‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne à l'aide de la langue basque, trChapitre 39 sur 52 · DE LA PARENTÉ DES IBÈRES AVEC LES CELTES · texte numérisé non relu

DE LA PARENTÉ DES IBÈRES AVEC LES CELTES

Qttoiqu il m'arrive de parler d'autochthones, je ne pré^ tends nullement décider cette question, mais indiquer jusqu'où s'étendent nos connaissances actuelles. J'appelle donc habitants primitifs d'un pays ceux qu'aucun témoignage historique ne nous autorise à prendre pour des im^ migrants, et dans ce sens seulement j'ai qualifié de la sorte les Ibères de l'Espagne, de la Gaule et des îles de la Méditerranée. D'où vinrent ces Ibères? Je n'entends point résoudre le problème. Ce n'est pas ici le lieu de placer les

dus), trma (farina), ienarra (senior). Voy. aussi S. Ghaho (Histoire du Basques, p. 4 32).

M. Mahn (Caracteristik der Baskisehen spraeke) cite beaucoup d'autres mots basques de cette catégorie :

Er, erre (arere, aridus), urgitu (arcere), aditu (audire)» necatu (nec^re), asmatu (oestimare), mauhatu (baubari), mainatu (balneum), haztaiu, axcatu (tastare, taxare), isily igU (silere), egotz (jacere), eror (ruere), egos^ ugos (coquere), zurrup (sorbere), ikas (S%\xwiu, docere), pakcua^ paîacatu (pla« care)» etc.

On remarquera que ces mots ne font pas partie du vocabulaire rdi^ gieux, administratif et industriel que les Ibères durent nécessairement emprunter aux Romains. On pourrait en grossir beaucoup la liste, et il est probable que les Ligures ibériens» dans leurs migrations en ItaliOi en ont laissé la plupart dans la langue latine.

Le grec, d'après M. Mahn, contient beaucoup d'éléments ibères. Néanmoins^ la recherche des mots basques dans les langues de l'antiquité, dans le celtique et dans les idiomes germaniques, est loin d'être achevée.

Micali (Storia degli antichi popoli italiani, vol. I, ch. vu) fait, au contraire, des Ligures la race autochthotie du nord de Tltalie. Il pense qu'il

recherches philologiques nécessaires à sa solution, et je n'en parle que pour éviter tout malentendu. Je ne crois pas m'être trompé en montrant plus haut qiie les Ibères différaient des Celtes par la race, la langue et le caractère. Mais, par là, je ne nie point cependant qu'à une époque reculée les deux nations n'aient pu appartenir à la môme souche, et que les Ibères ne soient peut-être un rameau du grand arbre celtique. On peut dire des Ibères ce que Mannert dit des Ligures avec beaucoup de sagacité : qu'ils ne descendent pas des Celtes que nous connaissons dans la Gaule, mais qu'ils pourraient bien être une branche sœur d'une tige orientale plus ancienne. Mais, tant que de profondes recherches philologiques n'auront point confirmé cette opinion, elle restera pour nous dans le domaine des hypothèses.

y avait identité entre les lettres et probablement entre les langues des Ligures italiotes et des peuples de l'ouest et du inidi de l'Italie; d'où il, a conclu qu'il avait dû exister une langue italique primitive.

Comment s'opéra la migration des Ligures en Italie? M. Amédée Thierry, qui la place vers le xvi® siècle avant l'ère chrétienne, la raconte ainsi : c Tandis que les Galls se pressaient dans l'Occident et le centre de YEs- » pagne, les nations ibériennes, refoulées sur la côte de l'est, forcèrent » les passages orientaux des Pyrénées. La nation des Sicanes, la première, » pénétra dans la Gaule, qu'elle ne fit que traverser, et entra en Italie » par le littoral de la Méditerranée.

» Sur ces traces arrivèrent les Ligures, originaires de la chaîne de » montagnes au pied de laquelle coule la Guadiana, et chassés de leur » pays par les Celtes. Trouvant la côte déblayée par les Sicanes, ils s'y » fixèrent à demeure, entre l'embouchure de la petite rivière du Ter, en » Espagne, et celle de l'Arno, embrassant dans une zone semi-circulaire » le golfe qui dès lors porta leur nom. Plus tard, à mesure qu'ils se mul- » tiplièrent, leur établissement en Gaule s'étendit à l'occident du Hhône » jusqu'aux Gévennes, à l'orient jusqu'à l'Isère, aux Alpes et au Yar. » {Hist. des Gaulois, t. I, p. 7.) (Trad,)

DE L*OPINION d'une PROCHE PARENTÉ PB LA LANGUE BASQUE AVEC LES LANGUES AMÉRICAINES,

Pour en revenir à la langue basque, dont ràpplication aux monuments historiques et aux témoignages concer« nant les habitants primitifs de l'Espagne fait le but de ces recherches, je la considère comme une langue purement européenne, une des plus anciennes, et, si j'ose m'expri-mer ainsi, la plus ancienne de la partie du monde que nous habitons. C'est bien la langue d'un peuple antique, répandu sur un immense espace, et dont la destinée est étroitement liée à l'histoire primitive de l'Europe occidentale. On a remarqué, avec raison, l'étrangeté de sa construction grammaticale, notamment de ses conjugaisons, qui, sur ce point, la rapprocheraient des langues de l'Amérique *.

i. M. Mahn {Denkmaler der Baskischen sjprache) a aussi traité ce point :

Les suffixes ou flexions verbales dans le sanscrit marquent les relations du pronom sujet. En basque, les suffixes' et les préfixes marquent nonseulement les relations du pronom sujet, mais, avec la môme régularité, toutes les relations possibles de pronoms personnels : sujet, régime direct ou régime indirect. Cette conlexture des verbes basques est appelée incorporation (einverleibung) par G. de Humbolt. Certains idiomes de TAmérique du Nord, par exemple le delaware, offrent sous ce rapport de l'analogie avec le basque. Les langues mexicaines en diffèrent en ceci qu'un seul verbe, par adjonction successive de suffixes, voire môme de noms, peut exprimer une phrase tout entière. L'italien lui-môme présente quelques verbes isolés dont les suffixes expriment les relations de pronoms, comme inviare, inviarti, inviartelo (envoyer, t'envoyer, te l'en-

itiO RECHERCHES

Vater, à qui la science des langues doit Taoliôvement du Mithridate d'Adelung, nous fournit, dans ses recherches sur les peuples américains, un tableau de la construction générale de ces langues^ qui est la base indispensable des nouvelles études sur la matière. La comparaison de ces langues avec le basque offre certainement des résultats qui étonnent. La ressemblance s'étend encore plus loin qu'aux conjugaisons. Ainsi la lettre f manque à la plupart des langues américaines, comme à la langue basque. Elles répugnent également à toute liaison directe des consonnes muettes et liquides, dans laquelle les liquides se trouTe* raient à la fin du mot.

Par exemple, la langue Othomi présente des liaisons de Vn avec presque toutes les consonnes suivantes. Pour*tant, aucune [de ces analogies grammaticales n'autorise

voyer); Tportmdo^ pùrtanàoy>%, portandavelo (portant, vous portaati yùwà le portant). Mais ce n'est pas là un principe général.

Cette particularité se retrou^ parfois dans les langues sémitiques. Ainsi, en liébreu, les Suffixes marquent toutes les relations de pronoms i exemple : qâtal^ qâtâltd, q'taUâni : il a tué, tu as tué, tu m*as tué (td, ta; ni, moi). De môme en hongrois : Idt (voir), Idtok (je vois), lâtlak (je te vois).

L'incorporation s'étend surtout aux verbes auxiliaires être et avoir, qui, composés avec des participes exprimant le présent, le passé et le futur, forment l'unique conjugaison de la langue basque. À part l'incorporation^ la langue basque est supérieure au turc, qui n'a aucun verbe équivalent à l'auxiliaire avoir; le verbe substantif ^^r0 fait tous les frais de la conju* gaison turque.

Le premier terme des mots composés de la langue basque se réduit à la syllabe initiale de la racine, souvent môme à une simple voyelle du mot primitif. Ainsi : od-otsa, le tonnerre, de odeia, nuage, et otsa^ bruit; mot à mot : bruit des nuages.

Les langues de l'Amérique du Nord, le delaware surtout, emploient le môme procédé dans les mots composés. Ainsi : îenape, homme, de lenni, indigène, et ape, marcher debout ; mot à mol : Vindigène qui marché d«bout. Voir études grammaticales sur la langue euskarienne^ par Th. d'Ab* badie et A. Chaho. (Paris, 4836, Bertrand.) {Trad.)

à penser que la langue basque dérive de ces langues^ ou même, fasse partie de la môme famille. On ignore encore, faute de documents^ si cette ressemblance s'étend aussi aux radicaux. Tout ce qu'on sait jusqu'ici est, à mon avis, sans portée aucune. On prétend, pour établir cette parenté, qu'à l'origine les hommes habitaient ensemble sur un espace relativement peu étendu, d'où plus tard ils se sont répandus au loin dans des contrées éloignées les unes des autres, séparées par des continents et des mers^ A mon sens, ces ressemblances doivent être appréciées tout différemment. Un examen plus sérieux les fait paraître moins nombreuses et moins étranges. La conjugaison basque prend dans ses connexions une forme que je n'ai jamais trouvée dans les langues américaines. En basque, la conjugaison régulière comporte le verbe auxiliaire, ce qui n'a presque jamais lieu dans les langues américaines. C'est là une différence extrêmement importante. Au contraire, toutes les langues européennes présentent des traits caractéristiques de la conjugaison basque> surtout dans les flexions.' De semblables particularités grammaticales servent plutôt, selon moi, à indiquer le degré de formation des langues, que leur parenté avec d'autres, et une étude plus approfondie pourra seule décider ces derniers points. La physionomie des langues parlées par des peuples encore barbares se révèle surtout dans les déclinaisons et les conjugaisons, car le barbare, pour construire des formes grammaticales , lie entre elles, le plus étroitement possible, les syllabes dont le sens est analogue.

4 . Cette hypothèse a ëtë émise dans un ouvrage publie en Amérique, et peu connu encore en Europe : Researches on America being an attempt to settle some points relatives to Ihe Aborigènes of America, by James H. Mac GoUoch Junior. (Baltimore by Jos. Robinson» 4847.) (H.).

Cela se laisse surtout apercevoir dans le rapport du verbe et du sujet. Les formes multiples qui en résultent peuvent toutes être obtenues par ce procédé, sans qu'il soit nécessaire d'attribuer à ces peuples une préférence particulière pour ces formes. En étudiant leurs langues, on est souvent embarrassé pour décider si les syllabes forment, ou non, un mot. Car, à la rigueur, l'unité du mot n'est déterminée que par l'accent, qui, presque toujours, nous est inconnu. Or, l'absence de l'accent tonique dans les terminaisons empêche de constatei» si deux mots sont contractés en im seul , parce que la lettre initiale du second terme a subi un changement sous l'influence de la lettre finale du premier. Ainsi, en mixteca, il est douteux si le sujet est incorporé au verbe (comme en mexicain), ou s'il le suit, comme en allemand. La séparation nettement marquée des mots appartient à un degré supérieur de formation, et la conjugaison est toujours en rappc^t avec ce progrès. La construction de la langue basque nous indique ses degrés de formation, l'époque où ils se sont opérés, et nous permet d'avancer que, de toutes les langues européennes, c'est celle qui a subi le moins de changements, et qui est restée le plus conforme à sa structure originelle. J'y vois une preuve de plus à l'appui de l'opinion exprimée plus haut, de la haute antiquité du peuple ibère. Les Grecs et les Romains n'ont certainement apparu que plus tard ; et, de tous les peuples européens, les Pélasges antéhelléniques peuvent seuls à ce point de vue être conaparés aux Ibères.

SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE i£»

Page 1