C. Deux pieds bots varus équins
A. Épaules. — Elles sont réduites de Tolume et^présentent une forme pointue. Les parties molles sont tellement réduites qu'on aperçoit les formes des extrémités articulaires sous la peau. Atrophie et paralysie complète du deltoïde, des sus et sous-épineux, petit rond, et grand pectoral. A droite, il y a en outre paralysie du grand dorsal et du grand rond. A gauche, ces deux muscles ont conservé leurs mouvements. Les petits pectoraux ont conservé leurs mouvements à droite et à gauche.
B. Mouvements spontanés. — Ils sont très limités des deux cAtés. A droite, très légers mouvements d'adduction et d'abduction. A gauche, mouvements en avant et en arrière très manifestes, mais abduction impossible, par suite du raccourcissement plus considérable du grand rond. Les autres mouvements ne s'exécutent qu'à l'aide du trapèze, de l'angulaire et des pectoraux. A gauche, le grand dorsal et le grand rond y participent dans la limite permise par la rétraction de ce dernier muscle. Les mouvements mécaniques sont plus étendus ; adroite, Técartement du bras peut aller jusqu'à un angle de 75 degrés, à gauche, un peu plus limité. Les mouvements en avant et en arrière ne dépassent pas 30 degrés.
C. Extension permanente des coudes. — Elle est tout à la fois le résultat de la rétraction des triceps et de la paralysie des biceps. La flexion des avant-bras sur les bras ne dépasse pas 10 degrés, on peut la porter par des efforts mécaniques à 20 degrés.
D. Pronation des avant-bras. — Elle est fixe ; mais on peut la réduire en partie par les efforts mécaniques; la flexion des poignets est directe à droite et à gauche, elle est plus prononcée vers le bord cubital. Les muscles des avant-bras sont moins atrophiés que ceux des épaules et des bras. Les muscles antérieurs sont fortement rétractés des deux c6tés, les postérieurs sont relâchés. Les uns et les autres, sauf les extenseurs du pouce et du médius du côté droit, ont conservé leur eontractilité. Les muscles rétractés, les plus superficiels (grands et
petits palmaires, fléchisseurs superficiels) forment corde au-dessous des poignets. La peau est racornie à la face dorsale, et presque calleuse à la face dorsale du poignet gauche. Point de luxation des poignets, simples flexions.
Les mouvements de flexion et d'extension volontaires sont manifestes des deux côtés, mais très limités. Les mouvements mécaniques, un peu plus prononcés.
E. Doigts. — Le pouce est maintenu dans un état d*adduction permanente plus prononcée à droite qu'à gauche. A droite, il est placé presque transversalement dans la paume de la main et arrive jusqu'au niveau de Tarticulation métacarpo-phalangienne de l'annulaire. A gauche, l'extrémité du pouce vient se placer entre l'origine des doigts médius et annulaire.
La main est comme pliée en deux dans le sens longitudinal, c'està-dire que l'émiuence thénar est appliquée immédiatement contre l'éminence hypothénar, et son bord externe correspond ainsi au doigt indicateur. La peau de la paume de la main a subi un raccourcissement proportionné au rapprochement de ces points, et ne se prête que très difficilement à l'écartement des doigts : elle est racornie dans tous les sens.
Dans les efforts de redressement du pouce, on sent une grande résistance formée par le long fléchisseur propre du pouce à droite ; à gauche, cette résistance est beaucoup moins prononcée, et même à peu près nulle, et parait exclusivement dépendre du raccourcissement des petits muscles.
Le muscle extenseur propre du pouce droit parait paralysé ; un léger mouvement vermiculaire sur le bord externe du pouce, indique une légère contraction du grand abducteur du pouce droit. A gauche, les muscles extenseurs et adducteurs ont conservé de légers mouvements.
Les mouvements mécaniques et spontanés sont en rapport exact avec les différents degrés de raccourcissement, de rétraction et de paralysie, différemment distribués dans tous les muscles. A droite^ les mouvements mécaniques d'extension et de flexion, arrêtés par le raccourcissement du tendon fléchisseur et les brides de la main, ne s'exécutent que dans une étendue de 50 degrés environ ; à gauche, dans retendue de 150 degrés.
Les mouvements volontaires offrent des nuances en rapport avec l'état des muscles. A droite, extension nulle. Très légère abduction qui vient se confondre avec la flexion par suite du changement de direction du pouce à gauche, mouvement d'opposition et de flexion dans l'étendue de 50 degrés environ ; adduction et abduction assez étendues, près de 35 à 37 degrés.
Les doigts maintenus dans un état de demi-flexion et d'adduction
sar le bord cubital^ paraissent plus courts qu'en réalité, cela par suite du prolongement de la peau qui arrive presque jusqu'au niveau des articulations phalangiennes, plus à gauche qu'à droite. La forme de ces doigts est unie, c'est-à-dire qu'on ne voit presque plus les saillies osseuses et les plis correspondants aux articulations, surtout à droite. En cherchant à étendre les doigts, on éprouve des résistances résultant tout à la fois des tendons fléchisseurs raccourcis, et de la peau de l'aponévrose palmaire, surtout à droite.
Les mouvements mécaniques et physiologiques des doigts répètent, comme au poignet et à la main, les degrés, modes, et distributions de la rétraction.
Aucune difformité du tronc, si ce n'est une légère dépression cutanée au niveau de l'extrémité supérieure du sacrum, avec adhérence à l'os, dépression pouvant loger un grain d'orge, et offrant les caractères d'une cicatrice.
n. Aux MEMBRES INFÉRIEURS. — Il cxiste, avous-nous dit, une série de difformités utiles à analyser. ^,
A. Rotation considérable des deux cuisses en dehors. — Elle est plus prononcée à droite qu'à gauche. A droite, elle a parcouru un arc de 70 à 80 degrés ; à gauche, 60 degrés environ. Cette double rotation est presque flxe, et à. un degré tel, que les deux membres se regardent et se touchent par le creux du jarret. Les deux membres se maintiennent en outre, dans une abduction de 45 degrés pour les deux, de 22'',50 pour chacun, avec impossibilité de ramener les membres dans l'adduction de plus de 50 degrés. L'extension et la flexion existent néanmoins à un degré assez prononcé, et témoignent de l'absence d'une ankylose, et d'un degré notable de mobilité des articulations.
Tous les muscles pelvi-fémoraux, quoique atteints de rétraction considérable, ont conservé leur contractilité normale ; de telle sorte que tous les mouvements physiologiques sont conservés, mais extrêmement réduits, surtout dans le sens opposé à l'action des muscles rétractés.
B. Extension permanente des genoux avec légère déviation en dedans. — Elle existe sans rotation des jambes sur les cuisses. Celle qui parait exister résulte non d'un mouvement de rotation des tibias sur les fémurs, mais de la rotation totale des deux cuisses. Le condyle interne fémoral droit regarde directement en avant, et forme sous la peau une saillie qui semble résulter, au premier abord, de la présence de la rotule. Cependant cette dernière n'a pu être constatée à droite, et elle n'existe à gauche qu'à l'état rudimentaire. Les muscles dont les tendons forment le bord interne du creux du jarret, sont à peu près paralysés : il en est de même des biceps.
C. Pieds bots varus équins. — Us sont également plus prononcés à
J. GUÊRIN. I — 89
610 DIFFORMITÉS CONGtNITAIiES
droite qu'à gaucho. L'élévatioo du taloa à droite est de 70 d^rés environ, à gauche d^ 50 degrés seulement. Le renversemeiit des pieds sur leur bord eiterne^ ou face eiterne, est à droite de 90 degrés, à gauche de 60 degrés; l'adduction de Tavant-piedy à droite^ de 80 degrés, à gauche de 10 degrés. La courbure des pieds suivant leurs bords est à droite de 110 degrés, à gauche de liEi degrés. La courbure suivant les faces plantaires est à droite de 130 degrés, i gauche de 140 degrés.
Des detti oôtés, les articulations des pieds sont comme à demi nnkylosées ] les mouvements sont très bornés, et les os sont comme atrophiés ; à Tavant-pied surtout, les subluxations astragalo*scapho1diennes et cuiiéo-métatarsiénnes sont eitrémement prononcées. Les télés astragaliennes forment des saillies aiguës sous la peau ; il en est de même des extrémités postérieures des cinquièmes métatarsiens, au niveau desquelles il existe de chaque côté une légère callosité.
Les mouvements des deux pieds sont presque entièrement abolis, à rexception du léger mouvement vermicukire dans les orteils.
. Nous avons rapporté oette observation dans ses détails les plus minutieux parce qu'elle offre une réunion de ditTormilés particulières qu'il importe de préciser et de détacher de Tensemble où elles se trouvent subordonnées à Taotion d*une même eause générale.
Nous L'avons déjà dit, à l'occasion de Tohâervation précédente, c'est à la faveur de cette action commune que l*on peut assurer, pour les cas qui se présenteront plus tard à Tétat de diffcarmités particulières, leur véritable diagnostic étiologique.
La première disposition importante à signaler, c'est k double rotation en dehors des deux membres pelviens â un degré tel que les deux condyles internes des fémurs regardaient en avant, et les deux espaces poplités ou creux du jarret se regardaient mutuellement. Ce seul énoncé ne rappelle-t-il pas les mémos dispositions, mais bien autrement prononcées^ que flous avons signalées dans nos observations LXVIII â LU (p. 475 à 514). L'ensemble de ces observations nous a permis d'établir un type de difformité non décrite jusqu'alors cl surtout entièrement méconfnue dans son mécanisme. Ce type, nous l'avons défini et caractérisé '{lar
CHEZ LES IION8TRK8, LE POnUB BT L*ENFANT. 611
ces mou : inversion complète d$ê mêmbreê inférieure» En effets dans robservation de MM. Houel et Broca (p. 475)^ la rotation des membre» pelviens était si considérable qu'elle avait porté en arrière la totalité des parties qui devaimt regarder en avtint. Avec cette difformité si considérable et si complftte colnoidaient d'autres vices de conformation^ spina Mfida, éventration^ d<<M« tase des pubis, renversement en arrière des os du bassin, etc. Ces dispositions, exagérées dans les premiers cas, et successivement amoindries dans les observations suivantes, quoique toujours accompagnées de viceâ de conformation également moindres, nous ont conduit d'une façon décroissante à la rotation simple des fémurs accompagnée d'autres difformités, mais sans vlcés de conformation. On rencontrera plus tard, comme dernier terme de la série descendante, la rotation simple, c^est-à-dire sans autres difformités.
Ce premier exemple d^tine difformité Spéciale, dégagée d^tin ensemble de vices de conformation où elle était comme fondue, se répétera pour toutes les difformités particuliàresi depuis le strabisme jusqu'au pied bot; et c*est ainsi qtie nous serons conduits pas à pas au degré le plus extrême de l'action d'une même Cause, la rétraction musculaire^ à son action la plus réduite^ la plus Isolée, sans perdre néanmoins les. caractères de leur coffl^ munc origine.
Prenons, dans la même observation, un second type de difformité méconnue jusqu'ici dans sa véritable origine ; ia déviatUm des genoux en dedans, que Ton s'Obstine à désigner sous le nom de genou valgus, genu valgum, et que l'on attribue à une fbule de causes autres que sa cause réelle. Or, le sujet qui précède offrait cette difformité à son degré le plus simple, c'est-à-dire la déviation directe en dedans, sans rotation de la jambe en dehors. Dans les cas de cette catégorisi c'est par la rétraction du tenseur aponévrotique du fascia lata que la difformité est produite, et lorsqu'elle est compliquée de rotation delà jambe en dehors, c'est au concours de la rétraction du biceps avec celle du fascia lala qu'elle est duc. Pour en acquérir la conviction immédiate, il suffit de se reporter à nos premières obser-» vations de monstruosités compliquées, où la même difformité
612 DIFFORMITÉS CONGÉNITALKS
se trouve comme perdue dans une foule d'autres difformités et vices de conformation infiniment plus compliqués.
Terminons cette troisième catégorie d'observations de difformités congénitales multiples sans lésions apparentes des centres nerveux, par l'observation suivante dans laquelle les diiTormités sont limitées aux membres inférieurs.
OBSERVATION XV
DIFFORMITÉS MULTIPLES LIMITÉES AUX MEMBRES INFÉRIEURS y COM- PLIQUÉES DE VICES DE CONFORMATION. — PAS DE TRACES MATÉ- RIELLES DE LÉSION CÉRÉBRO-SPINALE.
SOMMAIRE. — Difformités multiples des deux membres inférieurs sans lésion apparente du système nerveux. — Ni hérédité, ni affections oonvulsives après la naissance. — Difformités limitées aux genoux, aux Jambes et aux pieds. — Déviation latérale des genoux en dedans des deux c6tés sans rotation de la Jambe sur la cuisse. ~~ Courbure anguleuse de la jambe droite. — Pied bot valgus équin de ce côté. — A gauche, varus rudimentaire avec absence du second métatarsien et du deuxième orteil. — Rétraction musculaire et paralysie combinées.
Le fils de M. le docteur J. ..^ âgé d'environ dix-huit mois, nous a été présenté en 1843, pour une^ difformité congénitale des deux membres inférieurs. Notre confrère n'avait rien remarqué d'insolite durant la grossesse : pas de précédents héréditaires, pas de maladies convulsives depuis la naissance. Il n'existe aucune trace matérielle d'ancienne affection cérébro-spinale.
La difformité présente à considérer :
Au membre droit :
1* Une légère déviation du genou en dedans avec flexion permanente;
2° Une courbure anguleuse de la jambe près de son extrémité inférieure ;
3** Un pied bot valgus équin avec absence présumée du péroné ;
4" Une addmtion permanente du gros orteil, avec absence du second métatarsien et du second orteil ;
Au membre gauche :
1" Très légère déviation du genou en dedans;
2° Une adduction et une flexion permanentes de Vavant-pied et de tou^s les orteils, avec absence du second métatarsien et du deuxième orteil.
Voici maintenant les particularités propres à chaque membre en particulier:
A droite :
I. Déviation du genou en dedans. — Elle est de 20 degrés et accompagnée d'une flexion de 20 degrés environ qui peut être réduite avec la main à une flexion de 10 degrés.
II. Courbure anguleuse de la jambe. — Elle ason sommet à l'union des deux cinquièmes inférieurs avec les trois cinquièmes supérieurs ; ses deux segments se rencontrent sous un angle de 140 degrés ouvert en arrière et un peu en dehors, et le sommet de Tangle, regardant en avant et en dedans, correspond exactement au bord antérieur du tibia. Ce segment supérieur se dirige à peu près en ligne droite jusqu'à l'extrémité supérieure de Tos, tandis que le segment inférieur décrit une courbe très prononcée dont la concavité regarde en arrière et en dehors.
III. Pied bot. — Le pied bot est renversé sur son bord interne, d'une somme de 70 degrés, c'est-à-dire que la plante du pied forme avec l'horizon un angle à sinus externe de 70 degrés. Mais cette déviation considérée par rapport à la déviation de l'extrémité inférieure du tibia (déjetée en dehors) n'est que de 30 degrés. Le pied présente en outre un degré considérable d'équinisme, mais variant, comme pour le renversement en dedans, suivant qu'on le considère par rapport à l'horizon ou par rapport à la direction de Texlrémité inférieure de la jambe. La plante du pied forme avec l'horizon un angle de 75 degrés ouvert en arrière ; mais elle ne forme avec le segment inférieur du tibia qu'un angle de 25 à 30 degrés. Avec la main, le pied pourrait être en grande partie redressé. Dans la marche, le renversement augmentait à tel point que le pied appuyait sur le sol par son bord interne et l'équinisme diminuait considérablement. Le gros orteil dévié en dedans forme avec l'axe antéro-postérieur du pied un angle . de 40 degrés à sinus antérieur.
Le membre de ce côté est très déformé. Le genou est un peu saillant en dedans, proéminence du condyle interne du fémur. Saillie anguleuse à la partie antéro-inférieure de la jambe, au niveau de la courbure du tibia; la peau en ce point est fortement soulevée et un peu tendue. Forme arrondie et irrégulière de la partie inférieure interne et antérieure de la jambe ; saillie considérable de la malléole interne. Dépression profonde à la partie externe de l'articulation tibio-tarsicnne ; toute la portion externe de la jambe parait un peu aplatie, et l'on n'y sent pas distinctement le péroné. La malléole externe manque complètement, ^e pied est étroit, et l'on ne sent pas du tout le second métatarsien. Pas de saillie ni de dépression osseuses particulières
6ii D1FP0RMITÉ8 COIfOÉIIITALES
dani la reste du pied. Le gros orteil est léparë dei luivanta par un intervalle triangulaire considérable. A part cette circonstance, tous les orteils sont bien conformés.
Saillie et tension du tendon d*Achille augmentant dès qu'on veut fléchir le pied sur la jambe. Le mollet n*estpas sensiblement remonté, ni plus dur qu*à Tétat normal. Soulèvement et tension de Tadducteur du gros orteil qui s'oppose manifestement à Tabduction. Enfin, quand on cbarcbe h renverser le pied sur son bord eiteroe, on sent se tendre les péroniers latéraui qui forment alors pont au-dessus de la partie eitarae da l'artieulation tibio-tarsienne.
A gauche :
I, DfiviATioii DO a«Nou in DKDÀM8, ~ La jambe est inclinée sur la cuisse en dehors, suivant un angle de It degrés environ, sans rotation sur son axe. Pas de courbure dans la continuité.
II. APDUCTION P8RMANBNTB DE t'àVAlfT-PiBD, dont Taxe longitudinal forme avec celui de la région métatarsienne un angle de 140 degrés ouvert en dedans. Les cinquième, quatrième et troisième orteils (le deuxième manque) suivent à peu près la direction générale de l'avant-pled ; mais l'adduction du gros orteil est beaucoup plus prononcée ; l'angle qu'il forme avec le tarse en dehors est de 90 à 100 degrés.
L'avant-pied et les quatre orteils sont en outre dans un état de demtflexion permanente. Cette flexion a le même degré à peu près dans tous les orteils; cependant elle est plus prononcée dans le premier.
A part un peu de saillie du condyle interne du fémur, le membre Inférieur gauche n'est déformé que dans la région du pied. La malléole externe est très apparente et l'on y sent le péroné dans toute sa longueur. La kce dorsale du pied est convexe ; la courbe qu'elle décrit est continuée assez régulièrement par la face dorsale des orteils, dont les articulations phalanglennes sont sensiblement moins apparentes que celles du cèté opposé. Pas d'autre relief dans cette région, qu'un peu de saillie de l'extrémité postérieure de la première phalange du dernier orteil. Le bord externe du pied est fortement convexe, tandis que l'Interne est concave, s'infléchit brusquement à angle, au niveau de la racine du gros orteil déviée en dedans; celui-ci se trouve éloigné du suivant par un intervalle assez prononcé, mais moindre qu'à droite. Face plantaire du pied généralement concave. La peau y fbrme des plis nombreux et assez profonds. On ne sent ni à la hce dorsale, ni à la face plantaire le deuxième métatarsien. Soulèvement et tension considérable de l'adducteur du gros orteil. Cette tension augmente au moindre effort de renversement et s'y oppose manlfbstement.
CHEZ LES MONSTRES, LE POiCTUS ET L'ENFANT. 615
Cette observation cl6t la série des diflormilés congénitales multiples dans lesquelles il n'existe plus de traces matérielles d'une afibctiôn cérébro-spinale antérieure à la naissance. Comme dans les observations précédentes, l'absence de preuves directes de cette affection est suppléée par la réiraclion musculaire et par les difformités qu'elle a déterminées. Il est devenu surabondant de montrer la valeur de cette suppléance et de ce rapport.
Les difformités causées par la rétraction musculaire constituent le caractère le plus certain de raffection convulsive dont elles procèdent : c'en est la preuve indéniable. 11 n'est donc pas moins superflu de montrer dans chacune d'elles le complément de ce double rapport : le particulier prouve le général comme le général a prouvé le particulier.
Mais ces préliminaires étant admis, c'est-à*dîre l'eiistenoe d'une affection cérébro-spinale antérieure à la naissance, matériellement disparus, mais déduite de ses effets posthumes per«> manentt, il devient nécessaire d'expliquer et de mettre d'accord avec cette origine commune, d'autres faits, c'est-à-dire d'autres vices de conformation qui échappent à la rétraction musculaire, mais qui résultent comme elle de l'affection primitive du système nerveux.
On a vu, en dffet, que le sujet de cette observation n'ofRrait pas seulement une série de difformités articulaires en rapport avec l'action des muscles rétractés, mais qu'il présentait encore quelques vices de conformation rudimentaires, sorte d' ébauches de ceux plus accentués qui accompagent si fréquemment lea degrés les plus élevés delà monstruosité. Ainsi, indépendamment des difformités de presque toutes les aitioulations des membres Inférieurs, il y avait aux deux pieds absence du second métatafs iien et du second orieil; il y avait, en outre, à la jambe droite une courbv/re anguleuse du tiers inférieur du tibia et absenee de la malléole externe.
Il devient donc indispensable de montrer comment ces vices de conformation sont une des expressions de la maladie ancienne du fœtus sans avoir besoin, comme les difformités articulaires, de passer par la rétraction musculaire.
Relativement à Tabsence des métatarsiens et des orteils, e'esl
6i6 DIFFOnMITÊS CONGÉNITALES
la répétition, en petit, du fait rencontré chez la plupart des monstres précédemment observés. Que ce soit le radius ou le cubitus, ou Tun des os de la jambe qui manque, cela importe peu; ce qui importe, c'est que Ton comprenne, ainsi que nous l'avons explicitement dit et démontré précédemment, que TaiTection cérébrorspinale ne pei*vertit pas seulement le système musculaire en le convulsionnant, mais qu*ellë est en même temps une cause de trouble du développement des parties, qu'elle va jusqu'à les empêcher de se produire et d'exister. Les deux ordres de faits ne se contrarient ni ne s'excluent. Nous avons montré précédemment, au contraire, comment ils s'expliquent et se complètent : ce sont deux effets différents de la même cause.
En ce qui concerne la courbure anguleuse du tiers inférieur du tibia droit, elle ne pouvait être que le résultat d'une fracture vicieusement consolidée des premiers temps de la vie embryonnaire. Mais d'où venait cette fracture? Avait-elle été produite par une cause traumatique accidentelle pendant la grossesse ou bien était-elle due à la même cause que les autres difformités? Le problème serait difficile à résoudre si le fait était seul et s'il s'était toujours montré comme un accident borné à un seul membre. Mais la fracture était accompagnée de l'absence d'une malléole, de deux métatarsiens et de deux orteils. De plus, elle était accompagnée de difformités articulaires de presque toutes les jointures des membres inférieurs : c'est donc dans l'action de la cause ou des causes qui ont produit les autres anomalies concomitantes qu'il convient de chercher Torigine de la courbure anguleuse.
En fait d'abord, nous avons rapporté plusieurs cas de fractures tout à fait semblables à celui-ci. Ces fractures occupaient les quati^ membres ou n'occupaient qu'un seul membre, mais étaient accompagnées, dans les deux cas, de toutes les difformités articulaires ne laissant aucun doute sur la possibilité du même fait borné à un seul membre : c'est l'histoire de toutesles difformités. Or, nos observations V et VI (p. 108 et 128-137) offrent des exemples des plus concluants des deux ordres de faits. Dans l'observationV, les fractures des deux humérus et des deux fémurs sont accompagnées de torsion des mêmes os et de diffor-
mités de toutes les articulations portées au plus haut degré. Dans l'observation VI (p. 137) c'est précisément, comme dans l'observation présente, le tibia qui offrait des traces non douteuses d'une fracture ancienne vicieusement consolidée, au milieu d'une foule d'autres difformités articulaires produites par la rétraction musculaire. Rappelons encore l'observation IX (p. S61 à 263) empruntée à Morgagni, dans laquelle se trouve un dernier exemple de fracture des os de la jambe, accompagnée de plusieurs autres vices ^e conformation.
La réunion de tousx^es produits d'une même cause ne permet pas d'en distraire un de l'ensemble pour l'attribuer à une cause exceptionnelle. Or, dans tous les cas, la rétraction musculaire avait suffi pour produire la fracture, et celle-ci, d'une époque très éloignée de là vie embryonnaire, avait eu le temps de se consolider dans sa disposition vicieuse.
Voilà donc comment il est possible, lorsqu'une difformité particulière semble avoir été produite en dehors de l'ensemble auquel elle appartient,deja ramener à la cause de cet ensemble.
Mais les présomptians fournies par le caractère de la difformité générale se fortifient encore des particularités propres à chaque difformité particulière.
Notons d'abord, comme dans l'observation précédente, une légère déviation des genoux en dedans, sans rotation de la jambe, mais avec une flexion légère du genou à droite.
Que tallait-il pour que la déviation do genou en dedans fut compliquée de la rotation de la jambe? Il fallait tout simplement qu'au lieu de la rétraction simultanée de tous les muscles et tendons du creux du jarret qui ont produit un certain degré de flexion à droite, il y eût seulement rétraction des biceps. On voit que pour les genoux comme pour le pied, il existe des variétés de formes, et que ces variétés sont spécialement dues à l'action différemment combinée et distribuée de la rétraction musculaire. L'histoire des déviations des genoux aura donc à s'inspirer, comme celle du pied bot, de cette double source de diversités de formes et de direction.
Aux deux pieds et aux oiieils, mêmes particularités à signaler, c'est-à-dire même rapport des difformités partielles avec l'action
•18 DirVOlIMnitS GONGtNITALSS
de chaque muscle ou partie de muscle rétracté. Toutes ces particularités ont été tant de fois observées et étudiées par nous dans leurs rapports et concordances étiologiques, qu'il est devenu superflu d'entrer dans plus de détails à l'égard de cha* cune d'elles. Terminons seulement cette série d'observations par quelques réflexions générales, mais communes à chacune d'elles.
Toutes les observations qui précèdent, considérées comme manifestations particulières d'une même cause, constituent, par leur rapprochement méthodique, une série régulière dont le premier terme commence à l'expression la plus énei^que de leur cause commune, c'est-à-dire à la monstruosité complète, pour descendre à leur expression la plusatténuée: à une simple difformité comme le strabisme ou le pied bot. Mais chaque anneau intermédiaire offrant un amoindrissement de l'action de la cause qui a produit l'anneau précédent, on arrive ainsi à nouer les deux termes extrêmes dont le rapprochement serait tout à fait . impossible si on voulait l'essayer ifins leurs intermédiaires. C'est ainsi que l'observation des difformités congénitales multiples conduit graduellement et pas à pas à considérer les difformités simples et isolées comme des émanations d'une affection nerveuse initiale ou périphérique au môme titre que celles plus énergiquement accusées qui accompagnent lea monstruosités. .
Cependant, nous ne devons pas le dissimuler, cette méthode de démonstration, quelque rigoureuse qu'elle soit, n'est toujours que de Tordre inductif. Il faudrait pour lui assurer un degré d'évidence, incontestable aux yeux de tous, qu'elle pût s'étayer des ressources de l'expérimentation. Nous n'y contredisons pas. Mais nous avons suffisamment insisté déjà, dans la première partie de ces recherches, pour montrer l'inanité des tentatives si ce n'est l'impossibilité absolue d'appliquer l'expérimentation à l'ordre de faits qui nous occupe. Mais si cette impossibilité est radicale et absolue, nous pouvons suppléer à l'expérimentation par un nouvel ordre de faits plus probants peut*6tre, puisqu'ils répéteront, sous les yeux do l'observateur, toutes les difformités dont l'origine n'avait pu être établie que par vois d'induotlon.
CHEZ LES MONSTRES, LE rCTTUS ET L'ENFANT. 619
Nous allons rapporter, en effet, une série d'observations de difformités générales ou multiples postérieures à la naissance, lesquelles, engendrées par raffoction convulsivc des centres nerveux, reproduiront le plus grand nombre des particularités offertes par les mêmes types, sous l'influence de la même cause pendant la vie intra-utérine.
§ 4. — Difformités par rétraction musculaire conYalsive
postérieure à la naissance.
Les faits qui vont suivre sont destinés à établir :
l"" Que la rétraction musculaire causée par une affection convulsivo du système nerveux est susceptible de reproduire, après la naissance, les difformités qu'elle produit pendant la vie intra-utérine;
2** Que cette reproduction est l'équivalent d'une expérience qui aurait pour but de déterminer volontairement et artificiellement la même rétraction musculaire et les mêmes difformités, par une lésion correspondante du système nerveux ;
3" Que certaines différences entre ces mêmes difformités, congénitales et consécutives, ne contredisent en rien leur communauté d'origine; ces différences n'étant que l'expression de conditions secondaires propres à chacune des deux vies intra et extra-utérines ;
4^ Que, toutes réserves faites au profit des causes susceptibles d'agrandir le champ des difformités consécutives à la naissance, mais autres que celles produites par une affection du système nerveux, il ne va être question que de ces dernières, comparées aux difformités congénitales de la même origine.
Ces préliminaires posés, nous allons diviser nos observations de difformités par rétraction musculaire consécutives à la naissance, comme nous Tavons fait pour les difformités congénitales, en catégories, suivant leur siège, leur étendue et leur degré, en un mot suivant toutes les circonstances qui nous ont servi à catégoriser les difformités congénitales.