‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne à l'aide de la langue basque, trChapitre 27 sur 52 · NOMS BASQUBS EN ITALIE · texte numérisé non relu

NOMS BASQUBS EN ITALIE

Je n'ai pas compris l'Italie dans ce. travail, car cette contrée demande une étude particulière. Lés noms celtiques qu'on y rencontre, comme Mediolanum, les deux torrents Duria qui se jettent dans le Pô (Plin., I, 173), Segesta Tiguliorum^(P\m.^ I, 150), enLigurie, etc., etc., appartiennent presque toigours à des provinces jadis occupées par les Gaulois, qui leur ont donné ces noms. Lea

terminaisons celtiques si connues : hriga^ dunum, et vices paraissent pourtant étrangères à l'Italie. On trouve magtis dans Tancien nom de la cité ligure à^Indwiria : Bodin^ comagum (Plin., 1, 174), ainsi nommée de sa situation sur le Pô, que les Ligures appelaient dans leur l^mg^BBodincus (Ptol., II, 16,Bo5€y)coç), le : sans rives. Pline, dans ce passage, distingue la langue ligure de la celtique. Aux Celtes appartient le mot Padus, qui indique un rivage bordé de pins. Bodincus rappelle l'allemand hoden et bodensee, et d'autres mots d'autres langues, formés avec ceux-ci. Profond et bas sont des idées analogues; comme en grec Puôo<; et iruôpv, et les appellatifs qui les désignent servent facilement à donner des noms aux fleuves et aux mers* Les noms celtiques ne dominaient donc pas en Italie. Nous manquons encore d'indications sûres, permettant de reconnaître les noms véritablement anciens et indigènes de cette contrée, qui sans doute fut jadis occupée par un grand peuple. Toutes les antiques langues italiques ont cessé d'être en usage ; les monuments écrits qui en restent, mêlés de grec et de latin, attendent un travail préparatoire qui en présente les résultats. Les deux nations de l'antiquité dotées des langues les plus complètes et de la littérature la plus florissante, la Grèce et l'Italie , partagent cette singulière destinée, que leurs habitants primitifs nous sont bien moins connus que ceux des contrées barbares. Cela vient naturellement de la perfection même de leurs langues qui ont rejeté le passé dans l'obscurité et dans l'oubli. Aussi les noms de lieux de l'Italie ne peuvent servir, comme les noms celtiques en Espagne, à reconnaître la trace de l'étranger. Nous nous bornerons à distinguer ceux qui paraissent réellement ibériques, sans tirer pour .le moment de conséquence de cet examen.

IHa des Tauriniens (Plin., 1, 150), rappelle le mot qui signifie ville en basque, et /r/a flavia des Gallaïques (Mannert, III, 487). Ptolémée nomme la ville espagnole : ïpia, et la ville italienne : eîpta (II, p. 44, III, p. 71). Étymologie douteuse.

Les Ilienses, en Sardaigne. Ce nom vient-il SUlium, et faut-il les croire troyens ? De pareilles suppositions sont toujours plus que douteuses. Pausanias leur attribua les mœurs et les vêtements des Libyens; ils vivaient dans les montagnes en barbares, n'offrant aucune trace d'une origine troyenne que leur nom seul a fait penser à leur donner, en imaginant un récit des compagnons d'Énée, jetés par la tempête sur les côtes de l'île, s'y établissant, et plus tard devenus un peuple, qui s'est réfugié devant l'invasion des Libyens, dans des montagnes inaccessibles. D'autres raisons portent à penser ({xjl Ilienses n'est qu'une altération de «/olaensesy et il est très-probable que des barbares aborigènes, ou venus dans l'île, dès les temps les plus reculés, portaient ce dernier nom; on s'explique ainsi la résistance qu'ils opposèrent aux Romains, et qui les fait appeler par Tite- Live : Gentem ne nunc quidem omni parte pacatam. Leur nom est basque ; leur principale forteresse portait le nom âilria ou /Z^a, et ils étaient eux-mêmes appelés par les Grecs et les Romains i>.i£t; et Ilienses. Pausanias dit expressément que les Ibères émigrèrent en Sardaigne et y fondèrent une ville, dont pourtant le nom Nora, et celui du chef ibérique Norax, ne se rapportent à aucun radical basque (Ritters vorhalle, 356).

IJria (Plin., 1, 167), en Apulie, rappelle le mot basque uria^ et Urium, cité des Turdules. Ptolémée écrit HyHumy mais il n'est pas certain qu'il ait voulu parler du môme lieu.

SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE iOi

Les noms que l'on peut faire dériver des précédents ou de ura, eau, sont : Urba Salovia, chez les Picônes (Ptol., III, I, p. 172), leçon douteuse, mais non quant au radical; Urbinum, le lieu des deux eaux; Urcinium (Ptol., III, 2, p. 75), en Corse, comme Urce des Bastétans; Urgo (Plin. I, 159, d'après Etienne deByzance, Orgo), petite île entre la Corse et l'Étrurie, conforme à Urgao en Bétique, les Ursentini en Lucanie (Plin., I, 166), conforme à UrsOy Ursao en Bétique ; peut-être Agurium en Sicile (Ptol., III, p. 79), quoiqu'il n'existe pas de nom analogue en Espagne, Agiria om Argiria, très-douteux (Itin. Ant., p. 447).

Astura (Plin., I, 152, 16), fleuve et île près d'-4nfe'wm. Festus nomme le fleuve : Stura, et s'exprime ainsi : Flumen quod quidam Asturam vocant; soit que Va appartînt originairement au mot, soit au contraire qu'il ne fût qu'un auxiliaire de la prononciation. En Espagne, beaucoup de localités portent ce nom, auquel le système de formation de la langue basque ne permet de donner d'autre étymologie que celle rapportée plus haut (ch. 13). En Italie le môme mot a été formé différemment, et par une autre langue. Ce lieu ne présente en effet aucun rocher , comme j'ai pu m'en assurer par moi-même, surtout près de la tour qui porte aujourd'hui le nom d"* Astura. Tout le rivage jusqu'à Nettuno (Aniium) est uni et sablonneux.

Asta^ dans la Ligurie intérieure, comme le mot basque asta (rocher), et Asta des Turdétans. Je ne trouve ailleurs 'aucun autre nom dérivé de ce radical; l'Espagne en offre beaucoup, même actuellement. A propos de ces noms, il ne faut pas oublier qu'ils pourraient bien dériver du grec a(jTu^ acTupov (Astura), et qu'une telle origine grecque est possible pour tous les noms italiques.

Osci ne se rapporte pas à Tespagnol osca et à d'autres noms de villes analogues. Il est contracté d^opict, opsci.

Vs du milieu n'appartient pas au radical. Nous ferons encore moins figurer ici les Volsciy dont le nom semble provenir d'une racine entièrement diflférente.

Ausonesy analogue à l'espagnol Ausa, et AusetanL Pour se lier à Aurunci, il lui faudrait un autre radical.

Le fleuve Arsia^ enistrie (Plin., 1, 175), rappelle ilr^a, en Béturie.

Basta, en Calabre, conforme à Bastides Bastétans (voir c. 18).

Les Basterhini (Plin., I, 168), branche des Salentins; de erbestatu, émigrer, changer de pays (erria)j et de hasotty forêt ; Erhita, en Sicile.

Biturgia (Ptol., III, 1, p. 72), en Étrurie, presque entièrement conforme à BUuris des Vascons.

Campania. Etienne de Byzance (v. KajjiTrç, jcafXTcavoi) fait venir ce nom de la ville de Campus, dont Campanus fut le fondateur. Mais la vraie racine est campus, champ (Etymol. magnum, V. kocjattyi) (Eusthathe, Vossius, Êtym. ). Ce mot latin dérivait du grec xa(Airoç, qui signifie lice, hippodrome. On n'entendait pas par là l'enceinte destinée aux courses, mais la plaine tout autour. Le mot grec xau.- TToç, originaire de la Sicile, comme beaucoup de mots grecs passés dans la langue latine, se rapporte au basque campoan (au dehors), par opposition à barruan (au dedans). (Larramendi, Grammaire, 324). De là les deux verbes aller au dehors, prendre le dehors. Campoan est trèsrarement usité pour exprimer champ ou plaine. Le mot Cretois )c«(jLav, qu'on a fort inexactement fait dériver de xapo)^ parait s y rapporter. Je ne connais pas de noms de

lieux ibériques qu'on puisse y rapporter avec quelque certitude.

Curenses des Sabins, comme littus Corense de la Bétique (Plin., I, 169) et Gurulis en Sardaigne (Ptol., III, p. 7), mais le premier nom a une origine plus naturelle et plus italienne.

Hispellum, en Ombrie.

Le fleuve Lambrus (Plin., I, 173), qui se jette dans le Pô, à comparer avec Lambiaca et Flavia Lambris des Callaïques.

Murgantia, ville des Sicules (Diodore, XIV, 78), dont les auteurs donnent plusieurs variantes, fondée d'après Strabon (VI, 24) par un peuple barbare de même nom. Strabon distingue ce peuple des Ibères, qui seraient venus en Sicile antérieurement; mais il ne faut point prendre cela à la lettre, et puisque nous trouvons une race portant un nom basque, dans un pays où les auteurs nous apprennent la présence des Ibères, nous sommes autorisés à la considérer comme ibère. En Espagne: Mur gis (radical mwrtwi) *, et ce qui prouve Torigine du nom, c'est que la forme Morgetes, Morganthia vient des Grecs qui altéraient tous les noms barbares, tandis que la langue latine adoptait les sons italiques anciens dont Vu était le principal *.

4 . Je crois Murui hd ancien mot italique, se rapportant au basque.

2. On me permettra de rassembler ici quelques noms trop semblables pour n'avoir pas la même origine.

D'après Servius^ curta était un ancien mot italique ; il ne dérive certainement point de cura. Je lui reconnaîtrais plutôt la même racine que urbs. Le c n'importe nullement. Urvva est le même que ewnmSy qui signifie une courbe qui revient sur elle-même ; d'oà urvariy urxmm aratri, environner; et l'idée principale de urhs et urvus est clore^ séparer de tout le reste une place déterminée. — Il y avait sans doute un temple destiné aux assemblées de la eurU; d'où aurta. — De la même famille sont

Suessa, enLatinm et en Gampanie (Plîn., I, 154, 10, 383), comme les Sicessétans, branche des Ilergètes* A Sitessa se rapporte Sttessula (Plin., I, 155, 9), comme Deohrigula à Deobriga, et comme se rapportent les uns aux autres beaucoup de noms de villes espagnoles déjà cités ^

sans doute le latio arare^ le grec dtptt, l'alleinand cBren, le basque ara-tu, qui tous signifient labourer, tracer une ligne. En basque : gur, courbe ; lira, tria, ville. L'allemand ort (lieu) paraît s'y rapporter.

Ces rapprochements, que je ne crois point forcés, nous démontrent l'afi&nité des Basques et des Romains, qui seraient rattachés Tun à l'autre par l'intermédiaire des Étrusques. Je suis loin d'affirmer cependant que les Étrusques soient les aïeux des Ibères, ni leurs descendants.

4. Depuis les recherches de Humbolt, on a cru apercevoir dans beaucoup d'autres noms de lieux, et même de noms propres italiens, les traces d'une origine basque. Dans son Histoire romaine à Rome, le regrettable M. Ampère a parfaitement résumé les découvertes les plus récentes sur ce point si curieux.

D'après une tradition, les Ligures (Lt-^or), peuple de race ibérique, qui occupa la Gaule méridionale, et l'Italie du Yarà la Macra, ont eu un établissement à Rome avant les temps historiques. L'étymologie semble venir en aide à la légende, car c'est à Rome et dans le voisinage qu'on trouve dans les noms de lieux les signes les plus frappants de la présence des Ligures. Ainsi Albe semble avoir *reçu son nom des Ligures, car, s'il y avait non loin de Rome deux villes d'Albe {Alba longa, Alba Marsorum), il y avait aussi plusieurs villes du même nom ou d'un nom irès-semblablc chez les Ibères de l'Espagne (Humbolt, c. 36), de la Gaule méridionale, Alba Helviorum (Viviers), Albiga (Alby), et de la Ligurie (Albium). Près de Rome, Tribola, Norba, Corbio sont alissi des noms purement ibères.

C'est à Rome même que cette attribution par le basque de cèrlains noms de lieux aux Ibériens Ligures a surtout de l'importance; elle confirme les conjectures sur le Septimontium, dans lequel on a vu une Anté- Rome habitée par les Sicules et les Ligures.

Or, le nom de la Subura, colline du Septimontium, est de souche ibérique (Voy. Subur des Lalétans : HumboltJ; le mot J?4gtti/i(B{rEsquilin), voulait dire : demeure des Ligures (ilia, ville; esk, nom ou peuple basque). Au bas de VEsquilin et aux confins de la Subura, s'élevait le bois Argiletum. (Yoy. Argilla : Humbolt). Le quartier des Carines pouvait luimême avoir un nom ligure {car, cer, se lie à l'idée de hauteur).

Il en résulte qu'on a parlé basque ou à peu près à Rome.

Certains noms propres latins paraissent indiquer une origine ibérique.

SUA LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE iOS

NOMS BASQUES BN THllAGB.

Avant de terminer cette rapide revue des noms de lieux d'une partie de l'Europe occidentale, je dois citer encore quelques noms thraces. Car, si les peuples ont émigré d'Orient en Occident, la Thrace leur a en partie servi de grande route. On ne saurait guère douter que les Celtes aient été en rapport avec ces contrées, lorsqu'on retrouve les traces de leurs expéditions et de leur séjour depuis la Pannonie jusqu'à la Lusitanie. Une famille de noms en hriga et en 6Wa, dont nous allons rechercher l'origine, nous guidera tout spécialement pour résoudre cette question : hria doit signifier en thrace : ville (Etienne de Byzance, au mot \u(sz]i&^ioL. Strabon, VII, p. 319). Trois villes, Mesembria (Hér*, VI, 33), Selymbria (Strabon) et Poltyobria (Nicolas de Damas, Fragments) 'ofirent cette terminaison, et sont, d'après le témoignage des écrivains

Le plus remarquable à cet égard est le nom de Virgile {VergUia : Humbolt, c. 20). — Andes, nom de la patrie de Virgile, peut être basque (Andia : Humbolt, p. 38). — Le prénom Alhius rappelle A26ium. Le nom des Vettii, famille romaine, rappelle les Veitones, peuple de Lusitanie. Celui des Vibbiif et le prénom Vibtdanus, font songer aux V^elH, peuple ligure ; celui des Déeius aux DéciateSy nation ligure. Le nom de famille Helvius, le surnom Helva ont aussi une ressemblance frappante avec Ilva, nom ligure de Tlie d'Eibe. — L'empereur Helvius Pertinax était né à Alba- Pompeia en Ligurie.

Nous rechercherons plus loin les mots latins autres que les noms de lieux ou- d'individus, dont on retrouve les ansdogues dans la langue basque. (Trad.).

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greeê, fixné» de radÛ!aax âraiigcrs et de déocsmoatk^ mdîgèsies. Il ea eal de même poor im grand nombre de Tules de Fantîqciîté, noCammeal pour plasieiirs TÎlIes de VEsçatgoe, mais pour J/etemiiria oa Ifesambriay cette étrmologie est doutease, priispe H^tjdofe nous parle d'cine seconde TiCe de ce noci, dans nn pajs tout à Eut i^Sénot, sur la mer Egée (VU, 106». Le m^ne mol se tmare, arec changement d'une Tojelle, dans Brea, nom d'âne Tifle de Thrace, où les Athéniens axaient ^iTojé nne colonie (Hésrcbîns). Un pajs tout entier, et non plus nne TÎIle, porte le nom de Brianticaj et comprend fonte la contrée antonr du âenre Lissas. Il est remarqna- Ue même qne ce nom était modeme, et avait remplacé le nom plos ancien Gallaica. On ne doit pas onblier de men- ^Mfmier la peuplade très-connne des Bt-yges on Briges (Ritf^, Histoire des peuples européens), ponr peu qne l'on croie à l'analogie de lenr nom arec ceux en hria et hriga.

Parmi les noms qni se rapprochent tont à fait du basqne, je distingue seulement ceux-ci : lliga (Itin. Hieroso- Ijm., p. 5Q7), ([ui doit être une altération de Hélice (Itin. Ant., p. 136), rentable nom indigène, plié à la forme grecque. Ce lieu était situé dans une contrée sauvage^ et, si Ton yeut en expliquer le nom par l'étymologie basque, il signifiait (sans doute avant l'établissement d'un bourg) : manquant de villes.

Le fleuve Arsia, déjà reconnu en Italie.

Oescus Triballarum, ancien nom indigène de viUe et de fleuve, à comparer en tout cas avec Osca.

Les similitudes fussent-ellss plus frappantes et plus nombreuses^ je ne croirais pas devoir j attacher beaucoup d'importance* Dans des contrées si loiataines, toutes basas

SUR LES HABITANTS PRIMITIFS OB L^ESPAGNE i07

historicpies manquent pour contrôler les similitudes de noms^ qui peurent bien dériver de souches toutes diffé^ rentes.

- RâSUmà DES POINTS DÉJÀ TRAITÉS.

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