‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 35 sur 113 · QUELQUE · texte numérisé non relu

QUELQUE

Nous avons proprement aujourd'hui trois pronoms quelque :

i° L'un où quel se décline et que reste invariable; comme dans : quel que soit. . • quelle que soit. . .

a0 Le second dans lequel on ne décline jamais que le second membre de la composition, que; dans : quelque homme, quelque femme , quelques hommes, etc.

3° Le troisième où les deux membres de la compo-

sition sont également indéclinables : quelque libres quelles soient

On voit assez que ces pronoms ne sont qu'un composé fort simple du pronom quel, dont j'ai parlé; ils en ont reproduit au xin* siècle toutes les variations , sans y rien ajouter qui leur soit propre. H n'y a donc lieu à aucune observation particulière sur leurs formes.

Tout ce qu'il faut remarquer, c'est que de ces trois pronoms, il n'y a guère que le premier et le dernier qui appartiennent au bon langage d'avant 1 a5o. L'autre, notre quelque, quelques, au sens de aliquot, ne s'est guère introduit que dans la seconde moitié du xin* siècle ; d'autres mots en avaient tenu lieu jusqu'après cette époque.

Notre pronom quelque, dont le premier membre quel se décline seul , est le plus commun des trois dans les bons textes anciens.

Quelque. . . que, invariable dans ses deux éléments, s'y rencontre aussi; mais on n'y redoublait pas le que; et au lieu de quelque. . . que, on disait presque toujours quel. . . que.

On trouve quelques irrégularités dans l'emploi de ces pronoms et quelques anomalies qui s'écartent de leur usage d'à présent. Mais il est facile d'observer qu'elles ne viennent que de l'absence de règles établies , qu'elles sont de purs tâtonnements dans l'emploi de locutions encore nouvelles et mal fixées , qu'elles ne procèdent que d'ignorance ou d'incertitude , et qu'au fond les auteurs entendaient l'usage et la valeur de ces pronoms comme nous les entendons encore.

Cest ce qu'éclairciront complètement les exemples , par lesquels seuls d'ailleurs on peut faire connaître des anomalies qui n'ont rien de réglé.

c Et s^il avenoit que li cours de le dite fontainne fort enpeeldés ■ ou pour crétines de iaues ou pour assatdement de terres des ccans, ou pour autre occoison qpele que elle fust par coi li église « et li vile d'Auchi devant dites ne '{eussent mie avoir delivrement « sour partie du cours de le fontainne. • ( C. HA. p. 3i5. )

■ Qaeles ft'eles soient ou pueent estre. » (Ibid. p. 3oa.)

• Le quel ki vaurra;» nous dirions : c lequel il voudra.» (Ibid. aag.)

*Queil peu qu il i ait.» (Ibid. 169.)

■ Keïlles Ar'elles soient. ■ ( 1 28a ; Hist. de Metz, m , aa5. )

• An foi/ manière t'il. . . . » (Ibid. aa5.)

Li helz ke soit i arait perde grant , Ou Vienois ou la Françoise gent , Au tornoi de Viane.

Gerart de Vian, A71-A73.

Je nd laroie por l'or de x citeiz. *• : "■'■ K*a couardie me seroit reproveiz.

Au fer des lances serons hue ajosté.

Le kel ke soit convient estre maté.

Ibid. 6ao-6a3.

■ Pop tel convent que il lor jureraient sor sainz loialement que « desenqui en avant à quels eure que il les semonroient dedanz « les quinze jors , que il donroient navie à bone foi sans mal en- « gins. » (Villehardouin, 5g , p. 446 c. )

Quant à notre pronom quelqu'un, quelques-uns, il est encore moins que quelque,* quelques, au sens de aliquot, des bons temps du xm* siècle.

D y a çà et là, je crois, vers la fin, quelques exem-

pies du dernier; mais je n'en connais pas un seul du premier, et je suis porté à croire que sa formation est postérieure.

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