‹ Recherches sur les effets de la saignée dans quelques maladies inflammatoires, et sur l'action de l'émétique et des vésicatoires dans la pneumonie (volume 2)Chapitre 7 sur 27 · ARTICLE · texte numérisé non relu

ARTICLE

Effet des émissions sanguines dans l’érysipele de

la face.

De trente-trois sujets atteints d’érysipèle de la face, et qui tous étaient dans un état de santé parfaite, au moment où ils furent atteints de cette maladie, vingt-et-un furent saignés. La durée moyenne de l'affection fut de sept jours un quart chez l’un d’eux, et de huit chez les autres. C’està-dire, qu'après cette époque, l’érysipèle cessa de s'étendre; que les symptômes locaux, la rougeur, la dureté et l’épaississement de la peau, diminuèrent. Il semble donc que, dans les cas

dont il s’agit, les émissions sanguines ont abrégé la durée de la maladie de trois quarts de jours. Car je puis faire abstraction de deux autres moyens de traitement qui furent employés de la même manière, chez presque tous les malades saignés et non saignés; je veux parler des évacuans et des pédiluves sinapisés.

On croira peut-être que la différence n’a été si peu considérable entre les deux ordres de sujets qui nous occupent, que parce que la maladie était grave et étendue chez les uns, médiocre ou légère, et très limitée chez les autres. Mais il ren a pas été ainsi; et chez les sujets saignés, comme chez ceux qui ne le furent pas, l’érysipèle offrit plusieurs degrés ; de manière que, sous ce rapport, il y avait presque égalité entre eux. Ce qui fit obstacle aux saignées, c’est, ou l’arrivée tardive des malades à l'hôpital, ou le peu d’intensité du mouvement fébrile qu'ils présentaient; en sorte qu'on a cru pouvoir se borner, pour eux, aux dérivatifs. J’ajouterai que quelques sujets saignés, le furent avant d’avoir été soumis à mon observation, et qu’il n’est pas à présumer que le mouvement fébrile ait été considérable chez tous ceux qui furent dans ce cas.

Au reste, les détails dans lesquels je vais entrer, donneront aux faits dont il s’agit leur va-

(24) leur réelle, en les montrant, pour ainsi dire, sous une autre forme.

Les vingt-et-un malades saignés, nele furent pas tous à la même époque. Chez l’un d'eux, c'était un étudiant en médecine, àgé de plus de trente ans et d’une constitution forte, une première émission sanguine eut lieu le premier jour de la maladie, et l’érysipèle ne fut stationnaire, ne commença à diminuer, que huit jours après son début. Les autres malades furent saignés les deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième jours de l’affection; et la durée moyenne de celle-ci fut, pour chacun de ces groupes et dans l’ordre indiqué, de sept jours, de six, de sept et trois quarts, de sept et demi, et de sept jours un quart. C'est-à-dire à-peu-près toujours la même, à quelque époque que la première saignée ait été pratiquée. Ce qui n’a pu avoir lieu, que parce que la marche de l’érysipèle de la face est presque constamment uniforme, et que les émissions sanguines n’ont sur elle que fort peu d'influence; sans quoi cette influence eût été très sensible chez les sujets saignés dans les deux ou dans les trois premiers jours de l'affection. Il est même à remarquer que la majeure partie des sujets dont les symptômes locaux offrirent le plus d'intensité, furent saignés dès le deuxième ou le

(@S ) troisième jour de la maladie, et au moins deux fois. Et si l’on ne peut pas en conclure que la saignée a été nuisible, dans ces cas, au moins faut-il reconnaitre que son utilité n’est pas démontrée.

On pensera peut-être que si, au lieu de recourir à la lancette,on eût appliqué des sangsues dans le voisinage de la partie enflimmée, ou sur cette partie même, on aurait obtenu, des émissions sanguines, des succès plus marqués. Mais les faits ne s'accordent pas avec cette hypothèse. Car chez six sujets auxquels on appliqua des sangsues, près de la partie malade, les deuxième, troisième et quatrième jours de l'affection (trois d’entre eux furent encore saignés le lendemain, et l’un d’eux le jour même du début); chez ces sujets, dis-je, la durée moyenne de l’érysipele fut de huit jours un quart; plus considérable par conséquent que chez les autres. Ce que je n’attribuerai certainement pas aux sangsues; mais j'en conclurai, du moins, que leur influence sur la marche de l’érysipèle n’est pas telle qu’on la prétendu ; qu'il est même douteux qu’elles aient le faible degré d'utilité dela saignée générale.

On objectera peut-être encore aux conséquences qui me paraissent découler rigoureusement des faits, que les malades atteints d’érysipèle de la face éprouvent assez ordinairement

un soulagement réel, ont le visage beaucoup moins rouge, pendant la saignée , ou immédiatement après, qu'avant. Ce soulagement et cette pâleur de la face ont effectivement lieu quelquefois; maisils sont momentanés, et les sujets quiles éprouvent ne guérissent pas plus rapidement que les autres. De manière que la seule conséquence, à tirer de ce fait, c’est qu’il ne faut pas confondre les effets immédiats et les effets thérapeutiques, à proprement parler, des médicamens.

D'ailleurs, comme on l’a déjà vu pour la pneumonie, on s'explique très bien comment l’utilité des émissions sanguines dans l’érysipèle de la face a été exagérée, en considérant ce qui eut lieu dans quelques cas où la saignée fut faite à une époque éloignée du début. En effet, chez trois sujets dont la veine fut ouverte au sixième jour de la maladie seulement, il y eut, dès le lendemain , une amélioration remarquable dans tous lés symptômes; et cette amélioration fit des progrès rapides. Mais qui ne voit que dans ces cas, l’érysipèle étant voisin de son terme le plus ordinaire, au moment où la saignée fut pratiquée, il n'y a peut-être eu, dans l’amélioration indiquée, qu'une simple coïncidence; et que tout ce qu'on peut présumer, avec quelque fondement , en faveur de l'émission sanguine,

c'est qu'elle aura diminué la durée de l'affection d’une demi-journée, ou de trois quaris de Journée. Nouvelle preuve de la nécessité d’avoir une connaissance exacte de la marche naturelle des maladies, pour apprécier, à leur juste valeur, laction des agens thérapeutiques.

Sans m'appesantir sur l’état des symptômes généraux à la suite des émissions sanguines , je remarquerai que dans la troisième partie des cas dont il s’agit, le pouls perdit sa fréquence un jour avant le commencement de la marche rétrograde de l'affection, celle-ci étant alors dans son état, commé on dit. Fait qui n’est pas sans importance, relativement aux affections inflammatoires des organes profondément situés, dont les progrès et le déclin sont ordinairement appréciés par le pouls; puisqu'il indique la nécessité d’attendre au moins trois ou quatre jours après le retour du calme de la circulation, avant d'affirmer que Vinflammation ne laisse plus que de faibles traces dans l'organe malade.

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