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CHAPITRE IX

Pour que la description d’une Grégarine soit vraiment digne d'intérêt, il est nécessaire qu’elle soit complète, c’est-à-dire qu'elle comprenne toutes les différentes manières d'être de l’organisme, au cours de son évolution. À cette condition seulement, il sera possible d’assigner à l'espèce nouvelle une place au milieu de celles déjà connues et de retirer de son étude spéciale ou comparative,quelque fruit pouvant augmenter nos connaissances sur la zoologie du groupe.

Les différents termes que doit comporter la description complète d’une Grégarine nous sont tout indiqués si, partant d’un point quelconque de son cycle, le corpuscule falciforme par exemple, nous suivons notre soporozoaire dansles différentes phases de son évolution jusqu'à ce que nous soyons revenu au point de départ.

Nous aurons ainsi à décrire successivement les états de céphalin, sporadin, kyste, spore et corpuscule ; chez les Monocystidées où la phase de céphalin n’existe pas, la description se trouve simplifiée d'autant.

À l’état de corpuscules falciformes, les Grégarines ne présentent aucun caractère distinctif ; tous les sporozoïtes, en effet, sont cons-

titués de la même facon, et c’est à peine si quelques-uns se font

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remarquer par l’exiguité de leurs dimensions (Porospora, Eirmocystis).

C’est à la phase de céphalin que la diversité des formes végétatives des Grégarines s'accuse au plus haut point. La structure parfois si variée de l'épimérite nous fournit alors un caractère assez important pour qu'il ait, en bien des cas, servi seul de base à l'établissement des genres (Pyxinia, Xiphorhynchus, Stylorhynchides).

A l’état de sporadin, la forme générale et les dimensions relatives des segments, la structure intime des éléments constituants épicyte, sarcocyte, entocyte, etc., ainsi que les modes d’association s’il y a lieu, nous fournissent presque tous les caractères spécifiques, en même temps qu’ils nous donnent des indications précieuses sur la zoologie générale.

Enfin, les kystes et leur déhiscence, et surtout les spores, nous apportenten dernier lieu des caractères dela plus haute valeur, parce qu’ils sont en général moins spéciaux que les précédents et permettent de grouper en familles les espèces auxquelles ils sont communs.

À ces différents caractères essentiellement propres à l'individu, vient s'ajouter l’habitat, qui est évidemment une indication de première nécessité pour la recherche de tout parasite.

Cette caractéristique, la seule ou à peu près sur laquelle pouvaient se baser les premiers observateurs pour distinguer des Grégarines dont ils ne connaissaient pour la plupart que les formes adultes, (sporadins), avait ainsi, au début, une valeur déterminative beaucoup trop grande, et conduisait parfois à considérer comme semblables, deux ou plusieurs ‘espèces en réalité très différentes, seulement parce qu’elles habitaient le même hôte et qu’elles avaient des sporadins identiques.

L'étude plus approfondie des espèces nous montre aujourd hui que l’habitat ne constitue pas un caractère spécifique absolu : une même espèce pouvant très bien se rencontrer dans des hôtes différents, lorsque ceux-ci vivent en un même lieu et dans les mêmes conditions, et, réciproquement, deux ou plusieurs espèces distinctes pouvant très

bien cohabiter dans un hôte unique.

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D'ailleurs, la présence d’une Grégarine n’est pas toujours invariablement liée à celle de l’hôte qui l’héberge ordinairement, et tel insecte qui montre ici une Grégarine particulière, n’en renferme pas du tout plus loin, ou même quelquefois en contient une espèce toute différente.

Ainsi les larves de Perla qui vivent dans la vallée de la Truyère (Lozère) renferment toutes, en grande quantité, une jolie Grégarine que je n’ai jamais retrouvée dans celles de la vallée de la Loire.

Les Polydesmes qui hébergent des Stenocephalus dans beaucoup de localités, ne montrent au contraire, dans d’autres, que des Grégarines du genre Amphorella ; ailleurs, ces deux espèces sont mélangées, et ailleurs encore, ce myriapode est absolument indemne ou renferme une nouvelle Grégarine (Amphorella falcata) bien distincte des deux premières.

On observe des faits analogues dans une foule d’autres hôtes (Tipules, Phryganes, Lithobius, Carabides, etc.) ; mais si la caracteristique habitat perd ainsi de sa valeur au point de vue purement spécifique, elle n’en conserve pas moins son utilité pour la recherche de nos parasites et son importance dans leur classification, si l’on remarque surtout que certaines Grégarines se groupent naturellement en familles non seulement par leurs caractères propres et leurs affinités particulières, mais, aussi, suivant les espèces d'hôtes qu’elles habitent.

Je donne ici les monographies des espèces nouvelles ou peu connues que j ai rencontrées au cours de mes recherches. J’aurai soin d'indiquer le développement, toutes les fois qu'il me paraîtra

présenter quelques particularités intéressantes.

Genre Didymophyes (Stein).

Appareil de fixation, très caduc, consistant en un mucron cylindroconique directement implanté au sommet du protomérite. Sporadins associés par deux, rarement trois, et d'une façon si

complète que le satellite ne présente plus de septum.

L'association semble ainsi former un individu unique comprenant trois segments.

Kystes, sphériques, déhiscents par simple rupture du tégument.

Spores, ovalaires, à deux téguments distincts.

Sous le nom de Didymophyes, Stein avait réuni plusieurs espèces à corps formé de trois segments avec deux noyaux. On sait qu'il s'agit toujours, dans ce cas, d’une association de deux individus ; d’ailleurs ce genre a été démembré depuis, mais j'ai cru devoir conserver le nom aux espèces chez lesquelles la fusion des deux êtres est si complète, que le second, en perdant son septum, n’est plus, en quelque sorte, qu’un segment supplémentaire du premier.

Ce sont : 1°le Didymophyes gigantea signalé par Stein et dont le cycle évolutif n’était pas connu ; 2° le Didymophyes rara que j'ai rencontré dans les Géotrupes (fig. 14, PI. VI), et dont je ne

connais pas encore les spores (1).

Didymophyes gigantea (Stein).

(Avec la Planche VII.)

Cette Grégarine se rencontre à la partie antérieure du tube diges* tif de la larve d’Oryctes nasicornis, où elle forme de petits amas de filaments ténus, blanchâtres, diversement contournés, sitnés entre la paroi et le contenu du canal alimentaire.

Chacun de ces filaments se montre constitué par la réunion de deux individus associés d’une facon si intime que le septum du satellite est toujours réserbé detrès bonne heure et que l’association ne comprend plus dès lors que trois segments. Quelquefois cependant la réunion n’est pas si complète, et le second individu conserve son septum ; c’est aussi ce qui arrive lorsque, par exception, l’association comprend trois individus. Dans ce cas, le dernier ne subit aucune modification et est simplement appliqué à l’extrémité du second.

Le second individu est généralement plus gros et plus foncé que [=] Læ] (1) £tein a signalé cette espèce en 1848 sous le nom de Did. paradoxa.

L57 30 PNR ES ARCS VO I JON PS EN ee IS RTE OU ep ANT 3 PRE ES PR PRE DATES DUO LE rt 4

D Je premier à cause de la plus grande quantité de substance ento-

cytique qu’il renferme. |

: Le couple atteint environ une longueur de 1 centimètre et même

Plus, sans dépasser une largeur de 0"%08 à O"% 10 ; ilest ainsi

- semblable à un petit ver intestinal, présentant des mouvements de

contraction comme celui-ci, tout en les effectuant beaucoup plus

à lentement.

: L’épimérite, très caduc, est constitué par un petit mucronhyalin, cylindro-conique, terminé au sommet par une courte pointe rigide. Il est toujours disparu lors de l'association des deux Grégarines, qui s'effectue cependant de bonne heure. Pour rencontrer des céphabus, il faut alors dissocier avec beaucoup de soin les cellules épithéliales auxquelles on les trouve encore fixés (fig. 1).

Le protomérite est court et renflé en forme de poire ; d’une grande mobilité, il peut se déformer diversement sous l’action de la couche contractile en s’allongeant en mamelon conique, ou en se creusant en forme de ventouse comme celui du Bothriopsis.

Le deutomérite est cylindrique, linéaire, environ trente ou quarante fois plus long que le protomérite, tout en ayant une largeur moindre. [l se termine en pointe obtuse à l’extrémité postérieure.

L’'épicyte est épais et présente à sa surface des lignes saillantes anastomosées en réseau allongé dans le sens de sa longueur (fig. 7); il acquiert en général une épaisseur plus grande vers l'extrémité postérieure du segment terminal. |

Le sarcocyte montre la couche des fibrilles musculoïdes avec une admirable netteté. Ces fibrilles décrivent des spirales rapprochées, mais aussi apparentes dans le protomérite que dans le second segment. La facilité avec laquelle elles se distinguent dans cette Grégarine la désignent tout spécialement pour létude de cet élément (fig. 7).:

L’entocyte est à granulations assez fines, surtout abondantes dans 1° second individu. Dans le protomérite, il renferme presque toujours

des inclusions albuminoïdes, de forme irrégulièrement sphérique

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; ou rubanée, qui se colorent facilement par les réactifs. Ces inclusions

sont plus rares dans le deutomérite, mais, par contre, l’entocyte de ce

segment est rempli, à certaines époques, de petits corps cristalloïdes,

transparents, faiblement réfringents, qui apparaissent de profil, comme de fines aiguilles ou de minces bâtonnets disséminés dans sa masse (fig. 8). :

Dans lun ou l’autre des individus adultes qui constituent le couple, il est impossible de déceler la présence d’un nucléus ; tout au plus si dans les états jeunes une tache jaunâtre, plus réfringente, entourée d'une zone plus claire et faiblement colorable, peut être considérée comme représentant le noyau et le nucléole de la jeune Grégarine (fig. 1, 2 et 3).

Le septum est convexe et peut se retourner en doigt de gant au gré de l'animal. Il en est de même de la cloison de séparation des deux individus associés, qui joue aussi le rôle d’un véritable septum, bien que son origine soit toute différente, puisqu'elle est formée par le propre tégument du protomérite du satellite.

Développement. — Alétat très jeune, intra-cellulaire, la Grégarine est une petite masse ovoïde à granulations rares et pâles, déjà allongée dans le sens de son grand axe, et montrant alors des traces de nucléus. À mesure qu’elle s'accroît, ellefait hernie dans la lu= mière du tube, et la portion intra-cellulaire se rétrécit en cône pour constituer l'appareil de fixation (fig. 1).

La portion située immédiatement au-dessous de cet appareil se renfle plus que le reste (fig. 2), et va former le protomérite en massue en même temps que le septum apparaîtra (fig. 3).

Le second segment s'accroît ensuite en longueur, et, de bonne heure, la Grégarine se débarrasse spontanément de son mucron fixateur et vient se réunir à une de ses semblables en introduisant son protomérite tout entier dans l’extrémité postérieure du deutomérite de celle-ci, qu'elle refouie devant lui pour s’en coiffer complètement. Dans la suite, les deutomérites continuent à s'allonger déme-

surément, tandis que le protomérite conserve sa longueur primitive,

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