‹ Recherches sur les centres nerveux (volume 2)Chapitre 20 sur 29 · ALIENES DU DEPARTEMENT DE LA SEINE · texte numérisé non relu

ALIENES DU DEPARTEMENT DE LA SEINE

ENTRÉS AU BUREAU D'ADMISSION A SAINTE-ANNE, PEN- DANT LES MOIS DE MARS, AVRIL, MAI ET JUIN 1870, ET LES MOIS CORRESPONDANTS DE 1871 t .

Avant d'indiquer le nombre des alcooliques entrés au bureau d'admission en 1870 et en 1871, il est bon de rappeler la statistique de MM. Marcé et Contesse sur les alcooliques entrés à Bicêtre de 1855 à 1862 ^ :

Année 1855 cinq derniers mois 34 alcooliques sur 266 malades. 21,78 0/0.

— 1862 trois premiers mois 51 —

D'autre part, M. Morel sur 1,000 aliénée en a trouvé 200 chez lesquels l'aliénation mentale reconnaissait pour cause Tabus des boissons alcooliques, soit 20 0/0.

« En collaboration avec M. Bouchereau, in Ann, med. psych.y 5« série, t. VII, janv. 1872.

8 Marge, Traité des maladies mentales, 1862, page 604. — Contesse, ÉtU' des sur r alcoolisme et sur Vêtiologie générale^ thèse de 1862, p. 14.

Cette proportion des alcooliques continue les années suivantes. On trouve, en effet, pour les mois de mars, avril, mai, juin 1870, un chiffre supérieur à celui qu'indiquent Marcé et Contesse pour les années 1855 à 1862. Dans le tableau comparatif de 1870 et 1871, on voit, pour les entrées des alcooliques en mars 1871, le fait assez inattendu d'une proportion inférieure à celle de mars 1870; les ivrognes étaient pourtant nombreux à cette époque, mais il est probable que dans les premiers jours^ au milieu du désordre général dont s'accompagna rinsurrecfion, les gardes nationaux alcooliques n'étaient pas séquestrés. Le mois d'avril, dans les deux années, n'offre qu'une faible différence, en faveur encore de 1870; mais le moiâ de mai, héritant des excès accumulés dans les mois précédents, porte subitement en 1871 la proportion à 48 0/0, tandis que le mois correspondant de 1870 donne 26,92 0/0. Le mois de juin 1871, malgré la disparition d'un grand nombre de buveurs, fournit encore la proportion de 29.88, sensiblement plus élevée qu'en 1870.

Mais ce n'est point seulement par leur nombre que les malades alcooliques de 1871 se distinguent de ceux de 1870, c'est aussi par le caractère plus aigu de leur intoxication ; les cas de delirium tremens, en effet, s'élèvent à 15 pour le seul mois de mai 1871, nombre plus considérable que pour les mois de mars, avril, mai, juin réunis de 1870, qui n'ont donné que 14 cas de delirium tremens. La proportion des femmes alcooliques est sensiblement la même pour les deux années. Elle varie, en 1871, entre 3,88 et 8,82 0/0, et, en 1870, entre 4,68 et 8,69 0/0.

En dehors des alcooliques simples, il entre un certain nombre de malades atteints d'affections mentales diverses, et chez lesquels on voit, à titre de complications, des accidents alcooliques plus ou moins intenses. Ces aliénés avec complication d'alcoolisme, peu nombreux habituellement, ont atteint une proportion plus forte pendant les mois de

mars, avril, mai, juin 1871 ; parmi eux, les paralytiques généraux surtout doivent être remarqués ; le caractère plus souvent expansif de leur déliré, l'activité maladive qu'ils offrent assez souvent à la première période, les poussent naturellement à se mêler aux mouvements populaires, et ils prennent une part aussi large qu'inconsciente aux excès que favorisent le désordre et Témeute. On trouve, en effet, en mars, avril, mai 1871, 16 paralytiques généraux avec accidents alcooliques, tandis que les mois correspondants de 1870 ne donnent que 4 cas. Les mois de juin fournissent un seul cas en 1870 et un seul cas en 1871. En tenant compte des paralytiques généraux avec complication d'alcoolisme pour le mois de mai 1871, on arrivée la proportion vraiment effrayante de 55,69 0/0 sur le nombre des entrées ; Talcoolisme dans ce fatal mois de mai a donc ouvert la porte des asiles à plus de la moitié des aliénés.

Les buveurs d'absinthe ont été moins nombreux sous la Commune, qui distribuait surtout de l'eau-de-vie, que dans la période correspondante de 1870 ; aussi, malgré le chiffre considérable des cas d'alcoolisme aigu, nous avons noté chez cinq individus seulement des attaques épilep tiques. Trois de ces malades étaient atteints de deUrium tremens, et deux d*alcoolisme subaigu. Des trois premiers , l'un buvait exclusivement de l'absinthe, un autre prenait avec de l'absinthe beaucoup de vin blanc, du vermouth et du bîtter. Les deux alcooliques subaigus avec attaques épileptiques faisaient depuis quelque temps de fréquents abus d'absinthe. En 1870, sur les 155 hommes alcooliques admis dans les quatre mois, dix-sept ont présenté des attaques épileptîques. De ces derniers, huit étaient affectés de deUrium /rez23eiis ; cinq d'entre eux buvaient beaucoup d'absinthe, deux prenaient du vin blanc, du vermouth et un peu d'absinthe, le huitième prenait du vulnéraire et d'autres liqueurs que l'on n'a pas pu préciser. 7 sur les 17 avaient présenté la forme subaiguë de l'alcoolisme ; l'un d'eux, en

oulre des attaques épileptiques, éprouvait de fréquents vCTiiges ; cinq d'entre eux s'adonnaient à l'absinthe , deux buvaient surtout du vermouth et du vin hianc, et parfois un peu d'absinthe. Les deux derniers alcooliques avec épilepsie appartenaient aux alcooliques chroniques; nudsils faisaient de fréquents abus d'absinthe et étaient pris comme les précédents d'attaques franches d'épilepsie. Parmi les alcooliques chroniques de 1870, sept offraient des convulsions épileptifonnes, et deux des convulsions épileptiformes et des attaques apoplectiformes à des intervalles variés.

En 1871 , trois alcooliques chroniques seulement sur 31 avaient présenté des convulsions épileptifonnes ou des attaques apoplectiformes avant leur admission; on sait, d'ailleurs , que ces accidents se développent en quelque sorte dans l'asile, qu'ils se montrent principalement vers la période ultime de la maladie, en dehors le plus souvent de toute cause extérieure, le malade portant d^à en lui les modiûcations oi^;aniques d'où dépendent ces accidents épileptifonnes ou apoplectiformes.

Si l'on étudie les aUénés alooohques au point de vue de leurs professons, on trouve surtout l'alcoolisme chez les individus qui se livrent aux professions manuelles et mé~ caniques ; puis viennent les professions industiielles et commerciales; la catégorie des gens à gage se présente ensuite. Certaines professions où la manière de vivre est commune aux deux sexes paraissent fournir à peu près autanld'alcooliques hommes que d'alcooliques femmes : ce soaikB blaochisseurs, les cuisiniers.

Les professions libérales ont offert peu d'akMBfOBs- ^^t les individus atteints étaient des gens déclasifc. v disaat professeurs, révoqués et n'exerçant plus d^»» des innées.

L'alcoolisme aigu est assez rare chez Itt' qui Bout enlrées jiuur des acfîdenls de wil" tout des filles jgg|bliqaes. j

La proportion générale, au point de vue des professions, reste à peu près la même pour les deux années 1870 et 1871.

Nous devons faire remarquer que pendant l'insurrection la plupart des ouvriers avaient abandonné leurs travaux, qu'ils appartenaient à la garde nationale, soit d'une façon active, soit pour en toucher la solde, et que tous indifféremment suivaient la même manière de vivre et profitaient largement des distributions de boissons alcooliques opérées à cette époque.

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