‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne à l'aide de la langue basque, trChapitre 33 sur 52 · LES IBÈRES FORMAIENT UN GRAND PEUPLE · texte numérisé non relu

LES IBÈRES FORMAIENT UN GRAND PEUPLE

Les Ibèx^es ne formaient-ils qu'un peuple parlant des dialectes divers, ou des langues entièrement distinctes? La Péninsule renfermait-elle des peuples indigènes autres qu eux et les Celtes? (Nous ne nous occupons pas des invasions puniques, romaines et grecques.) Ces questions ne sont pas très-faciles à résoudre.

Le nom des Ibères est plutôt géographique qu'ethnographique, et sert à désigner les habitants de la côte nord de la Méditerranée, du Rhône à l'ouest. — Dans l'intérieur de l'Espagne , les nations ne portèrent point à l'origine de nom qui leur fui commun. Polybe dit expressément que, de son temps, la partie de la Péninsule baignée par l'Océan n'en portait aucun de tel (IU, 37, iO). Par Ibérie, Hérodote n'entend évidemment que la côte gallo-ligure dont les habitants prenaient du service en Sicile, comme soldats mercenaires. Le nom d'Ibériene s'étendit au pays tout entier que beaucoup plus tard, et cette extension ne suffit point à établir la communauté d'origine des races du nord et du sud. Mannert, dont les aperçus sont toujours si justes, remarque avec raison que rien ne le démontre, surtout le témoignage des anciens (I, 238). Ainsi, Diodorede Sicile,.

tout en distinguant les Vaccaens des Celtibères, ne dit pas qu'ils fussent une peuplade ibérique. Diaprés lui, ils constituaient un peuple à part. Pourtant il compte les Lusitains au nombre des Ibères. Au contraire, Appien parle des Vaccaens comme d'une branche des Celtibères (VI, 51), ce qui nous montre combien la connaissance que les anciens avaient de ces peuples était incertaine. Il se peut donc que le nord et l'est aient été occupés par des peuplades qui n'étaient ni celtes ni ibères, ou qui, du moins, parlaient un langage tout différent. Mais les preuves décisives tirées du nom des Celtibères et de l'examen des noms de lieux établissent que, seuls, les Ibères et les Celtes habitaient la Péninsule. Le nom des Celtibères appartient à une époque très-reculée, où déjà le mélange des Celtes et des Ibèries s'était opéré à l'intérieur, sinon sur les côtes, et existait même certainement sur la côte nord. Ce nom étant connu des étrangers par les récits des indigènes nous montre que les Ibères avaient une connaissance exacte de leurs voisins de l'intérieur. Néanmoins, les limites de la région occupée par les Ibères restent incertaines. Les noms de lieux nous fixeront encore sur ce point. Les Basques, comme nous l'avons vu, se répandirent par toute la Péninsule. Ce serait donc hasarder une hypothèse tout à fait dépourvue de fondement que de prétendre qu'à part les Celtes les Ibères ont vécu mêlés à un troisième peuple dont la trace ne se trouve ni dans les auteurs anciens ni dans les noms de lieux.

Page 1