‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne a l'aide de la langue basqueChapitre 28 sur 61 · TENTATIVES FAITES POUR DÉRIVER DU BASQUE LA TERMINAISON BR1GA · texte numérisé non relu

TENTATIVES FAITES POUR DÉRIVER DU BASQUE LA TERMINAISON BR1GA

On se demande maintenant si la terminaison briga est basque ou n’est qu’un élément étranger, au milieu d’autres

noms. Larramendi (Lex., v. briga) et Astarloa (Apol., 215, 223) adoptent la môme opinion. Tous deux font venir ce mot do uria, ville ; celui-ci avec l’adjonction de la terminaison de lieu : aga; celui-là avec l’adjonction dç l’affixe privatif ga. Astarloa remarque’avec raison que dans aga l’a n’est pas inutile. Mais l’étymologie qu’il donne est la plus forcée qui se puisse imaginer. Bri-ga signifierait : sans villes, c’est-à-dire : non bâti, désert. Les assemblées tumultueuses de ces peuples, antérieurement à leur organisation municipale, se tenaient dans des lieux déserts; plus tard, elles devinrent paisibles, permanentes, dans des établissements fixes, des villes. Ainsi le nom à l’origine répondait à l’idée. Il est inutile de discuter de pareilles assertions. Si briga était basque, il serait bien plus naturel de le considérer comme le môme mot qu’nrta (dans un autre dialecte) altéré par la prononciation étrangère. D’après Larramendi et Astarloa, Vu s’est changé en b, et le dialecte biscayen glisse une consonne entre les voyelles finales ia. Néanmoins je persiste à croire que briga n’est ni un mot basque ni une altération d’un mot basque. Ce changement de I’m en b n’est admis dans aucun dialecte basque, et la voyelle intercalée dans le mot biscayen uri-j-a n’est qu’une sifflante (un tsch adouci), comme il s’en glisse souvent entre deux voyelles pour empêcher leur rencontre. La liaison du b avec IV est tout à fait irrégulière, et malgré quelques différences les dialectes suivent toujours le système vocal de la langue. Pour trancher la question, il suflit de comparer uris avec briga, et ce dernier mot avec tria et uria, que l’on prétend avoir le môme sens. Jamais l’un n’est pris pour l’autre; Lac-ut'is et Laco-briga sont deux mots entièrement différents, et ne sont nullement le même mot exprimé dans deux dialectes, ni une altération l’un de

l’autre. On rencontre ces noms chez des peuplades voisines; ainsi Iria flavia et Cœliobriga, chez les Callaïques. Les pures formes basques , Calaguris, Graccuris, Lacuris, no se retrouvent nulle part hors de la Péninsule. Briga, .au contraire, suivant la remarque d’Astarloa, ne ligure pas seulement dans Samarobriva et Artobriga (eu Espagne), mais aussi en Gaule, en Bretagne, dans les régions au sud du Danube et môme en Thraco, si toutefois on tient bria pour le môme mot. Dans la Péninsule môme, briga n’a qu’un domaine déterminé. A mon avis, ce n’est nullement un mot ibérique. On pourrait dire à l’appui de cette opinion, que les composés de ce mot sont beaucoup plus nom- 1 breux en Espagne que partout ailleurs, mais nous verrons plus bas que cette particularité s’explique tout différemment; il n’y a non plus rien à conclure des noms formés de la combinaison de briga avec d’autres mots latins ou basques.

NOMS DK LIEUX DE I.'aQUITAINE.

Avant de rechercher dans d'autres idiomes les dérivés de briga, je vais, puisque cet examen nous a conduit jusqu’aux frontières de la Péninsule, comparer les noms de lieux espagnols avec ceux des pays limitrophes, et puis avec ceux des pays plus éloignés. Je commence par l’Aquitaine 1 . La comparaison des noms établit clairetnent que

4. On il voulu récemment faire dériver le mot Aquitaine du basque akki-tania, pays do roches. (Trad.)

cette portion de la Gaule a servi aussi de résidence aux Ibères. A l’appui de cette assertion, je citerai Calagai'ids (Itin. Anton., p. 457), qui se rapproche tout à fait de l’espagnol.

Les Vasates et les Basabocates, de basoa, forêt.

Iluro, comme la ville de même nom chez les Cosétans.

Bigorra, de bi, deux, et gora, haut; les Garites, de gara, haut; les A usciens, avec leur ville Elimberrum, et les O st/ nid a tes sont évidemment des noms basques.

Le promontoire Curianum, près duquel le bassin d’Arcachon s’enfonce dans les terres en décrivant une courbe, offre de l’analogie avec le Litus corense, qui dérive comme lui du radical gur, courbe, ainsi que les Bercorcates , Bigorra, les Bigerrions (du mot ibère bigarra). Tous ces mots dérivent vraisemblablement du basque.

Par contre , on ne trouve en Aquitaine aucun des noms celtes caractéristiques en dunum,ma(fus, ou vices, ou briga. Segodunum, capitale des Rutènes, appartient plus h la Narbonnaise qu’à l’ Aquitaine (Mannert, ch. n, p. 133). Lugdunum, en Aquitaine, appartenait aux Convenæ, mélange d’hommes de toutes les nations, sortis de l’armée de Sertorius. Seule, une des peuplades de l’Aquitaine propre était celte, au dire de Strabon, et ne faisait point partie de la confédération aquitanique (IV, p. 190). C’étaient les Bituriges, nom basque existant chez les Vascons d’Espaguc, moins la terminaison. Comparer Bituris (ch. 15). Nous verrons plus loin que les dérivés du mot qui dans les langues basque et celtique signifie : eau, ne diffèrent que par l’adjonction d’un d, qui quelquefois, bien que rarement, co'mmo dans le nom de fleuve A turis, se change en t (Ptol., II, 7, p. 89). Si ce nom était celte, point de difficulté. Mais il est incontestablement basque, et il n’est pas

vraisemblable qu’il portât ce nom avant l’immigration de la peuplade. La finale riges se trouve encQre dans le nom des Catunges, peuplade celtique des hautes Alpes, entre la Gaule et l’Italie, dont le pays avait été à l’origine occupé par les Ibères.

Page 1