ARTICLE I
5) î f Q 0 e e De l'effet des émissions sanquines dans l’angine gutturale.
J'ai recueilli trente-cinq cas d'angine guüttu-
rale, chez des sujets parfaitement bien portans jusque-là. Chez douze d’entre eux, la maladie fut très légère, se dissipa spontanément, ou à-peu-près, en quatre ou cinq Jours; et je les écarte de mon analyse , afin que tout soit comparable, sous le point de vue qui nous occupe. Le nombre de mes observations ainsi réduit, la proportion des cas d’angine forte ou faible est presque la même parmi les sujets qui ont été saignés et parmi ceux qui ne l'ont pas été. Chez tous l’inflammation des amygdales a eu lieu, a été primitive, en apparence du moins, et compliquée, ou de l’inflammation du pharynx, ou de celle du voile du palais et de la voüte palatine; de ces deux dernières, dans la grande ma- Jorité des cas.
Sur les vingt-trois sujets dont il s’agit et dont V’angine a été plus ou moins forte, treize ont été saignés. La durée moyenne de l’affection fut de neuf jours chez ces malades; de dix jours un quart chez les autres. Et, comme le reste du traitement fut le même chez ces deux ordres de sujets ({ pédiluves sinapisés, gargarismes adoucissans, cataplasmes autour du cou), cette différence ne peut être attribuée, ce me semble, qu'aux émissions sanguines, ou à leur défaut.
L'examen détaillé des faits confirme cette
proposition. Ainsi, la durée moyenne de la maladie fut de buit jours et demi, dans deux cas où l’on appliqua des sangsues au eou dès le débnt; les symptômes ayant diminué le huitième jour chez un des sujets, et le neuvième chez l’autre. Elle fut de sept jours et demi chez deux malades saignés au troisième jour de l'affection, qui fut néanmoins à-peu-près aussi intense que chez les premiers; de dix, neuf, et dix jours et demi, chez ceux qui furent saignés , les cinquième, sixième et neuvième Jours. Ce qui n'aurait pu avoir lieu, si les émissions sanguines avaient une grande influence sur la marche de l’angine gutturale. Il est même à remarquer qu'un des cas où la maladie eut le plus de durée (dix jours }, est relatif à un sujet auquel on appliqua des sangsues les premier et quatrième jours de l’affection, en petit nombre il est vrai; mais en grande quantité les cinquième et sixième ( vingtcinq chaque fois); que dans un autre où la saignée fut faite de la même manière et abondante (quinzeonces), aux troisième et sixième jours de la maladie, les symptômes ne diminuérent qu’au onzième; qu'il en fut à-peu-près de même dans un troisième cas où l’on appliqua, le sixième jour de Fangine, vingt sangsues, qu’on fit suivre d’une saignée copieuse du bras, dans la soirée.
Sans doute langine était forte chez les trois derniers malades, et l'on croira pouvoir expliquer l'excès de sa durée, par son. intensité. Je crois l'explication excellente; mais qu’en conclure, sinon que l'influence de la saignée sur la marche de l’angine, est extrêmement bornée?
Les mèmes faits doivent aussi faire naïître des doutes, sur la grande utilité des sangsues appliquées à l’épigastre dans la gastrite, ou sur toute autre partie de l'abdomen, dans les points correspondans aux viscères présumés malades. Comment, en effet, accorder beaucoup de confiance aux préceptes & priori qu'on donne généralement à ce sujet, quand les sangsues appliquées le plus près possible de l'organe affecté, dans lPérysipèle et dans l’angine gutturale, n’ont qu'une action si légère, qu’elle est beaucoup moins évidente que celle de la saignée générale?
Signalons encore un fait important par son analogie avec ceux qui ont été rapportés plus haut, savoir : que dans deux cas où la saignée : fut faite les sixième et neuvième jours de l’affection, les symptômes de l’angine furent beaucoup moindres le lendemain et le surlendemain, comme si les émissions sanguines eussent eu beaucoup d'influence dans ces deux cas; mais bien plutôt, sans doute, et presque uniquement,
(31) y) Ü n us ..* parce que l'affection était voisine de son terme naturel, au moment où la veine fut ouverte.
Il résulte des faits exposés dans ce chapitre, que la saignée n’a eu que peu d'influence sur la marche de la pneumonie, de l’érysipèle de la face et de l’angine gutturale, chez les malades soumis à mon observation; que son influence n’a pas été plus marquée dans les cas où elle a été copieuse et répétée, que dans ceux où elle a été unique et peu abondante; qu'on ne jugule pas les inflammations, comme on se plaît trop souvent à le dire; que, dans les cas où ii paraît en être autrement, c'est sans doute, ou parce qu'il y a eu erreur de diagnostic, ou parce que l'émission sanguine a eu lieu à une époque. avancée de la maladie, quand celle-ci était voisine de son déclin; qu'il serait bon néanmoins d'essayer, dans les maladies inflammatoires dont le péril est imminent, la péripneumonie, par exemple, si une premiere saignée, poussée jusqu’à la syncope, de vingt-cinq à trente: onces et plus, n'aurait pas un plus grand succès; qu’enfin, dans les cas où j'ai pu comparer l'effet de la saignée par la lancette, avec l'effet qu’on peut attribuer aux sangsues, la supériorité du premier moyen m'a paru démontrée.
J'ajouterai que, malgré les bornes de leur utilité, les émissions sanguines ne peuvent pas étre négligées dans les maladies inflammatuires graves, et qui ont pour siège un organe important; soit à raison de leur influence sur l’état de l'organe malade; soit parce qu’en abrégeant la durée de l'affection , elles diminuent les chances des lésions secondaires, qui en augmentent le péril; que les maladies inflammatoires ne pouvant être jugulées, on ne doit pas multiplier les saignées, dans l'intention d’attéindre ce but imaginaire; qu'il ne faut pas oublier d’ailleurs qu’un certain degré de force est nécessaire à la résolution de l’inflammation, puisqu'elle est d'autant plus grave et environnée de dangers, que les sujets sont plus faibles, et que cette faiblesse favorise aussi le développement des maladies secondaires; qu'enfin, lutilité des saignées générales étant mieux démontrée, par mes observations, que celle des saignées locales, la lancette parait devoir être préférée aux sangsues, dans les maladies dont il vient d’être question. |
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