NOMS DE LIEUX QUI DÉRIVENT DE DIVERS RADICAUX
Je viens d’indiquer les groupes de noms d’origine basque. Voici beaucoup de noms isolés dont la source n’est pas moins facile à reconnaître :
Alaba, en Geltibérie (Ptol., II, p. 4G), dont les habitants s’appelaient Alabanenses (Plin. , I, 143), dérive, d’après Astarloa (Apol., p. 228), de ara, aria, surface plane, et ha, plaine large, basse. La province actuelle d 'Alaca doit avoir reçu des indigènes le nom d ’Araba. Le mot alba, qui figure parmi les noms de lieux ibériques, peut être considéré, tantôt comme un mot latin, par exemple lorsqu’il sert d’épithète à Urgao (Plin., I, 137), tantôt comme une contraction de Alaba. C’est probablement le cas de Y Alba des Vardules (Plin., I, 143), dans la province d’Alava. D’autres noms de cette espèce dérivent peut-être de Alboa, côté incliné de montagne. C’est ainsi qu’ Astarloa (4 pol., 229) explique Albonica (ltin. Anton., p. 447), dans l’intérieur de l’Espagne, qu’il fait dériver, en supprimant la lettre n, de ica, à pic, ce qui donne : (Lieu du côté où la montagne est à pic). Albocella (Ptol., II, 145), chez les Vaccaens, a certainement la même origine, et si le même lieu est appelé Albncella dans l’Itinéraire d’Antonin, page 434, cela tient à une conversion encore usitée dans les dialectes, car en biscayen on dit Albua pour Alboa. La terminaison cellum (hélium) ou ocelhtm, se
retrouve dans YOcellum des Vettons (Ptol., II, p. 41), dans YOcellum des Callaïques Lucenses (Ptol., II, p. 43), dans les Ocelloduri de l’Itinéraire d’Antonin, et avec une légère altération dans YOcilis d’Appien (VI, 17). Dans les Alpes graiennes 1 existèrent les Garo ou Grajocèles, et dans le même pays, mais faisant partie de la Gaule citérieur e, une ville d 'Ocelinn (César, de Bello gallico). Je me hasarderai d’autant moins à en donner l'étymologie, qu’on remarque aussi en Bretagne une pointe de terre ücelum, et que ce nom peut bien être celtique.-
De Ara, surface plane, proviennent : le nom des Ara ci, qui figure dans l’inscription - du pont de Trajan sur leTage, à Alcantara {Cellarius, I, 58); Arabnga (Ptol., II, 41), chez les Lusitans ; cependant les mots latins et indigènes
sont si souvent combinés dans les noms de l’Espagne ancienne, que Ara devait être un mot latin; Aracillum des Cantabres (Florus, IV, 49). Dans le nom des Aranditans, (Plin. , I, 229), Ara est combiné avec Andin, grand, lieu ; peuple de la grande plaine. D’après Astarloa, beaucoup de familles de JJiscaye portent ce nom : Aratispi, entre Antequera et Malaga; Ispi est tout à fait basque *. Pour les mots commençant par ar, comme Arunda, Arunci, (Plin., I, 139), chez les Celtiques de la Bétique, l’étymologie est douteuse, car ils peuvent dériver de Arria, pierre, ou d’autres mots.
Alavona des Vascons (Ptol., Il, 48), beau lieu de pàlit-
I. Les Alpes graiennes ou grecques commencent au mont Blanc et courent au sud, puis au sud est, jusqu'au mont Cenis. (Trad.)
î. Carter’s Journetj [rom Gibraltar to Malaga, II, 147. Dans son voyage, qui ne comprend qu’une faible portion de l'Espagne, Carier a recherché l’emplacement des anciennes villes, et en a découvert quelques* unes dont les inscriptions et les monnaies ne parlent pas. Ainsi : Aratispi, Carlama, A ’escania, Sabora. (H.)
rages ; ona bon, alalecua (dialecte de Labour alhagoa), pacage. Lecua signifie lieu *. Si la leçon allobon, de l’Itinéraire d’Antonin, page 444, est plus exacte, le mot souche serait le substantif basque alhor, champ. Alone (Mêla, II, 6) semble le même nom. Voir cependant les commentateurs de Mêla sur la probabilité de son origine grecque. Mais dans Alontigiceli et peut-être aussi dans Alostigi (Plin., I, 139, 10), le môme mot parait accompagné de la terminaison de lieu tegui.
Aritium en Lusitanie (Itin. Anton., 418), de aria , mouton, lieu où l’on trouve beaucoup de troupeaux de cette espèce (Astarloa, Apol., 230).
De arria, pierre, avec la terminaison de lieu aga, dérive Arriaca (Itin. Anton., 430), chez les Carpétans. Ptolémée appelle la'même ville Caracca, mais c’est là certainement comme Astiacca, autre variante, une altération du mot véritable.
La même terminaison, extrêmement fréquente dans les noms basques actuels, se trouve dans le tarraga des Vascons (Ptol., II, 6). J’ignore la signification de la syllabe initiale de ce dernier mot.
D’après Astarloa (Apol., p. 232), Arsa en Béturie (Ptol., II, 40) et, comme on l’écrit actuellement, arza dérivent de arria et de la syllabe qui indique l’abondance : quantité de pierres.
Astarloa analyse de même le mot artigi dont la fin lui paraît être la terminaison de lieu tegui. Il croit cependant que l’on peut aussi expliquer ce mot par artea, chêne-rouvre (en dialecte biscayen artia), et par egui, côté de montagne, bord d’une chose, comme un lieu situé
4. Le radical ala, dont on ne trouve que les composés, n'est autre chose que le latin alere, de même que lecua n’est que locus. (H.)
sur le flanc d'une montagne couverte de chênes. Dans ce cas, le nom serait complètement basque 1 .
La ville d 'Aspis(Itin. Anton., 401) porte aussi un nom entièrement basque, qui lui vient sans doute de sa situation dans un bas-foud, car Aspi, dont dérivent en dialecte biscayen les adjectifs aspija et aspicua, signifie, d’après Astarloa : placé en bas, au-dessous. Larramendi en fait, par nu changement d’orthographe, la préposition azpian s . Les noms de la même catégorie sont aspacfa(auctorincertus de Bello hispanico, 24), et aspaluca ( Itin . Anton., 453), dont la terminaison rappelle à Wesseling le latin lucus. J’y verrais plutôt le basque lecua, qui forme beaucoup de composés.
Attacumàe& Celtibères (Ptol., II, n. 40 ),Attubi (Plin., I, 139) et attegua (Dion Cassius, XLIII, 33), en Bétique, rappellent atea, porte, et atarbea, toit, dont la racine est at à mon avis.
Balda, chez les Turdules (Ptol., II, n. 39). J’en ignore
4. Egui ne se trouve pas dans Larramendi. Le vocabulaire manuscrit donne heguia, bord, montagne. Les mots du dialecte de Labour qui y sont mentionnés figurent dans Astarloa, qui se servait du dialecte biscayen, et manquent au dictionnaire de Larramendi qui donne les mots guipuscoans. J'avais déjà observé dans le pays que les dialectes des localités les plus éloignées les unes des autres, offrent plus de ressemblance que les dialectes des lieux les plus voisins, quant aux mots qui ne sont pas d'un usage habituel. (H.)
3. Astarloa distingue entre be, qui marquerait un bas-fond plat et étendu (baxo superficial ), et aspi, indiquant l'état d’un corps qui se trouve pressé sous un autre. Pourtant Larramendi dit tout aussi bien cerupea n quo ceruaren azpian (sous le ciel). Aspi et azpian sont formés avec pi (même sens que pa et be). — Pe-an ou pi-an, est employé comme afûxe ; azpian, au contraire, comme préposition indépendante, gouvernant le génitif. Azpian n'est donc que la combinaison de l’afTixe avec un mot as ou ai qui, d’après son analogie avec d'autres mots, emporte en effet l'idée de presser , charger.
JO
l'étymologie, mais beaucoup de localités portent actuellement ce nom (Astarloa, Apol., 231).
Balsa, en Bétique (Plin., I, 229), et Balsio des Vascons (liin. Anton., 443), de balsatu, verbe qui signifie réunir; il otfre de l’analogie avec Bildu,et s’emploie comme actif et comme neutre. Le terme moyen entre le mot et le nom pourrait bien être ici : union des villes. Le même verbe sert à désigner les eaux qui se réunissent pour aboutir à un marais, à un étang (balsa) (d’où probablement le mot espagnol Reboisai'), et ces lieux ont pu être aussi désignés d'après leur situation.
Barnacis des Carpétans (Ptol., II, 40), de barnacoya, profond, probablement à cause de sa situation entre des montagnes. Barna, Barrena, signifie : à l'intérieur, au dedans, et exprime, dans les mots qui en dérivent, la profondeur et l’action de pénétrer.
D’une autre forme de ce radical (Barman), paraissent dériver les noms de ville Barum des Callaïques (carte de Reicliard), et Barea en Bétique. D’après Larramendi. Barmmbca signifie techo, ce qui ne veut pas dire le toit proprement dit, mais l’abri, car l’expression basque complète est Echabarmmbea eman, maison-abri. Barruqitca est également rendu, dans le dictionnaire manuscrit de Paris, par « toit à vaches » et aussi par « parc à mettre les vaches. » 11 ne faut pas oublier qu’entre les mots qui ont un r et ceux qui en ont deux, il existe une grande différence de prononciation. D’après Ptolémée (II, p. 39), Barea s’écrirait aussi Barria.
Je ne déciderai pas si les autres noms commençant par bar, comme Barcino, Bardo, etc., sont de même origine. 11 est d’autant plus difficile d’en établir avec certitude la dérivation, qu’ils peuvent très-bien être formés de Barria.
SI’ R LES HABITANTS PRIMITIFS DE L’ESPAGNE il
Le nom des Astures Bédunésiens (Ptol. II, 44) dérive de be, bas, et de une, unia, contrée (Astarloa, Apol . , 237, 5)'.
BilhiUs , enCeltibérie {l tin. Anton., 437), comme Bilbao d’aujourd’hui, vient certainement des radicaux pii, bil. Du premier s’est formé Pillatu, du second Bildu, tous deux avec la signification û’ entasser. Mais Bildu emporte aussi l’idée de rassembler . recueillir, se réunir. L’analyse donne donc tout naturellement le sens de : villes, lieux de rassemblement. Seulement, dans les deux noms, le second b, de même que dans le ba actuel, indique la préposition au-dessous, et pilla a le sens de masse, ce qui peint la situation des lieux. Bilbao s’étend en effet au pied des montagnes. Biribillatu, dérivé de bildu, présente la même signification, et n’est qu’un renforcement du radical (biri tourner en rond).
Bortinae, en Vescitanie (Itin. Anton., 431) : peut-être de borda, métairie. On l’écrit aussi Burtina, et il pourrait bien, comme Burdua en Lusitanie (Ptol., II, 41), dériver de burdina, fer.
Dans Burnou des Collaïques(Ptol.,II, 43) et Buruesca, formes les plus simples et les plus basques de Virovesca (Ptol., II, 6, 45; Itin. Anton., 394), Burua (poser la tête), qui est aussi employé métaphoriquement, se retrouve combiné avec le nom du peuple des Eskes (Buruesca, capitale des Basques). Il se peut aussi, qu’à diverses époques, de pareilles qualifications aient été données à des villes moins importantes, appartenant à des groupes peu considérables qui conservaient cependant le nom national.
Le basque gara, hauteur, sommet, est facile à recon-
t. Ce mot, pris dans ce sens, manque dans Larramcndi. Le dictionnaire manuscrit porte : gunea. (H.)
R KO H F. Il CH K S
naître dans le Carabis des Celtibères (Appien, VI, 43). Je ne déciderai pas si la terminaison dérive de bi, comme par exemple dans Telobis (Ptol., 11, 48).
Caviclum, le Cavidum basque, de cabia , nid. Il n’y a dans ce mot, qui prend les formes abia. habia et cabia, aucune idée qui se rapporte aux oiseaux, mais la seule idée de prendre, de saisir, ce qui démontre son analogie avec x*wtm, capto, luippen, etc. Dans les dérivés, il s’emploie aussi pour désigner l’alvéole de l’abeille.
Je crois que le nom du rivage Corensts, dans Pline (1, 136), appelé dans d’autres manuscrits Curensis, est indigène, et renferme un radical commun au latin et au basque. Pline parle de la forme recourbée de ce rivage, et pur, cur, est le radical qui signifie courbe en basque, comme curvus en latin. Cela est évident dans les mots in-guruan, en cercle, et ma-curra, courbe, ainsi que dans un grand nombre de dérivés Les Curgoniens, ou Gurgoniens (Florus, 4, 47), Curconium (Ptol., II, 48), en Vasconie, et Curgia chez les Celtes de la Bétique (Ptol., II, 40), attestent la présence de ce radical dans les noms de lieux ibériques.
Le nom du peuple des Coniens, ou (ce qui parait plus exact, d’après l’étymologie basque, et le changement en Kynètes et Kuneus) des Cuniens, dérive du mot g un, gunea (le dernier) (Astarloa, Apologie, 278), sans doute parce qu’ils habitaient à l’extrémité du pays. Ce mot ne se rencontre pas sous cette forme dans mes dictionnaires. D’après Larramendi, le dernier se dit : a:-quena, dont
1 . V. gurtu, agurea. Quelques monnaies portent le nom d'une ville inconnue : coere ou coero, qui, d'après Sestini (Descrip. des médailles espagnoles du musée hedervariano), aurait donné son nom au hllut corense. (H.)
Astarloa change les finales en guem. Voir le chapitre 21, pour les composés de ce nom : Cuniatorgù, Cumbaria (peut-être pour le distinguer d’un autre Baria), Conin~ brica.
Le nom de la montagne Edulius, en Vaseonm (Ptol., II, 43; Mannert, 1, 375), dérive probablement de edurra, neige, combiné avec la terminaison de lieu ola. D’après Larramendi, la neige est désignée par le mot elurra, mais, dans ses manuscrits, Astarloa dit formellement qu’il prend aussi les formes eurra, erurra, et edurra.
Dans Egosa des Castellans (Ptol., II, 43), ego-itza, lieu d'asile, semble provenir de egon, rester, se tenir; d’après une étymologie semblable, Ego-vanri, des Callaïques (Plin., I, 227), signifie nouveau séjour. Le nom de fleuve Ego (carte de Reichard) contrarie seul cette explication, si toutefois il n’est pas emprunté à la ville elle-même.
Le nom des Egurres (Ptol., II, 44), une branche des Astures, rappelle egurra, en basque bois. Ce mot ne doit pas s’entendre des arbres vivants et sur pied, mais du bois déjà abattu et propre à être utilisé.
L’étymologie de E suris résulte de ce que nous avons dit plus haut de sa terminaison. Je crois reconnaître l’initiale dans Escua (Plin., I, 138), en Bétique, et Escadia (îioxaâia) d’Appien, si toutefois ce n’est pas là un seul et même lieu (Mannert, 1, 317). Esitu signifie fermer un lieu ouvert ; d’où le substantif esi-a vallado, fortification. Mais le même substantif s’emploie aussi pour maison. Cela démontre (bien qu’aucun dictionnaire n’en parle) l’analogie à'ichi, mot de même signification que esitu (d’où ichea, echea , maison), avec les mots es-caratza, place devant la maison, et foyer, et escortea, cour. Cortea où Gortea (peut-être emprunté à l’espagnol) signifie cour, et aussi
cour de maison. Ce nom exprime ce qui caractérise toutes les villes, une place vide enclose de maisons et de murs.
La terminaison de es-cu-a est la syllabe co, caractéristique de l’adjectif, et qui dans le dialecte biscayen se combine avec l’article et devient cua. Dans es-ca-di-a, di indique l’idée de lieu, et ca est joint au sujet pour démontrer que quelque chose arrive avec ou par lui.
lldum , sur la côte' méridionale de la Tarraconaise (Itin. Anton., 399), de hildoa, sillon.
Si l’on s’en rapporte à l’explication donnée par Sestini, d’une inscription celtibère ( Description des médailles espagnoles, page 157), cette ville est appelée sur les monnaies Ild-Uri, ville du champ, ville du sillon.
Illunum des Bastétans (Ptol., II, 47), de ilium, obscur, noir, s’emploie aussi pour désigner un ciel nuageux.
Istonium, en Celtibérie (Ptol., II, 46), de istilia , petit lac, étang (en espagnol charca). La terminaison est ona ou plus exactement unium, de unea, contrée, le lieu des petits lacs.
Laherris, en Asturie (Ptol., 11,44), dont la terminaison rappelle Ascerris (voir plus haut, c. 13). Car l’étymologie d’Astarloa, qui fait dériver les premières syllabes de labea, four (qui contient beaucoup de fours), est invraisemblable.
Erro (Alphabet, p. 282) prétend avoir découvert sur une médaille le mot Otzerri, qui est tout à fait basque, et signifierait : un lieu froid.
Lambriaca, flavia lambris, de lamboa, lambroa, pluie épaisse, nuage qui tombe (en espagnol bruma , en français brouèc), est aussi rendu dans le dictionnaire de Paris par obscurité, nuage. Cette dénomination s’étendait à toute la • chaîne nord des montagnes.
Le promontoire des Callaïques, Lapatia (Ptol., 11,4 2),
SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE 43 dérive de lapa, crustacé qui s’attache aux rochers, et de la désinence Iza qui indique l’abondance.
Le fleuve Larnum, les Lamenses (Plin., I, 142), chez les Lalelans, et la ville de Lama, en Celtibérie (carte de Reichard), de larrea, pâturage, lande. Larrena même vient de larri-tu, croître, d’où le nom de larras-quena, dernier temps de la croissance, donné à l’automne. Lartigi (Plin., 1, 140), en Bétique, rappelle, bien que l’étymologie ne m’en paraisse pas sûre, lasta, le gravier employé pour lester les navires, ou lastoa, paille, propre à servir à la construction; d’où last-ola, hutte de piaille. La terminaison est l’affixe de lieu Teguia.
Lavara,en Lusitanie (Ptol., II, 41), de lauba, plane, d’où s’est formé l’adverbe laubaro.
Je traiterai des finales de leo~n-ica. Les initiales pourraient bien dériver de leorra, sec, aride, leorpea, (en espagnol tinada), parc pour les troupeaux, ou de leuna, lisse. Je crois que ce nom, comme le précédent, désignait une ville bâtie sur un terrain en pente.
Lissa des Jaccétans (Ptol., II, 6, p. 48^, de lizarra, en dialecte de Labour leisarra, cendre. Cette étymologie pourrait être taxée d’arbitraire, si l’Ibéric n’eût renfermé deux localités du nom de Fraocinus, l’une en Lusitanie et l’autre chez les Bastetans (Itin. Anton., 420-404).
Lobetum (Ptol., II, 47), dans le voisinage des Cellibères, et Lnbia des Arévaques (Plin., I, 143), dérivent probablement de lobioa, parc à bestiaux, d’après le dictionnaire manuscrit de Paris, ou de lubeta, digue de terre (de lurra, terre). Cette explication me parait la plus vraisemblable, car les villes, dans ces temps reculés, n’étaient que des espaces fermés où se réunissaient les hommes et les troupeaux.
Lucentum (PI in., I, 14i), si toutefois ce nom est d’origine indigène, vient de lucea, large, vaste. Cela est douteux pour le Lucenses des Callaïques, car leur capitale s’appelait Lucas Augusti.
Malia des Arévaques (Appien, VI, 77), Maliaca des Astures (Ptol., II, 44) et Malaca en Bétique sont (les deux derniers avec la terminaison de lieu aca) de purs mots basques, venant de mal-carra, côté de montagne. Cette signification du radical est encore démontrée par malda, ' colline, d’après le dictionnaire manuscrit de Paris, malia , degré, et par l’adjectif malcorra, roide, escarpé. Malceca, en Lusitanie (Itin. Anton., 417), appartient probablement à cette catégorie, mais je ne puis expliquer sa terminaison.
Le fleuve M car us , chez les Callaïques, sur la côte nord-est (Mêla, 3), d’après Ptolémée et la carte de Reichard, Aletarus, de mea, suivant la leçon de Mêla qui semble la plus exacte ; mea (en dialecte de Labour, mehea) signifie étroit, mouvant, creux, par opposition à large, d’ où mince, fin (en espagnol ralo, claro, angosto). Ce mot exprime certainement l’idée de creux et d’étroit, car il sert à désigner les filons du métal, et meatzca veut dire mine. On l’emploie aussi à désigner le lit étroit d’un petit fleuve. Je rapporte au même radical (car mea devient mi a en dialecte biscayen) Miacum des Carpétans (Itin. Anton., 435), qui devait posséder des mines. Au sujet du fleuve Minius, je remarquerai seulement que, d’après le son, la même dérivation serait admissible, car mihia, langue, se dit aussi migna, d’où mima, le mot. Astarloa ( Apologie , 254) en fait provenir le nom du Milites, avec cette différence qu’il veut trouver dans la seconde syllabe la désinence primitive no. Le changement de me en mi est fréquent dans beaucoup de noms d’aujourd’hui.
Maron et Morosgi (Plin., I, 227) viennent de morutu, qui avec le changement d’une voyelle appartient à murua. Le substantif mortua, qui s’en est formé, s’emploie pour désigner les montagnes, surtout les plus hautes. Le dictionnaire manuscrit de Paris traduit monts Pyrénées par Mortua, qui s’emploie aussi comme adjectif; dort Mor tuco-chirripac ( les sources d'eau ès hautes monta gnes). Larramendi rend mortua par désert, mais c’est là une signification dérivée. Ces noms indiquent des lieux situés dans les montagnes; dans Morosgi , gi est ajouté et l’s pourrait bien être le : du génitif.
Monda, en Bétique (Plin., 139), le fleuve du même nom en Lusitanie, et Mundobriga , de munoa, colline. Dans le dialecte de Labour, ce mot se dit Monhoa, Monhua , Montoa, et l’on peut aussi l’écrire exactement Monda *.
Murus, en Carpétanie, est peut- être le mot latin qui servait à désigner la station ( mansio ) .
Mais le mot mur est évidemment d’origine indigène, et, d’après Astarloa, dérive du basque murua, colline, sommet, entassement *. La grande quantité de noms de lieux et de familles de cette souche, qu’il a remarqués dans sa province, ne lui permet pas d’en douter. Parmi les anciens noms ibériques on y rapporte encore Murgis (Pline, 137), frontière orientale de la Bétique, la ville sans collines ,
K . Les mois basques qui signifient montagne sont très-nombreux. Ainsi, parmi les seuls radicaux commençant par m, on compte : mal, mut, me », mon, mun. Le mot latin nions ne venant point du grec, pourrait bien être d'origine basque. (H.)
i. 11 en conclut que lo latin murus dérive du basque. Larramendi (V. teso) rend aussi murua par moles ; et le vocabulaire manuscrit, par monceau, tas, pile. — Murus, ne dérivant pas du grec, les mots basque et latin sont probablement de même souche. — Mur se retrouve dans beaucoup d’autres mots, ce qui rend invraisemblable une origine latine.
(fl.)
HECHERCHES
d’après Astarloa (Apol., 242), et les Murboges, voisins des Cantabres (Ptol., II, 45).
Le fleuve des Lucenses, Navilubio, se rapporte à Flavionavia, dont nous avons parlé plus haut. Les dernières syllabes rappellent le mot basque lubela, digue. La racine est Nabius, nom d’un fleuve de la même contrée (Ptol., II, 42).
Octaviolca, chez les Cantabres (Ptol., II, 45), est un des . principaux noms de l’Espagne formés d’éléments romains et indigènes. La Anale ol est la désinence basque indiquant l’idée de lieu : lieu d 'Octave (Astarloa, Apol., 79). La désinence ola s’est conservée sans changement dans le nom de la ville lusitanienne Tribola (Appien, 6, G2), que Mannert, je ne sais pourquoi, appelle Tribala. Cet alïixe forme la désinence de Obucula dans l’intérieur de la Béti— que (Itin. Anton., p. 413), qu’Appien (VI, 08) appelle ohô}.xo/.a. Astarloa donne à cette ville le nom de Obccida, de o, voyelle qui indique la hauteur, et de br. bas, d’oO beecua , chose basse, ville entre deux hauteurs. L’examen des noms actuels Obecola, Obpcuri, ne prouve guère cet adoucissement de la voyelle principale. Cet ola pourrait bien être tout simplement la désinence si fréquente des noms ibériques en ulo, ula, uli, car dans les dialectes d’aujourd’hui, Yo et Vu se prennent l’un pour l’autre. Exemples : Bæcula, Bœtulo, Barbcsula, les Bastules, Bergula (Ptol., II, 47), Calvcula (Plin., I, 138), Carbula (Plin., I, 136), Cashdo, le fleuve Singulis , Turbula, (Ptol., II, 47), les Turdules et les Vardu/cs. Cette explication ne doit être adoptée qu’avec beaucoup de réserve. pour quelques noms dont la désinence est d’origine latine, peut-être diminutive (comparer plus haut Deobrigtda, etc.). On ne peut les tenir avec certitude pour in-
SIR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE 4U digènes, que lorsque le reste du nom est basque, comme dans Abitla des Bastétans (Ptol., II, 47), de abe, abia, qui, d’après Astarloa, signifie forêt, bois. Astarloa ne mentionne pas Abula , mais fait dériver Abcirum (Ptol., II, 42), clairière, de abia et arua ( séparé , non épais), et compare avec les anciens noms les noms actuels Abaroas et Abaroteguis *. (V. Avarus, c. 21.)
Si Pinua, pin, n’est pas un mot latin qui s’est glissé tard dans la langue , Pintia des Yaccaens et P inclus des Callaïques en dérivent sans doute (Ptol., II, 44, 45).
Saldnba, nom antique de Cesaraugusta (Plin. , I, 142), pourrait venir de Saldoa , troupeau de brebis ou de chèvres, et la désinence de ubera, gué, car la ville était située sur l’Ibérus. Il y avait une ville et un fieuve Salduba en Bétique 1 2 . (Voy. Ptolémée, Pline et Mannert.) Je n’ose décider si Corduba, Calduba, et Onuba, en Turdétanie (en acceptant cette leçon qui semble la plus exacte d’après les monnaies), appartiennent au môme groupe. Astarloa fait dériver ce dernier nom de ona et b a : au pied, d'une colline.
Le ileuve Sanda (Pline, I, 227), de zana, veine, dans lo sens plus naturel de lit de fleuve 3 . Astarloa a été amené par la leçon fausse tSanga à cette explication invraisemblable de : fleuve sans veines, c’est-à-dire sans bras, de
1. Larramcndi rend abea (dial, guipuscoan) par colonne; dans le dic-
tionnaire manuscrit, habea (dialecte do Labour) est rendu par pilier. — Astarloa (dialecte biscayen) l'expliquo par : arbre mince et élevé ; comparer avec le lalin abies. (If.)
2. Astarloa fait dériver ce nom de zaldia, cheval, et lo compare avec
zolilibar, que les Espagnols nomment aussi saltlua. — Sur la dérivation du lalin soi voy. ch. 20. (II.)
3. Un songe ici involontairement aux mots allemands sehne (nerf) zain (barre). Xoina est aussi une autre forme basque de zana.
(Il)
so
HECHF.nr.HES
g a, sans. Le fleuve Saumurn, en Cantabrie, dans lequel tombe le précédent (carte de Reiehard), appartient à cette catégorie. Le dictionnaire manuscrit de Paris donne aussi Savia pour le synonyme de Zana, ce qui pourrait expliquer le nom de la ville des Pélendons, Savia (Ptol., II, 45), située peut-être sur un cours d’eau. Mais comme, d’après une confusion familière au peuple (et à laquelle la langue allemande doit le mot spanader), zana signifie aussi nerf, je n’ose prononcer sur la véritable signification de Savia.
Sars, fleuve du pays des Callaïques (Mêla, 3), et Sarabris, viennent probablement de saroya , forêt. Si la désinence de Sarabris vient par altération de cerri, le nom pourrait bien dériver de sar, entrer, car le même verbe signifie aussi prendre possession, ce qui indiquerait que ce lieu était une colonie récente.
Selambina, en Bétique, signifie : entre deux plaines, de bi et selaya, plaine. Tous les mots commençant par sel dérivent du même radical.
Cerra signifie, d’après Larramendi, colonne vertébrale, et, d’après le dictionnaire manuscrit de Paris, colline. Larramendi en fait dériver le mot espagnol Cerro, qui s’emploie aussi dans deux sens, et qui ne parait pas venir du latin. Le basque Serra donne l’étymologie de Séria, Serippo, et Serpa, villes de la Bétique.
S il] >ia (Tite-Live, 28) des Orétans peut bien venir do siloa, fossé, fond d’une vallée, ainsi que la ville lusitanienne Silbis, que mentionne Sestini ( Description des médailles espagnoles). Le nom du fleuve Siliceuse (Ilirtius, de Belle alexandrino, 57) est douteux, et n’est point d’origine basque.
Subur, des Lalétans, qui était situé sur un cours d’eau
(Ptol., II, 43), et le fleuve Supis dans la même contrée, rappellent Zubia , pont; mais les étymologies de cetto espèce sont toujours fort peu sûres.
Les désinences de Talabriga et Tnlamina paraissent d’origine celtique. Mais le reste des mots n’en est pas moins basque, et le mot Tàla (excidium silvarum ) du dictionnaire manuscrit de Taris s’applique très-bien à la fondation de nouveaux établissements. Dans Talori, en Lusitanie ( Cellarius ), la syllabe tal est probablement liée à tiria, ville, et l’t* s’est seulement plus tard changé en o. Chez nous, un grand nombre de localités ont pris leur nom de défrichements opérés dans les forêts.
Tingentera, en Bétique (Mêla, IL Carte de Reichard), avait probablement emprunté son nom à la côte d’Afrique, car il est difficile d’y reconnaître le radical basque tinca, ferme, stable.