‹ Recherches sur les collections des RichelieuChapitre 15 sur 19 · PROSPECTUS · texte numérisé non relu

PROSPECTUS

Les Richelieu avaient leur place marquée d^avance dans la série dMtudes sur les amateurs d^autrefois, que M. Edmond Bonnaffé a commencée depuis plusieurs années (Collectionneurs dePancienne Rome et de l'ancienne France, de Brienne, Foucquet, Catherine de Médicisy etc.). En efifet, le grand Cardinal est une des figures les plus considérables de la curiosité française. Le Petit-Luxembourg qu^il occupa d^abord, le Palais-Cardinal qui devint sa résidence définitive, la maison de Rueil, son pied-à-terre de campagne, renfermaient des collections magnifiques dbbjets dVrt de toute sorte, tableaux, sculptures; tapisseries, meubles et le reste. Mais c^est au château de Richelieu en Poitou, entièrement rebâti dans des proportions royales, que le Cardinal avait accumulé ses trésors les plus précieux, deux cents bustes ou statues antiques, les deux esclaves de Michel-Ange, des ouvrages de Mantegna, du Pérugin, d'Albert Durer, de Rubens, du Poussin, de Champaignc et de Simon Vouet, des collections de portraits historiques, des meubles .de soie et d^or à profusion; a il y a tant d'or, dit la Fontaine, qui visita le château en i663, que je m^en ennuyai m.

Après Richelieu, sa nièce, la duchesse d^AiguiIIon occupa le Petit-Luxembourg et continua les collections de son oncle.

Le petit-neveu du Cardinal et son héritier, le duc de Richelieu, était grand amateur de peinture. Tout d*abord il forma une galerie composée surtout d^ouvrages du Poussin. Plus tard, le duc, qui était un homme à boutades, au dire de Saint-Simon, se jeta dans le camp des coloristes, et les Poussin furent remplacés par des Rubens. De Piles nous a conservé le catalogue de cette galerie.

Son fils, le maréchal de Richelieu, le vainqueur de Mahon et le hérQs de tant d^aventures galantes, eut, comme ses ancêtres, la passion de la curiosité, mais d'une autre manière. Son hôtel de la rue Saint- Augustin, — il n^en reste aujourd'hui que le pavillon de Hanovre, — était rempli de porcelaines de la Chine, du Japon, de Saxe, de Sèvres, de Chantilly, de tabatières et de bonbonnières. Citait la mode du jour; les grandes collections avaient fait leur temps.

L^histoire des collections des Richelieu est donc le tableau résumé de la curiosité française, depuis les débuts du dix-septième siècle, jusqu^à la fin du dix-huitième.

« Mais, dit Fauteur, que sont devenus ces palais, ces hôtels et leurs trésors, le contenant et le contenu, les écrins et les joyaux? C'est la question finale du lecteur à l'historien, le point d'interrogation qui termine invariablement nos études sur les collectionneurs d'autrefois. Car enfin, ces amoureux de l'art ne vivent pas seulement dans le passé, dans le souvenir du rôle qu'ils ont joué, de la noble passion qu'ils ont ressentie, des monuments qu'ils ont recueillis; ces monuments eux-mêmes, quelques-uns du moins, ont survécu; où sont-ils? 11 faut les suivre à la piste, les retrouver, reconstituer leur état civil, leur généalogie. Ainsi se perpétuent la gloire des maîtres qui les ont créés, l'honneur des hommes de goût et de flair qui les ont sauvés. Est-ce à dire que la tâche soit facile ? Nous qui vivons dans les ruines et les nécropoles, cherchant notre chemin parmi les décombres, nous savons ce qu'il en coûte de tâtonnements et de patience pour retrouver nos morts. Combien d'entre eux, recueillis jadis et précieusement conservés, ont disparu de nouveau sans laisser de trace? Combien attendent encore dans l'oubli et l'incognito qu'un hasard vienne révéler leur origine et leur patronage illustres? •

Cette seconde partie du livre est peut-cure la plus féconde en découvertes y et la plus attrayante. L^auteur suit de main en

main ces glorieuses épaves et raconte par le menu leurs aventures. Les deux captifs de Michel-Ange sont au Louvre, avec les tableaux du Poussin, de Mantegna, du Pérugin, trois bustes de Gefmain Pilon, une quarantaine de marbres antiques, etc.; les Musées de Versailles, d^Orléans, de Tours, de Poitiers, conservent un bon nombre de tableaux et de sculptures. Le reste a passé à l'étranger : TAngleterre et TAllemagne ont mis la main sur les plus beaux Rubens, et Berlin nous a enlevé Tadmirable statue d'Auguste du château de Richelieu.

Presque tous ces objets ont leur histoire appuyée sur des preuves certaines, authentiques. Car Fauteur n^accepte les traditions que preuves en main. Des fouilles heureuses dans les archives du Louvre, à la Bibliothèque nationale, dans les bibliothèques de province, lui ont permis de découvrir plusieurs documents inconnus qui sont le commentaire et la justification du texte ; la plupart sont reproduits dans les Appendices.

Ainsi comprise, l'histoire des collections des Richelieu forme un document historique d^une autorité certaine, plein de fisiits nouveaux, d^anecdotes piquantes, et destiné à Thomme du monde comme à l'érudit.

Un magnifique volume grand in-8° raisin, imprimé en el^evir

sur papier teinté, et illustré.

Broché 8 fr.

25 exemplaires numérotés sur papier de Hollande. i6 fr.

PARIS. TYPOGRAPHIE DC E. PLON ET C^*, RUE GARANClàRE, 8.

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