I- CUtRlH. I
733 DIFFORMITES CONGÊNITALKS
être séparé, et il séparait ce qui devait être rapproché, La prétention de s'être servi, pour classer les monstres, de la méthode dite naturelle, pouvait faire croire le contraire ; mais indépendamment de la stérilité d'un tel classement, s'il pouvait être exécuté, on est obligé de le faire remarquer, la prétendue classification naturelle des monstres n'a que les apparences extérieures de ce mode de classement. Le fait communiqué récemment à l'Académie des sciences par M. le professeur Joly (de Toulouse) en est une preuve entre mille. En effet, que voyons-nous dans ce fait ? Un fœtus affecté tout à la fois d'exencéphalie, de pied bot, de polydactylie, d'hermaphrodisme et d'invereion splanchnique générale. (Voyez pour les détails au compte rendu de la séance.) Or, ainsi que le fait remarquer l'auteur, il n'existe point dans les cadres tératologiques dressés par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire de place pour un pareil monstre. C'est pourquoi M. Joly propose d'en faire le type d'un nouveau genre, auquel il donnerait le nom de métencéphale ou d'opislhencéphale. Mais voici nos raisons générales et particulières pour n'adopter ni les principes de la classiiication naturelle des monstres, ni la nouvelle application qu'en a faite le professeur de Toulouse.
La méthode dite naturelle, appliquée à la classification des végétaux et des animaux, repose sur la fixité et la subordination des caractères, fixité et subordination incessamment reproduites par la génération. A ce point de vue, il n'existe entre les carac-tèrcs des monstres et les caractères botaniques ou zoologiques que des analogies grossières et superficielles. Les monstres n'offrent ni fixité de caractères, ni caractères subordonûés, ni reproduction par voie de génération de ces deux conditions. Les
monstres sont des produits fortuits, accidentels, pervertis, engendrés par des espèces normales, et leur existence ne tient qu'à des altérations passagères, occultes, indéterminées des lois dont la constance et l'uniformité assurent et attestent, au contraire, l'invariabilité des espèces végétales et animales.
Nier rertte proposition pour échapper aux conséquences qu'elle entraîne serait vouloir leimer les yeux à l'évidence; aussi nous bornons-nous à l'énoncer comme un axiome, persuadé que les
CHEZ LES MON8TRË6, LK KCETUb ET L'ENFANT. 7i3
opposants, s'il s'en trouve de sérieux,|trouveronl, dans ce qui va suivre, nouvelle matière à réflexion.
Nous avons montré dès longtemps que la plupart des monstres appartenant aux genres anencéphale^ podencéplmle^ noteneéphalej exencéphale^ sont des produits d'une seule et même oaUse : Valiéraiion du système cérébro-spinal à différentes périodesj à différents^ degrés. Nous avons été conduit à cette doctrine par la constatation directe et matérielle des vestiges de l'affection des centres tierveux d'une party et de l'autre par la coexistence, chez la plupart de ces monstres, de difformités articulaires causées par la rétraction muâcolaire convulsive: témoignage posthume, mais irrécusable de cetle affection. Lorsque nous avons eu rhoniieur de lire devant l'Académie des sciences notre mémoire intitulé : Essai d'une théorie générale des difformités chez les monstr es j le fœtus et V enfant {\)^ l'illustre Geoffroy père est venu, dans un mouvement de Ipyauté supérieure, nous féliciter et déclarer que nous avions raison contre lui. Cet aveu consacrait sans réplique l'étiologie que nous venions d'assigner à cette classe de monstres^ et l'interprétation que nous venions de donner des difformités articulaires et autres qui les accompagnent. Or^ ce doublé fait avait pour conséquence forcée de renverser la classification prétendue méthodique de cette catégorie de monstres^ et de substituer à ce mode empirique de détermination la notion Véritable de leur origine, à savoir, la lésion, si ce n'est la destruction plus ou moins complète du système cérébro-spinal. Par le seul fait de cette double notion, l'histoire naturelle des monstres échappait non seulement à une classification purement empirique, mais elle était placée dans une voie de progrès que les esprits les plus avancés ont rêvée dans ces derniers temps pour la zoologie. Sans vouloir sortir de notre sphère, bornons-nous à rappeler que les deux Geoffroy et leurs continuateui*s les plus immédiats ont compris que le dernier but de la zoologie ne consistait pas, comme l'avait dit Cuvier, et M. Flourens après lui, à classer les êtres pour les reconnaître^ mais à étudier leur origine, leur mode de
(1) Lu à rAcadémie des scienees (Comptes rendut, année 1840, i. XI, p. 55(». Gû*. Méd., 18S0).
724 DIFFORMITÉS CONGÉNITALKS
développemmit pour les connaître. De ces deux manières si différentes d'envisager la science des êtres vivants sont nées deux écoles toutes différentes : Técole zoologique et Técole zoogénésique. Sans pousser plus loin cette considération, il est aisé de comprendre que Tétudede l'origine et du mode de formation des monstres place la tératologie à un point de vue plus élevé et plus avancé que la classification dite naturelle de ces êtres anormaux.
En ce qui concerne le fait observé par M. Joly, il suffira de reprendre quelques-unes des particularités indiquées par le savant professeur de Toulouse pour montrer que, s'il eût connu ou s*il eût pris en considération les principes que nous venons de rappeler, il eût non seulement compris la signification des caractères qu'il a indiqués, mais il en eût découvert d'autres, qui paraissent lui avoir échappé.
Et d'abord: la forme du crâne fortement déprimé, percé à sa partie postérieure pour laisser échapper par cette ouverture une tumeur d'un rouge violacé, tumeur reconnue par l'auteur pour une partie de l'encéphale recouvert par ses membranes propres, . qu'est-ce autre chose que le témoignage et les vestiges d'une ancienne affection du cerveau? Et ces deux pieds bots, qu'est-ce autre chose que le produit de la rétraction musculaire, et cette rétraction n*étahlit-elle pas la liaison physiologique de l'action anormale, convulsive, du système nerveux atteint dans son centre et rayonnant à ses extrémités? A la lumière de cette donnée, M. Joly eût compris etla forme du crâne à tête de crapaud, et les yeux saillants, et le cou enfoncé dans les épaules, et la réduction de tous les organes à trame musculeuse, tels que l'estomac, les intestins, le tout sous l'influence de la rétraction musculaire ; il eût compris de même la compression de tous les organes renfermés dans la cavité abdominale, réduite par la rétraction de ses parois. Dans tous ces accidents, en effet, la rétraction musculaire joue le premier rôle. Si le tourbillon d'une existence incessamment agitée ne nous avait détourné de notre voie, nous * aurions publié depuis longtemps les faits nombreux que nous avons recueillis et rassemblés en vue de cette doctrine. Contentons-nous pour le moment de les mentionner (1).
(1) Ce sont les faits que nous venons de publier.
M. Joly et le peu d'hommes qui s'occupent de ces questions pourront objecter que chez les monstres qui offrent les traces et les effets d'une destruction pathologique des centres nerveux, il se rencontre une multitude d^anomalies secondaires qui semblent échapper à l'origine à laquelle nous les rattachons. Nous avons dès longtemps répondu à cette objection en montrant que les conséquences de l'altération des centres nerveux s'accusent autrement encore que par la forme convulsive. La pciTcrsion et l'arrêt de développement des organes en sont des témoignages d'un ordre et d'une époque différents; si bien que nous avons cherché à établir cet autre principe : que la nature des vices de conformation et le caractère des difformités sont propres à montrer à quelle époque de l'évolution fœtale les centres nerveux ont été atteints : si c'est à l'époque où les organes étaient en voie de formation (d'où les vices ou aberrations de conformation), ou si c'est à l'époque où les organes sont formés (d'où les difformités seulement).
Sur l'application de la méthode naturelle et la glassifigatiov DES monstres ; PREMIÈRE LETTRE DE M. JoLY, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse.
Dans la Revue hebdomadaire de votre utile et excellent journal, vous m'avez fait Thonneur de consacrer quelques pages critiques à rexamen du mémoire que j'ai adressé récemment à l'Académie des sciences de Paris, et auquel vous avez bien voulu donner dans vos colonnes une gracieuse hospitalité (1).
Le mémoire dont il s'agit a pour objet la description d'un monstre humain né à Toulouse, et affecté d'une série d'anomalies qui, je crois, ne se sont jamais trouvées réunies sur un seul et même individu. Il est, en effet, atteint tout à la fois d'exencéphalie, de scissure p2ilatale, de pied bot, de polydactylie, d'hermaphrodisme et d'inversion splanchnique générale.
J'ai confessé mon embarras pour assigner à ce monstre la place qui lui convient dans les cadres tératologiques ; et, ne pouvant le rapporter à aucun des genres d*exencéphaliens établis par I. Geoffroy Saint-Hilaire, j'ai proposé de lui donner le nom de métencéphale ou
(1) Gû*, Méd., â juin 1866, n* 22, p. 371
T2« OirromilTÉS COÎfOÊNITALRS
A'opistbeticéphnle, qui désigne le lieu de la hernie cérébrale, sitoée à la partie postérieure de Tocciput, préciséroeut au p6|a opfHMé 4 celui que Tauteur du frait^ 4e tératologie assigne h la proençepkflU^f
Dans l'article que vous avez bien voulu consacrera lamonstniosil^ par moi décrite, vous n'adoptez, dites-vous, ni le principe de la cla^ sification naturelle des monstres, ni la nouvelle application qae j*eti ai faite.
Si j'étais seul an causa, peiiMtre imposerais-je silenea h PMHI amour-propre de parrain de l'enfant monstrueux que j'ai baptisé A^ nom de métencéphale; peut-être, dans un désir égoïste de la paix k tout prix, passerais-je condamnation sur vps critiques, d'ailleufs toutes bienveillantes; peut-être accepterais-je comme infaillible voira ingénieuse explication des difformités articulaires du système osseiut chez les exencéphalienSy explication sanctionnée d'ailleurs par la haute et loyale approbation d'E. Geoffroy Saint-Ifilaire. Mais ja dpllt^t je vous le confesse, que son digne fils eût eu ses connctiops assez fortement ébranlées par votre Théorie généraley pour qu'il lât venu, lui aussi, «dans un moment de loyauté supérieure», vous déclarer que vous aviez raison contre lui. Malheureusement ni le père ni le fils ne sont plus là pour défendre leurs doctrines, si violemment attaquées, dans ces derniers temps, par ceux-là même qui, à leur apparition, les avaient saluées, acclamées avec enthousiasme, pour ne rien dire de plus. Vous, monsieur, vous avez eu le noble courage de les combattre du vivant de ces maîtres illustres, au moment qù leur auréole scieor tifique brillait d'un éclat que l'adulation intéressée ou servile c}ierchait à rehausser encore. Votre manière d'agir est un phénopièDe trop rare, surtout par le temps qui court, pour que je ne m'empresse pas de vous en féliciter. Permettez toutefois à l'un des disciples fidèles et dévoués des deut Geofi'roy Saint-Hilaire, de remplir envers leur chère mémoire un devoir de justice et de pieuse reconnaissance, en venant à mon tour vous ofi'rir, non pas le combat (le mot sérail impropre et rendrait mal ma pensée), mais bien une discussion se* rieuse et courtoise sur le terrain que vous avez vous-même choisi. Convaincu que vous avez l'esprit trop élevé pour vous méprendre sur mes intentions, je finis là ce long préambule.
Et d'abord, je mè demande s'il est bien vrai que toutes les mous* truosités quencéphaliques ou exeucéphaliquet soient dues, comme vous le prétendez, à une seule et même cause, savoir l'altération d^ système nerveux cérébro-spinal à différentes périodes, à difiërents degrés. Que vous ayez constaté dans un grand nombre de cas la lé* sion des centres nerveux, je me garderai bien de le nier puisque vous Taffirmez ; mais je crois pouvoir affirmer aussi, à la suite d'une constatation matérielle et directe, que, dans plus d'une circonstance, le système nerveux cérébro-spinal n'a subi qu'un simple arrêt de dé-
veloppemenl sans avoir été affecté d'aucune lésion patholop^ique antérieure. Tel était, par exemple, le cas criin veau anencéphcile qui m'îivait été envoyé de Paris par M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire luimême, et qui m'a présenté le premier cas d'anencéphalie jusqu'alors connu chez les animaux (1). Or, chez le monstre dont il s'agit, il n'y avait pas trace de cerveau ni de moelle épinière. Cependant les nerfs qui normalement aboutissent à ces parties existaient dans leur intégrité. Preuve évidente, selon moi, de leur apparition antérieurement à celle des centres nerveux : confirmation éclatante, après tant d'autres, de la loi de formation centripète dont M. Serres est l'auteur. Ici l'arrêt ou plutôt l'absence de développement, et non l'altération des centres nerveux expliquerait donc la curieuse anomalie offerte par notre veau anencéphale. Notez-le bien, je vous prie ; cet exemple n'est pas le seul. Outre ceux que cite Is. Geoffroy Saint-Hilaire, je pourrais mentionner les faits d'acranie^ avec ou sans fissure spéciale, signalés par M. Vrolik, dans un savant article sur la têratologiey qui fait partie de la Cyclopœdia of anatomy and physiology. Or, d'après ce professeur distingué, dont je partage tout à fait sur ce point la manière de voir, la ressemblance presque parfaite de tous les monstres anencéphaliens" ou exencéphaliens jusqu'à présent décrits, la constance de leurs formes (sauf quelques traits accessoires), prouvent que le plus souvent l'origine de cette anomalie ne saurait être accidentelle (3). L'altération, la lésion primitive ou consécutive de centres nerveux telle qu'elle est par vous admise ne saurait donc, au moins dans tous les cas, être considérée comme la cause éloignée des difformités articulaires du système osseux.
Je ne nie pas toutefois que, dans certaines circonstances, le système nerveux ne puisse être atteint d'altération pathologique chez l'embryon ou le fœtus, et je conçois qu'alors votre ingénieuse théorie puisse être vraie. Mais l'anatomie comparée ne me permet pas d'avoir dans la généralité de cette théorie une confiance entière, quand je vois les chauves-souris, par exemple, présenter une inversion complète des extrémités postérieures (pieds) tout à fait semblable à celle qu'on observe chez plusieurs monstres syméliens. Ma défiance redouble quand je considère les pieds tournés en dedans du paresseux al (Brudypus tridactylus)y chez lequel l'altération des nerfs, et par suitcr, la rétraction musculaire ne jouent certainement aucun rôle. Enfin les adhérences au moyen des brides placentaires sont une cause de difformités qui, pour avoir été fort exagérée par l'illustre auteur de la
(1) Etudes tératologiquêi iur un anencéphale anoure, appartenant à V espèce bo~ vine. (Kn commun avec M. Lavocat. Mém. Acad. se. de\T(iulouse , 1855, p. 107.)
(3) • This provet ihai Ihe origin of the maUbnnationl cannot be uccidenUl. • (VroUk, iM. ôi., p. 956.)
728 DIFFORHTItS CORGtlflTALES *
Philosophie anatomique^ n'en est pas moins des plos rfelles,
que j'ai eu occasion de le constater sur un monstre hnmaif
phale, né àTouloose, et décrit par M. le docteur Guitard éi par nm (f ).'
Telles sont, monsieur et très honoré confrère, les (Âjectîoiisqveje crois pouToir faire à Totre théorie et que tous me pardonaens, je l'espère, en fareur de la bonne foi qui me les dicte.
Du reste, en supposant que cette théorie pût rendre on compte exact des difformités articulaires obserrées chei le monstre cpie j*ai décrit, elle n'expliquerait, je crois, ni la scissure palatale, ni la polydactylie, ni l'inTcrsion splanchnique, ni l'hermaphrodisme, qui soal Tenus compliquer chez lui la monstruosité principale, c'est-à-dire l'exencéphalie.
Je ne saurais non plus admettre la rétraction musculaire des fums de la cavité abdominale comme cause de la réduction de tous les organes contenus dans cette cavité.
L'énorme volume des reins, pathologiquement accru, me semble rendre un compte plus satisfaisant de la compression et de la réduction des viscères qui se trouvaient, normalement on anormalemest, en rapport avec eux. Bien loin d'être réduites, les parobmnsailaires de l'abdomen étaient considérablement distendues^ à c^ point que les dimensions insolites de cette région chez notre monstre ont rais assez longtemps obstacle à la partnrition.
Quant à l'embarras que j'ai éprouvé pour classer le monstre en question, il provient uniquement de ce que ce sujet offre oa type jusqu'à présent non décrit dans la famille des ExencéphaHems^ où fl prend, néanmoins, habituellement sa place. Seulement je ne savab auquel des genres établis je devais le rapporter. Comparé à tons. Ane ressemblait à aucun. Je me suis donc vu dans l'obligation de créer pour lui un nom nouveau. Celni de Métencéphale m'a paru propre à indiquer le lieu occupé par la hernie cérébrale et rappeler, par sa composition même, ceux de proeiencéphalej hffpereneéphaUy etc., adoptés, à tort ou à raison, par la majorité des tératologistes.
Je ne tiens nullement, croyez-le bien, au stérile honneur de mieux fabriquer un nom nouveau avec des racines grecques, je tiens moins encore à encombrer une nomenclature, à mon avis déjà trop surchargée. Mais j'ai eu à cœur de ne pas laisser passer inaperçue une monstruosité très complexe, dont je ne connais pas d'autre exemple^ et que l'on pourrait facilement rapporter, j'en conviens, à la classe des hétératoxwu ou à celle des hermaphrodisw^eSf si la hernie cérébrale et l'état d'imperfection du crâne n'étaient, à l'égard de ces deux sortes d'anomalies, des caractères dominateurs.
(1) Mémoiremrmm enfgmi moiemeéfkMh ÊJkéremt à mmpUeentm, (Jfé». Âemà, de Toukmte, 18^1, p. 141 ; Compia remim» ie rhuHtmi, i, XXX, p. 6T7)l
CHEZ LES MONSTRES, LE FCfetCS ET L'ENFAMT. 7Î9
De ce que les zoologistes sont très embarrassés pour assigner au Lépidosceriy à VAye-aye de Madagascar, etc., leur véritable place dans la classification naturelle, faudra-t-il en conclure que cette classification n'existe pas ? Non, sans doute. Cela prouve tout simplement que mes méthodes ne sont point parfaites, qu'elles accusent et trahissent à chaque instant la faiblesse de Tesprit humain, qu'elles n'embrassent pas tous les rapports des êtres entre eux, etc., etc. Si ces réflexions que m'inspire la taxonomie des êtres réguliers, est rigoureusement vraie, pourquoi ne le serait-elle pas à fortiori, quand il s'agit des tentatives qu'ont faites les Heckel^ les deux Geoffroy Saint- Hilaire, les Vrolik, les Moquin,etc., pour appliquer la mtithode naturelie à la classification de ces êtres que le vulgaire est habitué à regarder comme des jeux de la nature, et que vous proclamez vousmême, avec Chateaubriand, des produits du hasard.
Ici, monsieur 1^ rédacteur, ici commencent entre votre manière d'envisager ce grave sujet et ma propre manière de voir, des divergences, ou plutôt des oppositions d'idées tellement tranchées, qu'une discussion approfondie peut seule résoudre entre nous cette litigieuse question. Je suis prêt à entrer en lice avec un vaillant champion tel que vous. Veuillez, je vous prie, me dire si vous acceptez en moi un loyal adversaire, qui n'a pour mobile et pour but que le triomphe des vérités scientifiques.
Agréez, etc. N. Joly.
Première réponse de M. J. Guérin a la lettre qui précède.
La lettre de M. le professeur Joly est trop courtoise et trop sérieuse pour que nous ne nous empressions pas de raccueillir. Nous sommes aussi heureux qu'honoré de la proposition qu'elle renferme, nous allions dire provocation, si l'on pouvait appeler ainsi l'invitation si bienveillante que M. Joly nous adresse d'entrer en discussion avec lui. Nous acceptons donc avec empressement cette invitation.
Pour que nos lecteurs prennent quelque intérêt à ce débat, il est utile d'en bien préciser les termes ; les voici :
1** Les monstres ou mieux les anomalies du corps humain sontelles susceptibles d'être classées, suivant la méthode zoologique, dite méthode naturelle de classification ? Les monstres anencé-
phaliens et exenréphaliens peuvenl-iis être légHÎBflmeiit rapportés à nne altération primitiTe des centres nenrem? & Le noufean monstre observé par M. Joty exige-t-îl une place à put dans rbistoire des exencéphaliens et TappeUation que lai a donnée M. Joly répond-elle i Torij^ine b plus prdiable de o^Ue monstniotité?
RelatiTonent à la première question, le savant profensear de Toulouse n*ayant encore abordé aucune des objections sérieuses que nous avons faites à l'application de la métbode naturelle aux monstres t nous nous bornons à maintenir ces objections, faisant remarquer toutefois que ces objections portent plutôt sur Favenir que sur le passé ; car nous reconnaissons dès aujourd'hui que, quelque arbitraire, quelque artificiel qu'ait été Fessai tenté par les deux Geoffroy, il n'a pas été sans introduire un ordre provisoire très utile dans le chaos où étaient confondues pêlemêle les anomalies les plus disparates. Mais nous maintenons que ce classement n'est et ne saurait être que provisoire, et que le seul classement logique et scientifique possible doit reposer sur les causes physioloj^iques et pathologiques de ces monstruosités.
M. Joly voudra bien remarquer tout d'abord que, à supposer, ce que nous n'admettons pas, que la théorie que nous avons ^ donnée des anencéphales et des exencéphales fût erronée ou insuffisante pour embrasser tous les cas renfermés dans ces catégories, il ne s'ensuivrait pas que la théorie et le classement étiologiques ne dussent être substitués à la théorie et au classement zoologiquCT ; en d'autres termes, que le classement mor«phogénique ne dût être préféré au classement morphologique.
Nous attendrons donc sur ce premier point les développements de M. Joly.
En ce qui concerne la théorie des anencéphales et des exencéphales, nous maintenons le bien fondé de celle qui les attribue à une altération primitive des centres nerveux, et nous maintenons de la manière la plus absolue que les difformités articulaires qui les accompagnent habituellement sont le résultat de la rétraction musculaire convulsive et de l'arrêt de développement des muscles qui l'aocompagne.
CHEZ LES WOM&TII^, p^ f^V^ If {.'ENFANT. m
Pour que notre savant poofrère (f^ih raêmede combattra pa^ifl théorie, il faudrait qu'il la connût dans tous ses développe^ ments. Nous nous bornerons à lui en rappeler |es données les plus générales, le priant de recourir h nos publications ^^^àn rieures pour les détails.
L'altération primitive des C3ntres pprveux produit d^p graudes classes d'effets, suiyau), qu'elle atteint cb^is Tprub^on le grand régulateur de l'org^isation, le systëu^e qerveui^ h tQ)le pu telle époque de son développement. Si c'est dès l'origine, ellD trouble l'harmouie préétablie de l'enseuible, bouleverse les rapports des parties, modifie les -développements des orgaqes, leurs 4în)ensions; elle entraiue les vices 4ç eçnfor^ation k$ plus disparates. Si, au contrairCi e)|e p'arnve que lorsque Ip plan général est réalisé, lorsque toutes les parties ont reçu leur impulsion et un commepcement 4e fon][)at}pu, c^az le fœtus par exeipple, elle pe fait qu'influencer la forme, la direction et les dimensions des parties, d'où des iUffoffnités seulement. Mais dons l'un et l'autre cas, l'impulsion organisante est lésée, altérée dans son activité ; de là, arfêt, insuffisance de développement*
Appliquons ces données aux pionstres anencép^ales et exencéphales, dont il faut faire deq^ grandes catégories en relation avec les deux époques d'action perturbatrice des centres nerveux lésés.
Dans la preinière catégorie sont rangés les monstrps poniplî' qués de vices de conformation} de déplacement (}es organes, d'organes surnuméraires^ etc. ; dans la seconde, sont ceux qui ne présentent que l'absence de certaines parties détruites, partiellement ou totalement, avec les difformités résultant de I4 rétraction des muscles et de l'arrêt fie développement (|ui l'accompagne toujours, et ajoute à son action*
A ces données générales. M. Joly oppose certains cas particq-f lîers qu'il affirme ne pouvoir s'y rapporter; soit parce qu'il n'a pas vu de traces d'altération des centres nerveux, soit parce qu'il n'aurait pas constaté la rétraction musculaire. Je pourrais me borner à lui répondre que j'ai vu et que je possède do nombreux faits dans lesquels les particularités étiologiques en question on^ été manifestement constatées. J'en ai faH représente^ un grand
nombre, dont quelques-uns proviennent de monstruosités dues à la libéralité des deux Geoffroy. Si je n'avais pas été empêché jusqu'ici d'en publier l'histoire, M. Joly ne pourrait conserver le moindre doute à l'égard de leur origine et de leur signification. Pour mettre d'accord ces faits avec ceux qu'il m'oppose, je lui soumettrai les remarques suivantes:
Et d'abord les faits sont ce qu'on les observe. Pour que ceux que M. Joly m'oppose eussent la valeur qu'il leur attribue, il faudrait qu'ils fussent vus actuellement à la lumière de la théorie qui les invoque. Ainsi, pour les monstres anencéphales avec ou sans moelle épinièrej dans lesquels notre savant antagoniste dit n'avoir pas constaté d'altération des centres nerveux, il ne serait pas possible de lui prouver directement qu'il a mal vu et incomplètement observé ; mais je pourrais lui opposer des cas dont j'ai conservé les dessins et même les pièces, dans lesquels des débris de cerveau, de méninges, de moelle, à côté de parties persistantes, attestent le fractionnement par altération et destruction des mêmes parties. Ce sont ces faits, à côté d'autres plus ou moins accentués, qui donnent la clef de leur origine commune. L'observation ultérieure viendra ensuite compléter la série et éclairer les cas antérieurs ou trop obscurs, ou insuffisamment observés.
Voilà pour la cause éloignée de cette classe de monstres.
Quant à la rétraction musculaire, considérée comme cause prochaine des difformités articulaires qui accompagnent si souvent les monstres anencéphales et exencéphales, elle ne saurait être mise en doule par ceux qui ont vu les faits el qui les ont vus dans leur ensemble. Quand l'illustre Geoffroy père m'a fait l'aveu que j'ai rappelé, il avait vu ma collection, il avait vu des centaines de pièces dans lesquelles la rétraction musculaire se lit en toutes lettres dans les effets multiples et variés qu'elle entraîne : il l'avait vue fonctionner sur le vivant, enfin il l'avait constatée dans toutes les diversités de son action mécanique.
Entre autres cas de cette sorte, je citerai un veau hydrocéphale avec convulsion générale des muscles, d'où éventralion et difformités articulaires de tout le squelette, cas qui m'avait été offert par Geoffroy Saint-Hilaire père.
En admcltant avec M. Joly, que notre théorie ne s'appliquât pas à tous les cas qu'on a renfermés arbitrairement dans les mêmes catégories, et désignés sous une dénomination uniforme, nous ne ferions que continuer pour les monstres ce que nous avons fait pour les difformités, c'est-à-dire qu'une cause réelle étant donnée, démontrée, nous en restreignons le domaine aux cas dans lesquels les caractères de son action existent, sont réels et démontrables. 11 ne nous répugne donc pas d'admettre d'autres causes que celles que nous avons démontrées; nous demandons simplement à ces causes d'établir leur domaine à côté du domaine des premières, aux mêmes titres et aux mêmes conditions qu'elles.
Nous nous en tenons pour aujourd'hui à ces généralités, c'est notre déclaration de principes; nous attendrons, pour avancer plus loin dans lalquestion, que M. Joly veuille bien s'expliquer sur ces principes et sur les faits qu'il aurait à leur opposer.
En attendant, nous lui envoyons la nouvelle assurance de notre haute estime pourson savoir, et de notre non moins haute considération pour son caractère.
Classification naturelle des monstres. — Deuxième lettre DE M. LE professeur Joly (de Toulouse).
Monsieur et très honoré confrère,
€ L*art est lofig, la vie est courte », a dit notre maitre à tous dans son langage aphoristique. Heureux ceux encore qui peuvent employer comme ils Tentendent cette vie si brève et si rapide! Heureux ceux à qui les devoirs de toute sorte, les soucis, les chagrins, et même les préoccupations de l'existence matérielle n'enlèvent pas une trop forte portion de cette étoffe précieuse dont l'existence est faite ! Heureux ceux qui, aimant la science pour elle-même, peuvent s'adonner tout entiers à son culte !
Je ne suis pas, monsieur, de ces mortels fortunés auxquels les dieux ont fait de doux loisirs, et mou temps se partage entre une fouie d'obligations plus ou moins impérieuses qui souvent absorbent la part
7S4 DirroHirrfis comiritales
que je voulais résenrer pour l*étude, cette efficace coaaobtioiÉ ée ceux
qui souffrent, et l'un de mes rares bonheurs iei-bas.
Aux obstacles tous les jours renaîssants, ajoutez, je vous (Mie, Tiftdispensable nécessité de bien tremper mes armes avant d'entrer tm lice avec un champion aussi redoutable que vous, avec le dialecticien habile qui, tout récemment encore, dans une discussion métncMMé, a obtenu on si légitime et si brillant succès! Alors, vous voas tenéh» facilement compte de toutes mes lenteurs dans le passée et biefl plos encore de toutes mes hésitations dans le présent, c'est-à-dire au moment même où votre acceptation courtoise, autant que bienveillaote et honorable pour moi, ne me permet plus de jeter un regard en iffière sur ma témérité. En m'acceptant pour adversaire^ vous avex la bonté de me traiter presque en ami. Situation étitage s'il en ftlt, situation qui ne saurait manquer de faire tomber la plume de ma main mal assurée, et de me jeter dans vos bras aussitôt que nos témoins déclareront que l'honneur est satisfait, c'est-à-dire quand nous sKifdhs tranché, dans un sens ou dans l'autre, la ^ave question qui iâ ft'H^ter entre nous. Quelle que soit l'issue de ce débat scientifique, je m'estimerai toujours très honoré de c^ que vous avet bien voulu étouter une raison, et apprécier le sentiment qui m'a porii^ ua peu témérairement sans doute, à me déclarer votre adversaire^ ou du moins votre contradicteur. Et pourtant, je vous le confesse, monsieur et très honoré confrère, plus je réfléchis, plus j'ai de peine à croire que vous ayez raison contre les deux chères mémoires auxquelles j'ai voué un culte étemel d'affectueuse reconnaissance et de profonde vénération.
Pour Etienne et pour Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, les monstruosités étaient c des dérivations du type spéci/iquey complexes et très gtaèes, viéiëUàeÉy apparentes à textérièut et tongénitcuèê {{) i. Éais ces déviations fi'élaletit pas, à leut's yeux, des aberrations, des jeux de la nature, l'absence de règles et de lois.
(1) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Traité de tératologie, t. Il, p. 177.
Noui eroyons aUle de reproduire ici la définitioa suivante, q«e notts eopioas les* tueUemeiil dans VUistoire générale et particmUère dee «noMMltes de forgimMlias, et pour ne pas altérer la pensée de l'auteur, et pour mieux préciser les termes da la question qui nous divise en ce moment, et qu'il s'agit d'élucider si c'est possible.
I A!toMÂUE. Toute déTÎation du type spécifique, (ouCé particularité organique que présente un indÎTién comparé à la grande m^té des indÎTidos de sfMi espèce, éb son ige et de son sexe.
• L'anomalie peut être légère ou graye : la monstruosité est toujours grave.
« Type spécifique. Ensemble de traits communs à la grande majorité des iodi- YÎdus qui composent une espèce. •
Qusnt à savoir si l'espèee, f entends Tespèce normale, est IftfaridMé ou Hé ^est paa, e'est là vo proMèan fort arda et très complexe qw mmà limmiwfmÊtmm
Oa BOBlMt.
CHEZ LES IION8TBfi8, LE F(KTl}8|[KT L'ENFANT. 735
(Tétait un ordre nouveau substitué à l'ordre ancien. Pour vous, au contraire, les monstres soilt f des produits fortuite^ accidentels, pervertis, engendrés par des espèces normales ».
f Leur existence, dites-vousy ne tient qu'à des altérations passagères, occultes, indéterminées, des lois dont la constance et l'uniformité assurent et attestent, au contraire, l'invariabilité des espèces animales et végétales, y
Il y a, entre votre manière d'envisager les monstres et celle des deux Geoffroy Saint-Hilaire, une opposition aussi tranchée que possible, un antagonisme complet.
Permettez-mdi donc de me demander tout d'abord si les monstres sont véritablement des produits du hasard, ou bien s'ils obéissent à des lois aussi fixes, aussi constantes que celles qui président à la formation des êtres normaux. Dans le cas où la réponse serait positive, j'examinerai la question de savoir si les monstres peuvent, oui ou non, être classés d'après les principes de la méthode naturelle. Ces questions générales une fois débattues, nous aborderons, si vous le voulez bien, le débat particulier qu'a soulevé entre nous l'apparition du monstre exencéphalien né à Toulouse, et nous tâcherons que la lumière se fasse sur ce point spécial.
Première question. — Les monstres sont-ils des produits fortuits, en dehors de toute règle, fruit du caprice de la nature en débauche, ou bien de simples déviations accidentelles (je ne dis pus aberratiom ou perversions), ou de simples arrêts des lois qui président à l'organisation normale ?
Une fouie de faits, aujourd'hui bien connus^ me semblent déposer en faveur de la dernière de ces alternatives. Qu'il me suffise de vous rappeler les plus saillants.
Un de nos confrères qui s'occupe, avec un zèle que couronne le succès, de la production artificielle des monstruosités, M. Camille Dareste, disait tout récemment : c II n'y a pas entre l'état normal et l'état anormal de limite nettement tranchée, et ces deux états passent de l'un à l'autre par des transitionsjnsensibles (1). Cela est si vrai^ qu'il sufOt d'un instant souvent très court pour opérer le passage d'un de ces états à l'autre, et qu'il faut pour ainsi dire prendre la nature sur le fait, si l'on veut discerner sûrement ce qui appartient à la règle de ce qui constitue l'anomalie : témoin la duplicité ou plutôt la dualité primitive du cœur des vertébrés, dualité qui vient d'être constatée, pour la première fois (chez les oiseaux), par le savant professeur de Lille; dualité fugitive, presque insaisissable, pressentie plutôt que démontrée dans Tembryon normal, mais oculairement visible
(1) Am. des sciences naêwrellês, t. VllI, p. i48, 4* a^ie.
et parfaitement prouvée, grâce à Tun de ces faits tératologiques dont le génie de Ë. Geoffroy Saint-Hilaire a fait une loi féconde sous le nom d'arrêt de développement {Bildungshemmung Mecket) (1).
•Dans Tespèce humaine, la hernie du cerveau, connue sous le nom de proencéphaliey constitue, de l'aveu de tous les anatomistes, une monstruosité des mieux caractérisées, et elle entraîne toujours la mort.
Chez certaines poules huppées (poules polonaises), elle est parfaitement compatible avec la vie, se transmet par voie d'hérédité et constitue probablement un caractère de race (^).
La forme binaire et symétrique, la position latérale et harmonique des yeux de chaque côté de la tète, voilà, chez les vertébrés, la règle ordinaire, l'état habituel. Or, si nous examinons une sole, un turbot, une plie, nous voyons les yeux occuper tous deux le même côté de la face et se placer l'un au-dessus de l'autre, l'animal étant supposé nager sur le côté {Pleuronecte), Mais l'œil inférieur .seul est logé dans une orbite située, comme à l'ordinaire, au côté externe de l'os frontal auquel il appartient. L'œil supérieur, au contraire, vient se placer au côté interne du frontal correspondant dans une orbite qui lui est commune avec l'autre œil, et qui se trouve percée, pour ainsi dire, au milieu dii front. N'est-ce pas là une sorte de cyclopie, ou du moins une hémicyclopiey comme le dit le professeur Steenstrup (de Copenhague), à qui nous devons la connaissance toute récente de cette curieuse particularité organique et l'explication rationnelle qu'en a donnée ce savant distingué.
Ici encore l'état régulier symétrique a précédé l'état irrégulier^ asymétrique, réellement monstrueux. En effet, sur de jeunes pleuronectes, voisins de la sole, Steenstrup a vu deux yeux situés symétriquement un de chaque côté de la tète qui est fortement comprimée; et sur d'autres individus plus âgés, il a pu observer tous les intermédiaires entre cette position symétrique des deuY yeux et leur situation défmitive, telle qu'elle nous était jusqu'à présent connue; d'où l'auteur est amené à cette conclusion certainement très surprenante et très inattendue, à savoir, que k l'œil supérieur a dû quitter sa place primitive en se dirigeant vers l'intérieur et en haut, percer la voûte formée sur l'œil par l'os frontal, et se préparer un nouveau lit, soit dans ce trou, soit dans la région interne de l'os frontal du même côté de la tête, soit entre les deux os frontaux (3). >
(1) M. Camille Dareste vient de prouver que la dualité monstnieuse du cœur che£ les oiseaux est due à un arrêt de développement y c'est-à-dire au défaut de soudure, à risolemcnt persistant des lames antérieures de Taire vasculaire, isolement qui maintient celui des blastèmes cardiaques. (Voy. le journal Vhistituty 31 décembre 1866.)
(2) Voy. G. Dareste, Ann. des se. nat.y t. XX, 4" série, p. 87 et suiv.
(3) Steenstrup, Sur le développement des pleuronecte», (Ann, des se, nat.f L II, t, 253, 5- série, 1854.)
Qu'on imagine dans l'espèce humaine une disposition des yeux analogue ou semblable à celle qui existe chez les plies, les soles, les turbots; cette disposition ne serait-elle pas regardée à bon droit comme monstrueuse? Et cependant elle ne ferait que reproduire l'état normal de plusieurs espèces placées plus bas dans la série. Comme si la nature voulait nous convaincre que, dans la création des vertébrés, elle a travaillé sur un plan identique dans son ensemble, mais plus ou moins modifié dans ses détails.
Les exemples qui précèdent nous font assister en quelque sorte visuellement au passage graduel de l'état monstrueux à l'état normal, et réciproquement. N'est-ce pas une preuve du peu d'intervalle qui sépare quelquefois ces deux états ? N'est-ce pas la démonstration la plus évidente que la monstruosité n'est pas un désordre aveugle, la négation de toute loi, mais bien au contraire un ordre plus ou moins différent de l'ordre habituel, un ordre nouveau qui remplace l'ordre ancien, l'affirmation de règles toujours identiques, soit qu'on étudie l'organisation dans ses anomalies, soit qu'on se borne à suivre son développement normal ? Les travaux récents de M. Daresle, et s'il m'est permis de me citer, quelques observations qui me sont personnelles, jointes à une longue étude des monstres, m'amènent comme forcément à reconnaître la vérité de cette proposition, que les deux Geoffroy Saint-Hilaire ont élevée, selon moi, à la hauteur d'un axiome.
Vous dites, très honoré confrère, que les monstres sont le produit du hasard? Mais, outre que le hasard n'est qu'un mot inventé 4)our voiler notre ignorance et ne pas blesser notre orgueil, le hasard pourra-t-il nous expliquer comment, les mêmes circonstances étant données, on voit se reproduire à peu près constamment les mêmes monstruosités?
Est-ce le hasard qui fait que les mêmes anomalies s'observent très souvent chez l'homme et chez les animaux sans en excepter VanencéphaliSy que l'on a crue longtemps propre à l'espèce humaine (i)?
Le hasard nous expliquera-t-il comment et pourquoi Vanencéphalie s'accompagne presque toujours de polydactylie et de pied boty comment et pourquoi dans la symélie on compte ordinairement des côtes et des vertèbres surnuméraires?
Le hasard nous expliquera-t-il comment et pourquoi, lorsque deux germes se développent à la fois sur un même vitellus, il y a le plus
(1) Nous avons observé Vanencéphalie chei un veau mort-né. C^esi, à notre connaissance, le premier exemple d'anencéphale qui ait été signalé chei les animaux. (Yoy. dans les Mémoire de C Académie des sciences de Toulouse, t. V, p. 107, notre travail intitulé : Etudes tératologiques sur un anmoéphale appartenant à Vespècê bovine, en commun avec M. Lavocat)