INTRODUCTION
Les diverses espèces de strychnos qui appartiennent au genre des Loganiacées renferment des alcaloïdes remarquables par l'intensité de leurs propriétés toxiques. Parmi ceux-C1, deux ont été particulièrement l’objet de recherches; ce sont la strychnine et la brucine; encore cette dernière représente-t-elle probablement la diméthoxystrychnine.
La strychnine et la brucine se trouvent dans les semences du nux vomica,en combinaison avec l'acide lactique et l’acide igasurique ; on supposait qu'une troisième base, l’igasurine accompagnait la strychnine, mais les recherches de W. A. Shenstone (Journal Chemical Society, XXXIX, p. 453) ont prouvé d’une manière certaine que ce troisième alcaloïde n’est qu’un mélange de strychnine et de brucine.
La semence du strychnos Ignatiæ ou fève de saint Ignace, contient aussi de la strychnine et de la brucine ; elle est employée pour l'extraction des alcaloïdes dont elle renferme 1542270100
Les feuilles du strychnos nux vomica contiennent de Ja brucine et pas de strychnine ; cette dernière est retirée de cinq ou six espèces de strychnos ; il est à remarquer que la strychnine et la brucine font défaut dans beaucoup d’autres variétés de strychnos.
La décoction de la poudre de strychnos tieuté, évaporée à consistance d’extrait, constitue le poison connu sous Île nom de upas-tieuté ; il contient de la strychnine et de la brucine. Pendant longtemps on a attribué la toxicité du curare des Indiens à la strychnine ; il est prouvé aujourd’hui qu’elle est due à un alcaloïde particulier, la curarine, sur la formule de laquelle on n’est pas fixé, tout en la considérant Comme une base non oxygénée, à laquelle on attribue la formule improbable :
CISH35 AZ.
Strychnine. — D'après Clauss et Glassner (Berichte der Deustch, XIV, p. 773), la strychnine du commerce n’a pas une Composition constante ; elle a tantôt la formule :
C?2H2*Az?0°, tantôt C?1H*7Az°0:.
La supposition que les plantes des divers strychnos fournissent des alcaloïdes à teneur en carbone différente, ressort des recherches de Schutzenberger. Kæfœd, par précipitation fractionnée de la strychnine commerciale sous forme de chloroplatinate de potassium et de strychnine à obtenu une première combinaison contenant 18,8 p. 100 de platine. Ce pourcentage correspond à un alcaloïde dont le poids moléculaire serait 347,6. Le précipité subséquent donne à l’analyse 19,35 p. 100 de platine et représente un alcaloïde dont le poids moléculaire serait 332,2, qui s’accorde avec la for-
mule :
CAH2A 7202
d’où il résulte que la strychnine commerciale contient une petite quantité d’homostrychnine :
Au point de vue de la teneur en carbone, ces différences rappellent celles qu’on observe pour la quinine :
C20H24 À z202 et la cinchonine :
En résumé, les strychnos contiennent trois alcaloïdes, de la strychnine, de l’homostrychnine et de la brucine. La Strychnine commerciale est le plus souvent un mélange de strychnine et d’homostrychnine.
Purification de la strychnine. — Nous avons suivi la méthode de la pharmacopée britannique : la strychnine commerciale est dissoute dans l’acide sulfurique étendu, la solution est précipitée par de l’ammoniaque, le précipité séché est épuisé par l’alcool à 85°, dans lequel il se dissout. La solution alcoolique est distillée à moitié. Par le refroidissement elle dépose de la strychnine qui est lavée avec un mélange de deux parties d'alcool et une partie d’eau, jusqu'à ce que l'alcool ne donne plus de coloration rouge avec l'acide nitrique, indice de l'élimination de la brucine. Le résidu est redissous dans l'alcool bouillant et abandonné à la cristallisation ; la partie cristallisée est soumise à de nouvelles cristallisations jusqu’à point de fusion constant. Généralement trois opérations nous ont suffi pour obtenir un produit fusible à 266°, que nous avons considéré comme de la strychnine pure et répondant à la formule :
ee GER
Toutefois, la même séparation peut s’effectuer par le procédé de Dunstan et Short qui repose sur la propriété que possède le ferrocyanure de potassium de former avec la strychnine un précipité insoluble, tandis que la brucine forme une combinaison très soluble dans l’eau.
Propriétés. — Constitution.
La strychnine a été découverte en 1818 par Pelletier et Caventon dans la fève de saint Ignace. Nous venons de voir que sa composition répond à la formule :
Elle cristallise dans l'alcool en prismes fusibles à 266°, presque insolubles dans l’eau froide (une partie pour 8.300 d’eau froide), dans l’alcool (une partie dans 207 d’alcool absolu froid, et dans 500 parties d’alcool à 94°). Cette insolubilité est utilisée dans la séparation de la brucine, qui elle est très soluble dans l’alcool ; elle est peu soluble dans l’éther (une partie dans 1.050 parties d’éther commercial), plus soluble dans le chloroforme (une partie dans 8 à 10 de chloroforme).
Elle est lévogyre ; elle possède une saveur très amère, mais les sels de strychnine sont moins amers que la strychnine elle-même ; sa réaction est alcaline.
C’est une base monoacide tertiaire ; un seul de ses atomes d'azote a le caractère basique ; elle forme donc des sels monoacides, généralement solubles dans l’alcool, insolubles dans l’éther, le chloroforme.