G. MASSON, EDITEUR
LIBRAIRE DE l'aCADÉMIE DE MEDECINE ■OUUTAID SAIirr-GEBMiJN, EU FikCB L'écOU-DB-MiOBCINI
M DCCG LXXVI
Ce volume renferme plusieurs mémoires ayant chacun pour objet de fixer un point spécial de la pathologie mentale.
La première partie se rattache à la paralysie générale; elle comprend quatre mémoires :
Dans l'un sont exposés plus complètement qu'on ne l'avait fait jusqu'ici les caractères d'une altération particulière : la dégénérescence colloïde^ un des modes d'évolution ultime de la lésion habituelle de la paralysie générale.
Le second a pour but de démontrer que, dans cette maladie, le travail inflammatoire ne se localise pas simplement à la périphérie de l'encéphale, de manière à donner une périencéphalite diffuse, mais que l'inflammation occupe, avec non moins d'énergie, le centre de l'organe, les parois ventriculaires. De ces deux vastes foyers, l'un périphérique, ayant pour point de départ la pie-mère, l'autre central, occupant d'abord l'épendyme, Tinflammation gagne de proche en proche la totalité de l'encéphale, comme le démontrent à la fois les lésions des vaisseaux et du tissu interstitiel. Les éléments nerveux, cellules et tubes, participent plus tard et souvent d'une manière secondaire à ces modifications organiques.
Le troisième travail résume les connaissances acquises sur l'anatomie pathologique de la paralysie générale ; il montre l'insuffisance de l'étude des lésions
visibles à Tœil nu et la nécessité de recourir aux recherches histologiques ; celles-ci établissent comme fait principal que la lésion anatomique de la paralysie générale consiste en une encéphalite chronique interstitielle diffuse. Les travaux des D" Lubimoff et Mierzejewsky, publiés depuis sur ce sujet, apportent de nouvelles preuves à l'appui de cette manière de voir, déjà exposée en 1866 {De la lésion anatomique de la paralysie générale. Thèse de Paris, 1866).
Une leçon faite à l'asile Sainte-Anne complète cette première partie et montre au point de vue clinique et anatomo-pathologique les relations étroites qui existent entre les lésions du cerveau et certaines lésions de la moelle et des nerfs dans la paralysie générale.
La seconde partie comprend aussi quatre mémoires : le premier est le résumé des recherches de physiologie expérimentale sur l'action comparative de Talcool et de l'absinthe, auxquelles l'Académie des sciences a accordé le prix Montyon en 1872. Cette étude physiologique permet de suivre pas à pas les effets toxiques de ces poisons et d'attribuer à chacun d'eux la part réelle qui lui revient dans l'alcoolisme.
L'usage prolongé de l'alcool chez le chien fait naître successivement sous les yeux de l'observateur des modifications dans les allures et le caractère, des illusions, des hallucinations et du délire, du tremblement, des troubles digestifs et les diverses complications auxquelles sont soumis les hommes alcoohsés. D'autre part, les autopsies faites dans les conditions précises de l'expérimentation jettent une vive lumière sur la pathogénie de l'alcoolisme. On voit à des degrés divers la stéatose du foie, des reins, du cœur, et l'inflam-
mation chronique des méninges, de la moelle, du péricarde et des tuniques stomacales.
L'essence d'absinthe provoque à faible dose des vertiges et des secousses convulsives dans la tète et les parties antérieures du corps : à haute dose, elle détermine des attaques épileptiques et du déhre. Celui-ci, on doit le remarquer, est provoqué du premier coup par l'absinthe ; l'alcool, au contraire, a besoin pendant plusieurs jours de préparer son terrain pour faire naître les hallucinations et le délire.
Quand l'alcool et l'essence d'absinthe sont administrés en même temps, l'ivresse alcoolique se produit la première, puis survient l'attaque absinthique.
La facilité et la rapidité avec lesquelles l'injection inlra-veineuse d'essence d'absinthe amène l'attaque épileptique ont permis de faire une série d'expériences pour chercher à déterminer, dans la crise, le degré d'action du cerveau, du bulbe et de la moelle, et pour s'assurer, par l'examen du fond de l'œil et de la surface du cerveau, de l'état de la circulation cérébrale et rétinienne pendant les divers stades de l'attaque.
Les résultats obtenus dans ces expériences sont en désaccord avec les théories physiologiques admises sur l'épilepsie, et tendent parlicuhèremenl à enlever au bulbe la faculté de provoquer seul l'attaque épileptique, pour attribuer celle-ci à une cause plus générale, agissant directement dans les attaques complètes sur tout l'axe cérébro-spinal.
Cette étude de physiologie pathologique est suivie de l'exposé des troubles de l'inteUigence et des sens dans l'alcoolisme aigu et chronique. Cette leçon, publiée dans la Revue scientifique, montre encore l'utile con-
cours prêté à la clinique par T expérimentation physiologique. Elle fait assister à la déchéance profonde à laquelle les abus de boissons, après les plus étranges péripéties, conduisent progressivement Tintelligence humaine.
Le mémoire suivant traite de Thémianesthésie, de la sensibilité générale et des sens dans l'alcoolisme chronique. La sémiologie du syndrome hémianesthésie y est exposée d'une manière assez complète ; quant au siège anatomique, les faits de L. Turck laissaient entrevoir la localisation qui, depuis, a été déterminée d'une manière précise par les nombreux travaux publiés sur ce sujet (Charcot, Veyssière, Raymond, etc.).
Des considérations pratiques sur remploi d'un nouveau moyen de contention substitué à la camisole de force complètent cette partie de l'ouvrage.
L'étude statistique de 1870 et 1871 placée à la fin du volume emprunte un grand intérêt aux périodes si tristement bouleversées qu'elle embrasse. La guerre, la Commune, mettant en rehef certaines conditions étiologiques, fournissent à la pathogénie de la folie des éléments exceptionnels qu'on ne retrouve plus dans le calme de la vie ordinaire (Lunier, Laborde).