‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne à l'aide de la langue basque, trChapitre 24 sur 52 · NOMS DE LIEUX DES PAYS HABITÉS PAR LES CELTES. LEURS TERMINAISONS · texte numérisé non relu

NOMS DE LIEUX DES PAYS HABITÉS PAR LES CELTES. LEURS TERMINAISONS

Partout OÙ les Celtes se sont répandus, les noms celtiques se caractérisent par -les terminaisons hriga, dunum, magns, et vices. Je ne rechercherai point ici l'étymologie àebriga; je considérerai seulement ce mot comme celtique, parce qu'on le rencontre en Gaule, en Bretagne, en Espagne, et dans la portion de l'Allemagne habitée pair les Celtes. Les noms Brigantium et Brigantes sont aussi généralement répandus.

Nous trouvons en Espagne un Brigantium chez les Callaïques, et un Brigœcium chez les Astures. La Gaule avait aussi un Brigantium, et le nom du port Brivaies appartient à la même souche. En Bretagne les Brigantes, d'où la ville à' Insuhrigantum a pris son nom, formaient un peuplade importante; une peuplade de Tlrlande portait aussi ce nom. A l'extrémité ouest du lac de Constance, c'est-à-dire dans TAllemagne celtique, existait un Brigan^ tium et sur le Danube, dans la Hongrie actuelle, un J?regetium. Peut-être ne possédons-nous pas tous les noms de la même origfbe, épars de Textrémité est de l'Espagne à

la Pannonie orientale* La ville de Brtgobanne, près des sources du Danubej paraît avoir reçu son nom du fleuve Brig. Q'êst le seul cas, à ma connaissance, où, dans un mot composé, brig précède les autres syllabes* On reste donc convaincu qu'un nom, partout présent où leâ Celtes ont habité, devait appartenir à leur langue. Ces composés de briga sont, en y comprenant bria et briva ;

En Gaule : sur la côte sud, le nom des Segobriges; les NitiobrigeSf dans le pays ajouté par leâ Romains à FAquitaine propre; Samarobriiia^ aujourd'hui Amiens; Eburobrica (Itin. Ant., 361), entré Auxerre et Troyes; Baudobrica (Itin. Anti, p. 874), Bontobrice et Mage^ tobricùy dans le pays de Rhin et de Moselle, où les peuplades celtiques et germaniques vivaient voisines les unes des autres; en Suisse, les Latobriges où Latobroges (Cses., de Bello galL, 28* — Orosius, II, 7).

En Bretagne : Durobri^œ et Durocobrwœ^

Dans l'Allemagne celtique : Artobriga (Ratisbonne).

Je suis entré dans tous ces détails, au sujet de briga, parce que la présence de ce mot permet de déterminer les régions occupées en Ibérie par les races celtiques^

La plupart des noms en dunum^ durum, magus, vici et vices f sont reconnus d'origine celtique. Ce qui est certain, c'est qu'aucun d'eux n'est ibérique. Il serait inutile de les examiner tous. On les rencontre, comme les noms en briga f et plus nombreux encore, dans tous les pays occupés par les Celtes, tels que la Qaule, la Bretagne et l'Allemagne du sud.

La terminaison dunum n'est pas tout à fait étrangère à l'Espagne ; il y avait chez les Gallaïques Bracariches, un Caladunum (Ptoh, II, p. 44); en Bétique mk Arialdumtm (Plin«, I, 137, 17); chez les CasteUaas un Sebendth-

num (PtoL, 6, p, 48). Ge serait aller trop loin que d'assurer que ces noms, ou môme quelques-uns d'entre eux, sont celtiques; cela est au moins très-douteux. Dun {duna avec Tarticle) est une terminaison très-fréquente de l'adjectif basque, et indique l'abondance. Ainsi ar^dun-a^ plein de vers, de arr-a^ ver : erstura-^un-a , plein d'angoisses, de erstura, angoisse; et beaucoup d'autres. De même les noms du peuple, eusc-ara^ la langue des Eushesy Basques) ettsc-al-dun-ac (avec le changement de Vr en l), les Euskes ou Vasques. Caladunum pourrait signifier en basque : contrée riche en joncs (comp, Calagurisy ch. 14). Durum forme le commencement comme la fin des mots : ainsi, nous trouvons en Gaule, Durocasis et Divodurum; en Bretagne, Durovemum\ en Allemagne, Bojodurum; dans la Mésie inférieure. Durostorum, etc. ; en Espagne et en Portugal le fleuve 2>wrius, Octodurum (Ptol., II, 6, p. 45) et Ocelhduri, deux villes des Vaçcaens. On pourrait y joindre Udura des Lacôtans (Ptol., II, 6, p. 48). Cependant, ce dernier nom n'appartient pas probablement à cette classe, et les premiers rentrent dans le domaine des noms en hriga. Je ne place point 'ici les nomsjdont tur est la syllabe principale, et qui dérivent presque tous de iturria, source, parce que je ne crois pas que dans durum le t ait fait place au d. La syllabe tur, si fréquente dans les noms de lieux espagnols, l'est beaucoup moins dans les pays occupés par les Celtes. La persistance de lettres isolées à demeurer les mêmes, là où elles pourraient faire place à des équivalents, est fort remarquable et montre combien les éléments du langage, les plus insignifiants en apparence, sont étroitement liés aux organes^ à l'imagination et à la pensée des peuples. Le Durius, aujourd'hui Duero, après la suppres-

sion de sa consonne initiale, ou son changement en une lettre dure, n'en aurait pas moins conservé sa signification (masse d'eau). Il a pourtant gardé le d originel, au milieu d'une contrée ou régnaient d'autres formes de langage. Astarloa {Apol.^ 250-252) prouve que dans beaucoup de noms basques, le d peut être placé avant la voyelle sans qu'il s'ensuive aucun changement de sens. Gela ne me paraît point tout à fait exact, car, plus loin, il explique durum par le basque ura. Le dur ou dour (eau) des langues celtiques pourrait bien se rapporter, non pas seulement au basque ura, mais encore au grec S^wp. Il ne faut cependant jamais oublier que des langues de môme souche n'en sont pas moins diflférentes. Dans l'espèce, cette diflférence existant entre le basque ura et le celtique dur, résulte encore de cette considération que ces radicaux ne varient point dans les noms ibères et celtiques. Aussi je regarde Du^ riusy Ocelloduri, Octodurum, comme des noms celtiques, et non comme des altérations d'anciens noms ibériques.

La péninsule ibérique n'offre pas de noms en magusy ni, ce semble, en vici et vices. Ergavica (Ptolémée, 2, 6, p. 46) appartenait aux Geltibères. Tite-Live (XL, 50) l'appelle Ergavia. Ptolémée parle aussi d'une ville diErga chez les Vascons. Le vrai mot indigène est Erga ou J?rgavL Ca n'est qu'une terminaison latine.

RBCHEHGHBS DE NOMS ÛBLTIQUBS DANS DBS NOMS DE LIEUX

IBERIQUES.

On découvre encore dans les anciens noms de lieux ibériques d'autres éléments étrangers.

Je citerai d'abord ^6ora ou Ebura. Ce nom existait plu^ sieurs fois en Espagne^ sur la côte de la Bétique (Mela^ III, 4), chez les Turdules (dans l'intérieur des terres), chez les Edétans (PtoL, II, p. 47), chez les Garpétans (écrit Aebura. Livius, XL, 30; carte de Reichard), chez les Lusitans(Plin., I, 229, 10), chez les peuplades celtiques des Prœsamarques (Mêla, III, 1, 8). On y comptait en outre RipeporUf déjà mentionné, également en Bétique, et Ehurohritium, chez les Lusitans* Ainsi ce nom était répandu en Espagne et ne se trouvait pas borné à un seul coin de terre. On peut le suivre, hors de l'Espagne, dans tous les pays habités par les Celtes, de même que les noms en hriga et en dunum.

En Gaule se trouvent Eburobrica (Itin. Ant., p. 361), Eburodunum (\à., p. 342), sur la côte sud, en face de Vlisi!^e\\e^ Aulerci Eburovices (Plin., I, 225), dans la Normandie actuelle ; en Bretagne, la viUe bien connue diEboracum ou Eburacum; dans l'Allemagne du sud un autre Eburodunum (Mannert, III, 471); dans la Hongrie supérieure Eburum (id., 467). Les Eburons sont même une peuplade germanique (César, de Bello gai., II, 4),

oe qui n'infirme pas Torigine celtique du nomi car ils habitaient sur la rive gauche du Rhin, près des Trevite^^ c'est-à-dire au milieu des Celtes, et ce nom n'était peutêtre pas celui qu'ils prenaient eux-mêmes, mais celui que leur donnaient les Gaulois, de qui César Tavait appris. Tout ce que j'ai déjà exposé démontre clairement qu'il n'est point ibérique. Le noin Ehurini de la Lucanie (Plin., I, 165) appartient-il à cette classe? J'en doute, car ce peuple habitait hors des régions où, d'après l'histoire, se sont renfermées les migrations des Celtes. César parle encore d'un Gaulois du nom d!Eporedirix (de Bello gall., VII, 38).

Le nom des Segobriges^ plus tard Commones (PtoL), sur la côte sud de la Gaule, est le même que celui de la ville de Segohriga. Tout indique que non-seulement la dernière partie du mot, mais encore la première, sont bien celtiques. La ville appartenait aux Celtibères ; et, bien que des peuplades ibériques habitassent la côte gauloise de la Méditerranée, Justin tient les Segohriges pour gaulois XLIII, 4). Nous avons aussi établi plus haut que les mots commençant par se^ et surtout par seg^ paraissent avoir peu d'affinité avec les radicaux basques. Tous ceux que j'ai rassemblés plus haut appartiennent au domaine des noms en hriguy et pour la plupart aux Celtibères. Ces noms sont très-répandus chez les peuplades celtiques. Ainsi l'on trouve Segodunum (le même que Segohriga) en Gaule, très-près de l'Aquitaine propre, et dans l'Allemagne du sud, près du Mein; en Bretagne avec le simple changement de l'o en e : Segedunum (Gamden's Britannia, 848, Cellarii not. Itin. Anton., I, 346. Mannert, II, p. 124. Reichard, qui écrit inexactement Segadunum) ; Segontia, en Bretagne; Segestica, en Pannonîe. Un nom tout à

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