CHAPITRE V THÉORIES HISTORIQUES
Nous pouvons aisément partager en deux groupes
principaux les théories qui ont été émises au sujet de la
douleur. | Pour la plupart des auteurs, en effet, la douleur est
‘une sensation spéciale. Quelques-uns, au contraire, la considèrent comme une qualité générale qui, dans des
conditions déterminées, s'ajoute aux différentes sensations, quelle que soit d’ailleurs la nature de ces dernières.
La douleur, sensation spéciale
La théorie de la spécificité de la sensation douloureuse
semble avoir été soutenue en premier lieu par Landry‘.
De nos jours, Frey * l’a défendue à plusieurs reprises, ainsi que Witmer, Nichols et Strong.
D'après L. Witmer, le plaisir et la douleur sont probablement des sensations spéciales ; physiologiquement,
parce qu'on à, dit-il, découvert des nerfs de la douleur; et psychologiquement, parce qu’il existe des cas où la
1, LanDRy, Recherches physiologiques et pathologiques sur les sensations tactiles, Arch. générales de médecine, XXX, 53.
2. Frey, Die Gefühle und ihr Verhältniss zu den Empfindungen, 1894. |
peine atteint un degré tel qu’elle efface toute autre sensation ‘. Hs AGE
Ce dernier argument a été repris par Nichols. Sous l'influence des impressions thermiques, fait remarquer cet auteur, certaines parties du corps manifestent seulement une sensation de douleur, sans aucune sensation de température. De même, des excitations mécaniques
dont l’action s’exerce sur le bord des plaies ne provoquent *
que de la douleur et non des sensations tactiles ?.* Strong enfin prétend, lui aussi, que la douleur en augmentant d'intensité efface la sensation qu’elle accompagne. De plus, si la douleur était une simple qualité des sensations, toute impression devrait la produire ; or il y a des sensations indifférentes, c’est-à-dire purement perceptives et non émotionnelles?. | Cependant des recherches précises ont été instituées, afin de prouver que la douleur est une sensation spéciale. On s’est demandé, en effet, s’iln’existait pas des organes terminaux ou des nerfs appropriés aux excitations douloureuses; ou bien si celles-ci ne suivaient pas dans les centres nerveux des voies de conduction particulières ; et enfin s’il n’y avait pas un centre de la douleur. Organes périsphériques dolorifères. — Goldscheider* et Frey ont admis, dans- les téguments cutanés, l’exis- 1. L. Wirmer, L’Analyse psychologique et la base physique du plaisir et de la peine, Journ of nero. and ment. Diseases, avril 1894.
2. H. Nicuozs, Expériences sur la douleur, Proceed. of the Amer. Psycho. Assoc., 1894; Origine du plaisir et de la douleur, Philos. Review, I, 403 et 518.
3. C. A. STRoNG, The psychology of Pain, Psychol. Review, 1895, IT, 329-347.