‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 29 sur 93 · DE L'ENFANCE DES CRIMINELS · texte numérisé non relu

DE L'ENFANCE DES CRIMINELS

tête et un violent malaise qui Tempêche de travailler. Ne pouvant s*habituer au contact du velours, il a dû renoncer au métier de gainier qu*il aimait beaucoup, mais qui l'obligeait à manier fréquemment cette étoffe.

 diverses reprises, mais surtout dans Fenfance, il était pris de bouffées de rires, sans motifs, qu'il ne pouvait réprimer. Parfois aussi, il est forcé de chanter, de danser sans y être nullement disposé par son état moral ; il est triste quelquefois et néanmoins il doit chanter et danser. Dans quelques circonstances, enfin, il est pris d'un besoin irrésistible de se déplacer, de fuir ; dans ces conditions, il ne peut s'empêcher de sortir, quittant la table, le travail, sans tenir compte du lieu où il se trouve ; tantôt, lorsqu'il est dehors, s'il rencontre un camarade, il s'arrête ; d'autre fois au contraire il va droit devant lui, sans direction et, lorsque, fatigué, il interrompt sa marche et qu'il reprend une conscience plus exacte de sa situation, il n'ose plus rentrer et il lui est arrivé de passer ainsi deux jours hors de la maison.

Depuis qu'il est à l'asile, sous l'influence de l'hydrothérapie et d'une bonne hygiène, ces obsessions et ces impulsions se sont amendées, mais elles n'ont pas entièrement disparu ; Tune d'elles, toutefois, la crainte du contact de la peluche et du velours n'existe plus.

On voit, parsa photographie, que la conformation faciale est sensiblement normale, le crâne présente une légère ensellure au niveau de la suture fronto -pariétale.

ACCUMULATION CHEZ UN MÊME SUJET DE SYNDROMES ÉPISODIQUES INTÉRESSANT SUCCESSIVEMENT DIVERSES RÉGIONS DE L'AXE CÉRÉBRO-SPINAL. — COEXISTENCE DE FOLIE HÉRÉDITAIRE, DE DÉLIRE ALCOOLIQUE ET DE DÉLIRE ÉPILEPTIQUE (1)

Cette malade, atteinte de folie héréditaire (dégénérescence mentale), est un exemple non seulement de la coexistence de plusieurs délires de nature différente chez le même sujet, mais encore de Tapparition successive, à diverses époques» de différents syndromes épisodiques de la folie héréditaire. Ces syndromes sont instructifs à suivre dans leur évolution, car ils intéressent successivement des régions distinctes de Taxe cérébro-spinal.

C. (Clotilde), journalière, est âgée de 30 ans, sa grand'mère paternelle s'adonnait aux excès de boissons ; son père, strabique, d'une intelligence faible, avait été, à onze ans, affecté de fièvre typhoïde; il était très émotif, jaloux, et avait présenté pendant plusieurs mois du délire mélancolique. La sœur du père était menteuse, dépensière, paresseuse; fiUemère, elle avait tenté de se suicider pendant la grossesse ; mariée à trente ans avec un homme de soixante, elle s'est

(1) Maonam (Com. à la Soc. médico-psych. Arm. médico-pêych.^ 7* série, t. n, 1885, p. 235.)

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toujours refusée à sortir le jour avec son mari, elle ne consentait à descendre dans la rue avec lui qu^après le coucher du soleil. La mère, nerveuse, est devenue très irritable à la suite des mauvais traitements que lui a fait subir son mari; la sœur de la mère est somnambule et le frère de la mère est alcoolique. Sur dix frères ou sœurs de Clotilde, neuf sont morts à la suite de convulsions» un frère survivant a uriné au lit juqu'à dix-sept ans, il a actuellement la manie de jeter, à la fin de chaque repas, une parcelle de pain qu'il trempe dans son café.

Quant à la malade, à un an, elle est prise de convulsions; d'une intelligence faible, elle apprend difficilement à l'école; de très bonne heure, elle se montre menteuse, voleuse et se livre à Tonanisme. Elle urine au lit jusqu'à seize ans; elle est souvent triste, s'éloigne de ses camarades d* école et ne prend pas part à leurs jeux. Elle se lève parfois la nuit et parcourt tout endormie la maison; ces accès de somhambulisme ont cessé vers quatorze ans.

Dès l'âge de douze ans, elle perd par moments, tout en restant conscienle, la libre direction de ses mouvements. Ce sont d'abord des mouvements analogues à de simples réflexes, se passant dans le segment d'un membre ou dans tout un membre, ne paraissant mettre en jeu qu'une région limitée de la moelle : tels sont les mouvements de flexion ou d'extension de la main sur l'avant-bras, ou de l'avantbras, sur le bras, du pied sur la jambe ou de la jambe sur la cuisse; ou bien encore l'élévation d'une épaule; d'autres fois, ce sont des mouvements plus étendus, le frottement d'une main contre l'autre; d'autres fois encore, c'est la marche en avant, la malade pénètre sans but, mais le sachant, dans une chambre, la parcourt et se retire, c'est tout; mais dès qu'elle a commencé à marcher, elle ne peut plus s'empêcher de continuer, et elle éprouverait un très grand malaise si elle s'arrêtait. Tous ces mouvements, sans utiUté, sans objet, s'effectuent en dehors de la volonté; la

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malade les constate tout en restant impuissante à les réprimer.

D^autres fois, ce sont des phénomènes d'arrêt qui se produisent :. étant debout, la malade ne peut plus s'asseoir,, assise, elle ne peut plus se lever et pendant un moment sa volonté est inhibée. Dans tous ces cas la moelle s'éman^ cipe, rinfluence psycho-motrice semble suspendue.

Dans d'autres circonstances, les phénomènes sont plus

complexes, c'est toute la mimique d'un état passionnel

nettement déterminé, le rire ou les pleurs, qui échappent à

la volonté ; et cette manifestation extérieure est en désaccord

avec l'état cénesthéiique du sujet qui, tantôt est indifférent,

tantôt, au contraire, est opposé à la nature môme de la

manifestation. Ainsi, Glotilde a été prise, un jour, d'un fou

rire, à l'enterrement de son grand-père, pendant que toute

la famille en larmes se lamentait et qu'elle était elle-même

profondément affligée^ de la perte de ce parent qu'elle aimait

beaucoup et qui s'était toujours montré très bon pour elle;

D'autres fois, au contraire, elle pleure sans qu'aucune causd

intérieure ou extérieure explique cette manifestation de 1$

tristesse, indépendante de la disposition morale et de là

volonté.

Non seulement les mouvements et certaines expressions de la physionomie lui échappent, mais elle est parfois obligée de prononcer des mots qu'elle ne voudrait pas dire : « Sst-ce singulier; raconte tt-elle, de dire, le sachant, des mots que je ne voudrais pas dire. » Ce sont le plus souvent des paroles grossières qu'elle se sent poussée à prononcer soit devant des étrangers, soit devant des personnes qu'elle respecte; parfois même, elle les prononce étant seule. Un jour, elle portait des légumes qu'elle venait de cueillir et qu'elle voulait vendre; deux messieurs lui proposent de les acheter) elle répond sans pouvoir se retenir : « Mon sac est loui^d, je suis fatiguée, j'ai le cul lourd »; surprise elle-même, dlun tel propos, elle s'éloigne,toute honteuse. i

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Elle peut quelquefois ne pas articuler à haute voix les mots qu'elle est poussée à prononcer, mais elle doit, dit-elle, les répéter en dedans, intérieurement; si elle ne les prononçait pas, elle éprouverait un grand malaise, elle serait suffoquée. Le mot une fois dit, elle est tranquille. Quelquefois elle se retire dans un lieu écarté, prononce le mot et se sent soulagée; parfois, enfin ^ elle se voit obligée de chanter saris pouvoir se retenir.

Dans quelques circonstances, non seulement elle se sent portée à prononcer des paroles qu'elle ne voudrait pas dire, mais elle est poussée irrésistiblement à raconter des histoires de gens enterrés vivants, elle ne s'arrête pas quand on lui impose silence, il faut absolument qu'elle arrive au bout de son récit. Vivement préoccupée de l'idée que certaines personnes en léthargie peuvent être enterrées vivantes, elle lit avec avidité, dans les journaux, les faits divers relatant des enterrements de gens vivants ; ce sont ces faits qu'elle raconte dans des récits monotones et qu'elle ne peut pas interrompre, malgré les prières pressantes de son entourage; parfois aussi, elle parle de la venue d'un nouveau déluge auquel elle croit et dont elle s'inquiète. Lorsqu'elle a longuement parlé de ces différents sujets, elle se sent soulagée.

Sous l'obsession de l'idée qu'elle ou ses parents peuvent être enterrés vivants, ou bien encore que, engloutis dans le déluge, ils subiraient une longue agonie sous l'eau, elle demande avec instance qu'on fasse son autopaie, ou bien qu'on lui plonge, dès qu'on la croira morte, un poignard dans le cœur; elle déclare, d'autre part, qu'elle est décidée à poignarder le cadavre de ses parents avant leur enterrement. Elle s'était aussi procuré un revolver qu'elle plaçait toutes les nuits sous son oreiller, afin de pouvoir tuer ses parents et elle-même dès que Thabitation serait envahie par les eaux.

A plusieurs reprises, elle a été, sous le coup d'impulsions, poussée à des actes dangereux; un jour, entre autres — elle

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