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ronnés et tous ceux qui se sont occupés de la saignée, n’ont mis hors de doute aucun des préceptes qu'ils ont donnés. Au lieu d'étendre les questions, les sociétés savantes devraient les restreindre; et, à mon avis, elles s’honoreraient beaucoup, si, au lieu de donner pour sujet de prix; « déterminer par des observations cliniques « quelles sont les maladies dans lesquelles l’ap- « plication des sangsues est préférable à la sai- « gnée; quelles sont celles où ce dernier moyen «est plus utile que les saignées locales, et les « cas qui réclament leur emploi simultané (1); » si, au lieu de ces problèmes insolubles pour un seul homme, à raison de leur étendue, elles se bornaient à demander, par exemple, qu’on fixt, d’une manière rigoureuse, les effets de la saignée, dans la pneumonie, ou dans une maladie quelconque; mais une seule : puisque alors seulement elles ne demanderaient pas l’impossible.
Les réflexions faites au sujet de la saignée de la jugulaire, s'appliquent à ce que dit l’auteur de la saignée du bras comparée à celle du pied; et je ne m'y arrêéterai pas.
Son sixième chapitre traite des indications de
(x) Questions proposées par la Société de médecine de Marseille, en 1825,
la saignée, suivant lâge, le sexe, le tempérament, etc., etc. Ses préceptes ont pour base quelques faits favorables à sa manière de voir (mauvaise logique, car avec elle on peut tout prouver); ou l'expérience des anciens : et nous avons vu en quoi consiste cette expérience, qui, presque toujours, n'est qu'une tradition, sans preuve. Si d’ailleurs on se rappelle que l’auteur a dû parler de l'influence de l’âge dans toutes les affections où la saignée peut être pratiquée, on concevra qu'il ne pouvaitfaire que ce qu'il a fait.
Dans la seconde partie de son ouvrage, qui en est aussi la plus considérable, M. Polinière fait application des principes qu’il a posés ; en commençant par les inflammations de la muqueuse gastro-intestinale. Etavant d’en venir aux faits particuliers, il se livre aux remarques suivantes : «Il «m'eüût été facile de présenter, dit-il, à l'appuides « principes que j'émets relativement aux émis- « sions sanguines, une masse de faits quadruple, « quintuple,etc., etc. Dansun vaste hôpitalcomme « celui de Lyon, ce ne sont pas les faits qui man- « quent; mais une telle abondance aurait sur- « Chargé ce livre, sans le rendre plus utile. Bien « persuadé que les faits extraordinaires et rares «ne doivent pas occuper la plus grande place « dans nn ouvrage de médecine pratique, que
« l'on doit s'attacher à méditer ceux qui s’offrent « journeliement à l'observation ; j'ai cherché, « parmi les histoires de maladies que je possède, «celles qui peuvent être considérées comme « l'expression fidèle, comme la :représentâtion « simple et claire d’une foule d’autres analogues. « Ainsi, en citant, pour chaque genre de mala- « die, trois où quatre observations, j'ai pensé « que cela suffirait pour montrer la conduite « que je crois devoir tenir dans tous les cas de « même nature » (pag. 203).
Sans doute quelques exemples suffisent pour faire connaître au lecteur la pratique de M. Polinière, dans des cas analogues; mais ces exemples ne suffisent pas pour prouver que cette pratique est bonne; et, à supposer qu’elle le soit, pour: montrer son degré d’utilité: et c’est précisément là toute la question. Auriez-vous desiré, dira=ton, l’auteur ayant cent observations relatives à une affection quelconque, qu’il les exposät toutes les unes ‘après les autres? Non, assurément: mais J’aurais voulu que auteur donnât une ana’ lyse rigoureuse de ces observations : puisque, en les supposant exactes, il aurait, par cette analyse, prouvé quelque chose; tandis que les faits qu'il cite ne prouvent absolument rien, dans leur isolement. Car, qu'on y songe bien, si l’on n’a
rien fait dans les sciences, quand on n’a pas rigoureusement démontré la vérité de ce qu’on avance; on n'a rien fait non plus en thérapeutique, quand on n'a pas démontré qu’un agent quelconque produit tel ou tel effet, a telle ou telle influence sur la marche et sur l’issue d’une maladie, dans des circonstances connues. Et les médecins les plus habiles n’ont guère oublié, il faut en convenir, que de donner cette démonstration.
Que ceux qui s’occuperont désormais de thérapeutique, suivent donc une marche opposée à celle de leurs prédécesseurs; qu’ils ne croient pas avoir fait quelque chose pour avoir exposé leurs vues, ou pour avoir dit ce qu'ont fait les médecins les plus célèbres, dans telle ou telle affection. Qu'ils s’attachent à montrer, d’une maniere rigoureuse, l'influence et le degré d’influence d’un médicament quelconque sur /a durée, la marche et la terminaison de ces maladies. Qu'ils n’oublient pas que rien n’est plus difficile à constater qu'un fait de ce genre; qu'on ne peut y parvenir qu'au moyen d'une grande masse d'observations, recueiliiesavec exactitude : qu'au lieu d'aborder un sujet sans limites, il faut le circonscrire pour pouvoir l’embrasser complètement, et l’étudier sous toutes les faces ; que s’il n’y a pas d’autre moyen d’être véritable-
di ment utile à la science et aux hommes, c’est aussi le seul qui puisse procurer une gloire réelle à ceux qui s'occuperont de thérapeutique.
Je ne pousserai pas plus loin l'examen de l’ouvrage de M. Polinière, ce qui précède me paraissant suffire pour donner au lecteur une idée de sa méthode. Et je m’'abstiendrai de toute espèce de réflexions sur des recherches plus récentes; pour que personne ne puisse imaginer qu’en me livrant à la critique des auteurs dont j'ai cité quelques passages, j'aie eu un autre but que celui de remplir un devoir.