas moins remarquables par leur fréquence que par les nombreuses altérations qu'elles déterminent dans les parties intéressées, et la gravité des accidents qui peuvent en être le résultat.
Les causes des hernies agissent, en général , tantôt en augmentant la pression exercée sur les viscères par les parois abdominales, et tantôt en diminuant la résistance que ces mêmes parois opposent à leur déplacement. Dans le premier cas, elles sont occasionelles, et dans le second, simplement prédispusantes.
Le diaphragme et les autres muscles abdominaux sont les principaux agents des phénomènes mécaniques de la respiration, et de puissants auxiliaires dans l'exercice des fonctions de la plupart des organes renfermés dans le ventre. Ceux-ci , poussés en bas par le preuiier de ces muscles pendant l'inspiration , refoulés du côté de la poitrine par les seconds lors de l'expiration, sont sans «esse élevés et abaissés par ces
mouvements alternatifs de contraction et de relâchement. Si on examine ce qui se passe dans les mouvements ordinaires de la respiration, on voit les parois abdominales se distendre pendant l'abaissement du diaphragme, et revenir sur elles-mêmes par leur propre élasticité, lorsque ce muscle remonte vers la poitrine dans l'expiration. On ne peut regarder ces simples mouvements comme une cause de compression suffisante pour produire les hernies j en effet, pendant qu'ils ont lieu , la cavité abdominale ^ en changeant de forme, conserve à-peu-près toujours la même capacité ; elle s'agrandit dans im seas tandis qu'elle se rétrécit dans l'autre. Les viscères comprimés, pendant la respiration j par la seule force élastique des parois abdominales, réagissent conlinuellemeut sur elles. Dans l'état ordinaire, ces forces d'action et de réaction sont en équilibre j et la pression douce et uniforme qui en résulte, maintient les organes dans leur position respective, et facilite le jeu de leurs fonctions (i). Mais cet équilibre peut être rompu dans une foule de circonstances, soit parce que la résistance des parois se trouve diminuée dans certains points , soit parce que la force de pression exercée sur les viscères devient plus considérable. Ainsi, l'augmentation de volume des parties contenues dans l'abdomen, comme dans l'asciie, les hjdropisies enkystées, la grossesse, la tympanite , l'accumulation de la graisse dans les épiploons et les divers replis du péritoine, produit une distension, un affaiblissement général des parois de l'abdomen, et diminue la force de résistance qu'elles peuvent offrir aux viscères (2). D'un autre côté , la pression que ceuxci éprouvent de la part des muscles de la respiration, se trouve bien
(i) Les gaz renfermés en plus ou moins grande abondance dans les intestins, étant trèscompressibles cl parfaitement élastiques, modèrent, rendent plus douce, plus uniforme, la pression des parois abdominales sur les viscères contenus dans le ventre, et peuvent aussi, par l'espèce de ressort qu'ils présentent , repousser ces mêmes parois lorsqu'elles cessent de se contracter.
(2) Le relâchement dos parois abdominales peut être local et venir à la suite de plaies, de fortes contusions, etc. Les parois du ventre, très-amincies, forment quelquefois des poches plus ou moins spacieuses qui contiennent la presque totalité des viscères abdominaux. Ces éyentrations ne doivent pas nous occuper ici.
(3) plus f,'riindc peiulant les cfForls qui nécessitent presque toujours une conlraction sinuillanée des puissances inspiratrices et expiralrices.
Les hernies sont fréquemment produites par les actes de la vie qui exigent des efforts plus ou moins violents, par l'action de sauter, de courir, de lever des fardeaux pesants (i), de crier, de chanter, de tousser; lors de l'accouchement; pendant les vomissements, l'excrétion des matières fécales endurcies, et de l'urine, dans les cas de rétention de ce fluide dans la vessie (2).
Dans la plupart de ces circonstances , le diaphragme et les muscles abdominaux se contractent simultanément, soit pour rétrécir la cavité abdominale, soit pour fixer et retenir immobile le tronc sur lequel les membres doivent prendre leur point d'appui. Quand nous voulons produire un effort violent, opérer une furie compression sur les organes abdominaux par exemple, nous commençons par faire une profonde inspiration; pour cela, taudis que le diaphragme se contracte, s'abaisse afin d'agrandir le diamètre longitudinal du thorax, les côtes s'élèvent et se portent en dehors pour augmenter les diamètres iransverses et anléro-postérieurs
(i) C'est chez les personnes qui font habituellement des efforts considérables, que l'on trouve le plus souvent des hernies; les gens de peine, les porte-faix, les chargeurs de voitures, y sont fort sujets ; c'est pour la niôme raison que ces maladies sont en général plus communes chez les hommes que chez les femmes, les premiers ayant, par leur genre de vie, des occasions bien plus fréquentes d'exercer leurs forces musculaires que les secondes. D'après le rapport (ait en 18 14 par la société établie à Londres pour te traitement des hernies, il résulte que sur 7,59g personnes atteintes de cette maladie, et que la société a eu occasion d'examiner depuis sa création, il y avait 6,458 hommes et i,i4i femmes. La nouvelle société herniaire a trouvé 3,5o5 hernies sur des hommes, et 505 sur des femmes. {Médical and physical Journal , v. 3i, p. 168.) Des 4^7 cas de hernies qui j'ai disséquées, 307 appartenaient à des hommes, i5o seulement à des femmes.
(2) M. Lawrence a observé des hernies qui se formaient peu-à-peu à la suite des efforts souvent répétés que font, pour rendre leurs urines, les personnes attaquées de rétrécissement de l'urèthre. J'ai eu plusieurs fois occasion de vérifier la justesse de cette observation sur des cadavres d'individus morts avec de semblables maladies; la vessie alors éprouve ordinairement, dans l'épaisseur de sa tiuiique charnue, uu accroissement considérable qui paraît dépendre des efforts habituels qu'elle fait pour se débarrasser du liquide qu'elle contient.
de cette cavité. La poitrine étant bien dilatée, les poumons, ayant admis autant d'air qu'ils en peuvent contenir, nous fermons la glotte, nous continuons de contracter le diaphragme sur les viscères abdominaux , et nous aidons son action en abaissant en même temps les côtes comme pour expirer, et en comprimant avec force l'air emprisonné et retenu dans les poumons^ par l'occlusion de la glotte ; ce fluide élastique comprimé, et les poumons qui le renferment, appuient sur le diaphragme, le soutiennent, le pressent, et agissent puissamment dans la même direction (i).
Mais tandis que le diaphragme , soutenu en haut par les poumons , s'abaisse, et que la paroi inférieure du ventre s'élève par la contraction de ses muscles, les autres paroisse contractent aussi j les muscles droits tendent à tirer la base de la poitrine vers le bassin, à diminuer par conséquent le diamètre vertical de l'abdomen; déplus, ils poussent en arrière vers la colonne vertébrale les viscères qui sont comprimés circulairement et ramenés dans le même sens par l'action des muscles obliques et transverses. Pendant la contraction simultanée de toutes les parois du ventre (2), cette cavité diminue dans tous les sens à-la-fois;
(i) Si le diaphragme qui forme la paroi la plus mince de l'abdomen n'était pas ainsi soutenu et pressé par la base des poumons , pendant sa contraction et celle des autres muscles du ventre , les viscères renfermés dans cette cavité se seraient facilement frayé une route à travers ses fibres charnues , et les hernies diaphragmatiques aaraient été probablement bien plus fréquentes qu'elles ne le sont. Quelquefois les efforts ont lieu sans inspiration préalable , la poitrine étant même dans le plus grand resseï^ rement possible; ce qui n'est pas le plus ordinaire. Le resserrement simultané de la poitrine et de l'abdomen peut produire en même temps, par en haut, l'expulsion de l'air renfermé dans les poumons ; et par en bas , l'excrétion des matières contenues dans le» viscères abdominaux.
(2) La paroi postérieure de l'abdomen , représentée par la colonne vertébrale et par les muscles épais qui l'avoisiuent de chaque côté , reste immobile , et résiste puissamment à l'impulsion des viscères , pendant le resserrement des autres parois. Elle peut néanmoins être le siège de hernies; en voici un exemple :
i" OBSERVATiON. Hernie lombaire.
Jeao-Nicolas DamourS; âgé de ^5 ans , ancien domestique, d'une bonne constitution,
et pcnsionuairc de la maison de rciraîte de Monirouge, était sujet depuis 20 ans à dos aigreurs d'eslomac , et à de fréquents vomissements. Le 10 mars 1812 , en levant un matelas fort pesant, Damours éprouva dans la région lombaire une vive douleur, accompagnée d'un sentiment de déchirement. Il fit des frictions sèches sur l'endroit malade. Les douleurs diminuèrent pcurà-peu d'intensité, et finirent par disparaître entièrement au bout de six semaines. Le i4 mai suivant , le malade en se levant sur son lit , ressentit subilemrnt une nouvelle douleur dans la région lombaire, è l'endroit même où s'était manifestée la première. Il me fit demander le lendemain matin ; et voici ce que j'observai : Le malade était dans une agitation extrême; il éprouvait de violentes coliques, des nausées et quelques vomissements; il y avait constipation. Sur la partie latérale droite de la région lombaire, la peau, sans être altérée dans sa couleur, était légèrement soulevée par une tumeur arrondie , peu saillante , séparée de la dernière côte par un intervalle d'un pouce et demi environ , et distante de cinq travers de doigt des apophyses épineuses lombaires. Celte tumeur était peu douloureuse au toucher; et lorsqu'on la saisissait , on s'apercevait qu elle était réuitente , maronnée , située profondément , ou du moins séparée de la peau par une couche épaisse de graisse. Lorsqu'on voulait la remuer dans divers sens, on sentait qu'elle était adhérente aux parties profondes , au moyen d'un pédicule fort large. Elle augmentait de volume , et communiquait à la main de fortes impulsions, lors de la contraction des muscles abdominaux, pendant la toux, l'éternuemcnt , l'émission de l'urine. Une douleur vive et continue se faisait sentir profondément dans les régions iliaque et lombaire droites, en suivant la direction du cœcum et du colon ascendant : elle était beaucoup plus forte pendant la station que pendant le décubitus. Lorsqu'on faisait mettre le malade sur le ventre, et qu'on appuyait sur la tumeur , celle-ci disparaissait complètement sans bruit , et à sa place restait un enfoncement facile à reconnaître par le toucher: les soufirances diminuaient alors d intensité, sans cesser entièrement. Ne doutant pas que cette maladie ne fût une hernie lombaire , je fis garder le lit au malade , je lui prescrivis une potion opiacée qui lui procura quelques heures de sommeil et calma ses vomissements; il se trouva assez bien au bout de huit jours; cependant il éprouvait encore de violents accès de coliques et quelques nausées. N'ayant point à la maison la facilité de lui faire prendre des bains qu'il désirait ardemment , je le fis transférer à l'hôpital Cochin. On lui fit prendre six bains tièdes , et on insista principalement sur l'emploi des calmants et des antispasmodiques, dont il éprouva très-peu de soulagement. A son retour, qui eut lieu trois semaines après, je le trouvai dans la même situation qu'avant son départ; la tumeur n'était point tendue ni augmentée de volume. La véritable indication à remplir était de réduire la tumeur et de la maintenir au moyen d'un bandage. D'accord avec M. le docteur Cayol , qui faisait alors le service de médecin en chef de l'hospice, je fis construire une ceinture élastique, qui pouvait se serrer à volonté au moyen dune boucle, et qui por-
et les \-iscères fortement comprimés (i) tendent à s'échapper par les endroits qui leur offrent le moins de résistance (2) j ces endroits sont ordinairement les ouvertures qui donnent passage aux vaisseaux (3). L'équilibre est-il rompu, les viscères sortent par ces ouvertures, forment hernie j en poussant le plus souvent devant eux un prolongement du péritoine, qui les enveloppe et constitue le sac herniaire (4).
lait une pelote arrondie vers le milieu de sa longueur. Pour en faire l'application , je fi» coucher le malade sur le ventre ; après quelques teutaiives de réduction , la tumeur disparut : j'appliquai à sa place la pelote, et je serrai la ceinture. Le bandage, mis en place, retint parfaitement la hernie ; et Damours se sentit tellement soulagé , qu'il se regarda comme guéri. Cependant la tumeur existe encore quand on retire le bandage , aujourd'hui 2 septembre 1812 ( époque à laquelle j'ai recueilli l'observation ) ; mais le malade n'en éprouve plus aucune incommodité.
(i) Les viscères abdominaux et les intestins sur-tout, revêtus par le péritoine dont la surface interne est lisse et lubréfiée par de la sérosité, peuvent se mouvoir , glisser facilement les uns sur les autres; ils se comportent sous ce rapport à-peu-près comme le ferait un liquide; ce sont les plus mobiles d'entre eux qui se déplacenlle plus facilement. On sait quelle difficulté on éprouve souvent à réduire les intestins , et sur-tout l'épiploon, quand ces parties se sont échappées par une ouverture faite à l'abdomen chez les animaux.
(2) Les parois abdominales formées de plans superposés , musculeux et aponcvrotiques, dont les fibres se croisent dans plusieurs directions, sont parfaitement disposées pour résister à la force de réaction des viscères qu'elles compriment, et pour rétrécir la cavité du ventre dans tous les sens à -la-fois.
(3) Le canal inguinal, le canal crural, le trou sous -pubien, l'ombilic, l'échancrure ischiatique , etc. Ces ouvertures aponévrotiqucs constituent en général des canaux qnî traversent obliquement les parois de l'abdomen ; disposition peu favorable à la formation des hernies. Les viscères, en effet, pendant les efforts, ne pressent pas suivant la direction de l'axe de ces conduits ; et «ne grande partie de leur force d'impulsion se trouve perdue. Quand ces ouvertures sont directes, comme on le voit pour l'ombilic, elles reçoivent toute la force de pression des viscères. Aussi , la nature a-t-elle eu soin de les fortifier alors par un tissu fibreux très-résistant , ou par d'autres moyens qui compensent le désavantage de leur direction , et augmentent leur solidité.
(4.) Lors de la formation d'une hernie , la capacité du péritoine ne change que fort peu, puisqu'à mesure qu'elle se rétrécit du côté de l'abdomen , elle s'agrandit au dehors de cette cavité pour former le sac herniaire.
(7 ) Lors de la formation d'une hernie, tandis que touies les parois abdominales se contractent sur les viscères, une de leurs régions étant plus faible, se laisse distendre (i) , ne peut les lelenir , et leur livre passage. La main appliquée sur la région de l'aine des individus qui ont une disposition aux hernies, aux inguinales internes sur-tout, reçoit, lorsqu'ils viennent à tousser (a) ou à faire quelque effort, une impulsion due aux organes qui cherchent à s'échapper, et distendent l'anneau pendant le resserrement simultané de tous les diamètres de la cavité abdominale.
La position déclive du canal inguinal et du canal crural les rend plus sujets que les autres ouvertures de l'abdomen à se laisser traverser par les organes contenus dans cette cavité (3). D'ailleurs , c'est spécialement vers les régions inguinales que le diaphragme , en s' abaissant, déprime et pousse les viscères abdominaux.
En examinant la situation et la grande étendue de l'ouverture qui,
(i) Les ouvertures aponévroliques de l'abdomen, distendues par les viscères qui les traversent, se dilatent sur-tout dans les points les plus faibles de leur contour. Si Tanneau est moitié osseux, moitié fibreux, comme cela s'observe pour le trou sous-pubien et le canal crural, la portion osseuse résiste, demeure immobile; la partie fibreuse seule éprouve des changements dans sa forme et son organisation.
(2) Pendant la toux la glotte se resserre , se ferme et s'ouvre ensuite tout-à-coup pour rendre plus rapide la colonne d'air qui la traverse, pour imprimer au larynx et à la trachéeartère un mouvement de vibration qui tend à détacher la cause d'irritation. Sous ce point de vue il y a quelque rapport entre le mécanisme de la toux et celui du moucher. Lorsque nous voulons en effet débarrasser les fosses nasales du mucus ou de tout autre corps qui produit une sensation incommode, nous fermons une des narines ou nous rétrécissons le diamètre de ces deux ouvertures, afin de rendre plus rapide le courant d'air qui traverse le& fosses nasales. D'autres fois , nous fermons tout-à-fait le nez; et lorsque l'air, pour ainsi dire emprisunuc, est fortement comprimé par le resserrement des parois de la poitrine, nous ouvrons subitement les narines.
(3) C'est aux secousses répétées et plus ou moins violentes auxquelles sont exposés les YÏscères de l'abdomen, et, par conséquent, aux pressions qu'ils font éprouver aux ouvertures de l'aine, lors de l'exercice du cheval , qu'on doit attribuer h fréquence des liernios chei les cavaliers.
( 8 ) sur le squelette, forme le détroit inférieur du bassin, et correspond à la paroi inférieure de l'abdomen, on serait tenté de rejjarder cette région comme très-disposée à permettre l'issue des viscèresj mais dans l'état naturel, cette ouverture est occupée par les grands et petits ligaments sacro-sciatiques , par les muscles iscliio-coccygiens et releveurs de l'anus, qui forment avec V aponévrose pehnenne (^i) une espèce de cloison concave , large , contractile , laquelle ferme les parties latérales du détroit inférieur du bassin , soutient solidement, et peut même repousser en haut les viscères, lorsqu'ils sont enfoncés dans l'excavation pelvienne. Sous ce rapport, elle est antagoniste du diaphragme, bien qu'elle puisse agir avec lui pour rétrécir l'abdomen (a). La vessie, le rectum chez l'homme, et de plus le vagin chez la femme, la traversent et soutiennent les viscères sur la ligne médiane ; le muscle pyramidal, les nerfs et les vaisseaux volumineux qui sortent par le grand trou sacro-sciatique, s'opposent à la formation des hernies par cette ouverture qu'ils remplissent entièrement.
Les causes prédisposantes des hernies se trouvent dans l'étendue et la faiblesse des ouvertures aponévrotiques de l'abdomen , dans la laxilé contre nature du péritoine , etc.
Chez les hommes ^ où le canal inguinal est large et le canal crural beaucoup plus étroit, les hernies se font bien plus souvent par la première que par la seconde de ces ouvertures. Chez les femmes , au
(i) Cette aponévrose, qui semble être la continuation de celle du petit psoas, s'attache à presque tout le détroit supérieur du bassin , descend dans son excavation , se porte sur les côtés de la prostate , de la vessie et du rectum chez l'homme , sur ceux de la vessie , du vagin et du rectum chez la femme , et forme ainsi un grand cul-de-sac qui soutient le péritoine , présente des ouvertures pour le passage de différents vaisseaux et nerfs , et s'oppose à la formation des hernies par la paroi inférieure du ventre. J'ai proposé d'appeler cette membrane fibreuse aponévrose pelvienne , et je l'ai décrite à la page 62 de ma Thèse inaugurale. ( Recherches anatomiques sur les hernies de l'abdomen).
(2) Si l'on fait un effort considérable , le périnée est poussé en bas , et sa cloison musculaire se contracte pour résister à l'impulsion des viscères qui la dépriment. On sent parfaitement ces mouvements en appliquant la main sur la région périnéale.
( 9 ) contraire , qui présentent une disposition inverse , les hernies inguinales sont bien moins fréquentes que les hernies crurales (i).
Quelques sujets présentent une disposition particulière pour contracter des hernies. Chez eux la moindre cause occasionelle, le plus
(i) La société des Landagistes licrniaircs de Londres a trouvé
Sur 4070 cas de hernies inguinales.. .
Et sur 3g5 cas de liernles fémorales .
hommes
/ ,^ Ç coté ^ l cote
côté droit. . 256?
femmes .
hommes .
femmes . 5io
côté gauche. 1469.
■y, f côté droit. . 20.
( côté gauche. i4.
or ( côté droit. . 47-
l côté gauche. 38.
( côté droit. . 264.
t côté gauche. 246.
La nouvelle société a estimé que le rapport des hernies inguinales du côté droit était celles du côté gauche comme 5i est à 34; et que ce même rapport était pour les hernies crurales comme 19 est à 11.
Je joins ici le relevé des hernies que j'ai examinées
externes 2o3
r inguinales 289
Hernies 4^7
f internes 86 )
1 T f cote droit qL.
hommes 170 ■> ... , •'^
' ^ cote gauche 7g.
[■ ■} ( côté droit 1 1 .
lemmes 00 i *,, ,
( cote gauche 19.
1 , f côté droit 3q.
hommes 74 ^ ■>.. ■ oif
'^ t cote gauche o5.
femmes
crurales
hommes .
/ femmes . .
ombilicales et de la ligne blanche.
hommes .
L'mmcs . .
sous-pubiennes,
f ho . . lo s
i fcn
i côté droit 8.
l côté g.iuche. 4-
t-r ( côté droit 33.
( côté gauche 22.
( côlé droit 54-
yy t c^j^ gauche 25.
^, ( hommes 3.
"^ X femmes 21.
( côté droit 3.
( côté gauche o.
Q 5 côlé droit 5.
t côté gauche 3.
Ainsi, sur le nombre de 4^7, il y a.
(lo ;
léger effort, l'action d'éternuer , de tousser, suffisent pour produire ces maladies, qui paraissent quelquefois chez eux comme spontanément.
Les plaies pénétrantes de l'abdomen, en diminuant la force de résistance des parois de cette cavité , peuvent être considérées comme causes prédisposantes des hernies. M. le professeur Richerand en cite un exemple très-remarquable. La cicatrice étant plus faible que les autres points de l'abdomen, se laisse plus facilement distendre. Je n'ai pas eu d'occasion de constater la disposition des parties intéressées dans cette espèce de hernie.
L'amaigrissement, en produisant un relâchement considérable dans les tissus qui étaient distendus par la graisse, a paru dans quelques circonstances favoriser le développement des hernies.
Les hernies qui dépendent d'une cause prédisposante , arrivent en général d'une manière lente et graduée j celles au contraire qui sont produites par un effort violent, se forment soudainement et présentent des symptômes particuliers.
J'ai cherché , mais en vain , une explication plausible de la plus grande fréquence des hernies du côté droit, dans la différence qui pourrait exister, pour la force et l'étendue, entre les ouvertures aponévrotiques des muscles de l'abdomen de l'un et de l'autre côté : sur la plupart des individus, il est impossible d'en apercevoir aucune^ et si quelquefois on peut en établir une sur certains cadavres , elle est au désavantage du côté gauche ; c'est-à-dire" que chez eux les anneaux apouévroliques sont un peu plus faibles de ce côté, et doivent par conséquent se laisser plus facilement distendre par les viscères abdominaux. Ce n'est donc pas dans la faiblesse relative de ces ouvertures qu'on peut trouver la cause que nous cherchons.
Si on examine attentivement, chez les personnes qui ont les anneaux faibles, ou qui sont attaquées de doubles hernies inguinales commençantes, ce qui se passe pendant les efforts qu'elles font pour soulever un poids considérable avec les membres supérieurs, on voit évidemment , 1" que les deux anneaux ou les deux tumeurs herniaires reçoivent une égale impulsion de la part des viscères , quand les deux mains sont employées à soulever le corps pesant^. le tronc étant directement fléchi eu avant j 2" que l'anneau droit éprouve une plus forte impul-
sion , si le poids est soulevé avec le bras correspondant , le tronc étant incliné à gauche j 3° qu'un effet opposé a lieu dans le cas contraire.
A quoi sont dues ces différences que j'ai été à même d'observer toutes les fois que j'ai trouvé l'occasion de faire l'expérience que je viens d'indiquer, et que j'ai répétée sur moi-même? Je crois qu'on peut en trouver la vraie cause dans la forme que prend l'abdomen , et dans la direction suivant laquelle ses muscles se contractent dans ces trois cas. FoyezVl.l, fig. i.
Dans l'état de rectitude du tronc, on sait que la face inférieure du diaphragme regarde eu bas et en avant, de telle sorte que pendant l'abaissement de ce muscle, lors de l'inspiration, les viscères sont poussés obliquement dans ce sens, vers la paroi antérieure de l'abdomen, qui se distend eu obéissant à leur force d'impulsion. Mais lorsque des efforts ont lieu, le tronc étant fléchi directement en avant par l'action des muscles droits et obliques fortement contractés, la paroi antérieure du ventre devient droite (i), diminue d'étendue en hauteur, le diaphragme s'incline en arrière vers l'excavation pelvienne, s'oppose directement à la cloison concave que forme la paroi) inférieure de l'abdomen , contre laquelle il pousse les viscèresj ceux-ci pressent alors également sur les anneaux de l'un et de l'autre côté, mais beaucoup plus obliquement, et avec bien moins de force , par conséquent , que lorsque le tronc est maintenu droit pendant la même contraction. Tandis que ces efforts ont lieu , c'est spécialement sur les organes renfermés dans le bassin que porte la pression; aussi avons-nous soin de mettre le tronc dans une semblable inclinaison lors de l'excrétion des matières fécales endurcies, de l'expulsion difficile des urines, etc. Une ligne '^" ' ^^" passant par le milieu du diaphragme qu'elle coupeà angle droit, et tombant au centre de Texcavalion du bassin, indique la direction suivant laquelle les viscères sont déprimés; la pression est plus forte au centre, mais elle est égale de chaque côté de celte ligne ; les deux anneaux sont égale-
nt) Elle peut même devenir conrave en avant, lorsqu'elle est fortement tirée en arrière vers la colonne vertébrale par le muscle transverse. Ce muscle agit , dans ce cas, comme une ceinture contractile, retenue immobile par la partie postérieure de sa circonférence, et ramenant dans ce sens les parties qu'elle embrasse.
ment pressés, et les hernies ont autant de tendance à se faire à droite <jii'à gauche.
Tout change quand on soulève un corps pesant, ou qu'on fait une forte traction avec un seul membre, en inclinant le tronc du côté opposé. Voici ce qui arrive dans le cas où nous employons le bras droit à cet effet, comme cela se pratique le plus souvent : le membre abdominal droit s'étend , se fixe solidement sur le sol, s'arc-boute, afin d'avoir plus de force de résistance ; le corps pesant étant saisi, le tronc se fléchit à gauche, et devient concave dans ce sens; la base de la poitrine se rapproche de la crête iliaque de ce côté, et s'éloigne en même temps de celle du côté droit. Il résulte de cette inclinaison , que les parois latérale et antérieure du côté gauche diminuent sensiblement d'étendue , deviennent plus épaisses , plus résistantes , tandis que les mêmes parois du côté droit sont distendues, affaiblies et présentent plus de surface à l'action des viscères. Mais de plus , par cette flexion plus ou moins considérable du tronc et de la poitrine à gauche, la direction du diaphragme se trouve changée relativement à l'axe de la cavité abdominale ; la concavité de ce muscle se dirige vers le côté droitj aussi la ligne qui le coupe perpendiculairement et qui indique le sens suivant lequel a lieu son action, ne passe plus par la ligne médiane de fabdomen, ne vient j^lus tomber dans le centre delà cavité du bassin, comme dans le cas précédent, mais bien A'o/erPl. I, £g. 3. dans la fosse iliaque droite qui forme la partie du ventre directement opposée au diaphragme (i). Aussi les viscères, poussés dans celte direction , agissent-ils avec beaucoup plus d'énergie sur les parois abdominales droites qui sont déjà distendues et amincies, que sur les parois du côté gauche qui sont contractées sur elles-mêmes, plus épaisses et moins étendues. De là, sans doute, l'impulsion plus forte qu'éprouve, de la part des viscères abdominaux , la main appliquée sur les ouvertures droites.
Des effets absolument opposés ont lieu si on soulève des fardeaux avec le membre gauche.
(i) L'extrémité inférieure de celle ligne, placée dans la fosse iliaque lors de l'inclinaison simplement latérale du ihorax , se rapprochera ou s'éloignera de l'anneau inguinal , si la poitrine est en même temps portée en arrière , ou dirigée en ayant.
Si on fait allenlion maintenant que, dans la plupart des circonstances, nons employons le bras droit pour tirer, l'épaule correspondante pour lever les corps pesants, et qu'en même temps nons inclinons le tronc à iiauche , on se rendra facilement raison, sans recourir à une différence dans la structure des canaux fibreux des deux côtés , de la plus grande fréquence des hernies du côté droit, sur lequel porte spécialement la pression des yiscères de l'abdomen. D"après ces observations , je suis porté à regarder, sans en avoir cependant la preuve matérielle, les individus gauchers comme plus exposés aux hernies du côté gauchcj chez eux , en effet, le bras de ce côté est plus souvent employé, et la courbure latérale du rachis se trouve à droite , comme l'a démontré M. le professeur Béclard (j).
(l^ Le testicule droit est en géuéral plus élevé que le gauche chez les individus adultes : différence de position qui n'est que peu ou point marquée chez les cnfans et les vieillards. J'ai recherché la cause de celle disposition, et j'ai trouvé, i" qu'il n'y a pas à la simple inspection de différence appréciable pour le volume entre les deux testicules ; que celui du côte droit est cependant presque constamment un peu plus pesant , et que par conséquent on ne saurait attribuer sa position élevée à sa pesanteur moins considérable ; 2° que le cordon tesliculaire du côté droit est ordinairement moins long , un peu plus gros que celui du côté gauche, et que les anses de son muscle crémaster sont aussi plus courtes et plus prononcées. Pour reconnaître ces différences , il faut disséquer les parties sur des individus très-forts , et apporter dans cet examen la plus grande attention. Sur le cadavre du nommé Foulard supplicié, âgé de 21 ans, très-fort et parfaitement conformé , j'ai mesuré le volume et déterminé le poids des parties placées à gauche comparativement à celles du côté droit. Voici ce que j'ai obtenu pour les testic4iles et les cordons qui les soutiennent :
Le testicule gauche, encore renfermé dans le scrotum, était placé un pouce plus bas que le droit.
Je disséquai avec soin ces organes , de manière à ne conserver que les vaisseaux tesliculaires contenus dans leur gaînc , le crémaster, le testicule et la tunique vaginale. Le cordon du côté droit était un peu plus gros que le gauche, et les anses de son crcmastev plus courtes et plus fortes que celles de ce dernier.
Longueur du cordon mesuré depuis l'anneau jusqu'au r côté droit ... 5 ponces, bord supérieur du testicule t côté gauche. . . 4 pouces.
Je coiqiai le cordon au niveau de l'anneau inguinal, et j'obtins les résultais suivants pour le poids :