NUL
Des trois pronoms négatifs que nous venons de voir, aucun commençait à peine, dans le xni° siècle, à se montrer quelquefois au sens négatif, et il conservait presque toujours une valeur positive; nesun et nuns, bien négatifs , ont été restreints à l'usage de certaines provinces et d'une époque peu étendue : nul, au contraire, le
véritable pronom négatif français, a été de tous les temps et de toutes les provinces.
Il est aussi ancien que la langue, son acception n'a jamais varié, et ses formes guère davantage.
Dans les Sermons français de S. Bernard , on le trouve ainsi décliné :
sing. Suj. Masc. nuh Fém. nule.
Rég. nul ....
Ces formes y sont constantes et sans variation. Nuls surtout, pour le sujet, s'y reproduit très-fréquemment et y est tout à fait hors de doute.
Du temps de Villehardouin, la règle de l'élision de la consonne finale devants s'était déjà étendue à ce mot, et la déclinaison était devenue :
Masc. Nus, nul Fém. nuh}.
*Nus n'escapa. » (Villehardouin, p. 45g.)
Et ce qui prouve que cette élision est bien du temps de Villehardouin, c'est qu'on la voit aussi pratiquée
dans des pièces d'entre 1 2 1 2 et 1 2 2 o :
0 Nus ne soit commanz à'atrui, ne nus nel pregnet » (H. de M.
La déclinaison ainsi fixée s'établit peut-être un peu plus tard en Normandie que dans les provinces de l'Est; mais elle demeura telle pendant tout le xin* siècle , et il n'y a rien à remarquer de plus, sinon que c'est la Picardie et la Lorraine qui les premières ont donné deux // à la forme du féminin.
i Pour nulle debte. • ( îaa i\ H. de M. 18a. )
Trestout sont coi , nus d'ans ne se remue.
Gtrmrt et Fîmc, 3osS.
N'ait avoc loi ne ione ne chanu »
Car tait si home l'ont par le bois perdu :
Ne seit nos hom ke il soit devenus.
Ibid. 35ig-35ai.
Se ceou ne faites, par le cors S. Richier, Jamais nul ior ne m'en oreiz plaidier.
IhitL i33a, i333.
Sans nmles armes, chascuns ioie menant.
S'en issent de Viane.
/6tf. 38i i.38u.
Diex est si larges de merir
Nus en lui perdre; en nule guise,
Ne puet, s'amor ne son senrise.
N. R.<UF.€tC. \, no.
Ne ne venoit en sa meson Nus poores qu'il ne herbergast Et que il du sien ne donast.
/lu*. II, a36.
Del mund ne de tant cum il dure N'a nus ne numbre ne mesure; Ceo ne purreit nus tant aprendre, Que certe chose en sust rendre.; Nul ne sout [ -] onkes sa laur [ - v ] Ne s'amplete ne sa grandur.
Benoit de S. More, 19-2 4.
• Hume nul, • aucun homme. (R. de Charlem. 9 )
Beaus dous amis, fait il, à tort, Ave» deshet de nule rien.
PartMOpnu , 8178, 8179.
Partonopeus le fait celjor Si bien par tôt, à cascun tor Que nus n'osse mais estriver Qu'il ait eu le jor nul per.
Ibid. 87A1-87A4.