PREMIÈRE PARTIE
PROTOCHLORURE DE CHROME.
Ces recherches ont principalement pour but l’étude du sesquichlorure de chrome. Je ne me suis occupé du protochlorure de chrome que dans ses relations avec le sesquichlorure. Dans ce but, j’ai dü préparer de grandes quantités de protochlorure, J'ai fait usage d’un ensemble de procédés que je crois utile de faire connaître, parce qu’ils simplifient la préparation et le maniement de ce corps si éminemment altérable. Cette première Partie est consacrée à la description de ces procédés.
Le protochlorure de chrome anhydre s'obtient, comme on sait, en réduisant à une température très élevée le sesquichlorure anhydre par l’hydrogène bien exempt d'oxygène (Peligot, Môberg, Moissan). Mais cette opération ne peut constituer une préparation courante du protochlorure, parce qu’elle est extrêmement délicate et qu’elle nécessite l'emploi du sesquichlorure anhydre,
CHLORURES DE CHROME. ne)
corps d’une préparation longue et pénible et d’un prix élevé. -
On obtient plus facilement le protochlorure hydraté en dissolution, en réduisant une dissolution de sesquichlorure hydraté par le zinc et l’acide chlorhydrique à l'abri de l'air (Debray, Lœwel). On obtient ainsi une dissolution de protochlorure de chrome mêlée à du chlorure de zinc. On ne peut songer, pour obtenir ce corps cristallisé, à employer les procédés ordinaires, évaporation, concentration, à cause de son altérabilité instantanée et considérable à l'air. Pourtant, en effectuant la réduction d’une dissolution très concentrée de sesquichlorure, on peut obtenir le protochlorure cristallisé (Moiïssan) ; car, quoique extrêmement soluble, il l’est moins que le sesquichlorure. En tout cas, le lavage et la dessiccation des cristaux exigent des précautions et des manipulations telles, que ce sont des opérations que l’on peut faire une fois pour établir la composition du corps, mais qui ne peuvent constituer une préparation pratique.
J’ai donc dû avoir recours à des procédés particuliers.
Préparation directe d’une dissolution de protochlorure de chrome au moyen du bichromate de potasse. — On obtient une dissolution de protochlorure de chrome, en réduisant par le zinc une solution acide de sesquichlorure, dissolution obtenue, comme on sait, par réduction d’un chromate. J'arrive au même résultat, en passant directement du bichromate de potasse au protochlorure de chrome, par l’action combinée du zine et de l'acide chlorhydrique en excès. Comme cette réaction m'a paru ne réussir très bien qu'entre certaines limites, je la décrirai avec soin.
On introduit dans un matras de 3!t de capacité 300$" ou 400% de grenaille de zinc distillé, puis bof de bichromate de potasse très finement pulvérisé, et l’on y verse un
y TE
À À, RECOURA.
mélange de 300°° d’acide chlorhydrique pur fumant avec 200% d’eau. Au bout de quelques instants d’agitation, la réaction s'effectue si violemment que le liquide entre en ébullition. La liqueur devient verte, par suite de la formation passagère du sesquichlorure de chrome; puis, l’effervescence s'étant apaisée, la liqueur, qui était opaque, devient en quelques minutes transparente, parfaitement limpide et d’un bleu de ciel magnifique. La réaction est terminée. On peut ainsi obtenir en sept ou huit minutes une dissolution de protochlorure de chrome en partant du bichromate de potasse. Le dégagement de chaleur énorme qui accompagne celle réaction est une condition de sa rapidité; car, si l’on refroidit le mélange, la réaction est beaucoup plus longue ; si, pour une raison quelconque (pulvérisation iusuffisante du bichromate, par exemple), la réaction n’a pas pu s'étendre instantanément à toute la matière et qu’elle continue alors à s’effectuer à une température moins élevée, la transformation complète de la liqueur en protochlorure exige, dans ce cas, plusieurs heures.
Si l’on veut en préparer de grandes quantités, le même appareil peut reservir. Il suffit de transvaser dans un autre flacon la dissolution, en suivant les procédés ordinairement employés pour le maniement de ces liquides altérables à l'air (). On arrive ainsi à préparer en quel-
(1) Ces procédés sont très simples. Toutes les manipulations doivent se faire dans une atmosphère de gaz inerte. Il faut avoir un appareil à acide carbonique de Deville de grandes dimensions. On dirige un jet d'acide carbonique dans le matras où s'effectue la réaction. La réaction terminée, on adapte au matras un bouchon portant deux tubes : le premier est droit et ne doit pas plonger dans le liquide; on le met en communication avec l’appareil à acide carbonique ; le second, recourbé en forme de siphon, plonge jusqu'au fond du matras. Grâce à la pression développée par l'acide carbonique, on décante ainsi le protochlorure, que l’on reçoit dans un flacon préalablement rempli d’acide carbonique.
Dans les cas où la présence de l’acide carbonique est un inconvénient,
ques heures plusieurs litres de cette dissolution. Il est bon de la conserver en présence du zinc, pour détruire les effets de l'oxydation, s’il s’en produit. C’est une dissolution de protochlorure de chrome qui renferme du chlorure de potassium et du chlorure de zinc. |
Usage de la dissolution brute du protochlorure. —J'a- Jouterai, en passant, que J’emploie cette dissolution brute, qui s'obtient si facilement, pour préparer des flacons laveurs destinés à dépouiller complètement les gaz inertes d'oxygène. Un seul laveur arrête complètement toute trace d'oxygène. En effet, un second laveur témoin, placé à Ja suite du premier, ne change pas de couleur, et l’on sait qu'une oxydation, même très faible, fait perdre au protochlorure sa limpidité et sa belle couleur bleue, en le transformant en une liqueur verte et opaque. D'ailleurs le même Jlaveur peut servir très longtemps, si l’on y mct un excès de zinc qui régénère constamment le protochlorure, en ayant soin toutefois de maintenir la liqueur acide. Maïs les flacons laveurs pourvus de zinc ne doivent être employés que si l’on ne craint pas la présence de petites quantités d'hydrogène.
Préparation d’une dissolution concentrée et pure de protochlorure de chrome. — Cette liqueur est trop étendue pour qu’on puisse la faire cristalliser. Mais on Ja transforme facilement en une dissolution saturée de la façon suivante : On précipite le chrome à l’état d’acétate de protoxyde de chrome par une dissolution saturée d’acctate de soude (Peligot). L’acétate de protoxyde, très peu soluble daus l’eau, se dépose au fond du flacon sous la forme d’une poudre rouge. On décante le liquide surnageant et on lave une ou deux fois le précipité avec de l’eau
il faut remplacer l'appareil de Deville par un appareil à azote de M. Berthelot, au moyen duquel on obtient très facilement une production con-
tinue d'azote à froid.