‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 2 sur 93 · PARIS G. MASSON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS G. MASSON, ÉDITEUR

LIBHAIRB DE L'ACADÉUIE DE UÉDGCINË

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La plupart des questions traitées dans ce volume sont afférentes à l'hygiène et à la médecine légale.

La première partie de l'ouvrage consacrée à l'alcoolisme montre l'influence pernicieuse de l'alcool et des liqueurs alcooliques sur la santé publique ; le poison s'attaque non seulement à l'individu, mais son action s'exerce puissamment sur sa descendance, si bien que l'alcoolisme devient le pourvoyeur, le plus actif, des hôpitaux et des asiles d'aliénés et que, véritable péril social, il finira, si on n'y porte remède, par entraîner la dégradation physique, intellectuelle et morale de la race.

Ces terribles conséquences, que le médecin plus que tout autre peut prévoir et constater, expliquent l'ardente croisade entreprise depuis plus de vingt ans contre l'alcooHsme. Les discussions qui ont eu lieu à l'Académie de médecine, les travaux de MM. Bergeron, Verneuil, Lancereaux, Rochard, Dujardin-Beaumetz, Lunier, etc., ont puissamment contribué à la promulgation des mesures fiscales tendant à la surtaxe de l'alcool et de l'absinthe, à la suppression du privilège des bouilleurs de cru et à l'affranchissement des boissons hygiéniques, vin, bière, cidre.

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C'est vers ce même but qif ont concouru nos recherches sur laclion comparative de Talcool et de Tabsiiilhe, notre élude expérimentale, en collaboration avec M. Laborde, sur les alcools dits supérieurs et les bouquets artificiels, et enfin nos exposés cliniques des effets désastreux de ces intoxications, dont nous avons, en dernière analyse, la démonstration flagrante sur là table de ramphilhéâlre.

Les tiois mémoires, I. Influence de F alcoolisme sur les maladies mentales; III. De f alcoolisme; IV. Du rôle de f alcoolisme dans rétiologie de la paralysie générale, se complètent et font ressortir les méfaits de l'alcool, soit que ce poison agisse comme simple excitant et rende plus aigus et plus durables les symptômes de Taffecl ion première, soit qu'il atteigne plus profondément l'organisme et crée son délire spécial, soit qu'en dernier lieu il conduise, après des rechutes successives, à la démence ou à la paralysie générale. Nos statistiques relevées dans le service du Bureau central d'admission sont formelles ; sur cent hommes admis dans les asiles plus de 35 y sont poussés directement par l'alcool, sans compter les malheureux dégénérés, victimes de l'alcoolisme des ascendants.

L'alcool élhylique, même le mieux rectifié, est an poison , mais sa toxicité est beaucoup moindre que celle des alcools amylique et bulylique; aussi peut^on considérer comme l'une des principales causes du progrès de l'alcoolisme, l'énorme développement de la fabrication des alcools d'industrie et les falsifications, chaque jour plus nombreuses, que, sans nul souci de

l'hygiène, la plupart des distillateurs introduisent dans les boisons de table.

Le mémoire Y : De la toxicité des alcools dits supérieurs et des bouquets artificiels, a permis de déma^quer tous ces poisons et de rapporter à chacun d'eux les désordres qui leur appartiennent.

Le mémoire II : Des principaux signes cliniques de Vabsintliisme, met en relief les signes propres à cette intoxication, et prouve que la clinique est entièrement d'accord avec rexpérimentalion physiologique.

Ce n'est pas assez de Talcool pour consommer sa perte; Thomme a recours encore à d'aulrcs poisons; Téther, la morphine el, plus récemment, la cocaïne. Le mémoire VI donne quelques exemples de celte intoxication plus moderne.

On le voit, cette étude de Talcoolisme est fertile en enseignements précis au* point de vue prophylactique. C'est encore elle qui, déjà, nous avait conduit à supprimer, dans les manifestations si bruyantes du delirium t remens, tout moyen de contention et en particulier la camisole de force. (Camisole, Recliorclies sur les centres nerveux, 1. 1, 1876, 157, et Alcoolisme des diverses formes du délire alcoolique et de leur traitement, Paris, 1874, p. 154.)

Après avoir ainsi défini la part si grande qui revient aux applications hygiéniques, abordons Texamen des dégénérés qui soulève, à chaque pas, les problèmes les plus délicats de la médecine légale.

L'héréditaire dégénéré est dans un perpétuel état d'imminence morbide. Son jugement peu solide, son

sens moral imparfait le font entrer fréquemment dans la voie du crime ou du délit. C'est la connaissance do cette déséquilibration continue, fonction fatale d'influences héréditaires multiples qui doit rendre circonspect le médecin appelé à éclairer les tribunaux sur la question relative au degré de responsabilité.

Maisicije problème médico-légal est complexe. Tous les cas ne se réduisent pas à Texamen de cet état mental pur et simple ; car au-dessus de lui se développent des obsessions, des impulsions, des phénomènes inhibitoires, stigmates psychiques révélateurs de la

dégénérescence mentale.

Tous ces phénomènes ont un caractère commun d'irrésistibilité telle que le dégénéré est privé de sa liberté d'action, en dépit de son état de conscience. De telle sorte que l'impulsif homicide, le kleptomane, l'incendiaire, l'exhibitionniste, tous les anomaux sexuels se trouvent expliqués : l'hérédité pèse sur tous les déchus du cerveau ; elle rend compte de leur étal mental, et de leurs actes délicteux ou criminels. Et si le magistrat pouvait émettre un doute sur la valeur de ces formes mentales, s'il pouvait paraître surpris d'entendre parler d'idées obsédantes, d'impulsions au vol ou au meurtre, et de tous ces actes étranges que la perversion sexuelle fait commettre, il suffirait, pour le convaincre, de faire passer sous ses yeux le tableau comparatif des autres syndromes.

Prenons, par exemple, l'onomatomane auquel fest consacré le mémoire XIII. Lorsqu'on est témoin de Tangoisse extrêmement pénible à laquelle est en proie

le malheureux qui cherche un mot dont il n'a nul besoin, lorsqu'on le voit faire des efforts surhumains pour ne pas projeter au dehors le mot qui l'obsède, et que l'on assiste à la détente, à l'immense soulagement dont sont suivis soit la découverte, soit la décharge du mot, soit la substitution du mot préservateur au mot funeste, on n'est plus étonné par le langage du kleptomane, du pyromane, de l'impulsif homicide ou sexuel, du coupeur de nattes, de l'exhibitionniste, ou du malheureux qu'obsède Tidée de mordre la peau d une jeune fille, quand ils déclarent que, malgré tous leurs efforts, leur ardent désir de résister, ils ont fini par succomber.

Partout le phénomène est le même ; il s'agit toujours d'un centre surexcité qui appelle la sensation ou l'acte qui le satisferont. Ainsi se trouvent unis, dans le grand complexus chnique de la dégénérescence, ces malades inexpliqués jusque-là ; ainsi se trouvent élucidées les questions médico-légales qui s'y rapportent.

L'état mental de l'héréditaire, ses syndromes ne sont qu'une partie du tableau ; de ce sol de prédilection peuvent sortir toutes les floraisons délirantes. Et celles-ci multiples, mobiles, peuvent, à leur tour, ouvrir des débals sur la capacité civile ou la responsabilité du malade. L'étude clinique que nous faisons de cette autre classe de dégénérés, les persécutés-persécuteurs, mémoire XVII, vient encore apporter sa pierre à l'édifice médico-légal .

Le champ n'est pas moins vaste pour le légiste dans la paralysie générale. L'encéphalite chronique inter-

stitielle diffuse rend compte de cette démence si remarquable du paralytique général. Il n'y a plus solidarité entre les différents centres, plus de coordination entre les idées, les sentiments et les penchants, et cette anarchie intellectuelle, morale et affective anéantit la volonté : d'où ces actes indélicats et ces délits de toute nature que le paralytique commet avec une souveraine imprévoyance. Il est en effet délinquant ou criminel à sa manière, et la clinique seule, en permettant de bien apprécier ces dispositions maladives, fournit une base solide à la médecine légale. C'est le but que nous avons poursuivi dans nos leçons .

Constater les troubles mentaux d'où dérive Tirresponsabilité complète ou atténuée de l'inculpé, tel est le rôle habituel du médecin expert, et c'est celui que nous avons envisagé dans les chapitres précédents. Mais ce rôle s'accroît d'une difliculté nouvelle quand, dans l'intérêt de la vérité et de la justice, il faut démasquer la fraude en aliénation, c'est-à-dire la simulation de la folie.

Et cependant celle-ci n'est pas facile ; il n'y a guère, dans toute la série des psychoses, que la mélancolie qui puisse prêtera l'imitation soutenue, surtout si le simulateur a la sagesse de s'en tenir à la dépression sans stupeur, sans anxiété, ni idées délirantes. Il faudra dès lors une étude attentive des symptômes et de la marche de l'affection supposée, une enquête sérieuse sur les antécédents; cet examen qui parfois exige un temps assez prolongé devra toujours être fait dans un milieu approprié, dans un asile.

Le cas que nous examinons dans le mémoire III de la 4* partie est un exemple do longue et habile simulation. Et cependant le système adopté de mélancolie avec hallucinations et idées de persécution ne pouvait être rattaché à aucune forme connue de l'aliénation mentale; il s émaillait de contradictions, de phénomènes insolites qui s'excluaient réciproquement, si bien que la folie ne put être admise. Et ce lypémaniaque stupide, après avoir, à son départ deTadmission pour la prison, souligné son état d'impuissance par un gâtisme obstiné, retrouvait aulendemain du jugement, ouïe, parole, vigueur et gaieté. Rien d'ailleurs, mieux que les photographies que nous donnons, ne peut rendre compte de ce revirement subit et complet.

A côté de la folie simulée, il y a la folie méconnue ; à côté du criminel qui essaie d'échapper à la justice; il y a le malheureux aliéné encore trop souvent condamné. C'est l'étude de cette catégorie intéressante de malades qui clôt le mémoire.

PRKMIÈRE PARTIE

MAONAN. II.

IMîKMIKHE PARTIE

I. ln(\u*int',ii (Ui Vtii<UMAiHTtt(i Mur le» maladies mentales. II. Don |irtn<;t|>aux signes cliniques de l'absinthisme.

III* l)<ï rAlf:ooliHrno.

Hommmîr^ i CnnsidcrationH g'^nérales; causes et progrès de l'alcoolisme ; rnchures propliyL'ictiques : augmentation de la taxe sur l'alf^HiI cl Taiisirithe; niriiinution de la taxe et mieux affranr.hissf^riicnt des boissons hygiéniques, vins, bières, cidres; néces*

r'iUi d» la huppH'Hsion du privilège des iiouilleurs de cru. Conditions fA<!heuses d'iiygiènejirovoquant le développement énorme de rah'Ofilisini! enlKyOel IKvl. Rapports étroits entre l'alcoolisme et le di^vc.loppenifint de la paralysie générale et des dégénéresci;nc.iis ment/iles.

IV. Du rôle do Talc^oolisme dans l'ôtiologie do la paralysie générale.

V. Do la toxicité des alco(ds dits supérieurs et des bouquets artificiels.

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