‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne a l'aide de la langue basqueChapitre 23 sur 61 · ÉTYMOLOGIE DES NOMS : BASQUES, BISCAYE, ESPAGNE, IBÉRIE · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIE DES NOMS : BASQUES, BISCAYE, ESPAGNE, IBÉRIE

L’étymologie des noms anciens et actuels des Basques est d’une grande importance pour pos recherches; aussi je m’en occuperai avec un soin particulier.

Basoa, forêt, bois, est un radical d’où proviennent les noms des BastUans ou Bastétans , et de leur cité (Basti), sur la côte sud de la Tarraconaise (Itin. Ant., p. 401). Le nom de la ville paraît être le même que Bas-eta, pays

RECHEHCHES

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de forêt, et l’adjectif Bastitans ou Basiétàns s’en est formé.

On trouve chez Ptolémée Basitania, dérivé de Basi, ville des Castellans (II, 0, p. 48). Bascontum en Vasconie est bnso coa : (qui appartient à la forêt). De la môme manière se sont formés les mots Vasconie et Vascons.

La persistance des auteurs anciens à écrire ces mots avec v ou va, au lieu de b, est extraordinaire. Ptolémée écrit Bascontum, mais cette étymologie n’explique pas le véritable nom indigène du peuple, car les Basques d’aujourd’hui ne se nomment pas Basocoac, mais Euscaldunac, leur pays Euscalerria, Eusqucrcrria, et leur langue euscara ', eusquera, escuara. Aldunac (de ahlea, côté, partie), duna, désinence d’adjectif, et c, signe du pluriel (qui appartient à un côté, à une partie)) erria,ara,etcra ne sont dans ces mots que des auxiliaires. La racine du mot est cusc ou esc. Dans l’idiome d’aujourd’hui, le nom du peuple est donc les Eilshes ou les Eskes, et il n’y a aucun motif de penser qu’il ne filt point le même dans l’antiquité; seulement, il est fort difficile de décider si les auteurs étrangers ont changé ce nom en celui de Vascons, ou si ce dernier, venant de basoq, appartient à une autre souche. 11 ne faut pas penser à faire dériver basoa des mots cusc et esc. A ce radical appartiennent les noms de ville Vesci (Pline, I, 137) et Vescelia (Livius, 35,22), et le pays des Vescitaniens, où se trouvait la ville A'Osca, qui joue un rôle important parmi les noms de lieux espa- • gnols, car on en trouve deux autres chez les Turdules (Pline, I, 138) et en Béturie (Ptolémée, 24, p. 139). Combinée avec d’autres mots, elle donne I/eosca, Jlosca et

Cependant, le mot langage ne se retrouvo en aucune façon dans nue-ara. — Langage (dialecte biscaven) s’exprime par hi;-cunt:a, de liilza, mot, et min-tzoa, de mihia, mina, langue. (H.)

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Menosca (Pline, I, 227), de mendia, montagne, mont Osca, chez les Vardules. A cette famille semblent appartenir Virotcsca (Buruesc'a) des Antrigons (Pline, I, 144), et la peuplade ibérique des Auscii d’Aquitaine, avec leur capitale Iliberrum, de môme nom que H liberis en Espagne (ville neuve). Osquidates est plus douteux. Astarloa, qui garde le silence sur la racine du mot cuscara, se trompe en faisant venir Osca de otsa, bruit. Je me suis contenté do montrer la conformité d’Osca avec le nom antique des Basques.. La véritable étymologie de ce dernier nom est douteuse. J’en hasarderai une cependant, que je soumets à de plus savants que moi dans la langue basque. Eusi est un verbe, et signifie aboyer (eusi, ladrar; cusia , ladrido) (dictionnaire de Larramendi). L’idée de l’aboiement d’un animal ne doit pas faire illusion sur le sens du mot. Sa signification originelle est très-probablement : son, bruit , cri. Il est très-naturel de rendre l’idée de bruit et de cri par un choc de voyelles; ainsi, cri s’exprime en basque par eia-gora, anliena, ojtta, et la bouche par aoa. Eus renferme donc l’idée de : langage, que naturellement le peuple appliquait à son propre idiome, puisqu’il n’en connaissait pas d’autre. Eus-c-ara signifie donc : manière de parler des indigènes ; langage xkt’ liyry. Le peuple avait coutume de se désigner ainsi par la langue qu’il parlait, et de même que eusi et otsa ont de l’affinité, osca et eus-c-aldunac en présentent aussi. Astarloa lui-même explique Osca par otsa, mais se trompe dans l’application.

D’autres raisons prouvent encore que le nom d’Osca doit se rapporter à tout le peuple des Ibères. Les sommes énormes d'argentum oscense, que Tite-Live nous assure dans plusieurs passages avoir été envoyées ù Rome par les généraux romains, ne peuvent certainement avoir été frappées

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dans une des petites villes appelées Osca (Tite-Livo, 34, 40; Florez, Modallas, 2, 520). Il est remarquable que les mines d’argent ne se trouvaient 'point dans le domaine des Ilergètes, où était située la seule ville du nom d’Osca, mais en Bétique. Florez réfute ceux qui pensent que les Romains faisaient frapper à Osca l’argent recueilli ailleurs, et son opinion a acquis une grande autorité depuis que Sestini (Description des médailles espagnoles) a prouvé que toutes les monnaies d’Osca sont du temps des empereurs. Florez ajoute que les Romains entendaient par argentum oscense l’argent recueilli en Espagne, portant une légende en écriture ibérienne, c’est-à-dire euscique, osciquc, ou basque. Cette conjecture, qui explique tout , parait extrêmement vraisemblable. Florez croit encore que la ressemblance de l’ancien alphabet ibérien avec celui des Osques italiens peut avoir donné lieu à ce nom d'oscense; mais il n’a pas rétlôcbi que l’adjectif du nom d'Osci n’ést pas oscensis, mais osetts.

Nous remarquerons que le mot cus-c- al-dun-ac peut être pris en opposition au mot er-d-al-dun-ac. Le premier sert à désigner ceux qui parlent basque, et le second ceux qui parlent une langue étrangère. Larramendi démontre que par langues étrangères les Basques entendaient seulement les plus voisines, notamment la romane, nom donné par les Biscayens à l’idiome castillan, et par les Basques français à la langue française. L’expression erdara ne comporte à l’origine aucune idée d’étranger, mais le mot se décompose en ara et erria, terre, pays, séparés par le d euphonique; il signifie langue du pays. Le roman était bien, en effet, la langue de la France et de l’Espagne, mais les Basques de ces deux contrées, par opposition à la leur, la considéraient comme étrangère, ce qui explique

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pourquoi Larratnendi traduit ce mot par linyua peregrina ou lingua Hispaniœ vernacula.

Au nom actuel Biscaya, ou Vizcayci, se rapporte lo nom de ville Biscargis (Ptol., II, 0, p. 47), ou Bisgargis (Plin., I, 142, 5), en Ilergaonie. Astarloafait dériver Biscargis de Bizcarra, colline (Apol., p. 236) ; le radical biz, combiné avec caya, chose, donne une bien meilleure étymologie de Vizcaya (terre de la montagne, de la colline ) que celle d’Astarloa. Ce savant, dans des manuscrits qui m’ont été communiqués, explique le mot par bitsa, écume, et caya, baie : baie pleine d'écume.

L’étymologio à'Uispania me paraît fort peu claire. Astarloa veut qu 'Espana soit le mot primitif, dérivant de czpana (en basque, bord, extrémité d'une chose), à cause de la situation du pays sur la mer, et à l’extrémité de l’Europe. Cette explication n’a aucune vraisemblance, car la forme espagnole n’est qu’une altération du latin. Je n’ai rien de satisfaisant à y substituer. J’observerai seulement que plusieurs mots basques commencent par isp, et qu’il y a encore en Biscaye des noms de lieux de cette espèce, comme Ispaster, qui rappelle Ipasturgi,e n Bétique (Plin., I, 138), et que Plutarque (Sertorius, c. II), cite un chef lusitain du nom de Spanus. L’initiale h is se rencontre dans des noms de lieux ibériens; ainsi : Hispalis, ainsi nommée (Isidore, Orig., XV) de sa situation dans un lieu marécageux et de sa construction sur pilotis; étymologie aussi peu sûre que celle rapportée plus haut de Solorius nions. Il y avait un hispellum en Ombrie (Plin., I, 171, 7). On fait dériver habituellement Ibérie du fleuve lberus. Rien de , plus invraisemblable si l’on considère soit les migrations des Ibères, soit les pays qu’ils occupaient. Une racine plus naturelle serait Ibia, fleuve de l’extrémité nord-est de

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ribério (Mêla, III, 19), et Ibis, ville mentionnée seulement par Tite-Live (XXVIII, 21), dont la situation n’est pas indiquée, mais que, par induction, on suppose avoir été voisine de Carthagène. Etienne de Byzance parle d’une ville d'ibylla. Les mots basques qui prêtent aussi i) cette étymologie sont : ibilli, aller, voyager; ihcrri, joindre à; ibarra, vallée; ibaya, fleuve. Astarloa ( Apol . , 253, 251), fait dériver le nom du fleuve lberus A'ibaya, cron, erua:éc umeux, On ignore s’il y a quelque rapport entre le nom : Ibères et les noms : Euskes, Vaskcs. Ce qui n’est pas démontré, c’est que toutes les peuplades ibériques se qualifiassent du nom d 'Ibères; il est beaucoup plus probable qu’à une époque très-reculée, le nom d’une de leurs tribus fut considéré par les étrangers comme celui du peuple entier.

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