‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne à l'aide de la langue basque, trChapitre 38 sur 52 · V. Q^udard, Numismatique ihérienne, (Traie · texte numérisé non relu

V. Q^udard, Numismatique ihérienne, (Traie

la religion des Geltibères leur était commune ayec une partie de leors Toisins del^ côte nord.

Jamais il n'est fait mention de temples, si ce n'est dans les province en rapport avec les peuplades du midi. On en trouve cependant la trace dans quelques noms de lieux celtiques, comme Nemetohriga. Strabon (III, 1, page 138), dans le passage fort obscur où il donne les opinions opposées d'Artémidore et d'Ephore, sur un prétendu temple d'Hercule au promontoire Cunetis, parle de certaines pierres posées par trois ou par quatre, à différentes places, et se rapportant à des usages religieux ^ On ne yoit pas que cette coutume existât dans le reste de l'Espagne, et ces pierres pouvaient bien avoir une tout autre destination, par exemple indiquer la frontière du pays. Sur la tombe du guerrier ibérien, on plantait autant de lances (d6eX(<Txouç) qu'il avait tué d'ennemis (Aristote, Politiqvs). Nous ne trouvons pas chez les Ibères l'usage gaulois de jeter de l'or dans les lacs sacrés, de le déposer dans les temples on même dans des lieux ouverts, sans autre garde que la crainte des dieux (Strabon, IV, p. 188. — Diodore, V, 27) \ Justin seulement rapporte une coutume des Gallalques qui les absoudrait du reproche de mépriser les dieux. Leur pays, dit-il, est si riche en or, que souvent la charrue en soulève des morceaux. Ils ont une montagne sacrée

4 . Un voyageur anglais en Espagne raconte qu'aux frontières de la Galice on trouve souvent de grands tas de pierres, la coutume étant que tout Galicien qui va chercher du travail dans les autres provinces de l'Espagne y mette une pierre au départ et au retour. N'est-ce pas là un reste do rit antique? (ti.)

%, Au temple d'Hercule, à Cadix, il y avait des offrandes que César fit respecter, après la défaire des fils de Pompée (Dion Cassius. 43, 39); mais dans ce temple, le cuite était encore phénicien, même au temps d'Appien (V, I, «, 36). (F.)

qu'il est défendu de violer par le fer, mais si la foudre y tombe, ce qui arrive souvent, l'or qu'elle met au jour peut être recueilli, comme un présent des dieux. Probablement la montagne n'était sacrée que par cette présence de Tor, considéré comme la propriété des dieux. Voilà un exemple de ces lieux consacrés qui existaient en Gaule. Le culte germanique des arbres ne se retrouve pas en Espagne *.

LBS IBÈRBS HORS DB L'ESPAGNe; DANS LBS PATS OGGUPâS PAR LBS GBLTBS.

J'ai recherché jusqu'ici quelle langue parlaient les Ibères de la péninsule espagnole, à quels peuples ils se mêlèrent, et dans quelles proportions ; il me reste à examiner si on les retrouve hors de l'Espagne. En Gaule, ils occupaient une partie de la côte sud et l'Aquitaine propre, et cela depuis les temps les plus reculés. On ne retrouve d'eux aucune trace dans le reste de la Gaule.

Il en est de même, à mon avis, pour la Bretagne, On a souvent parlé d'émigrations des Ibères en Irlande et en Angleterre, et Tacite (Agricolay 11) croit les reconnaître

4 . On n'a guère ajouté au tableau tracé par Humbolt du caractère, des mœurs et de la religion de ces races. Voir IMoinmsen {Hist, romaine, t. III, p. 273-976 de la traduction de M. Alexandre). (Trad»)

110 RECHEaCHSS

dans les Silures aa teint bnin^ aux cheveux firisés. On voit combien ces raisons sont faibles* Tonte la partie des fles Britanniques occupée par les Romains ne présente aucun indice des Basques, mais au contraire les ressemblances les plus significatives avec les Gaulois de la côte opposée. Pour le nord de TÉcosse, à peine connu des Romains par quelques expéditions, la question est plus douteuse. Mannert croit que les Calédoniens appartenaient à la môme race que les Ibères. Dans tous les cas, il se refuse à les prendre pour des Celtes, dont ils étaient ennemis. D'après lui, les Ibères qui occupaient l'Europe occidentale, poussés par l'invasion des Celtes, émigr^ent en même temps en Espagne et en Calédonie; peut-être même une autre nation, séparée de tous les peuples de l'Europe, existait dans cette dernière contrée. Cet auteur attend la solution de la question d'une plus exacte comparaison du basque avec les langues galliques. Il est évident que les débris de ces langues peuvent seuls fournir la matière de ces débats, et qu'il n'y a rien à attendre des renseignements historiques ou géographiques venus des anciens. Si l'opinion de Mannert est autre chose qu'une hypothèse, elle ne montrerait pas seulement la proche parenté des Basques et des Oallois, mais encore la différence des deux plus anciennes langues de la Gaule. Car alors le basque et le gallois proviendraient du celte. A mon avis, l'étude de ces idiomes détruit complètement cette opinion, car, d'un côté, le basque est tout à fait différent du gallois, et, d'un autre côté, la proche parenté, ou knême l'identité des anciens dialectes gallois avec le gaulois, est tout à fait vraisemblable. L'étude comparée des quatre idiomes (basque, gallois, irlandais, et bas-breton) est encore à faire. Mais lias linguistes les plus distingués reconnaissent déjà^ que les:

trots derniers appartiennent à la même souclie ^ Pour le basque, on n'a jusqu'ici que la ressemblance de quelques mots, oe qui est insuffisant. Celui qui parcourra avec un peu d'attention la grammaire de ces langues ne doutera point du rapport qu'elles présentent entre elles. Mais le basque forme un domaine à part, et Ton aperçoit du premier coup d'oeil que sa parenté avec les idiomes bretons est fort éloignée, analogjie peut-être à celle qu'il oifre avec les langues latine, grecque et germanique. Les anciennes langues celtiques ne peuvent avoir diiféré du breton et du gallois actuel; la preuve en est dans les noms de lieux et de personnes, dont la plupart ont les mêmes racines dans les deux langues; dans un grand nombre d'autres mots identiques, et dans l'impossibilité de supposer une troisième langue disparue sans laisser la moindre trace. Si donc l'on admet que le celtique était la langue indigène de l'Ecosse, on n'aura plus aucune raison de douter de l'origine celtique des Calédoniens. Cette opinion s'accorde avec celle de Tacite {Agricola, II), qui parle des cheveux roux des Calédoniens, comme d'un signe de leur origine germanique. Leur antipathie contre les Celtes ne prouve nullement le contraire. Rien de plus fréquent que ces inimitiés entre peuples de la môme race.

Comment ces deux branches principales des langues de la Bretagne (celle du pays de Galles, le gaôUque et l'irlandais) existaient-elles (et si voisines) en Gaule, où, d'après Strabon, la diiférence des dialectes était peu marquée?

Ce sont là des questions qui sortent du cercle que je me

4 . II est parfaitement établi que ce sont là trois langues distinctes, et non trois dialectes d'une même langue, et que le gaëlique et IMrlandais offrent beaucoup plus d'analogie que le bas-breton et l'idiome de Galles.

suis tracé. U me soffit de prouver que les Ibères n'ont nullement contribué à peupler le nord et l'intérieur de la Gaule et la Grande-Bretagne, autant du moins qu'on en peut juger par les récits des historiens et par les indices tirés des noms de lieux.

LBS IBâRBS DANS LBS TROIS GRANDES ILES DE LA MÉDITERRANÉE.

Hors de l'Espagne, les Ibères ne se sont pas étendus vers le nord, mais nous les retrouYons au sud. Il est à peu près certain qu'ils occupèrent en partie les trois grandes lies de la Méditerranée, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Les anciens l'affirment, et il n'y a aucune raison d'en douter. Les Ibères purent y venir de l'Espagne et de la Gaule, ou les occuper comme autochthones. Leur migration dans les Iles si peu éloignées était facile et naturelle. Quelques traces fort rares de leur langage, restées dans les noms de lieux, fortifient encore cette opinion.

Pour la Corse S ûous possédons le passage si connu de Sénèque {Consolatio ad Helviam, 8) où, dans ses considérations sur les peuples qui se succèdent tour à tour dans la même contrée, il cite la Corse successivement colonisée par les Phocéens, les Ligures et les Espagnols. Il reconnaît les derniers à leur ressemblance avec les Cantabres.

4 . On a reconnu en Corse un grand nombr*) de noms de lieux d'origine basque. ^Trad,)

Même coiifure, même chaussure, quelques mots communs seulement, car dans la fréquentation des Grecs et des Ligures, leur langage s'éloignait de celui de la patrie. Il n'y a rien à opposer au témoignage de Sénèque, espagnol luimême. Mais, en parlant des Espagnols et des Cantabres, qui déjà étaient mêlés aux Celtes, il ne nous apprend pas si les colons de la Corse étaient des Ibères, et encore moins s'ils occupaient une partie importante de Tîle. Niebuhr (Histoire romaine, I, 110) prétend que les Ibères y ont précédé les Ligures, ce qui ne résulte pas des paroles de Sénèque. Les Ibères pouvaient bien avoir perdu l'habitude de leur langue maternelle, dans leur fréquentation avec les autres peuples de l'île. Quand Diodore de Sicile parle du dialecte corrompu et difficile à comprendre des habitants de la Corse, il n'a point en vue une langue indigène propre à cette contrée, mais le grec altéré qu'on y employait.

J'ai déjà dit que Pausanias attribue aux Ibères la fondation de la première ville bâtie en Sardaigne. Je suis étonné que, soit dans l'histoire romaine de Niebohr, soit dans la critique qui en a été faite dans les annales de Heidelberg, il n'ait pas été parlé de son récit, qui cependant ne paraît pas tout à fait à dédaigner; je ne crois guère que des mots basques figurent encore dans les dialectes actuels de la Sardaigne. Du moins, dans tous les ouvrages qui traitent de ces dialectes, je n'en ai trouvé aucune trace.

Quelque opinion qu'on adopte sur la Sicile et sur Torigine des Sicanes, il n'en est pas moins certain, d'après les auteurs anciens, que dans les temps les plus reculés cette île a compté des Ibères parmi ses habitants. Le fait est incontestable, que les Sicanes soient venus d'Espagne ou de la côte sud de la Gaule que Ton aura pu prendre pour le pays exclusivement nommé Ibérie. A part les Sicanes^

14i RECHERCHES

rile renfermait d'autres Ibères. — Comme mon traTail se borne à donner les résultats dus à la présence de la langue basipie dans les noms de Ueux, il ne faudra pas oublier ce que j'ai dit plus haut /c. 32) sur Morgetes et Murgantia.

U est certain que les Ibères n'ont peuplé la Sardaigne et la Corse que comme émigrants. — Pour la Sicile, les avis sont partagés ; quelques auteurs comptent les Ibères au nombre des habitants primitifs de cette lle^ tout comme les Cj^clopes et les Lestrygons. L'histoire ne nous Êdt connaître en Sicile, pas plus qu'en Espagne, ou sur la côte sud de la Gaule, aucun peuple antérieur aux Ibères, car les Kjnètes, dont on parle, ne sauraient être considérés comme différant des Ibères ou des Celtes ^.

LBS IBÂRES BN ITALIE.

Ayant qu'il soit possible de hasarder une hypothèse sur la manière dont les Ibères ont occupé ces Iles, il faut jeter

4. Rien jusqu'ici n'est venu foire croire à Tezistence en Espagne, pas plus qu'en Italie, d'une race analogue à celle qui occupa la plus grande partie de l'Europe avant les migrations des Indo-Germains, et que l'on rattache généralement à la grande famille dite Ongrienne, venues des s^pes européo-asiatiques du Nord. Cette race , contemporaine de ce qu'on nomme aujourd'hui Tâge de pierre, vivait de chasse et de pèche, ignorait Pagriculture et le travail des métam. Les BOiiri>reuz vestiges qu'elle a laissés sur divers points de l'Europe font absolument défiiot en Italie et en Espagne. (Trad.)

un coup d'œil sut* l'Italie, comme le pays le plas voisin du leur. De l'examen des noms de lieux, il résulte que la présence des Ibères en Italie n'est ni certaine ni même très-probable. Il s'y trouve cependant des traces évidentes des Ibères, plus nombreuses même que dans les pays occupés par lés Celtes (l'Espagne exceptée). Des recherches sur les habitants primitifs de l'Italie dépend la solution du problème. Les travaux de Lanzi, quelque utiles qu'ils soient, ne me paraissent avoir rien décidé sur ce point. Une lecture attentive et répétée de son livre ne m'^ pas convaincu ; c'est par une suite d'explications forcées qu'il édifie un système préconçu*. Cette œuvre d'un homme exclusivement versé dans les langues de l'antiquité et dans les langues modernes qui en dérivent, réclame les efibrts d'un savant qui possédera également les langues mères de l'Europe occidentale. J'en attends cependant peu de fruit. Les inscriptions recueillies par Lanzi ne présentent que des traces insignifiantes des radicaux basques; on ne les croirait pas destinées à fournir des lumières sur les habitants primitifs de l'Italie, avant l'invasion des races grecques, car elles sont toutes du temps où le mélange des peuples et des langues était accompli. Ce problème des habitants primitifs de l'Italie pourrait bien être actuellement insoluble. L'étude des langues Téclaircira mieux que celle des monuments épigraphiques. Les idiomes basque, breton, germanique restent à comparer entre eux et avec les langues de l'antiquité. On reconnaîtra ainsi celles de ces langues qui se distinguent du grec par des caractères marqués, et on en fera le point de départ de nouvelles

4. Kiebuhr {Histoire romaine^ 1, 65) a justement critiqué cette méthode appliquée par les savants italiens à 1-étude des langues des habitants primitifs de ritalie. {H.)

iêê RECHERCHES

recherches ^ Mes propres études^ rapprochées des travanx entrepris josqu'ici, m'encouragent à hasarder cette hypoflièse que, dès les temps les plus reculés, les Ibères ont occupé, comme autochthones, l'Italie et les lies de la Méditerranée, ou que, venus de l'Orient, ils ont suivi la grande route des peuples par le sud de la Thrace, tandis que les Celtes arrivaient par le nord. Les Ibères peuvent bien aussi être passés de la cdte nord de la Méditerranée dans les lies, ce qui démontrerait qu Us l'occupaient à Tori* gîne*.

4. Dans un petit traité publié en 4846 : JD^ latinœ Hnguœ accentibus, Fauteur, Frédéric Lindemann, promettait de nous donner un travail complet sur les anciennes langues italiques. Cet ouvrage n*a point encore paru, que je sache. Déjà, dans son traité, Lindemann a fourni rétymologie de beaucoup de mots latins qui ne sont pas d'origine grecque. Il serait à désirer qu'il se fût plus clairement expliqué sur ce qu'il entend par langues celtiques. 11 ne semble pas les distinguer assez des idiomes gerwuiniques, comme le font avec raison les linguistes modernes les plus savants. (H.)

t. Les indications de Humbolt ont été suivies, et. les langues italiques anciennes ont pu être étudiées dans leurs origines, grâce à la découverte de monuments épigraphiques d'une très-haute antiquité. Le groupe ita- Ilote, subdivisé en deux rameaux, le premier constituant le latin, le se- H^nd comprenant les dialectes des Ombriens^ des Marses, des Yolsques et des Samnites, se rattache plus étroitement encore que les deux autres (l'étrusque et Tiapygien) à la famille indo-européenne. — Loin d'être dérivé du grec, le latin semble avoir été formé avant lui . Il présente dans ses éléments grammaticaux, comme dans son vocabulaire, des analogies évidentes avec le sanscrit. Cependant un nombre très-considérable de mots latins ne peuvent être ramenés au sanscrit.

Déjà, dans ses additions à Mithridate, Humbolt avait cité, d'après Âdelung, mais après les avoir corrigés sur les lieux, beaucoup de mots basques analogues aux mots latins de même signification. Ainsi : airea (aêr), larrosa (rosa), astugo (cactigare}^ anima, arima (anima), ahetoa (abies), arrapa (rapere}, amatu (amare), altra (aKus), angustia (angustus), antia (anxius), aberea (habere), arbola (arbor), bisica (vesica), hiloa (piius), basa, aozquia (vox), calea (callis), cantatu (canere), dembora (tempus), eiUmacoa (stomaclius), eta, frutua (fructus), birundatu (voluntas), erreguea (rex). erreguina (regina), gauza (causa), gendea (gens), hondo (fan-

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