‹ Recherches sur les effets de la saignée dans quelques maladies inflammatoires, et sur l'action de l'émétique et des vésicatoires dans la pneumonie (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · LA · texte numérisé non relu

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ner, s'il emploie avec discernement; la science, j'entends la vraie science, n'étant que le résumé des faits particuliers. Et en preuve de la vérité de ces propositions, je rappellerai au lecteur que les résultats auxquels j'étais arrivé, au moyen de la méthode numérique, il y a six ans, relativement à l'effet desémissions sanguines dans les maladies aiguës; ces résultats ont été confirmés depuis, par l'analyse de faits nouveaux recueillis à l’hôpital de la Pitié. J'ajouterai qu’un jeune médecin laborieux, M. Bachelier, a publié en 1832, dans sa Dissertation inaugurale, des faits qui confirment tout ce que j'ai dit et observé au sujet des émissions sanguines : et ces coincidences ne pouvant étre attribuées au hasard , elles déposent, en définitive, en faveur de la méthode au moyen de laquelle on y a été conduit.

Les objections faites à la méthode numérique appliquée à la thérapeutique, sont donc sans fondement; la thérapeutique ne peut marcher sans elle. Et dire que cette méthode n'est pas nécessaire pour avancer sûrement dans son étude; c’est nier la nécessité de grouper les faits d'après leur ressemblance, puis de les noinbrer, pour se rendre compte de l’action des agens thérapeutiques: car en définitive compter n’a pas d'autre but; c'est aussi moritrer une bien grande préoccupation,

et oublier ce qu’on fait tous les jours. En effet, quand des médecins sont appelés près d’un malade pour lui donner des soins, et qu'après être tombés d'accord sur le caractere et l'espèce de l'affection, ils en viennent au traitement; si lun d'eux ne partage pas l'avis de-ses confrères sur lutilité des moyens proposés; que fait-il pour faire prévaloir son sentiment? Il ne s’appuie pas (je parle des praticiens expérimentés) sur des raisons théoriques, sur des considérations 4 priori, qui ne persuaderaient personne ; il motive sa préférence pour les moyens qu'il indique, sur .ce qu'il les a vus plus souvent suivis de succès que lemploi des moyens proposés.

C'est-à-dire qü'il argumente comme sil avait compté, sans l'avoir fait, j'en conviens: et cette argumentation est l’aveu tacite, ou la preuve, qu’on ne peut constater l’action d’un agent thérapeutique, qu’en recherchant si, dans des circonstances déterminées et en apparence semblables, il n'est pas plus souvent donné avec succés que tout autre.

On dira peut-être que si la méthode dont il s'agit peut montrer que telle ou telle thérapeutique est généralement meilleure qu'une autre, elle ne dit pas comment tel individu atteint de preumonie, par exemple, et traité de la même

(84) manière que son voisin, qui paraît dans des circonstances analogues; comment cet individu guérit beaucoup plus lentement que le dernier. Je réponds à cela que l'avantage reconnu à la méthode numérique est déjà fort grand, et ne saurait être obtenu par un autre moyen, que quand des malades qu'on croyait dans des circonstances semblables, guérissent après des espaces de temps très inégaux, quoique traités de la même maniere; cela provient nécessairement de ce que la ressemblance qu’on avait cru remarquer, n'était pasexacte; que c'est une nouyelleraison d’étudier les maladesavec un grand soin ,afin de pouvoir constater nettement les ressemblances et les dissemblances qu’ils présentent. Mais pour savoir si ces dissemblances ont la valeur qu’on serait tenté de leur attribuer, si elles ont réellement une influence marquée sur l'action des médicamens, si elles expliquent la différence observée dans la durée de la maladie; évidemment il faut mettre d’un côté tous les cas où les dissemblances, non aperçues d’abord, existent; de l’autre, ceux où elles n'existent pas; compter les uns et les autres : et si la durée de la maladie de chaque sujet d’un même groupe offre des différences moindres que celles dont il a été question, additionner ces durées, en prendre la moyenne,

(85 ) puis la comparer à celle des groupes opposés. C'est-à-dire qu’il faut encore compter. jusque-là évidemment, ou avant que les faits semblables soient réunis, comptés, etc.; il y a à peine quelques probabilités en faveur de telle ou telle opinion.

Oui, je ne crains pas de le dire, et le lecteur attentif partagera ma conviction : entre celui qui compte les faits, groupés d’après leur ressemblance, pour savoir à quoi s’en tenir sur la valeur des agens thérapeutiques, et celui qui ne compte pas; tout en disant, plus ou moins, s'are ou fréquent; il y a la différence de la vérité à l'erreur ; d’une chose claire et vraiment scientifique, à une chose vague et sans valeur: car quelle place donner dans la science à ce qui est vague?

Personne ne nie la nécessité d’un nombre de faits considérable, pour s'élever à la connaissance du meilleur traitement d’une maladie quelconque ; mais à quoi bon si l’on ne compte ?

On va plus loin : on s'élève contre la méthode numérique, parce que le nombre de faits sur lesquels elle opère est toujours borné, et que pour avoir toute la valeur qu'on lui suppose, il faudrait, dit-on, qu’elle agit sur une masse d’observations beaucoup plus considérable que celle qu'un même observateur peut recueillir. Mais cette objection est un des argumens les plus forts

ch

en faveur de la nécessité de la méthode numérique; puisque chaque observateur venant à compter, des membres bornés ajoutés à des nombres bornés, ‘finiront par donner des nombres si considérables, que la loi ou même le chiffre de la loi qui sera l'expression de ces faits ainsi accumulés, sera nécessairement d’une exactitude rigoureuse.

On parle sans cesse de l'expérience des siècles en médecine; mais comment cette expérience peut-elle être une réalité, si ceux qui écrivent, au lieu de lire, j'ai souvent vu, j'ai rarement vu; n'ont pas dit, j'ai vu tant et tant de fois? Alors, en effet, l'expérience d’un homme pourrait s'ajouter à celle d’un autre homme. Mais le moyen d'ajouter l'expérience de celui qui a dit plus, moins, rarement ou fréquemment; à l’expérience de celui qui s’est aussi borné à dire, plus ou moins rarement ou frégemment?

Imaginez des milliers d'auteurs ayant suivi cette dernière marche, c’est comme si voys n’en aviez qu’un; et, sous beaucoup de rapports, comme si vous n’en aviez pas du tout. Si donc il y a moyen de recueillir l'expérience des siècles en thérapeutique, ce ne peut étre qu'en employant lu méthode numérique.

Rientôt sans doute cette proposition sera mon-

naie courante; et alors il ne sera plus question du tact médical, de cette espèce ( de faculté divinatoire des. médecins. Un ouvrage quelconque ne sera plus le développement unique d’une idée, ou un roman; mais l'analyse d’une série de faits plus ou moins nombreux, exacts, détaillés ; afin qu'ils puissent répondre au plus grand nombre possible de questions: et la thérapeutique pourra être une science; mais alors seulement.

Terminons ce qui concerne l’examen de la méthode, en jetant un coup-d’œil rapide sur les ouvrages de quelques-uns des auteurs qui se sont occupés de la saignée spécialement. Un petit nombre de citations suffira pour montrer la marche qu'ils ont suivie; pour savoir si quelques-uns des points nombreux qu’ils ont traités, ont été mis par eux hors de doute ; et si la méthode que J'at exposée n'était pas le seul moyen de résoudre les problèmes qu'ils ont agités. Les ouvrages sur lesquels je vais appeler un instant l'attention du lecteur, sont ceux de Quesnay, de Fauchier, de Fréteau , de Vieusseux, et de M. Poliniere.

Quesnay(1)commence par faire remarquer que

OR EnS RUE ENS ES RE EE RS ER

(x) Traité des effets et de l'usage de la saignée, un vol. in-12, :750.

(88) l'expérience a fait apercevoir, en gros, l'utilité de la saignée dans plusieurs maladies : mais que l’expérience est si équivoque sur les succès de ce reméde, que les praticiens pensent différemment dans les différens cas; que tous néanmoins réclament l'expérience, pour appuyer leurs différentes opinions et les différentes théories qu'ils se sont formées afin d'expliquer les effets de la saignée , etc., etc. (pag. 2).

Ces remarques qui étaient vraies du temps de Quesnay, le sont malheureusement encore aujourd’hui. Maïs au lieu de chercher comment l'expérience est fautive, si l’on ne décorerait pas du mot expérience quelque chose qui n’y ressemblerait nullement, ou qui n’en serait que l’ombre; l'auteur conclut tout simplement de ses remar-ques, que l'expérience qui nous conduit dans les routes ténébreuses de la pratique; est un guide infidèle (pag. 3 et 4); que si l’on n’a pu établir une doctrine sûre et précise, relativement à l'usage de la saignée, c’est qu’on n’a eu, sur ses effets généraux et primitifs, que des idées très vagues et très obscures (pag. 5).

Conséquemment à cette manière de voir, il cherche à démontrer par une multitude de raisonnemens, qui n’ont pour base que quelques faits observés dans l’ordre physique, que les ef-

fets primitifs de la saignée (d’où dépendent tous ceux que ce remède produit dans les maladies ) se réduisent à trois : l'évacuation, la spoliation et la dimotion : d’où de nombreuses indications encore moins sûres que l'expérience aveugle des praticiens, dont Quesnay parle avec tant de mépris. Car de démonstrations directes, pas l’ombre; on dirait même qu'il se croirait déshonoré de l'essayer. Et l’on ne s'étonne pas qu'après avoir nié la révulsion et la dérivation, en vertu des effets généraux de la saignée, sans daigner recourir aux faits; on ne s'étonne pas de cette espèce de fatuité, avec laquelle il s’écrie : « La dé- « couverte de la circulation du sang a fait dispa- « raître ces chimères qui en imposaient aux « grands maîtres. Un examen plus rigoureux des « lois de cette circulation, dissipera enfin le reste « des préjugés que l’on a encore aujourd’hui, sur « la saignée dérivative et révulsive » (pag. 323).

Il ne s’agit pas ici de savoir si les effets révulsifs ou dérivatifs, attribués à la saionée, sont réels où imaginaires; mais on conviendra, qu’invoquer les lois de la circulation pour décider ce point de fait, c’est, tout juste, faire l'inverse de ce qu'il convient de faire dans les sciences , où la théorie , les faits généraux si l’on veut, ne peuvent'ètre que la conséquence des faits particu-

liers. Malheureusement Quesnay n’a pas d'autre

manière de procéder, et l'expérience incomplète des praticiens n’est pas au-dessous de ses paroles, assurément.

D'ailleurs les doctrines de la révulsion et de la

dérivation n’ont été omises par aucun des auteurs dont il a été fait mention : tous les ont abordées;

Polinière et Fauchier pour les nier; Fréteau et Vieusseux pour les admettre.

Dans ce conflit d'opinions opposées, que faire pour savoir à quoi s’en tenir sur le point en litige? N’imiter en rien la manière des auteurs que Je viens de nommer; ne pas nier la doctrine de la dérivation et de la révulsion à priori, comme l'ont fait Quesnay et Fauchier; ne pas suivre l'exemple de leurs antagonistes, en citant quelques ‘observations à l'appui de ces doctrines; puisqu'on pourrait en citer de favorables à une manière de voir opposée. Mais rassembler le plus grand nombre de faits possible, non choisis, admis indistinctement, pourvu qu’ils soient exacts; relatifs à des individus atteints de la même affection; dont les uns auraient été saignés le plus près possible du siège du mal; les autres, dans le point le plus éloigné : analyser tous ces faits; tenir compte de l’âge, du sexe, de la force des individus; puis voir si, sur un nombre déter-

( ge )

miné de malades saignés près du siège du mal, l’affection a marché plus rapidement vers la guérison, ou a eu plus souvent une terminaison funeste, que chez un autre groupe de sujets saignés le plus loin possible du siège de la maladie. Et alors, évidemment, l’analyse une fois terminée, la question sera décidée, si les faits sont assez nombreux. Comment, en effet, résoudre le problème dont il s’agit, d’une manière nette, en suivant une autre marche ? À Fauchier (1), dont louvrage sur les indi- | cations de la saignée fut couronné par la Société de médecine de Tubingen, en 1807; Fauchier, après avoir indiqué les*principaux points qu'il se propose de traiter, remarque qu'ils appartiennent tous à la médecine clinique; que tous doivent être, par cette raison, décidés par la seule expérience (pag. 12). Et quelques pages plus loin, oubliant cette profession de foi, il nie les doctrines de la dérivation et de la révulsion, parce qu’il les croit en désaccord avec les lois de la circulation (pag. 21). C'est-à-dire qu’il suit la marche de Quesnay qui, du moins, avait apprécié, à sa

(x) Nouvelles indications de la saignée, 1 vol. im-8’.

juste valeur, ce que les médecins de son temps appelaient l'expérience; tandis que Fauchier, croyant cette expérience suffisante, s’est borné à en être l'écho; en donnant, à-peu-près exclusivement, pour préceptes, les usages les plus universellement reçus de son temps : car son ouvrage n'est réellement pas autre chose. Toutefois, et qu'on ne l'oublie pas, car cela marque l'esprit du temps; cet ouvrage fut couronné ÿe une Société de médecine.

Du reste, comme pour prévenir toute espèce de doute sur la manière dont il entend l’expérience appliquée à la thérapeutique, Fauchier cherche, à l'exemple de Quesnay, à déterminer les effets généraux de la saignée; et il conclut de son travail, que les cas dans lesquels on doit ordonner les émissions sanguines, sont ceux : 1°.de pléthore; 2° de trop grande fréquence et d’excès de force dans les contractions du cœur; 3° de tension vicieuse des solides; 4° d’excès de force; 5 de température augmentée (pag. 70).

Ces principes posés, l’auteur en déduit sans peine, les cas dans lesquels la saignée doit être pratiquée; prenant, comme je lai déjà fait remarquer, par rapport à Quesnay, les choses à rebours. Car, dans les sciences d'observation, les faits ou les principes généraux ne peuvent

étre que la conséquence des faits particuliers ‘bien et dûment appréciés; en sorte que, pour déterminer, en général, les cas dans lesquels la saignée est applicable, Fauchier aurait dù commencer par létudier dans chaque maladie en particulier; non pas, à la vérité, d’une manière vague; mais rigoureusement : travail immense,qui exigerait la vie de plusieurs hommes laborieux.

On sent de reste, qu’un homme qui met tant de confiance dans les considérations 4 priori, ne peut pas se montrer bien difficile pour les faits particuliers. Aussi, Fauchier, après avoir combattu généralement les opinions de quelques médecins qui rejettent la saignée, dans certains cas où il la croit nécessaire, Fauchier, pour appuyer sa maniere de voir, cite les faits suivans, que je rapporte sans les abréger :

« Ainsi, parce que madame C. J., attaquée « d'une pneumonie vraiment inflammatoire, « avait soixante-dix ans, son médecin refuse de « la saigner, et elle meurt au quatrième jour. « G.J., atteint de la même maladie, n’est pas

saigné, parce que le médecin n’est appelé que « le cinquième jour; et lx maladie se termine par « une vomique. Une dame, attaquée d’une an- « gine inflammatoire, n’est pas saignée ou ne « lest.que tres peu, parce que les menstrues

« coulent; et elle meurt suffoquée! etc., etc. » (pag. 169). Quels faits! quelle logique! Car on voit tous les jours périr d’une inflammation, des individus largement saignés ; et pour que les citations de Fauchier eussent quelque valeur (à supposer son diagnostic exact), il faudrait que le traitement antiphlogistique, plus ou moins énergique, füt toujours couronné de succès dans linflammation.

Abordant un peu plus loin les indications que présente la fièvre jaune; « si, dit l’auteur, tous « ceux qui ont vu la fièvre jaune, étaient d’ac- « cord sur sa marche, ses symptômes, ses effets; « nous pourrions alors connaître sa nature, et « nous décider pour la saignée ou la rejeter, etc.» (pag. 212). C'est-à-dire que, dans tout le cours de son ouvrage, Fauchier procède & priori, comme l'ont fait d’ailleurs, jusqu'ici, les hommes les plus habiles, qui ont considéré la thérapeutique comme un simple corollaire de la pathologie. Et qu’en est-il résulté? Qu'aujourd’hui en core, les médecins restent divisés sur des questions importantes, comme la dérivation et la révulsion; questions qu'ils cherchent principalement à résoudre par voie d’induction, ou 4 priori; et qu'ils ne sont guere d'accord que sur les points qu'ils admettent sans examen, où comme établis

( 9» ) par un usage immémorial, qui n'a guère en sa faveur que le temps.

Fréteau (1) ne procède pas autrement que ses devanciers; son point de départ est le même.

Comme eux, il fait découler les indications de la saignée, pour chaque maladie, de ses effets généraux qu'il croit avoir constatés. Méthode excellente, s’il s'agissait de faire des essais ; mais qui nous ramene aux premiers temps de la thérapeutique; puisqu'elle ne peut conduire qu’à des probabilités, et non à des résultats certains.

Quoi qu'il en soit, un des premiers préceptes de l’auteur, c’est qu’il faut prendre pour guide les mouvemens de la nature. Mais la justesse de ce précepte que les médecins se sont transmis d’âge en âge, n’en est pas mieux démontrée pour cela (pag. 9). Car s’il signifie quelque chose, c’est sans doute que si des hémorrhagies, par exemple, ont lieu dans une affection quelconque, par certaines voies, il faut chercher à les faire naïtre par les mêmes voies, ou les suppléer artificiellement. Mais pour que lutilité de cette prati-

(x) Traité élémentaire sur l'emploi raisonné et methodique des émissions sanguines , avec application des principes à chaque maladie; ouvrage couronné par la Société de médecine de Paris, le 5 juillet

que füt, je ne dirai pas démontrée, mais seulement probable; il faudait avoir montré, non par quelques faits, mais par une série de faits assez considérable, que les sujets chez lesquels ces hémorrhagies ont lieu, guérissent plus vite, ou en plus grand nombre, toutes choses égales d’ailleurs, que ceux qui n’en ont pas eu. Et où se trouve cette démonstration? En l’admettant d’ailleurs, on n'aurait, comme je viens de le dire, que des probabilités sur l’efficacité de la saignée. Car, qui peut assurer, indépendamment de l’expérience, que l'effet résultant d’une perte de sang par la lancette ou par les sangsues, sera exactement le même que celui qui serait la suite d’une hémorrhagie spontanée? Les auteurs qui ont donné le précepte que j'examine, n'ont-ils pas dit eux-mêmes que quelques gouttes de sang rendues par le nez, étaient souvent suivies de plus de soulagement que des saignées copieuses?

Après avoir combattu les objections faites à la doctrine de la dérivation et de la révulsion, nous développerons, dit IFréteau, une foule de préceptes fondés sur les autorités les plus respectables; propres d’ailleurs à concilier toutes les opinions (pag. 19).

On s’étonnera, sans doute, qu'on ait pu, au dix-neuvième siècle, invoquer l'autorité, dans

une science d'observation; sans remarquer que ce qu'on appelle l'expérience, aujourd’hui même, c'est encore l’autorité. En effet, sur quoi se fondent les auteurs les plus renommés pour la sagesse de leurs préceptes? si ce n’est sur la pratique de leurs devanciers, dont l'excellence n’est nullement prouvée, et dont les résultats ne peuvent pas être considérés, par cette raison, comme ceux de l'expérience à proprement parler. Car l'expérience véritable, comme je l'ai dit ailleurs, et comme on peut sen convaincre par ce qui précède; l'expérience véritable en médecine, ne peut résulter que de l’analyse exacte de faits nombreux, bien constatés, classés d’après leur ressemblance, comparés avec soin, et comptés. Et de combien de maladies le traitement a-t-il été étudié ainsi? Qu'on ne l’oublie donc pas à l'avenir : si l'expérience, si justement flétrie par Quesnay, est un guide incertain dans la pratique; c’est qu’elle n’a de l’expérience véritable que le nom; qu'elle n’est, en réalité, que l'expression des usages reçus, mais non justifiés par lobservation véritable; l'autorité en un mot.

Comme le mot expérience, mal défini, a été un argument sans réplique, pour nombre de médecins; il en a été de même du mot succés.

LA

Ainsi, en parlant de l’époque à laquelle il faut

(98 ) saigner, Fréteau, sécrie : «Baillon, Rivière, « Sydenham, etc., ont imité l'exemple d'Hippo- « crate et ont obtenu des succès! (pag. 26) » Mais comment ces succés, c'est-à-dire la durée et la mortalité d’une maladie moindres à la suite d’un traitement qu’à la suite d’un autre, comment ces succès ont-ils été constatés? Trop souvent, il faut le dire, de la même manière dont Fréteau lui-même croit avoir constaté l’inconvénient des saignés excessives, par ce fait : «Casi- «mir Medicus rapporte qu'ayant fait pratiquer «une saignée vers la fin d’une fièvre aigué, il « survint un œdème aux pieds, qui ne céda à au- «cun remède » (pag. 10). On dirait que, pour beaucoup d'auteurs, les faits ne sont réellement qu’une chose de luxe, dont ils ne font usage que le moins possible; et quand cela leur arrive, ces faits, qui semblent indiquer leur amour pour la vérité, se réduisent à rien, ne sont bons à rien. Car, à supposer qu’un fait bien constaté, accompagné de toutes les circonstances, de tous les détails qui lui donnent de la valeur, püt prouver quelque chose, conduire sûrement à des faits généraux; que faire de faits semblables à celui qui vient d’être cité; où l’on n'indique ni l’âge de la personne malade, ni l’époque de faffection où la saignée a été pratiquée, nisa durée,

ni les moyens employés concurremment avec les émissions sanguines, ni l’état des organes au moment où la maladie s’est développée, etc.?

Et qu'on ne dise pas que j'exagère; car jusque dans ces derniers temps, les observations particulières n’ont eu de prix qu’autant qu’elles étaient |brèves : et de là, en grande partie, l’admiration pour les faits qui nous ont été transmis par les anciens. J’ajouterai que la seule idée de prouver, en pathologie et en thérapeutique, comme on le fait encore aujourd'hui, par des observations choisies, même suffisamment détaillées ; que cette seule idée montre que la mé. decine n’est pas pour les médecins, comme ils le disent, tout entière dans l'observation ; sans quoi ils chercheraient la vérité dans tous les faits dont ils pourraient disposer, pourvu qu'ils fussent exacts; dans la crainte, s'ils en écartaient quelques-uns, d'arriver à des résultats faux : comme dans les sciences physiques, on se garde bien de supprimer une donnée quelconque du problème qu’on veut résoudre, dans la conviction où lon est que cette suppression rendrait la solution du problème impossible ou fausse.

À raison des communications immédiates que les veines hémorrhoïdales ont avec le système veineux de l'abdomen et du bassin, Papplication

des sangsues faite à l’anus et aux aines, a, suivant l’auteur , des avantages marqués dans les embarras et dans inflammation des viscères, etc. (pag. 13). C’est, en effet, la pratique ordinaire; et, comme s'il suffisait d’en faire l'exposition pour la justifier, Fréteau ne s’en met plus en peine.

Assurément, les considérations purement anatomique surlesquelles s’appuies,cemédecin, pouvaient et devaient suffire pour essayer l’application des sangsues au siège, dans les circonstances indiquées. Mais jusqu à ce que l'expérience eût parlé, l'utilité de cet essai était problématique. Il fallait donc , pour nous convaincre, pour nous rendre l'utilité de la pratique dont il s’agit évidente, nous donner le résultat de l'expérience à ce sujet; mais de l'expérience véritable, de celle dont j'ai parlé: c’est-à-dire, nous montrer par des faits exacts, rigoureusement analysés et comptés, que les maladies dont il s’agit, guérissent plus souvent et plus rapidement après l'application des sangsues au siège, qu'ailleurs. Jusque-là, évidemment, le précepte de lPauteur est une pure assertion; et c'est parce que les préceptes de la thérapeutique que nous possédons aujourd'hui, se réduisent presque tous à des assertions, qu'il est si vrai de dire que la théorie et la pratique différent si essentiellement.

( rot )

C’est encore de la même manière, toujours a priori, que l’auteur indique les cas dans lesquels les sangsues sont préférables à l'ouverture de la veine (pages 94 et 96); de manière que, pour lui, présomption, probabilité, indication et démon- Stration, sont synonymes.

Il serait bien inutile, pour apprécier la manière de Fréteau, de faire désormais un grand nombre de citations; et je finis par ce qu'il dit touchant la pleurésie. Il se demande si, dans cette affection, on saignera du pied ou du bras; du côté de la douleur ou du côté opposé. « Les « opinions, dit-il, avaient été partagées jusqu'ici, « sur ce point; mais l'expérience parait enfin « avoir parlé pour confirmer les principes établis « sur la dérivation et ia révulsion. Ainsi, la pleu- « résie confirmée exige la saignée dérivative, « c'est-à-dire, celle du bras du côté douloureux. « La pratique de Triller peut servir de guide sur «ce point. Dans la sixième observation qu'il rapporte, il est question d’une pleurésie du « côté droit très violente, qui sévissait depuis « trois jours. Il fut pratiqué une saisnée du bras « gauche, lieu où elle n’était pas indiquée. Tril- « ler fit saigner du bras droit, et tout alla mieux» (page 235). Suivent deux observations de lamême espèce.

L'auteur est tellement préoccupé de la doctrine de Triller, qu’il ne s'aperçoit pas que deux saignées peuvent être plus efficaces qu’une seule ; et il conclut en faveur de la doctrine de Triller- Mais, à supposer cette doctrine exacte, établitonune proposition, en médecine, avec deux faits; surtout quand ces deux faits peuvent être interprétés de deux manières différentes? Évidemment, la question de savoir où la saignée doit être faite dans la pleurésie, ne peut être résolue que de la manière indiquée plus haut.

La marche de Fieusseux (1) est encore celle des médecins dont il a été question jusqu'ici. A leur exemple, il pose les indications de la saignée dans les cas particuliers, d’après ses effets généraux, qu'il expose préalablement.

Il commence la revue des maladies dans lesquelles la saignée lui semble indiquée, par celles de la tête; se bornant, à leur sujet, à de simples préceptes; redisant ce que d’autres ont dit; comme s’il s’agissait, non d’une science, mais d’usages sansimportance.

En parlant de l’épilepsie ; « J'ai, dit-il, presque « toujours employé les sangsues par intervalles

(x) De la saignée et de son usage dans la plupart des maladies,par Vieusseux, in-8°, 1805.

( ta)

« {sans doute à l'anus), et je l'ai fait avec succes» (page 63). Mais, peut-on répondre à l’auteur : si vous avez la certitude d’avoir eu plus de succes dans le traitement de l’épilepsie au moyen des sangsues, que sans elles; c’est sans doute que, toutes choses égales d’ailleurs, vous avez guéri un plus grand nombre d’épileptiques avec les saignées locales que sans leur secours. Alors vous avez compté les cas; et pourquoi ne pas nous en avoir dit le nombre? Votre livre n’en eut pas êté beaucoup plus volumineux; et au lieu d’une simple assertion, nous aurions une démonstration.

« Dans le croup, dit Vieusseux, la marche de « l'affection est des plus rapides, les évacuations

« sanguines doivent être promptes. Il faut préve- « nir la maladie, parce qu'il est bien rare de la ‘ « guérir quand elle est une foisdécidée» (page 78), Il faut prévenir la maladie ! Il serait fort bon, sans doute, de prévenir les maladies; mais il faudrait, avant tout, pour savoir à quoi s’en tenir sur ce point, connaitre leurs signes avant-coureurs, n'avoir aucun doute à cet égard; et qui connaît, à ce degré, les symptômes précurseurs du croup? Les moyens préservatifs de cette maladie ne pourraient être constatés que dans une épidémie, où les sujets, soumis à l’action de

( 104 ) certains agens, seraient, toutes chioses égales d’ailleurs, atteints en moins grand nombre de la maladie régnante, que ceux qui n'auraient pas fait usage des mêmes agens; mais dans une épidémie seulement, et par la méthode Aie indiquée tant de fois.

Au swjet du discernement qu'il est nécessaire d'apporter dans l'emploi de la saignée, chez les malades atteints de fièvre maligne : « Il faut re- « garder, dit Vieusseux, comme une exception, « ces cas où un habile praticien se décide tout «d’un coup à faire une saignée, en saisissant le « moment favorable; quoique suivant-la pratique « ordinaire, la saignée ne paraissé*pas indiquée. « Alors le médecin agit comme par inspiration; « et le génie se met au dessus des règles. »

Ainsi, voilà le tact, l'inspiration, le hasard, transformés en génie! Car, qu'est-ce que l’inspiration ou le tact, si ce n'est le hasard? Et que faudrait-il de plus pour montrer que Vieusseux a dù donner beaucoup au hasard, se montrer peu rigoureux dans l’appréciation des faits; et qu'il n’imaginait même pas qu'on püt arriver à des résultats rigoureux en pathologie et en thérapeutiquel Comment croire la médeciné une science, et s'exprimer, à son sujet, comme l’a fait Vieusseux?

Notreauteur, onleconçoit sans peine, n’a pas dü

(|. roût )

se montrer très difficile pour les observations particuliéres; et je n’ai que l'embarras du choix pour le prouver. Ainsi, au sujet des maladies du ventre qu’il croit souvent accompagnées de gangrène : « J'ai vu, dit-il, un exemple de cet emploi altera natif de la saignée et des sangsues chez une fille « de trente ans qui, sujette aux maux de ventre, « en éprouva pendant deux ou trois jours, sans « fièvre et sans qu’ils augmentassent par la pres- « sion. Tout-à-coup ils deviennent très forts avec « de la fièvre et des vomissemens. Elle fut saignée « onze fois, eut deux fois des sangsues à lanus, «entre les saignées, dans l'intervalle de sept à « huit jours, et fut promptement rétablie; etelle « échappa à la suppuration qu'il faut éviter à tout « prix » (page 165).

Vieusseux netrouve cette observation nicourte ni incomplète; il la donne comme probante.

Et moi, je demanderai au lecteur ce que peut prouver une observation relative à une affection de l'abdomen, dans laquelle on n’a noté, ni la forme et le volume du ventre, ni l'état des selles, ni la couleur des vomissemens, ni l’expression de la face, ni l’état du pouls, etc., etc.; ni les changemens survenues d'une saignée à l’autre, etc. , etc. Et c’est le même auteur qui dit, dans son avant-propos, que les faits restent! Sans

( 106 }) doute les faits restent : mais la plupart pour montrer combien l'observation à été imparfaite jusqu'ici, avec quel dédain on l'a traitée; et bien peu, il faut en convenir. pour l'instruction de celui qui les lit.

L'ouvrage de M. Poliniére, qui fut couronné en 1926 par la Société royale de Marseille, est incontestablement supérieur aux précédens. On y trouve desobservations particulières bien moins incomplètes, plus nombreuses de beaucoup. Et cependant, il suffit de l’examen de quelques passages de cet ouvrage, pour se convaincre que la méthode de l'auteur n’est pas beaucoup plus rigoureuse que celles de ses devanciers; à l’exemple desquels il pose des principes généraux, pour en tirer des indications particulières, des règles. de pratique.

Après avoir esquissé, dans un premier chapitre, l’histoire de la saignée, M. Polinière en consacre un second à la saignée capillaire, dans le but de fixer le lieu d'élection des sangsues. IL cite, à ce sujet, l’opinion de Vitet, qui veut que les sangsues soient placées loin du siège du mal (page 28); et il s'étonne qu'un médecin qui s’étaie de l'observation et de l'expérience, tienne un pareil langage ; lorsque, précisément, c’est à

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l'aide de l'observation et de l'expérience chinique, que l’on est arrivé à adopter une pratique contraire (page 29).

Je ne partage pas l’étonnement de M. Polinière : et ce qui me surprendrait au dernier point, ce serait de voir deux hommes, donnant, au nom de l'expérience, des préceptes de thérapeutique & priori, arriver aux mêmes résultats; car ce qu'ils décorent du nom d’expérience, c'est une expérience illusoire. L’un, après avoir vu quelques cas dans lesquels les sangsues appliquées, près du siège du mal, ont été suivies d’unisoulagement plus ou moinsprompt, en a conclu en faveur de cette pratique : l’autre, après avoir été témoin d’une pratique opposée et de succès semblables, s’est déclaré pour lapplication des sangsues loin du siège de l’affection. Mais les faits indiqués ne prouvent rien; sinon que les sangsues appliquées dans des points très différens, n’empéchent pas les malades de guérir : de manière que la prétendue expérience des auteurs est nulle, et, qu'aprés leurs assertions et leurs dénégations, nous sommes, tout juste, aussi avancés qu'auparavant. Que fallait-il donc faire pour résoudre le problème qu'ils ont agité? Evidemment, comme je l'ai déjà dit plusieurs fois dans des circonstances analogues, réunir un grand

nombre de faits exacts, relatifs à des individus atteints de la même maladie; dont les uns auraient été traités par les sangsues appliquées dans le voisinage de la partie malade; les autres, par le même moyen appliqué à une distance plus ou moins considérable du point souffrant. Si les premiers, toutes choses égales d’ailleurs, eussent guéri plus vite et en plus grand nombre que les seconds, le problème eût été résolu en faveur des sangsues appliquées près du siège du mal, et réciproquement. Car comment se refuser à une conclusion qui a le caractère de l'évidence?

Arrivant à l'effet qu’on doit attendre de l’irritation causée par les piqüres des sangsues ; « il est «bien des cas, dit M. Polinière, où l’on ne doit « employer les sangsues que pour produire une «irritation plus ou moins prolongée et une «fluxion locale. Ainsi, lorsqu'on veut rappeler « le flux menstruel ou hémorrhoïdal supprimé, « l'expérience apprend que ce n’est pas en fai- « sant appliquer tout-à-coup un grand nombre « de sangsues à la vulve ou à l'anus que l’on y « parvient; mais en irritant, en fluctionnant « pendant trois, quatre ou cinq jours de suite, « par la morsure de quelques sangsues, les tissus « extérieurs voisins. Alors on détermine de pro- « che en proche. etc., etc. » (page 30).

Ici encore l’auteur appelle l'expérience en preuve de ce qu'il avance. Mais évidemment l'expérience dont il s’agit, c'est Pusage, la tradition, la croyance commune; ce quelque chose qui n’est presque rien, que Quesnay a si énergiquement flétri, qu’on puise dans des souvenirs vagues; et non pas l'expression rigoureuse d’une masse de faits exacts, exactement analysés : de manière que ce précepte d’un homme habile doit encore être considéré comme non avenu.

Au sujet de la dérivation et de la révulsion, M. Polinière montre, sans peine, que les auteurs de ces doctrines ont mis autant de confusion dans leur langage, que dansleurs règles de thérapeutique. Mais comment prouve-t-il que la dérivation et la révulsion sont imaginaires? Il cite des autorités et celles de Pinel entre autres. Autant valait-il se borner à une simple dénégation; car, qu'est-ce que l'autorité en médecine? Évidemment, pour nier en toute connaissance de causes et persuader, il aurait fallu faire le travail que j'ai indiqué plus haut, en parlant de Quesnay.

Cherchant à déterminer les cas dans lesquels la saignée de la jugulaire est préférable à celle des autres vaisseaux: « les Recueils cliniques « peuvent nous offrir, sans doute, dit l’auteur,

({ 110) « des exemples de phiegmasies cérébrales gué- « ries sous l'influence salutaire de la saignée du « cou. Mais ne peut-on pas leur opposer un bien « plus grand nombre de maladies semblables , « souvent portées au plus haut degré d'intensité. « et que dessaignées, plus faciles dans leur ap- « plication, ont dissipées comme par enchante- « ment? Pour quela prééminence de la saignée de « la jugulaire fût mise au grand jour, il faudrait « prouver par les faits, que dans tel cas grave où « toutes les saignées échoueraient , l'évacuation « du sang, par la veine du cou, a procuré un « salut inespéré. » (page 83).

Sans doute, et c’est réellement là l’état de la question ; mais comment arriver à la preuve dont il s’agit? Ce n’est pas, comme l'indique l’auteur, en comparant deux faits relatifs à des malades atteints d'affection cérébrale; dont l’un, saigné de la jugulaire; aura guéri; tandis que l’autre, saigné du bras ou du pied, aura succombé; et en soutenant qu’il n’en eût pas été ainsi, dans ce dernier cas, si l’on eût eu recours à la saignée de la jugulaire. Car une démonstration pareille est impossible; vu qu'on peut toujours croire que la ressemblance, entre les cas supposés, n’est qu'apparente ; et Les maladies ne se ressemblant pas exactement, l'argument serait de nulle

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valeur. Imaginez, au contraire, que quarante sujets’ ayant une affection cérébrale bien déterminée , arrivée à la même période , de même gravité, etc., etc., aient été saignés du bras ou du pied; que quarante autres sujets atteints de Ja même affection , et d’ailleurs dans les mêmes circonstances que les précédens, aient été saignés de la jugulaire ; que parmi ceux-ci trente sujets aient guéri, tandis que neuf ou dix seulement des premiers auront été dans le même cas; évidemment il faudra en conclure que, dans les circonstances indiquées , la saignée de la jugulaire est préférable aux autres. Et la conciusion sera rigoureuse; parce que sil est impossible, comme je lai dit plus haut, d'apprécier chaque cas avec une exactitude en quelque sorte mathématique , les erreurs étant les mêmes pour deux groupes de sujets traités par des procédés différens, ces erreurs se compensent, et peuvent dès-lors être négligées, sans altérer sensiblement l'exactitude des résultats. De manière que quelque soit le problème de thérapeutique à résoudre relativement à la saignée, on ne peut le faire sans le secours de la méthode numérique.

Aupremier abord, rien de plus facile et de plus expéditif que cette méthode, qui dispense de tant de raisonnemens inutiles. Malheureusement il

(e 1m) n’en est rien; car elle suppose, comme on l'a déjà vu, qu’on a comparé entre eux un: assez grand nombre de cas d’une même affection; les uns, relatifs à des sujets dont la maladieaura été abandonnée à. elle-même, autant qu’on !e pourra du moins; les autres, à des individus auxquels tels ou tels médicamens auront été administrés. Elle suppose que le même agent thérapeutique aura été étudié dansles circonstancesles plus variées ; donné à des doses fortes ou faibles; à une époque rapprochée ou éloignée du début; seul ou concurremment avec d’autres moyens; chez des sujets jeunes ou âgés, etc., etc. Etnon-seulement cette méthode exige beaucoup de travail ; mais la réunion des faits qu’elle suppose est difficile, pour une même maladie: toutes choses assez mal comprises jusqu'ici, on en conviendra, par les sociétés savantes, qui, en proposant des sujets de prix sur la saignée, par exemple, ont voulu que les candidats parcourussent le cercle entier des maladies, et posassent des règles pour tous les cas! De leur côté, les candidats qui étaient de leur temps, ont trouvé la chose toute simple ; et une année, quelquefois moins, leur a suffi pour donner la solution de problèmes, qui pour être rigoureuse, exigerait la vie de plusieurs personnes! D'où il est résulté que les anteurs cou:

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