‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne à l'aide de la langue basque, trChapitre 26 sur 52 · RECHERCHES DE NOMS CASQUES DANS LES NOMS DB LIEUX CELTIQUES · texte numérisé non relu

RECHERCHES DE NOMS CASQUES DANS LES NOMS DB LIEUX CELTIQUES

Je crois avoir clairement démontré, par ce qui précède, qu'à part même les mots phéniciens, grecs et romains^

SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE I^'ESPAGNË ttt

il se trouve, parmi les noms de lieux espagnols, des noms qai ne sont point basques, antérieurs à Tapparition de oea divers peuples dans la Péninsule. Leur origine celtique me paraît hors de doute. Il faut maintenant rechercher si, parmi les noms étrangers, il s'en présente d'incontestablement basques. Nous avons déjà vu que non, en ce qui eon-» cerne la Gaule (c. 28). Eu Bretagne, et dans les régions au sud du Danube, nous en rencontrerons dont l'origine ibérique ne saurait être révoquée en doute. Je vais citer, sans parti pris, tous ceux que j'ai pu recueiUir, n'omettant que ceux dont la ressemblance se borne à quelques lettres communes.

En Bretagne, le fleuve lias (PtoL, II, 3, p. 35), à comparer avec ula; isca avec osca; isurium avec l'espagnol esuris, et, malgré la différence de terminaison, avec veru-* Hum et Solurius morts; le promontoire Ocelum ou Ocelm hm, avec VOcehm des Gallalques, et avec d'autres noms semblables en Espagne, mais dans les provinces occupées par les Celtes. Je ne les cite que parce que la trace du basque est.indiquée par l'o initial.

Dans les régions du Danube, on rencontre Astura (en^ tiôrement basque), entre le Norique et la Pannonie; k fleuve Carpis (Mannert, III, 510), chea les Çarpi, peuple dont l'origine est incertaine; et plus loin, vers l'Orient, Urbate, et le fleuve Urpanus\

Je citerai aussi les Benmenses^ en Rhétie; en basque, heruna signifie plomb. Comparer aveo ce que j'ai dit plu9 haut de Medobriga (c. 23)« De ce qu'un nom ancien con-^ corde pleinement avec un mot actuel^ il ne faut pas se hanter de les expliquer Tun par l'autre, c^r cette ressemblance n^est presque toi\jours que fortuite^ L'important ^t d'j retrouver le môme radical.

Qaelques-unes de ces ressemblances de noms, celle d'o^tura par exemple, sont certainement très-significatives, et pourtant elles ne suffisent point, selon moi, à démontrer que les Basques ont occupé ou même traversé ces contrées.

Des pays bien plus éloignés nous en offrent aussi. Il y avait un Bituris en Assyrie, un fleuve Deha en Mésopotamie, et d'autres noms encore, conformes aux noms espagnols. Je m'empresse de mentionner ces ressemblances , parce qu'on pourrait s'en autoriser pour critiquer, bien à tort, ma méthode de comparaison des noms de lieux. L'examen attentif de ceux de l'Espagne, accompagné de l'étude géographique des régions occupées par les indigènes purs, par les deux races confondues, par les Gaulois, donne la conviction qu'on a bien devant les yeux les pays habités par ces différents peuples. Ni la Gaule, ni la Bretagne, ni les contrées au sud du Danube, ne présentent des mots aussi évidemment basques, et des noms aussi faciles à analyser par des radicaux basques, que ceux que j'ai rassemblés (chapitres XIII-XVII). Pour bien établir la différence entre les noms ibériques et celtiques, l'examen des noms de l'Aquitaine, tout à fait différents de ceux du reste de la Gaule, est ici décisif. Que maintenant il se rencontre dans d'autres pays des noms semblables aux noms basques, il n'y a pas lieu pour bien des raisons d'y attacher de l'importance. Souvent la ressemblance n'est qu'apparente; ainsi des noms identiques, comme Bergium en Allemagne (Bamherg), et Vergiuniy ou Bergium^ des Uergètes, ont des racines entièrement différentes. Des langues parlées par des peuples fort éloignés les uns des autres, présentent des mots semblables, comme le basque gora, le polonais gôra (prononcer ^i^ra), le sanscrit ^m, qui tous trois signifient montagne, hauteur. Ces particularités n'autorisent

nullement à en conclure Tidentité des nations. De purs hasards peuvent les avoir amenées, sans émigrations ou mélanges des peuples. Il faut soigneusement distinguer en histoire les faits empreints du vrai caractère de la nature humaine, de ses besoins et de ses passions, de ceux qui ne sont dus qu'à l'arbitraire ou à la manière d'être des individus. Il y a notamment à se préoccuper de la nature des noms, surtout des noms de villes ^ ou, si on l'aime mieux, des établissements permanents destinés à l'habitation ^. Fonder ces établissements, leur donner des noms, était chose importante et difficile, indiquant un certain degré de civilisation, et il est probable que les noms, de même que la manière de bâtir ^des maisons et de se fortifier par des murailles, furent empruntés à d'autres peuples. Ces noms avaient' sans doute presque toujours pour type un mot général, comme habitation, ville, etc., qui revenait trèssouvent. Aussi, ces noms forment presque toujours des groupes. Dans toute une contrée par exemple, les uns finissent en heim, et dans une autre en leheuy etc. Les peuplades isolées, les familles, les individus donnaient à leurs nouvelles résidences les noms des anciennes. Gela nous explique pourquoi des noms basques isolés se rencontrent dans les contrées lointaines, et pourquoi des deux terminaisons celtiques hriga et magus^ la seconde ne se retrouve point en Espagne, tandis que la première y est très- fréquente et s'y rencontre presque exclusivement. Il ne faut cependant pas considérer ces terminaisons comme

4. Voy. la description que Slrabon donne des villes (iroXeiç) des Bretons (IV, p. 200). Ce n'étaient que des clairièreg entourées d'abalis d'arbres, et renfermant des cabanes et des étables; mais les villes gauloises et ibériques présentaient un autre aspect, et étaient presque toujours closes de murs. ' (F.)

des diffârences de dialectes, mais se rappeler que les migrations des peuples ont eu lieu à des époques très-éloignées les unes des autres. Les noms de lieux en ont aussi gardé la trace. L'histoire ne devra cependant attacher de l'importance qu'à ceux qui sont significatifs, et qui se rencontrent fréquemment, sans s'occuper d'un nom entièrement isolé. Les anciens noms de lieux ibériques lui indiqueront clairement que les Ibères mêlés aux Celtes ont occupé l'Espagne ; que vers cette époque, ou peut-être un peu plus tôt, les Ibères ont habité ou du moins traversé le nord de la Gaule et les régions du Danube. Gela peut s'accorder avec des migrations plus récentes, dont il est resté quelques indices isolés. C'est ainsi que les différentes couches terrestres nous offrent les débris des êtres organisés ; mais les recherches historiques sont encore plus ardues que les travaux du géologue, et tant que les vestiges du passé seront aussi rares qu'aujourd'hui, il sera plus sage de n'en rien conclure.

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