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DES PRINCIPAUX SIGNES CLINIQUES DE L'ABSINTHISME

vaux viennent d'être récemment consacrés, elle vise plus particulièrement les cas d'alcoolisme chronique avec hémianesthésie sensitivo-sensorielle dont j'ai moi-même publié plusieurs observations. Ces faits diffèrent entièrement de l'attaque épileptique de l'absinthisme aigu qui se présente chez des individus indemnes de toute tare et de tout stigmate hystérique.

En terminant, Messieurs, je me garderai bien de vous demander, à l'instar de MM. Cadéac et Albin Meunier, un codex des liqueurs. Le jour où les ivrognes auraient à leur disposition r absinthe de la Société d'hygiène, l'influence de nos conseils, déjà bien précaire, serait absolument anéantie.

Il faut, au contraire, proclamer bien haut cette vérité incontestable : c'est que l'alcool est un poison et qu'il devient un poison encore plus redoutable sous les travestissements perfides dont le recouvre l'industrie pour lui donner accès sur nos tables.

Sommaire : Considérations générales ; causes et progrès de l'alcoolisme; mesures prophylactiques : augmentation de la taxe de l'alcool et de Tabsinthe, diminution de la taxe et mieux affranchissement des boissons hygiéniques» vins, bières, cidres ; nécessité de la suppression du privilège des bouilleurs de cru. Conditions fâcheuses d'hygiène provoquant le développement énorme de l'alcoolisme en 1870 et 1871. Rapports étroits entre l'alcoolisme et le développement de la paralysie générale et des dégénérescences mentales (1).

La question de l'alcoolisme est plus que jamais à Tordre du jour; elle s'impose aux méditations de tous : philosophes, moralistes, hygiénistes, économistes, médecins, etc., etc.

Nul, en effet, ne peut rester indifférent en présence des progrès envahissants, surtout dans notre vieille Europe, de ce fléau qui s'attaque aux forces vives des populations et qui, selon Texpression de M. Claude (des Vosges), est devenu un péril social. Il s'empare, en effet, de l'individu valide, altère à la fois l'esprit et le corps, et frappe la descendance des stigmates les plus profonds de la dégénérescence physique, intellectuelle et morale.

Pendant longtemps, la France semblait à l'abri de ce danger, et il y a quarante ans à peine, en dehors des grands centres industriels, en dehors de certaines agglomérations soumises à des régimes exceptionnels, à une mauvaise hygiène comme, par exemple, nos armées d'Afrique, on n'ob-

(1) Leçon faite à Tasile Saint- Anne, Bulletin méd. 12 novembre 1890.

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servait que de rares cas d* alcoolisme. Aujourd'hui, les choses ont changé et, dans certains départements, la population des campagnes n'a rien à envier aux habitudes d'intempérance des grandes villes.

Enfm, depuis une quinzaine d'années, depuis la destruction de la vigne par Toïdium d'abord, par le phylloxéra ensuite, le Midi commence à payer à son tour tribut à l'alcoolisme. Le vin disparaissant, l'alcool, avec son triste cortège, fait son apparition.

Mais un fait, souligné par M. Coste, s'est produit dans quelques contrées, c'est que le développement de l'alcoolisme répond à des années de prospérité. Ainsi entre l'apparition de l'oïdium et du phylloxéra, certains pays tels que : les Pyrénées-Orientales, une partie de l'Aude, quelques parties du Bordelais, épargnées par l'oïdium, ont vendu leurs récoltes à des prix exceptionnellement élevés ; de là, l'aisance et du même coup le goût de la dépense ; on a déserté l'antique cabaret, qui s'est fermé, pour le café où l'alcool, sous toutes ses formes, remplace le vin. C'est ainsi que les uns doivent l'alcoolisme à la misère, les autres à une fortune inespérée et malheureusement passagère, car si l'argent a disparu avec l'apparition du phylloxéra, l'alcoolisme reste. Cette hygiène déplorable, qui substitue l'eau-de-vie au vin, au cidre, à la bière, a donné à une industrie autrefois rudimen taire, celle des bouilleurs de cru, un développement considérable, et sous prétexte de liberté et de protection à l'agriculture, cette industrie nouvelle répand à profusion les produits les plus délétères.

Cette lamentable situation^ dont se sont préoccupés les Sociétés savantes, puis la Presse, enfin le public, a suscité des cris d'alarme qui ont fini par trouver un écho dans les Assemblées législatives, et depuis quelques années un courant d'opinion tend à rendre connexe, dans le régime des boissons, le triple point de vue fiscal, moral et hygiénique.

C'est ainsi qu'on a augmenté la taxe de ralcool et de l'absinthe, diminué, — du moins à Paris, — les droits sur le vin, promulgué des lois répressives sur l'ivresse (1873), et Ton paraît de plus en plus favorable à l'opinion formulée par M. Guyot (député du Rhône), et que tous les hygiénistes appellent de leurs vœux, à savoir : c Affranchir complètement les boissons hygiéniques, vins, bières, cidres, en faisant payer leur rangon par l'alcool. »

En jetant les yeux sur le tableau comparatif de la production des alcools, par nature des substances mises en œuvre, tableau emprunté à l'Atlas statistique du rapport de M. Claude (des Vosges), on se rend compte des progrès incessants de l'alcoolisme et de la nécessité, pour arrêter cette marche envahissante, de nouvelles mesures fiscales sur les boissons.

Ce diagramme, représentant les variations chronologiques de la production des divers alcools, montre, en effet, qu'en 1840 on distillait, en France, 800,000 hectolitres d'alcools de fruits,» c'est-à-dire d'alcool éthylique, d'alcool moins dangereux, sans doute, mais non inoffensif, car tous les alcools, y compris l'alcool éthylique, sont des poisons. Les alcools demélassenedépassaientpasàcetteépoque40,000 hectolitres. Les alcools de substance farineuse, de grains : blé, seigle, orge, maïs, riz, etc., y figurent pour 35,000 hectolitres environ, et les alcools de betteraves pour 20,000 hectolitres.

Vous savez ce que sont ces alcools de mélasse, de betterave et de grain. Ils renferment, sans doute, en grande proportion de l'alcool éthylique, mais avec lui des alcools méthylique, prophylique, butylique, amylique, alcools dits supérieurs à cause de leur composition atomique plus élevée qui les rend d'autant plus toxiques; nous y reviendrons d'ailleurs dans un instant.

Distillés tout d'abord en faible quantité, ces alcools ne tardèrent pas à occuper une place prépondérante. Après les

maladies de la vigne, Tindustrie les substitua aux eaux-devie de fruits, et les mit à contribution pour fabriquer de toute pièce des vins sans raisin. Aussi, voyons-nous, à partir de 1876, les chiffres s'élever progressivement pour atteindre, en 1885, 1,800,000 hectolitres, tandis que la production de Talcool de vin tombe à 25,000 hectolitres.

Or, à Tappui de Tinterprétation hygiénique de la consommation de cette quantité énorme d'alcools supérieurs, il n'est pas sans intérêt d'étudier les cartes annexées au rapport de M. Claude. On y constate la progression croissante de la consommation de l'alcool. En 1873 la consommation de 1 à 2 litres par habitant existe dans les deux tiers delà France; en 1885, elle atteint 3 à 4 litres, et de plus nous voyons plusieurs départements méridionaux, jusque-là réputés sobres, être gravement envahis.

Ces chiffres, quelque élevés qu'ils paraissent, sont cependant au-dessous de la vérité. Ils indiquent bien le stock d'alcool soumis aux droits, mais ce n'est là qu'une partie de l'alcool consommé, car la fraude introduit dans la consommation des quantités tout aussi considérables. Un grand distillateur, M. Luzet, calcule que la fraude ne s'élève pas à moins de 1,072,000 hectolitres d'alcool, et un syndicat de négociants et d'industriels, s'appuyant sur le rapport de M. Cavalié, député du Tarn, estime que deux millions d'hectolitres d'alcool sont frauduleusement soustraits à l'impôt.

Ces évaluations ne paraîtront pas exagérées, si l'on songe qu'en dehors des larges fissures par lesquelles la contrebande introduit les alcools par nos frontières, surtout celles de l'Est, le privilège des bouilleurs de cru s'étend à plus de 500,000 producteurs qui, répandus sur toute la surface du territoire, par le fait même du privilège échappent à toute surveillance sérieuse. Le plus lamentable, c'est que la plupart, mal outillés, se servent des appareils les plus primitifs, que bon nombre ne récoltant ni raisins, ni pommes, ni poires, se procurent aux prix les plus modiques des déchets

qu'ils distillent, et d'où ils retirent les alcools industriels les plus toxiques.

Que deviennent ces alcools ?

Ils sont présentés sur nos tables, non seulement sous forme d'eaux-de-vie ou de liqueurs de toute sorte, mais encore sous forme de vins que l'industrie est arrivée à fabriquer de toute pièce.

Les vins, en effet, ont leurs bouquets artificiels ; ils ont aussi leurs colorants arti&ciels, et ainsi munis, les vignerons clandestins introduisent dans le commerce des c simili vins » , — passez-moi l'expression, — dans lesquels le jus de raisin entre, parfois, pour une très faible part.

D'ailleurs, le vinage a été la première étape dans la voie des productions artificielles. Autrefois, c'était une opération honnête et utile ; elle avait pour but d'améliorer des vins un peu faibles par une addition de 2 à 3 0/0 d'alcool éthylique; mais, dans ces dernières années, cette pratique a donné lieu aux abus les plus regrettables, surtout pour des vins étrangers, notamment d'Italie et de l'Espagne. Les alcools d'industrie allemands passaient en Espagne; on les mêlait aux vins, non plus pour un vinage bienfaisant, mais dans les proportions de 15 à 18 0/0, et l'on introduisait en France des vins vinés, qui n'étaient autres que de fortes dilutions alcooliques; de là, du même coup, une perte pour le Trésor, et un dommage grave pour la santé publique. L'industrie, en possession de ce breuvage, riche en alcool, renouvelle par voie de dédoublement le miracle de la multiplication des pains. Une pièce de vin en donne deux ou trois, mais ce mouillage effréné change la couleur et la saveur, et c'est la chimie qui lui rend l'une et l'autre •

Déjà, en 1867, la production des alcools d'industrie s'élevait à 840,000 hectolitres, et l'alcool de fruits et de vins à 540,000 hectolitres; mais, en 1876, c'est 1,090,000 hectolitres que fournissent les grains, les betteraves et les mélasses, tandis que l'alcool de vin tombe à 300,000 hectolitres

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pour arriver, d'ailleurs, quelques années après, à 20,000 hectolitres.

11 n'est pas sans intérêt de rapprocher des cartogrammes de la consommation de 1873 et 1881, une carte due aux patientes recherches de Lunier, indiquant une moyenne pendant dix ans, de 1867 à 1876, de la répartition départe* mentale de la folie alcoolique en France.

La répartition géographique de l'alcoolisme correspond généralement à la répartition de la consommation, et les cas de folie alcoolique sont bien plus nombreux dans la plupart des départements du Nord et du Nord-Ouest, qui ont à leur actif une plus grande consommation.

Toutefois, dans quelques départements, la Vendée, la Haute-Savoie, par exemple, où la carte de consommation en 1873 n'indique même pas un litre d'alcool par tête, la répartition de la folie alcoolique donne 19,64 0/0 en Vendée et 13,22 0/0 dans la Haute-Savoie, chiffres considérables qui répondent en général à 4 ou 5 litres d'alcool par tête. Ces résultats contradictoires s'expliquent aisément, si l'on observe qu'à côté de la consommation officiellement constatée, il y a la consommation alimentée par le trafic frauduleux.

Si nous en venons aux alcoolisés du département de la Seine, nous les voyons soumis depuis 1835 à de nombreuses variations.

Une première statistique de Marcé et Contesse, s'étendant de 1855 à 1862, nous donne la proportion des alcooliques sur cent aliénés entrés dans le service de Marcé. Cette statistique ne porte que sur les adultes, et le percentum eût été évidemment moins élevé, si, comme de nos jours, on eût compris dans les entrées les enfants et les épileptiques.

En 1855 et 56, la proportion n'est que de 12 à 130/0, mais elle s'élève promptement pour donner 22 en 1860 et 1861, et 25 au commencement de 1862.

Je n'ai pas de 1862 à 1869 un relevé suffisamment exact pour vous le communiquer.

Mais voici la statistique de 1870 à 1884, que j'avais communiquée à mon ami M. Goste, qui Ta insérée dans son ouvrage intitulé : Les questions sociales contemporaines (1886).

M. Coste a tiré parti de cette statistique pour faire ressortir que dans un pays généralement aisé comme la France et surtout Paris, Talcoolisme doit être considéré comme une manifestation de Taisance publique plutôt que comme une manifestation de la misère. C'est Tinverse dans d'autres pays; en Suisse, par exemple, où l'enquête du D' Schuler tend à démontrer que la consommation de l'alcool est en raison directe de la consommation de la viande.

Quoi qu'il en soit, l'alcoolisme, déjà fort élevé à la fin de l'Empire, a atteint son maximum pendant la guerre et la Commune; par suite de la mauvaise hygiène, beaucoup d'individus et surtout des femmes ne pouvant se procurer qu'une alimentation insuffisante, avaient recours pour se soutenir à la soupe au vin, c'est-à-dire à une dilution alcoolique et non à un vrai vin. J'ai pu le constater chez de pauvres vieilles femmes qui n'avaient certes jamais été intempérantes.

De plus, des distributions d'eau-de-vie faites régulièrement aux gardes nationaux ont eu pour résultat d'imprimer aux manifestations alcooliques une acuité spéciale et de rendre plus nombreux les cas de delirium tremens, comme je l'avais signalé le 21 novembre 1 871 dans une communication à l'Académie de médecine, sur la statistique des alcooliques entrés au bureau d'admission de Sainte- Anne pendant les mois de mars, avril, mai, juin 1870 et les mois correspondants de 1871.

De 1870 à 1884, la marche de l'alcoolisme subit plusieurs oscillations dont les phases ascendantes semblent, en effet, correspondre aux périodes de prospérité.

La statistique de 1887 à 1890 est plus complète ; elle comprend non seulement les cas d'alcoolisme proprement dits

— delirium tremens^ délire alcoolique et alcoolisme chronique — mais encore des cas d'aliénation mentale dans lesquels l'alcool est intervenu accessoirement et a déterminé l'acte qui a provoqué la séquestration.

En 1887, le percentum de l'alcoolisme chez l'homme s'élève à 24.84, et l'influence de l'alcool sur les maladies mentales à 13.13, ce qui donne la proportion totale de 37.98; ce chiiTre représente bien les méfaits de l'alcoolisme.

En 1888, un total général de 35.38 p. 100 hommes et 12.33 p. 100 femmes.

En 1889, de 33.17 p. 100 hommes et 11.95 p. 100 femmes.

Pour les dix premiers mois de 1890, 35.51 p. 100 hommes et 12.61 p. 100 femmes.

M. Garnier, dans son livre si curieux : La Folie à Paris^ nous donne la statistique des alcooliques de l'infirmerie du dépôt de la préfecture de police. Ses proportions sont plus élevées que les miennes, parce que je reçois, en outre des malades venus de la préfecture de police, beaucoup d'enfants et de vieillards, qui sont amenés par les parents ou qui viennent des hôpitaux. Les alcooliques qui entrent directement sont très rares.

Mais ce qui est saisissant dans le livre de M. Garnier, c'est le groupement des diverses formes mentales d'après leur ordre de fréquence pour les deux sexes.

L'alcoolisme est en première ligne avec 2,189; les dégénérescences mentales, 1,465; la paralysie générale, 997.

D'après M. Rochard le budget de l'alcoolisme, la somme que coûte annuellement à la France l'alcoolisme (prix de l'alcool, travail perdu, frais de traitement, etc.), s'élèverait à la somme de un milliard et demi. Ce chiffre est énorme ; il n'est cependant pas exagéré. M. Rochard, en effet, ne prend pour taux de la fraude que 1 ,072,000 hectolitres, et nous avons dit que c*était là un minimum ; ses autres chiffres sont également abaissés.

Ces considérations générales étaient nécessaires avant d'aborder l'histoire clinique de l'alcoolisme.

Dans l'étude que nous allons faire, nous aurons tout d'abord à déterminer l'action spéciale des diverses substances qui entrent industriellement dans la composition des boissons de table, c'est-à-dire les produits employés par le commerce pour donner aux vins, aux eaux-de-vie, aux diverses liqueurs, les apparences extérieures des boissons naturelles.

L'étude comparative de ces produits toxiques nous mettra en mesure de nous rendre mieux compte de certaines particularités de Talcoolisme et de certains faits qui, pendant longtemps, avaient été mal interprétés.

Après cette étude préliminaire des divers poisons industriels, nous aborderons l'histoire de l'alcoolisme.

Quand on envisage l'intoxication alcoolique dans son ensemble, on trouve entre les deux pôles extrêmes, c'est-àdire entre les accidents passagers, fugaces, de l'ivresse et les troubles profonds, permanents, irrémédiables, de l'alcoolisme chronique, une longue période dans laquelle les malades, tout en présentant les caractères généraux du délire alcoolique, offrent entre eux des différences assez marquées pour exiger un groupement particulier.

Les uns, en effet, présentent du délire, du tremblement, des troubles digestifs, qui s'amendent au bout de quelques jours et disparaissent entièrement si l'individu reste sobre.

D'autres se montrent avec des accidents tout d'abord analogues aux précédents, mais de marche différente ; chez eux, en effet, le délire persiste plus longtemps, ou bien les troubles hallucinatoires laissent, après leur disparition, des idées délirantes que l'on retrouve au bout de deux à trois mois, quelquefois même davantage; ces malades, en général, font des excès depuis longtemps, et souvent ont déjà présenté d'autres accès de délire alcoolique ; les troubles somatiques chez eux sont plus accusés, et l'intelligence commence déjà

à présenter un certain degré d'aiTaiblissement. Toutefois, ils sont encore susceptibles de guérison, si, changeant de profession ou de milieu, ils font trêve avec leurs anciennes habitudes.

Enfin, une troisième catégorie d'alcooliques, moins nombreux que les deux autres, conserve après Taccès des idées délirantes systématisées, que Ton voit persister quelquefois très longtemps après la cessation des phénomènes physiques. Ce sont là des malades à système nerveux plus impressionnable, chez lesquels les antécédents héréditaires expliquent ordinairement T action plus puissante et plus durable de Tagent toxique. Ces malades, d'ailleurs, — dont récemment s*est occupé M. Legrain, dans son excellent travail : t Héré* dite et Alcoolisme, » — s'ils s'améliorent et sortent des asiles, ne tardent pas à faire de nouveaux excès, et pour eux les rechutes sont, on peut le dire, la règle.

Ainsi considéré, l'alcoolisme ne comprend pas encore tous les faits. Pendant la longue succession des scènes pathologiques dont il se compose, tantôt et le plus souvent, l'empoissonnement alcoolique marche d'une façon lente et progressive, sans secousses, et troublé seulement de temps à autre par des accidents peu intenses; d'autres fois, au contraire, on voit se dérouler des phénomènes d'une acuité extrême. Ces accidents suraigus, sous la dépendance fréquente d'excès récents et répétés, offrent, quelle que soit la période d'intoxication, un aspect assez uniforme pour que l'on s'accorde généralement à leur donner la môme dénomination de delirium tremens^ dont on admet, toutefois, deux formes : l'une fébrile et grave, l'autre apyrétique et généralement bénigne. La forme fébrile, sorte de délire aigu alcoolique, a sa physionomie spéciale et devra être mentionnée à part ; quant à la forme apyrétique, elle offre les caractères généraux du délire alcoolique dans lequel elle rentre.

L'alcoolisme chronique, auquel aboutissent habituellement les sujets après plusieurs accès de délire alcoolique,

peut également être acquis à la suite d*une longue intoxication, lente et progressive, résultant d'une mauvaise hygiène, sans autres phénomènes intellectuels que des cauchemars et de raffaiblissement des facultés.

L'alcoolisme chronique, dans son évolution ultime, suit deux voies différentes. Tune aboutissant à la démence, l'autre à la paralysie générale. Il y aura donc à étudier successivement : Faction des différents poisons ; Tivresse ; le délire alcoolique simple, envisagé, d'après le degré d^intensité, chez trois catégories distinctes de malades; le delirium tremens; l'alcoolisme chronique avec ses deux terminaisons : démence et paralysie générale ; le délire alcoolique avec ses trois formes : maniaque, mélancolique, stupide; enfin les accidents absinthiques.

Après avoir déterminé les aspects variés sous lesquels se présente l'alcoolisme à ses diverses phases; après avoir étudié aussi les cas dans lesquels une affection intercurrente développe un accès délirant chez un alcoolisé, nous rechercherons les combinaisons que l'alcoolisme peut offrir avec diverses maladies mentales.

Dans ces combinaisons, Talcool agit parfois comme simple excitant et rend plus aigus, sans les modifier, les symptômes de l'affection première ; d'autres fois, au contraire, atteignant plus profondément l'organisme, l'agent toxique impose son délire spécial, qui vient se greffer sur le trouble cérébral préexistant, qu'il masque parfois complètement, rendant ainsi le diagnostic difficile.

Parmi ces combinaisons, nous insisterons particulièrement sur les relations, intimes dans quelques cas, de l'alcoolisme et de la paralysie générale et sur l'influence de l'alcool dans les dégénérescences mentales.

HAONAM. II.

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