‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 55 sur 113 · NULUI · texte numérisé non relu

NULUI

Il n'y a guère lieu de douter que ce mot ne soit à nul ce que autrui est à autre, c est-à-dire une forme de régime, et qu'il ne dérive du latin nullius tout comme altrui dérive d'alterius.

Mais nului, tenant de si près à nul par son origine, s en est si anciennement détaché dans ses formes et dans son emploi, qu'il est impossible de ne pas le traiter à part.

La signification de nului n'a jamais changé, et elle a toujours été la même que celle de nul.

Les textes les meilleurs et les plus anciens ne l'emploient jamais que comme régime; mais avec cette restriction, toutefois, qu'il n'impliquait point, comme altrui, par sa propre forme, la valeur exclusive de génitif d'abord, puis en général de régime; on voit les textes les plus anciens le faire précéder déjà d'une préposition pour marquer son emploi dans la phrase.

La plus ancienne forme de Bourgogne a été nelaj, neluy, puis nului; dans l'Ile-de-France et la Champagne, au milieu du xine siècle, nolui; en Picardie nulli, nullui, nului; en Normandie nului.

Vers la fin du xm° siècle, dans les textes qui méconnaissent déjà presque tous les bons usages de l'âge pré-

cèdent et qui ne leur en ont point encore substitué d'autres, on rencontre nulai employé comme sujet :

Oil, ce dist Gautiers, et à molt mains d'avoir Que nalui ci entor, et mien à mon pooir Vous servirai toz jors et au main et au soir.

Gautier (TAupais, p. 9 , cd. Michel.

Plus anciennement, il sert pour les régimes des verbes direct et indirect, et surtout pour les régimes de prépositions.

« H ne seyvent k neluy faire mal, il ne seyvent faire grevance. » (S. de S. B.)

«Sachent tuti. . . que hom ne femme, ne clers, ne lais, ne « puet nullui areister pour nulle debte , de nulle citeit qui soit ou «seule, s'il n'en est plages ou datrez. » (12a 1; H. de M. III, 182, i83.)

«Jureront que il ne donront dont nul, ne à famé, ne à en- «fans, ne à autres amis, ne à nulli qui leur appartienne.» [Ord. des R. de Fr. I, 79 , n. 7.)

Quant de nallui secors n'atendent.

R. de Rou, 952a.

Li rois de Puille et de Sezile Par peor, nolui ne revile.

Parionop. 8883, 8884.

Costume estoit à icel tens Quelque ce fust, folie ou sens, C'on ne caignoit nolui espée Qui n'eust bien le teste armée.

Ibid, 7601-7406.

«K'3 ne tenoient de nalai. • (1387; le Carpentier, JET. de C. II,Pr.36.)

Caraveuc mont grant damaige Ne veul morir n'afoleir Quant de la terre savaige Ne voi nullui retorneir Ou cil est ki m'asuaige Son cuer, quant jven oi pairler.

Cmpdet , H. du châtdam dt Qmci, p. ivii.

Mais ce n'iert pas : anchois auront Li gros poisson à leur assise Ki or manguent le menuise Ne de nalai jugié ne sont.

Vers sur la mort, XLVII, p. 4o.

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