‹ Recherches sur les ForaminiferesChapitre 38 sur 69 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

INTRODUCTION

Dans notre précédent mémoire, contenant la monographie des Cristellaires, il nous a été facile de démontrer combien sont grandes la variabilité et l'instabilité de l'espèce; nous avons montré, en effet, que, dans certaines espèces, la forme des coquilles et surtout leurs ornements changent non-seulement d’une coquille à une autre, mais encore et, le plus souvent, sur chacune des faces d’un même échantillon.

Dans quelques-unes des monographies dont nous allons exposer l’étude, nous arrivons à démontrer,

de même, la variabilité et l’instabilité dans les caractères du genre.

Les espèces qui se trouvent placées à la tête des séries présentent bien les caractères typiques du genre, tels que la diagnose les indique ; mais à mesure que les échantillons se multiplient, on voit ces caractères s’effacer graduellément; de plus, les dégénérescences interviennent et produisent les caractères qui appartiennent à d’autres genres; de là une classification souvent impossible ou du moins trèsdouteuse.

Ce premier fait tend à prouver que les diagnoses établies dans le principe ont été basées sur des caractères insuffisants, pour bien délimiter les genres, ou observés sur un trop petit nombre d'échantillons ; avec un plus grand nombre, ces diagnoses deviennent incorrectes ou incomplètes. Nous aurons donc à faire l'exposé des études critiques qui ressortent du classement des espèces et qui concernent les genres que nous avons à traiter dans ce mémoire; une partie sera développée dans l'introduction, et, pour le complément de nos observations, nous renverrons à l’article qui se trouve en tête de chaque genre.

Dans nos publications sur l’Oolithe, nous avons eu à rectifier les diagnoses des genres Marginuline et Cristellaire; nous ferons de même pour quelques autres genres, et principalement pour les Frondiculaires et les Flabellines, dont nous avons déjà eu occasion de nous occuper dans nos précédents mémoires sur les lias !. |

Pour les. Frondiculaires , d’après la définition que

1 TERQUEM. Cinquième mémoire sur les Foraminifères du lias. Introduction, p. 519. Sixième mémoire. Introduction, p. 469.

nous avons donnée du Nucléus ‘, on sait qu'on ne peut en constater la présence que lorsqu'il est translucide et formé de la même matière que les cloisons; que, lorsqu’au contraire, il est opaque et rempli de la même substance que les loges, il faut considérer la base de la coquille comme formée d’une ou de plusieurs loges; de là il résulte que les Frondiculaires ne possèdent de véritable nucléus qu'exceptionnellement et lorsque les loges de la base: ont un tour de spire complet; pas de nucléus sans un enroulement.

La base, possédant une forme assez régulièrement sphérique et servant de support aux autres loges, produit une coquille presque toujours régulière et équilatérale.

Pour les Flabellines, nous voyons la loge initiale placée, comme dans les Cristellaires, sur les différents points de la base; le développement de cette base suit exactement le même mode que dans les Cristellaires et présente un nombre plus ou moins grand des loges de la crosse ; de la sorte, en faisant abstraction des loges en chevron qui terminent la coquille, toutes les Flabellines, prises à l’état de jeune âge et avant d’avoir acquis leurs loges complémentaires, trouveraient naturellement leur place dans les sections que nous avons établies pour les Cristellaires et seraient confondues avec celles-ci.

Les loges de la crosse, plus ou moins nombreuses et contournées, servant de support aux loges additionnelles en chevron, il en résulte que la coquille de la Flabelline est presque toujours irrégulière,

! TERQUEM. Deuxième mémoire sur les Foraminifères de lOe-lithe. Introduction, p. 448.

inéquilatérale, plus projetée du côté ventral que du côté dorsal.

Si le nombre des loges constituant la base est variable, celui des loges en chevron ne l’est pas moins, et l’on en peut compter depuis une seule jusqu'à huit à dix.

De cet exposé ressortent ces questions :

4° Ne faut-il considérer toute Cristellaire que comme l’état embryonnaire d’une Flabelline ?

2 Les loges en chevron qui caractérisent la Flabelline peuvent-elles constituer l’état adulte, complément obligé de toute Cristellaire?

3° Doit-on, au contraire, considérer ces loges en chevron comme accidentelles et les coquilles, qui en sont munies, comme le résultat d’un état pathologique ?

%° Peut-on voir dans cet état un hybride ou, au contraire, un passage régulier entre les genres Cristellaire et Frondiculaire”?

9° Si toute Cristellaire est considérée comme une coquille incomplète, quel type complet faut-il choisir, le genre Flabelline ou le genre Frondiculaire?

Pour être conséquent avec les principes que nous avons établis antérieurement pour nos études, il convient de procéder toujours du simple au composé et de placer à la tête les Cristellaires, qui servent de base aux deux autres genres, puis d’étudier les Frondiculaires, qui présentent cette base à l'état rudimentaire; enfin, de prendre les Flabellines, qui ont cette base plus développée et qui, ayant le jeune âge de l’un et l’état adulte de l’autre, réunissent dans leur ensemble tous les caractères propres aux deux genres précédents.

Quand on prend comme type du genre Frondicu-

laire une coquille comprimée, à forme équilatérale, à loges régulières, disposées en chevron, à ouverture terminale et centrale, la classification en paraît fort simple et rationnelle ; mais bientôt, avec la multiplicité des échantillons, les modifications interviennent, changent les points essentiels de la diagnose et rendent les déterminations parfois très-douteuses.

Ainsi, les loges en chevron voient leur angle aigu s’effacer insensiblement et produire un arc plus ou moins régulier ; cette disposition se simplifiant successivement, les cloisons sont, en dernier lieu, transversales ; les loges sont alors simplement empilées à ouverture centrale, caractères propres aux NODOSAIRES.

Dans ce dernier cas, le caractère typique du genre Frondiculaire se réduit uniquement à la compression de la coquille, qui sert à la distinguer des Nodosaires, qui ont leurs loges sphériques (pl. XXII, fig. 27 à 29). |

Quand la coquille est ainsi comprimée, avec cette circonstance que les cloisons sont disposées en arcs concentriques, les Frondiculaires se confondent complétement avec les LINGULINES et ne peuvent en être distinguées que par la forme de l'ouverture, ronde ou ovale dans les Frondiculaires, tandis qu’elle est en fente transversale très-étroite et allongée dans les Lingulines (pl: XXI, fig. 21 à 24; pl. XXIIT, fig. 1 à 8).

Mais la compression naine n’a rien d’absolu et subit également des modifications ; elle passe de l’état extrême, avec une arête vive sur le pourtour, à la forme régulièrement ovale, et de là à la forme obronde ; dans ces circonstances les Frondiculaires se rapprochent des DENTALINES, dont elles ne peuvent

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