‹ Recherches sur les diphthongues de la langue françaiseChapitre 2 sur 2 · V. La Porte St. Denis · texte numérisé non relu

V. La Porte St. Denis

') Ici nous ne pouvons supprimer une remarque qui nous paraît aaaet intéressante, et une preuve de plus de la ténacité de l'anglais. C'est que la ToyeUe qu'intercale l'anglais devant i, produit avec celui-ci la combinalBoÊ favorite, et, du dialecte normand. V. Faîîot, Recherches sur les Formes Grammaticales de la Langue Française, p. 21.

En général, soustraction faite des cas où l'accent français avait son origine dans un déplacement d'accent dans le bas-latin, c'est l'accent des mots latins qui s'est conservé. La syllabe accentuée de ceux-ci est pour ainsi dire devenue le pivot autour duquel tournent les syllabes privées d'accent. De la place de celui-ci dépend le nombre de syllabes à éliminer. Assez souvent, toutes celles qui une fois le suivirent, ont disparu, et la syllabe accentuée est restée seule: dom, de dômiims; dame, de domina; etc. Nous avons ici un excellent moyen pour décider si telle forme est organique, c'est à dire, si elle a été trempée dans le creuset du parler populaire, ou inorganique, c'est à dire, en défaut devant les lois fondamentales du français. En voici une application. On entend quelquefois dire que les Précieuses auraient fait disparaître les superlatifs en — ime. Est cela vrai? Ou est-ce à tort qu'on les en accuse? — Le genre précieux n'y est pour rien, ces formes-là n'ont jamais été françaises; la Renaissance doit en porter la responsabilité. Voici la preuve. En latin, l'accent portait dans ces superlatifs sur l'antépénultième; par conséquent, minimus ne pouvait former minime, car, le mot se contractant, la voyelle accentuée se renforçant, il devait produire une forme avec l'accent sur la première syllabe. Cela est le cas où se trouve le mot moime du Morvand. ^) Il veut dire le plus petit, et sa forme correspond exactement à l'accentuation latine. — Considérons maintenant les effets de l'accent en ce qui concerne les voyelles françaises.

La syllahe accentuée se faiscmt sentir comme longus, elle tend à diphtongtœr sa voyelle; quand V accent se déplace, la diphtongue peut disparaître: Encontre lui vint Hermeline Qui Vaime d'amor entérine Ren. I. 4839; La femme son Veisin ama -- Qu'Elé Varna sur tute rien M. de F. L pag. 3lè;

') JAttré, H. de la L. F., II. pag. 120. — Nous recommandons à nos lecteors l'article cité; parmi tout ce que contient le Uvre exceUent de M. lAtbré, ceci est peut-être du plus haut intérêt

Et les dames de Vennandois Ch. Couc. 1873;

n et tout li Vermendisien Ch. Couc. 1867;

Que je ferai vostre proiere Barb. I. 247;

Tuit cist burent lo boivre de salveteit Bern. pag. 542;

Vos baverez mon boyvre ibm.

De colps ferîr, de receivere et duner Roi. II. 518;

Issi est neirs cume peiz lui est démise Roi. III. 37;

Là coanpe vi nerçoier.,

Puis le commence a desloier Barb. I. p. 560;

Li reis sa fille od grant richeise durrad Reis I. 17. 25;

Li dus et la duchoise funt Milon conreer P. le D. p. 46;

Morz est Turpin le gtiereier Carlun Roi. in. 804;

— si en est aires Ch. d'Ant. I. p. 51;

— en meidi Job p. 444. Enmei le temps Bern. p. 527;

— enmei Tombre ibm. p. 525.

Nous nous arrêtons ici; car nous regardons comme superflu d'accumuler les exemples d'un procédé dont la conjugaison irrégulière conserve encore bien des traces, quoique bien d'autres en aient disparu. ^)

Dans la Grammaire de la Langue d'Oïl par Burguy, nous lisons (I. p. 199): '^qnand les nations romanes voulurent exprimer une idée de durée, eUes durent nécessairement renforcer la voyelle, surtout si le son radical était bref en latin. '^ — Ceux qui ont entendu ma leçon de concours sur l'influence du celtique dans la production des combinaisons vocales du ârançais, conçoivent facilement que je ne puis me ranger à cette opinion. M, Je ne veux pas faire de polémique. Cela doit, selon mon plan, être réservé à la conclusion, où Je tâcherai de ramener les effets aux causes qui les ont produits. Cependant, je ne puis m 'abstenir de citer quelques exemples qui mettent dans un jour assez douteux l'opinion exprimée par M. Burguy. Est-ce pent-êlre qu'un loien fût plus fort et plus gros qu'un lien; que Coucy, quand il parle du îouseignol, voulût dire un oiseau qui chante plus fort que le rosignol; que l'homme festoie fât mieux traité que l'homme fêté; qu'une proière fat plus longue et plus fervente qu'une prière? Encore, est-ce que les Français, en renforçant la voyelle de concipère, aient voulu faire entendre par-là qu'ils fassent devenus plus bêtes que leurs ancêtres; et, par la diphtongaison du premier a d'amare, qu'ils soient plus constants dans leurs amours ? Dans ce dernier cas, la courtoisie française est, de nos jours, bien déchue de ce qu'elle était dans le moyenâge. Dans ce temps- là, le damoiseau, contant des fleurettes à sa beUe, savait dans doute la convaincre de l'étemdle dorée de ses sentiments

En vertu de cette tendance à diphtonguer les voyelles longues, beaucoup de mots latins ont revêtu des formes qui sont presque des déguisements. Cette tendance se fait jour partout. Les dialectes peuvent varier dans la composition de leurs diphtongues, mais elles sont dans tous. *) Puis, lorsque vint le temps que le français moderne devait se former, les créateurs de celui-ci empruntèrent à tous les dialectes, et, de cette manière, il est arrivé que les diphtongues des mots du français moderne ne sont pas toujours celles du dialecte de Tlle de France. Aussi, le français porte-t-il, sous plus d'un rapport, le cachet de l'arbitraire, du manque de sens pour la conformité avec son génie véritable. Mais nulle-part cela ne se montre plus que dans la réception des formes diphtonguées. Sans doute, le français en a reçu, et beaucoup même; mais il y a encore davantage de ces formes qu'il a rejetées. En général, au moins cela nous paraît, il ne les a reçues que quand les formes non-diphtonguées étaient déjà vieillies, ou qu'elles s'étaient différenciées pour exprimer des côtés différents de la même idée. Afin de nous expliquer les raisons de ce procédé, il ne faut pas perdre de vue le latin. Pour être devenu une langue morte, celui-ci n'avait pas cessé d'influencer le français. A côté du parler maternel, les savants l'employaient toujours; et c'était

rien qu'à diphtonguer le présent d'amer! • — Voilà une langue^ qui connaissait les détours du coeur de femme! — Aujourd'hui, comment saurait une fille croire à une déclaration d'amour — la diphtongue s'est glissée dans le prétérit aussi bien que dans le ftatur!

*) On ne peut guère douter que ce ne soit l'accent qui détermine partout 'ces différences, n parait que, de même que les mots latins, en passant dans le français, 6nt souvent transposé leur accent, les dialecte? aient pu le faire varier en dedans de certaines limites. Je vois dans ce fait l'explication d'un certain nombre de formes que J'ai rassemblées et que je produirai plus tard. — Je vois encore dans l'influence de l'accent la cause de la préservation des formes dérivant de cas obliques latins, en même temps que le nominatif a donné naissance à des formes plus courtes. La différence entre l'accent du nominatif et celui des cas obliques a, en quelque sorte, des formes différemment accentuées fait des mots indépendants. Si je ne considérais cette hypothèse comme hors de mon si^jet, je crois que je saurais en venir à bout avec la preuve de sa probabUité.

justement entre les mains de ceux-ci que tomba la création du français. H est donc bien naturel qu'ils aient préféré les formes qui se rapprochaient le plus du latin, c'est à dire, les formes non-diphtonguées. — Les écrivains du moyen-âge étaient plus ignorants que les savants de la Benaissance; mais aussi, leur jugement en fait de leur langue n'était-il pas égaré par des idées théoriques sur les étymologies des mots français. La langue prend chez eux son libre essort; elle ne plie ni devant le grec, ni devant le latin. Dès lors, il va de soi que la tendance à diphtonguer, tendance si inhérente au français, doive s'y montrer dans toute sa force. Mais il est naturel aussi que, tout le moyen-âge étant pour le français un âge de création, il n'y ait rien de bien fixé, que les anciennes formes *) s'y présentent à côté des nouvelles. Nous tenons à le faire voir, et nous choisirons, parmi le grand nombre d'exemples que nous avons ramassés dans les auteurs vieux-français, ceux qui «uivent: Lucent cil elme as perres d'or gemmées Roi. III. 15; Itel valour deit aveir chevàler^ Ki armes portet et en bon cheval set, Roi. III. 440; Granz unt les nez et lees les orilles, Roi. III. 480; As li Aide venue, une bêle damisele Roi. V. 445; Aiez pitiez et de moi et de ti G. L. I. p. 4; Tant ont erré ce sachies-vous de fi G. L. L p. 68; — por lo délit de la char Job p. 444; Jamais n'aurai sor toi II deners monee^, P. 1. D. p. 54; Que li bos est rames et vers la praerie Ch. d'Ant. I. p. 57; Et les moies des blez qui estoient messoné parmi les champs Vilh. p. 187; veesf ci le . \

droit hoir ibm p. 197; A pentecuste i ad somuns* Tuz ses vesins et ses baruns L. F. M. p. 33;

Celles-ci ne doivent pas être confondues avec les fonnes primitives, c'est à dire, latines. — Mon ouvrage suppose chez ses lecteurs la connaissance des changements subis par les voyelles latines en passant dans la langue d'on. Sans cette connaissance, on ne saura guère suivre mes raisonnements, et encore moins saisir tonte la portée des exemples que je donnerai.

Nus li tolismes VensBignQ flambiant 0. D. 784; '

Desendez, si venez seer (sedere) L. F. M. p. 35;

Et le drap en fut fait el réaume de Frise B. a. g. p. -p. 46;

En Northumbre fu envéejs: —

Tant me garda ensemble od ïi M. de F. I. p. 360;

Sixante sols cousta un an a, en certain B. a. g. p.-p. 100;

Bêle, ce dist Termites, ne soiez esfréee ibm p. 66;

Si, j'avoîe cent par la virge honurée ibm p. 67;

Par mainz leu et par mainz pays Bute. II. p. 67;

Les. II. autres, si com je croi,

Sont de léauté et de foi.

Mes ces. IL sont pieça brisiées

Et fendues et esfrisiées Rute. IL p. 45.

Nous pourrions aussi donner une foule de formes diphtonguées qui ne i^e retrouvent plus dans la langue moderne, mais nous aimons mieux les répandre sur le tout de nos recherches que de les rassembler ici.

Nous sommes maintenant bien près de notre sujet; mais, avant d'en venir aux mains avec lui, nous allons répondre à la question: quels moyens avons nous d'apprendre la prononciation du vieux-français?

On n'a point de traité sur la prononciation du vieuxfrançais. Les premières grammaires françaises qu'on possède, en France, datent du 16:me siècle; *) et encore î;es ouvrages sont-ils entachés d'idées préconçues plus ou moins fausses. C'est à un étranger qu'est dû le mérite d'avoir composé la première grammaire d'une grande valeur. Et c'est que c'est un ouvrage capital que celui de Palsgrave. ^) Génin, dont un des travaux qui méritent si bien de l'étude de sa langue maternelle consiste dans la republication de ce livre précieux, l'a très-bien caractérisé. "Ce n'est point, dit-il, une gram-

*) J'en aurai à citer plusieurs. — J'avoue franchement que j'abandonnai l'étude des orig.nauz dès que j'eus connaissance du livre de M. Livet: La Grammaire Française et les Grammairiens au 16:me siècle. Paris 1859. 8:o.

*) Eclaircissement de la Langue Française par Jean Palsgrave, suivi de la Grammaire de Giles du G-ues; publiés pour la première fois en France par JP. Qénm. Paris 1852. 4:o.

maire de Fancieii langage, mais c'est an excellent point de départ et le plus avancé possible, pour se diriger des frontières de la langue moderne vers notre langue primitive." *) — Mais à côté de son âge et de Fexactitude de ses renseignements, il y a cela de particulier avec l'ouvrage de Palsgrave qu'il est écrit en anglais — circonstance qui à mes yeux est d'une grande importance. Ecrit en français, puisant dans cette langue tous ses exemples, la valeur en aurait, pour nous, été beaucoup moindre. C'est que de toutes les langues de l'Europe, il n'y a probablement pas une qui ait subi autant de changements dans la prononciation que le français. ^) L'histoire de ses diphtongues le fait voir plus que toute autre chose. Au contraire, l'anglais se prononce aujourd'hui comme il y a quatre ou cinq siècles; ') et la prononciation en ressemble plus à la prononciation du vieuxfrançais qu'on ne le croit en général. On conçoit donc facilement les avantages que présente l'ouvrage de Palsgrave pour la tâche que nous avons entreprise.

Mais, lorsqu'on remonte à une époque antérieure de plusieurs siècles à celle de Palsgrave, nous n'avons d'autre guide que les analogies éclairées avec la torche de l'induction. Cependant, je crois qu'à l'aide de celle-ci, on peut parvenir à déterminer l'ancienne prononciation d'une manière qui ne s'éloigne pas trop de la vérité.

') . . . Et puisque je suis tombé sur le changement, chacun sait qn^ entre les François la prolation change de temps en temps. (Théod, de Bèze) Livet 1. c. p. 153.

^) Ce qu'on entend si souvent dire de l'irrégularité de la prononciation anglaise n'est qu'une fable. Pour le linguiste qui considère le développement historique de cette langue, elle n'a rien d'irrégulier. Seulement l'ortographe en est encore plus antique que la prononciation : on écrit comme les Anglo- Saxons, et l'on parle comme les Normands. J'espère un jour pouvoir le prouver par une histoire des lettres anglaises que je médite depuis quelque temps. — Ici, je pourrais avoir beaucoup à ajouter sur l'importance de l'anglais pour l'étude du vieux-français; mais l'étendue qu'a déjà prise mon introduction m'oblige de le supprimer.

Groupe I.

ai (ay\ ei (ey), oi (oy), ui (uy).

Comme il peut paraître étrange que je range ces quatre combinaisons ensemble, je commencerai par la preuve qu'elles se tiennent et se substituent réciproquement*):

por hai il vient Bern. p. 522; pur-gwei plures Reis I. 1. 7; quoi (forme actuelle); Caries verrat sun grant orguïll cadeir Roi. I. 577; orgoil Roi. II. 274; Fuerre et faine et avaine fit au cheval doner P. 1. D. p. 111; qui qu'ait avaine Rute. 1. p. 32; foin, avoine (formes actuelles); sans peine et sans hàscie Ch. d'A. 1. p. 58; aujourd'hui: peine; comparez l'anglais: pain; ne mies por ti o laier Bern. p. 537; un loien a ataint B. a. g. p.-p..26; et oile et cresme R. de C. p. 7; (huile); ne mies de eelei qui est Bern. p. 539; E jo irai ensemble od lei M. de F. 1. p. 330; lui — elle; Ge ne demant ne plus ne mains Barb. I. p. 245.

') Elles ne se substituent nullement toutes dans le même dialecte; mais nous avons déjà dit que nous ne distinguerons pas entre les dialectes; d'autant plus que nous ne pourrions le faire sans nous envelopper en des difficultés infinies et inutUes à la fois. Nous démontrerons plus tard que le français moderne conserve un grand nombre de traces de ces permutations. D'aiUeurs, le but que nous nous sommeà proposé, est d'éclaircir le fhmçais d'aujourdliui et non pas de donner un ouvrage sur les dialectes du vieux- français. Nous renvoyons les lecteurs qui veulent connaître ceuxci au livre de Fallot et à Pintrodaction en tête des Quatre Livres des Rois, publiés par M. Leroux de lAncy. — Nous avons aussi dit que la première particv de notre travail sera exclusivement consacrée à l'étude des faits, et que nous nous y abstiendrons de critiquer. J'espère cependant que mes lecteurs me passeront quelques remarques à propos de ces substitutions, remarques qui trouvent une place convenable ici. — On lit dans le Traité de Versification Française par M. Quicherat (2. me éd.) p. 341: "M. Ouessard a constaté . que la prétendue ortographe de Voltaire n'était ni de Voltaire, ni même de l'avocat Bérain. qui la proposa en 1675. U cite le tome I des Chroniques anglo-normandes, publiées par M. Francisque Michel, dans lequel beaucoup de mots, et notamment les imparfaits, qui s'écrivirent plus tard par ot, sont écrits par ai. Ainsi li rays, la raygne, assemblait, allait, estait, etc.** — Il est sans doute très-heureux pour l'auteur de cette idée qu'eUe ait échappé à M. Génin, qui, probablement, ne

Nous aurons plus tard à revenir sur ces permutations. Avec les exemples que nous venons de donner, nous voulons seulement prouver notre droit de les coordonner comme nous Favons fait. — Elles se tiennent donc. Mais justement cette solidarité produit de très-grandes difficultés quand il s'agit d'en faire l'histoire. Dans certains cas, nous pouvons facilement décider quelle est la plus ancienne forme d'un tel mot à diphtongue; mais en bien d'autres nous n'avons nul moyen d'y parvenir. Cela dépend exclusivement de la manière dont les diphtongues se sont produites. — Toutes celles qui appartiennent à notre première groupe, ont cependant un élément commun. C'est l'i, qui sera le premier objet de nos recherches. Ce que nous avons à faire tout d'abord, c'est de prouver que, dans les écrits du moyen-âge, y peut être mis à sa place:

por hay Bern p. 525; devant la royne B. a. g. p. — p. 18; ensi k'il luy et toz les sien ferist Bern. p. 524. Pourvu que

nous aurait pas laissé la tâche de relever cette étrange méprise de la part de M. Ghiessard. Il nous étonne beaucoup qu'un saVant de la pénétration de M. Çuicherat ait pu donner là dedans. — C'est que la prétendue découverte de M. Ghiessard est fondée sur des notions à l'égard de l'histoire du français entièrement fausses. C'est qu'il substitue subrepticement un dialecte français à la langue française, faisant celle-ci, bien qu'elle n'existât point à l'époque de la rédaction des chroniques mentionnées, identique avec celui-là. A coup sûr, il est des auteurs qui voient dans le changement de Voi des terminaisons verbales, etc. en m, une influence du dialecte normand (V. p. ex. Idttré, Hist. de la L. F. II. p. 60), et, partant, M. Ghiessard pourrait avoir raison. Mais, de l'autre côté, il est bien certain que le dialecte de l'Ue de France conservait longtemps à la combinaison oi, sinon la valeur primitive, au moins une valeur peu éloi^ée de ceUe-ci, et que la circonstance que la prononciation actneUe finit par prér valoir, permet une explication où l'on n'ait pas besoin de recourir à l'influence normande. Quoi qu'U en soit, qu'on rejette ou qu'on accepte l'explication que nous en donnerons plus loin, il est évident qu'il faut, dans des questions de cette espèce, avec soin tenir les dialectes séparés et ne pas aller chercher des règles pour le français là où le ft'ançais n'existe pas. Si le Normand écrivait ai, et le Parisien oi, c'est que le premier prononçait ai, et le dernier oi; et si, plus tard, celui-ci substituait la prononciation actneUe à l'ancienne, l'orthographe dite de Voltaire n'a pour cela rien à faire avec ceUe des Chroniques des Ducs de Normandie.

les éditeurs n'aient rien changé aux textes qu'ils ont publiés, cette permutation est cependant de rare occurrence dans les monuments les plus anciens. Elle est beaucoup plus générale dans les ouvrages des 15:me et 16:me siècles, et dans Taisgrave on trouve y presque toujours employé pour L Cela posé, nous avons à nous demander: quelle e^t la valeur de cet i et de son remplaçant?

Remarquons d'abord que le moyen-âge ne distinguait pas entre i voyelle et semi-voyelle. Cette distinction est due à Meigret, *) Nous voilà donc tout de suite embarrassés de la question: comment décider si nous avons affaire à une combinaison où i joue le rôle de semi-voyelle, ou à une diphtongue véritable? Vu la ligne de démarcation presque imperceptible entre la voyelle et la semi-voyelle, et la tendance de l'une à se changer en l'autre, cette question est d'une difficulté presque insurmontable. Mais cela n'est pas encore assez. La difficulté presque insurmontable est encore augmentée par les cas où les combinaisons ai, oi, etc. ont été prononcées avec diérèse. La comparaison avec les formes latines fait voir que Vi de ces combinaisons a souvent son origine dans la voyelle. Mais cela ne prouve pas plus qu'il ait toujours conservé cette valeur dans le français que la dérivation d'une consonne vocalisée n'en prouve qu'il ait conservé le caractère de semi- voyelle. ^ ) Ainsi, on voit que nous serons continuellement exposés à commettre des méprises, méprises, il est vrai, que personne ne saura reprendre, parceque nous manquons de moyens de critique, mais qui ne seront pas moindres pour cela. Cependant, ce danger est considérablement amoindri par la longueur du temps qui nous pourvoiera d'exemples, et la variété des dialectes. Comme ça, nous rencontrerons presque toujours juste, bien qu'il puisse arriver que nous visions, quelquefois, un peu en l'air. — En effet, il ne faut pas croire que les changements dans les diphtongues se soient effectués sur toute l'étendue du français simultanément et de la même manière. Nous avons

*) Livet 1. c. p. 56.

*) Pour exemples, v. plus loin.

prouvé qu'à côté deg formes diphtongues, il existait longtemps des formes non-diphtonguées. Nous croyons que le langage, ou, si Ton aime mieux, les dialectes, se sont comportés de la même manière à Fégard des diphtongues. Tel mot est resté plus en arrière dans le développement de cellesci; tel autre est allé plus loin et plus vite. — Nous tâcherons d'abord de tracer Thistoire générale de chaque combinaison prise entière, puis, nous ferons voir les différentes manières dont elle se produit, et les changements qu'elle peut subir à la suite du développement de F un de ses éléments aux dépens de F autre.

M. Amj^ère *) remarque qu' ''en général, la prononciation du moyen-âge était plus pleine, moins contractée que la prononciation actuelle." Cela est parfaitement vrai, mais il y avait sans doute déjà dans ce temps-là des variations de prononciation assez grandes. Voilà pourquoi il serait un peu hasardeux de souscrire trop implicitement à l'opinion qu'il émet immédiatement après celle que nous venons de citer: qu'on faisait entendre les deux voyelles de la diphtongue. Cela est vrai dans la plupart des cas; mais il ne l'est pas dans tous. Les variations orthographiques font quelquefois entrevoir des variations de prononciation. La formation du mot faire^ p. ex., du latin facere prouve que la diphtongue de celui-là n'a pas de tout temps eu la valeur d'une voyelle simple. Et pourtant, nous trouvons déjà dans Rutebeuf ^) la prononciation actuelle. Il en est de même d'une foule d'autres mots. Je n'en citerai qu'un seul exemple, exemple très-intéressant et qui fait voir que l'indécision dont nous parlons ici, et à laquelle nous avons déjà auparavant fait allusion, a été sujette

') Histoire de la Formation de la Langue Française, p. 374. *) Plorer li fet son non savoir ;

Souvent li fet gniel avoir — Butebeuf I. p. 32.

N'en ont que fère

Ainz entendent à autre afhre:

Au tavemier font du vieu trère,

Ibm p. 33.

à des fluctuations selon les temps et les lieux. Génin *) taxe les Français d'inconséquence parce qu'ils prononcent hcûir avec diérèse, mais hais comme monosyllabe, et prétend que dans le moyen-âge la diérèse était constante dans toute combinaison de cette nature. "Joacbim du Bellay, dit-il, 'fut un des premiers à se permettre je hais:

Je hay les biens que Ton adore.

Je hay les honneurs qui périssent.

De quoi il fut aigrement repris par un des meilleurs élèves de Marot, Charles Fontaine." Un peu plus loin, il remarque que ce fut Vaugelas, de son vivant, oracle tout-puissant en choses de langue, qui "de son autorité privée, décida qu'il fallait dire je hais et nous haïssons" ^) Eh, bien, Génin et Charles Fontaine se sont trompés tous les deux: dans Eutebeuf nous trouvons le vers suivant:

Tu he0 orgueil et félonie seur toute chose.

Ruteb. II. p. 5.

Après avoir démontré' par quelques exemples que déjà le

^) Des Variations du Langage Français, p. 132.

^) n n'est guère douteux que Vaugelas, en fait de connaissances approfondies de sa langue maternelle bien inférieur à Ménage, n'ait commis de grandes bévues dans ses décisions. Il n'en pouvait être autrement, vu qu'il avait pour seul code "l'usage" — et l'usage tel que l'avait consacré la fameuse chambre bleue de l'hôtel de Rambouillet. Mais on les accuse, Vaugelas aussi bien que les Précieuses, quelquefois à tdrt. Il y a, selon nous, des moments dont on ne tient pas toujours suffisamment compte lors qu'on juge de cette sorte de choses. 11 n'e^t pas de pays où la mode soit plus tout-puissante qu'en France ; nous en convenons. Mais toute mode a sa raison, quelque frivole qu'eUe soit bien-souvent; et la mode dans le langage n'en manque pas plus que la mode dans les habits. Comme on put s'habiller à la Louis XIV, on put parler à la Corneille. Celui-ci étant Normand; il put se faire qu'il mît en vogue des formes normandes, jusqu'alors inconnues dans le français de la haute volée parisienne. Mais il est évident que ces formes avaient leur raison d'être tout aussi bien que les formes parisiennes, et, si Vaugelas et les Précieuses les préféraient à ceUes-ci, cela ne fut qu'une afifaire de goût, — Avec ce qui précède, nous ne voulons nullement avoir dit que tous les actes qui émanaient des "bureaux de l'administration de la grammaire flrançaîse" (comme dit M. G^nifi)^ aient eu d'aussi justes prétensions à être reçus avec approbation par le public.

moyen-âge avait, dans certains cas, fait disparaître la diérèse, *) nous allons essayer de montrer comment on s'y prit pour conserver à chaque élément de la combinaison sa propre valeur. Commençons par oi, qui, sans doute, était la diphtpngue la plus commune dans le dialecte de l'Ile de France. Si cette combinaison a toujours été prononcée avec diérèse, comme le prétendent Ampère et Génin, et que la groupe oi eût toujours la prononciation d'oi dans Moïse, etc., chaque voyelle sonnant distinctement; il n'est pas difficile à comprendre comment ce dernier a pu dire que "les diphtongues étaient inconnues" au français. ^) — Voyons d'abord ce que nous entendons par diphtongues, et puis, voyons si le caractère en conviendra à ces groupes de deux voyelles écrites que possède le français. — Une diphtongue, selon la définition généralement reçue, est une groupe de deux voyelles prononcées dans une seule émission de la voix. Donc, dès que ce caractère ne conviendra plus à une groupe de voyelles^ on n'aura plus de diphtongue. Si cda est vrai, le langage écrit peut avoir des groupes de voyelles qui pour l'oeil sont des diphtongues accortiplies, bien qu'elles ne soient pas admises tîomme telles par l'oreille. La diphtongue a disparu, dès que les deux voyelles de la groupe comptent pour deux syllabes. Cela, est-ce tellement le cas en français qu'on puisse dire avec Génin que les diphtongues ont été inconnues à cette langue?. Pour arriver à la solution de cette question, nous prendrons la voie royale des recherches historiques.

Si nous considérons que, d'une part,*)

loi dérive de leg(8)

roi - - reg(s)

nuit - - noct(is)

paix - - pac(s);

') Ce mot, nous le prenons ici dans^ le sens qn'y attachent les dënz

auteurs que nous venons de citer. '

*) Variations du Lang. Fr., p. 130. »

') Vu les permutations réciproques de ces diphtongues, nous n'avons

pas cru nécessaire de nous borner dans ces exemples à la seule groupe oi.

Deutsche Thesen.

Was will eigentlich der Ausdruck: eine lebende Sprache sagen? — Lebt eine Sprache darch den einzigen Umstand dass sie gesprochen wird, so war offenbar das Latein, als es vor nicht so langer Zeit unter den Gelehrten allgemein gebrâuchlich war, eine lebende Sprache. Und doch stôsst der Gedanke, das Latein, von anderen als R5mern gesprochen, lebend zu nénnen, jederman ab. Damit ist man anf den wahren Unterschied zwischen todten und lebenden Sprachen, der eben in dieser Eigenschaft liegt^ gekommen. — Man gebe einem Kinde zur Muttersprache ein seit Jahrtausenden aosgestorbenes Idiom, und sogleich wird der todte Kôrper wieder belebt sein. Sein angebornes Sprachvermôgen anwendend, wird das Kind instinktartig den Geist des Idioms herausfinden, und dann auf dem gegebenen Wege weiter arbeiten.

Streng genommen, befindet sich jedes Volk in einem

Prâdicament, das dem eines solchen Eindes âhnlich ist Von Haus aus hat es einen gewi^sen sprachlichen Vorrath mitbekommen. Im Verhâltniss aber wie es auf seiner Wanderung vorwàrts schreitet, erkennt es allmâhlig die Unmôglichkeit mit dem Erbe auszureichen, die Nothwendigkeit dasselbe den Sëhnen vermehrt zu tibergeben. Die Fortschritte der Civilisation, die Blicke des Geistes erweiternd, bringen mit

jedem Tage Neues hervor, und Ailes fordert, in der Sprache den gebtihrenden Ausdruck zu erhalten. So geht es fort, bis die Sprache zur Litterârsprache verwandelt wird, und die Schriftsteller ihre Polirungsarbeit beginneh.

Was die Sprache eigentlich an dieser Arbeit gewinne, hait ziemlich schwer zu bestimmen; wenn anders die Lobredner der VoUkommenheit der neueren Sprachen mit ihren Keden etwas Anderes al« den Zuwachs der Wôrterbticher meinen. Ist Vermehrung des Wortschatzes mit Ausbildung der Sprache gleichbedeutend, dann gebe ich freilich zu, dass die neueren Sprachen sich in einem ungeheuren Grade entwickeln und vervoUkommnen. Man k5nnte fast sagen, sie hâtten in der letzten Zeit die Siebenmeilenstiefel der Sage angelegt. — War das Vertilgen der Verbalendungen nar eine Aùsbildung, um zu grîJsserer Bestimmtheit und vermehrter analytischen Fâliigkeit zu gelangen; so war dicB wohl mît dem Verwischen der Modalunterschiede und dem Vernichten der Casus auch der Fall. Dann haben die Sprachen noch nicht die zu erklimmende HChe der VoUkommenheit erreicht. ^ Dem Ziele am nâchsten steht unzweifelhaft das Englische. Dass es aber mehr als das Griechische ge* eignet sei, "eine grôssere Anzafal von allgemeinen Ideen mit grOsserer Klarheit auszudrttcken", daran erlauben wir uns noch zu zweifeln:

Sind aber auch die sogenannten polirten Sprachen, eben durch ihre Erziehung, aller Fâhigkeit weiterer Entwickelung beraubt, so sind sie dennoch nicht ganz ohne Mittel, wenn sie anders davon Gebrauch machen Pollen, neuen Bedtirfnissen, besser als durch fremde Anleihen, entgegenzukommen. Die, welche nach Btichem sprechen, ftthren siegewiss nicht weiter. Wie aber ein Baum, nachdem einige seiner Aeste verdorrt sind, noch Knospen und Blâtter an anderen treiben kann; so k5nnen auch die Sprachen, nachdem in den

Gebildeten das richtige Sprachgeftlhl schon lângst gestorben ist, neue Bildungen hervorspriessen lassen. Denn wie sie b€i ihrer ursprunglîchen SchOpfung keine Gelehrtheit nôthig batten, so bringt ihnen dièse viel eher den Tod als das Leben. lîi dieser Hinsicht bin ich der Meinung Vaugélas*: dass es in Sprachsaehen tlberbaupt besser sei, sich an Danaen und Personen, die des Griechischen und Lateinischen nnkundig sind, zu wenden, als an Gelehrte. Dies aber fasse ich nicht ganz im Sinne Vaugélas' auf. Unkunde fremder Sprachen verbttrgt nicht immer Keinheit der eigenen. Leute, die nur zur Hâlfte gebildet sind, werden sich im allgemeinen als die grôssten Sprachverderber zeigen. Das Volk dagegen, ehe es dnrch verntlnftelnde Schnlmeister des einen oder anderen Schlages verschraben worden, kennt seine Sprache und weiss davon Gebrauch zu machen. Wurzeln sehafft es wohl nicht mehr, denn, seitdem man die Sprachen hîstoriseh kennt, hat nirgends ein solcher Prozess beobachtet werden kQnnen. Die» aber ansgenommen, sehafft das Volk, und zwar durch dieselben Mittel, heut zu Tage wie vor Jahrhunderten. Es klammert sich zu hart an AUes, um ein solches Privilegium aufzugeben. Man lausche' ihm seinç Schdpfungen ab, und man wird seltener nStbig haben, Fremdlinge zu importiren, die ttbrigens, wenn sie auch gleich bei ihrer Ankunft in adeligen Stand erhoben werden, docb nicht eher btiKgerliche Rechte erhalten, als sie vom groben Volksblute ganz durchdrungen sind.

Nirgendwo wtirde man wohl eine bessere Probe der schSpferischen Kraft des Volkèô in dieser Richtung als in den franzOsischen Dialekten des Mittelalters auffinden kOnnen ; aber nirgendwo «/eigen sich die Folgen der Tetkrtlppelnden Wirksamkeit der sogenannten Grammatiker in^ einem schlagenderen Lichte als im heutigen Franzpsischen. Wo ist jener Formenreichthum des Mittelalters hingekommen? Warum sind die Keime; die in jener Zeit tlppigen Wuchses hervorwucherten, nunmehr ohne Triebkraft?

Wie der Character des Franzosen vom dem des EDglUnders wesentlicfa abweicht, so nimmt màn auch in ihren Sprachen Ztige wahr, die auf ein ganz verschiedenartigeg Verhalten gegen gewisse Uussere Einfltisse hindeuten. Im Mittelalter sind England und Frankreich denselben socialeD Schicksalen unterlegen. In beiden Lândern herrschten, eine geraume Zeit hindurch, Fremdlinge, deren Sprachen nicht die der Landeskinder waren. Nicht lange seitdem das Frânkische den Geist aufgegeben, ging die normânnische Eroberung von England vor. sich. Die Ânzahl der Normannen, die nach dieser Insel ttbersiedelten, war, aller Wahrscheinlichkeît gemâss, viel geringer als die der Deutschen, die sich in Gailien niederliessen. Die Deutschen in diesem Lande, Vie die Normannen in England, macbten die herrschenden Kasten aus. — Warum ist denn flir das Fi^anzosische die Frânkische Eroberung nur von einem kurzvortlbergehenden Einfluss geblieben, wâhrend die normânnische im Englischen so tiefe Wurzeln geschlagen hat?

Es kann nicht gelâugnet werden, dass die dânische Eroberung von England in der Sprache viele Spuren hinterlassen habe. Mit Ausnahme einzelner Fâlle (z. B. der Plural von am, are) sind sie aber nicht mit vôUiger Bestimmtheit nachzuweisen.

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Wenn man die Einrichtung des menschlichen KBrpers kennen lernen will, ist es dann genug auf dem Kirchhofe ein Gerippe auszugraben, und sich eine ungefâhre Idée von den Knochen und ihrem gegenseitigen Vêrhâltnisse zu verschaffen? Ein Anatom, der sich auf ein solches Studium beschrânkt hâtte, wtlrde sich in unserer Zeit gewiss ziemlich schlecht ausnehmen. — Und wenn man bei dem Studium der neu-europâischen Sprachen nur auf den gegenwârtigen

Standpankt derselben Bticksicht Dimmt, and sie, ohne ibnen in ihrer Ëntwickelungsgeschichte nachgefoigt zu sein, aus der jetzigen Gestalt erklâren zu kônnen glaubt, thut man nicht wie jener Anatom? — Jedem, der die Sprachen in ihrer geschichtlichen Entwickelung studirt hat, leuchtet dies ein. Wir wollen damit gar nicht gesagt haben, dass man nicht ein Sprachktlnstler, ja sogar ein Mezzofanti sein kann, ohne nur die leiseste Ahnung von Sprachengeschichte zu besitzen; grtindlioh aber wird man ohne sie nie eine Sprache Jcennen, nie in ihren Geist eindringen kônnen. Ailes hângt von der geschichtlichen BeweisfMhrung ab; aile Erklârungsversuchè sprachlicher Phânomene haben nur insofern Werth aïs sie sich auf eine hinreichende Induction sttttzen. — Eben die -Vernachlâssigung dieser Méthode, die freilich ein Bisschen Arbeit erfordert, hat eine Unzahl von Albernheiten, deren noch viele gang und gâbe sind, in die Sprachenwissenschaft gebracht. Vor AUem ist der etymologische Theil derselben (eb^en um seines Namens wtlrdig zu sein?) daran tiberreich. Jedes beliebige Wôrterbuch, das die "wahren Etymologien" zu liefern vorgiebt, tlberhebt uns der Mtlhe Beispiele anzuftihren.

Bekannterweise geht die Ansicht Lachmann's tlber den Ursprung des Nibelungenliedes darauf hinaus, dièses merkwtlrdige Gedicht als unter dem Volke entstanden, und erst ziemlich spât in seine heutige Form (oder: Formen), durch Eusammenkntipfung der zuvor einzeln dastehenden Balladen, gebracht anzusehen. Gewiss giebt es in dén Nibelungen mébT als eine Stelle, in der uns ein Wiederhall aus dem Heidenthume entgegenklingt. Hie und da sieht Sigfrid den alten Gôttern âhnlicher als den Helden seiner Umgebung. Ein alterthiimlicher Inhalt setzt aber nicht lediglich voraus, dass er auch in einer alten Form aufbewahrt sei. Es kann nicht in Abrede gestellt werden, dass Lachmann nicht mit grossera Scharfsinn cursivirt habe; ist aber kein objectiverer Grund als das individuelle Dtlnken dagewesen, kann viel-

leicht auch die Eritik eines Lachmatm zu kurz gekommen gein. -r Ist aber seine Ansieht riohtig, mtfssen sich Spuren der alten Form noch aufânden lassen. Dièse Form des Nibelnogenliedes, als es noch in unzusammenhângenden Balladen vom Volke geSungen wurde, war wahrscheinlich die der Allitteration. Es ist nattirlich, dass bei der Umarbeitung vieles, was ursprtlnglich allitterirend war, dem Reime liât weichen mttssen. Jedoch scheinen die Reste, die noch da sind, den Schluss zu berechtigen, dass sie nicht dem blossen Zufall ihre Entstehung verdanken.

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