‹ Recherches sur les difformités congénitalesChapitre 69 sur 102 · I. GUÉAUf. I · texte numérisé non relu

I. GUÉAUf. I

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souvent réunion, soudure plus ou moins complète des deux embryoos? Pourquoi cette soudure s'opère constamment entre parties exactement homologues, et non entre parties hétérogènes? Pourquoi la connexion, les rapports des parties entre elles sont ûxes, si nettement déterminés, si constants, que Et. Geoffroy Saint-Hilaire a pu dire, sans trop d'exagération, qu'un organe est plutôt anéanti que transposé? Pour^ quoi enfin, lorsqu'un organe prend un développement insolite, les organes voisins s'atrophient, s'amoindrissent en proportion?

Ce sont là des faits d'observation journalière, des faits tellement avérés, tellement généraux, tellement constants dans leur manifestation, qu'ils ont, à bon droit, ce me semble, passé à l'état de lois, aujourd'hui connues sous les noms i'arrét de développement^ principe des connexions^ loi d'union similaire ou d'affinité de soi pour <ot, sans parler de la loi de propriété (lex proprietatis) et de la loi des topiques {lex topicorum) admises et ainsi déterminées par Fleischmann.

Les exemples fourmillent, les preuves abondent à l'appui de ces lois si belles, si générales et si fécondes.

Enfin, ce qui démontre péremptoirement à mes yeux que les monstres ne sont pas un pur effet du hasard, c'est la possibilité de les produire artificiellement et, pour ainsi dire, à volonté.

Guidé par les indications et les travaux antérieures de Et. Geoffroy Saint-Hilaire, M. Dareste a pu obtenir déjà, dans ses curieuses et instructives expériences, un nombre assez considérable de monstruosités, et il a l'espoir fondé, dit-il, et croyons-nous, de pouvoir produire artificiellement toutes les monstruosités unitaires.

U y a une telle connexion entre les lois organogéniques ou zoologiques et les lois tératologiques, que nous nous méprenons quelquefois, du moins au point de vue de Tanatomie philosophique, sur la signification d'un organe ou d'un appareil donné.

Le phénomène que l'on appelle, avec juste raison, le retour au typCy nous en offre un exemple frappant. Ainsi, nous croyons avoir démontré que le doigt des Echidés, si improprement appelés monodactyles, est le vrai représentant de l'annulaire et du médius de la main humaine, tandis que les deux stylets placés latéralement à l'os métacarpien (canon des vétérinaires) représentent l'annulaire et l'index, la châtaigne étant l'équivalent du pouce réduit (chez le cheval extérieurement du moins) à sa partie cornée.

Or, nous avons eu. H* A. Luxant et moi, Tpccasion de disséquer uu^ mule fissipède qui avait aux membres antérieurs trois ou quatre doigts plus ou moins développés,' sans compter la châtaigne {pouce) (1).

(1) Voy. dans les Mémoires de V Académie impériale des inscripiions et beUe*" lettres, de Toulouse^ 1853» le travail qui nous est commun ayec le professeur Lavocat, et qui a pour titre : Etudes anatomiques et tératologiquis sur une nuêle fissipède aux pieds antérieurs.

CHEZ LES MOMSTaES, LE FOETUS ET LENFANT. 730

\jB. mule fissipède dont nous venons de parier offrait un retour ou du moins une tendance marquée vers Varchétype digital des autres mammifères, la pendactylie.

La contre-épreuve, c'est-à-dire la tendance contraire, nous est fournie par les porcs de Hongrie devenus, dit-on, monodactyleSy tant U est vrai, encore une fois, que Ton p^e graduellement, et d'une {nanière accessible, de Tétat que nous appelons régulier à celui que nous croyons ne Tètre pas; tant il est vrai c qu'une anomalie ou une monstruosité dans une espèce donne le plus souvent l'état normal d'une autre (i). »

Hais il est temps de terminer cette lettre, dont la longueur démesurée vous paraîtra peut-être indiscrète. Malgré le long retard que j'ai mis à vous l'adresser, je n'ai pas eu le temps de la faire plus courte. J'ose néanmoins compter sur votre bienveillance accoutumée et sur la patience de vos nombreux lecteurs. Je m'efforcerai d'être plus bref dans ma prochaine communication où j'aborderai le difficile sujet de la classification des monstruosités.

Agréez, etc.

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