‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne a l'aide de la langue basqueChapitre 27 sur 61 · NOUS DE LIEUX FINISSANT EN BRIGA · texte numérisé non relu

NOUS DE LIEUX FINISSANT EN BRIGA

Les noms finissant en briga se trouvent :

1° chez les peuplades celtiques.

1° Chez les Celtes de la Bétique :

Nertobriga.

Turo-brica (Plin., I, 140).

2° Chez les Celtes de la Lusitanie :

Caetobrix (Mannert, 1, 342), ou Cetobriga (Itin. Anton., page 417, v. Catobriga).

Lancobrica.

Medobriga et plusieurs Meribriga et Merobriga. Medubriga, Medobriga, et Meribriga et Merobriga sont incontestablement les mômes noms (Mannert, I, 344). Nous avons déjà montré que dans le basque d’aujourd’hui l’r se prononce à peu près comme le d 1 . Pline parle des

1. Au Bengale, le d se prononce comme un r sourd (very obtuse). (Wilkins, Sanskrit grammatik, p. 8.) C’est le son de l'r qui s’ajoute au d pour le rendre plus fort. II est probable que cette ressemblance tient à ce que ces deux consonnes sont prononcées du fond de la cavité supérieure de la bouche. Le d que l'on prononce ainsi au Bengale est ce même d que l'alphabet sanscrit appelle le d cérébral, comme si le son sortait de l'intérieur de la tâte. C'est la troisième lettre de la troisième classe des consonnes, dans l'alphabet dev ahagari. En basque, au contraire, c’est IV qui perd son rondement et se rapproche du d. Le d de l’alphabet basque m'a toujours paru avoir le même son que le d allemand. (H.)

SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE 78 Mednbricenses , surnommés Plumbarii évidemment à cause de leurs mines de plomb. Bemna signifie plomb en basque. Souvent 1e b se change en m (d’où Merobriga).

3° Chez les Celtes de l’extrémité nord-est de la province tarraconaise :

Adobrica (Mêla, III, 1, 9) et Abobrica (Pline, I, 227); ces deux noms désignent probablement le même lieu, et le dernier parait être le véritable. Mannert (I, 359) tient Abobrica et Brigantium pour une même ville, mais Reichard les a plus justement, à mon avis, distingués dans sa carte.

4° Chez les Celtibères, en comprenant sous ce nom les six peuplades celtibériques :

Arcobriga.

Augustobriga.

Centobriga, si ce nom se rapporte à un lieu distinct, ou ne sert pas à en désigner un autre, ou n’est point altéré (Mannert, I, 403) ; Neriobriga.

Segobriga.

11° Chez les peuplades ibériques :

i" Chez les Turdétans, entre l’Anas et la côte de l’Océan ;

Lagobriga.

Merobrica.

Plus loin, en Béturie : Mirabriga.

2° Chez les Lusitains :

Arabriga.

Conimbrica.

Ercobriga (carte de Reichard).

Jerabrica (Itin. Anton., p. 419).

Mondobriga (Itin. Anton., p. 420).

RECHEKCHES

Talabriga.

3° Chez les Vettons :

Augustobriga.

Cesarobriga.

Castobrix (cart. de Reichard) : comparer, pour la détermination du lieu et les différentes leçons du nom, avec les commentaires de l’Itinéraire d’Antonin, 417.

Cottacobriga (Ptol., II, 5).

Deobriga: comparer avec le Dea des Voconces , en Gaule *.

4° Chez les Callaïques :

Coeliobriga (Ptol., II, 6, p. 44).

Tuntobriga (id.).

5° Chez les Astures :

Nemetobriga.

6° Chez les Cantabres :

Les Juliobrigenses, habitants du Portus Victoria ?, sur la côte.

Juliobriga, dans l’intérieur du pays (Mannert, I, 370). 7° Chez les Murboges :

Deobrigula.

Sur les limites des Murboges et des Vaccaens; Dessobrica (Itin. Anton., p. 449).

8° Chez les Antrigons :

Deobriga.

Flaviobriga.

9° Chez les Vaccaens :

Amallobrica (Itin. Ant., p. 435).

Lacobrica.

4. Sur ce que Dta n’es! pas le mol latin, voy. Weueling (Ad llin. Ant., p. 357). Ce mol s'accorde bien avec le inol coltiquo Divonu, (Mannert, t. U, 86.) ' [H.)

10° Chez les Orétans :

Merobriga tPtol., II, 6, p. 4G).

Nous trouvons dans la géographie de l’anonyme de Ravenne, les noms de lieux suivants en brica : Abulobrica, dans le voisinage d ' Intercalia, chez les Vaccaens (IV, 44); Porbriga, près à! A belterium et à'Aritium Preiorium (chez les Lusitains) ; Sobobrica et Tonobrica dans le pays de Virovesca et de Segisamum (chez les Cantabres ■et les Antrigons) ; Tercbrica, près d ’Olysippo, et Langobrica en Lusitanie; Tenobrica sur l’Océan.

Je les cite ici tous ensemble, parce qu’on ne peut s’en rapportera cet auteur pour l’exactitude des uoms, ni pour la situation des lieux.

Pour bien reconnaître les peuples où ces noms existent et déterminer leur domaine, il faut tracer une ligne qui parte de la côte nord de l’Océan, vers les frontières des Antrigons, placés à l’est, s’élève au sud de manière à laisser à l’ouest les Carystes et les Vardules, jusqu’à ce qu’elle atteigne les frontières des Vascons et des Celtibères, puis des Orétans, et suive enfin le Bœtis jusqu’à la mer. Tout ce que celte ligne, courant à travers l’Espagne, laisse au nord et à l’est, constitue le domaine des noms terminés en briga, qui ne se rencontrent jamais au sud et à l’ouest, vers les Pyrénées et la Méditerranée. Cette dernière portion de la Péninsule n’offre aucune peuplade celtique ou celtibérienne. Elle comprend au contraire la Biscaye, sa côte depuis Bilbao, la Navarre entière, la plus grande partie des provinces où l’on parle encore aujourd’hui le basque, et toute la côte de la Méditerranée. Dans le domaine des noms en briga, figurent au contraire les Cantabres, les habitants de la côte de l’Océan jusqu’au Bœtis, toutes les tribus celtiques et celtibérienues, et les peuples de l’inté-

rieur vers l’ouest. Cette région forme la plus grande partie de l’Espagne. On pourrait objecter, il est vrai, que si ces noms en briga se sont répandus à travers l’Espagne tout entière, ce n’a été qu’à l’imitation des races dont nous venons de parler. Ce serait là un étrange hasard, et la division de la Péninsule en deux parties aussi nettement tranchées, séparées d’un côté par Ylberus et le Bætis, de l’autre par la chaîne de montagnes Ibubeda, est si remarquable, qu’on ne comprend point qu’elle n’ait jusqu’ici attiré l’attention de personne.

NOMS DE LIEUX DANS LESQUELS l’R EST PRÉCÉDÉE UE CONSONNES MUETTES.

Dans la terminaison briga, le br n’est pas basque; mais la liaison de IV avec une consonne muette qui la précède est beaucoup plus fréquente que celle de 17, et je tiens à compléter ce que j’en ai dit plus haut.

EnBétique : Abra (Sestini, Description des médailles espagnoles ), Baebro, Brana (Plin., I, 140, 7), Brutobria (Steph. Byz.). Epesibrium (Plin., I, 137, 17), Merucra (Plin., I, 139, 8), Nebrissa. Sucrana (Plin., I, 139, 8), Trite (Steph. Byz.). lpagrum ou Egabrum (Itin. Anton., 412).

Chez les Celtes de la Lusitanie : Bretolaeum , Calra leucus (Ptol., II, 5, p. 41).

Chez les Lusitains : Chretina , Eburobmtium (Plin.,

1,228, 7), l’ile Lcmdobris. Landobris (Ptol., II, 5, p. 41), ou Laudobris (Marcianus Ileracleota, Hudson, Géog. min.), Oxthracae. Tribula.

Chez les Callaïques : les Callaici Bracarii. Brevœ. Brigantium. Flavia lambris (Ptol., II, G, p. 44), aussi Lambriaca (Mêla, 3, I, 8), les Gravii ou Grovii. Pria (Itin. Ant., 430), Trigundum (ltin. Ant., p. 324). Volobna( Ptol., II, G, p. 44).

Chez les Celtes de l’extrémité nord-est de la Tarraconaise : les Prœsamarques .

Chez les Astures : Brigœcium; œcium paraît être d’origine grecque, ou une altération du mot grec oiiUw, combiné avec le mot indigène brig; les Trigaecines , si ce nom est exact (Mannert, I, 3G7).

Chez les Cantabres : Brauon (Ptol., II, G, p. 45), les Antrigons , et chez eux Lucronium (carte de Reichard). Tritium.

Chez les Vardules : Tritium tuboncum.

Chez les Vascons : le fleuve Magrada.

Chez les Vaccaens : Sarabris (Ptol., II, 6, p. 45).

Chez les Carpôtans : Brutobria (carte de Reichard). Consabrum (Itin. Ant., 446), Contrebia.

Chez les Orétans : Trogilium (carte de Reichard).

Chez les peuplades celtibériques : Tritium metallum, Tucris.

Chez les Contestans : Eliocroca (Itin. Ant., 401), Suer o. L’ile Strongyle (Avieni Ora maritima, V, 4G3).

Chez les llergaoniens : Tenebrium, Tracte.

Chez les Lalétans : le fleuve Rubricatus.

Chez les Indigètes : le fleuve Sambroca.

Dans l’Espagne citérieure, sans que la situation en soit exactement,connue : Litabrum (Liv., XXXV, 22).

J’ai négligé Cantabria, Cantabri et Artabri, dont les terminaisons sont probablement grecques et romaines.

Les noms de cette catégorie sont répandus dans toute la Péninsule. Je les intentionné, parce que de leur comparaison avec les noms finissant en briffa résulte plus clairement encore l’explication de la présence de ces dernière dans une portion déterminée du pays. En effet , ceux de ces noms qui ont pour initiales ou finales bri, brig, brum, brct , britium, ne se rencontrent que dans les provinces où régnait leur parent briffa. Ainsi Brutobna (Et. de Byzance) était située près du Bœtis. Les autres noms de la Bétique ou de la côte de la Méditerranée sont, ou donnés parles Grecs et les Romains, comme Strongyle, ou altérés par eux, comme Epistbrium, Tenebrium, et autres. Car ces peuples n’avaient pas tardé à accommoder les noms indigènes à leur prononciation et à leur alphabet , bien que Silius Italicus assure, à propos des Grovions et des Castules, que la langue barbare renfermait originairement beaucoup de noms grecs (3, 107, 306). J’ai naturellement passé sous silence les noms évidemment grecs ou latins, comme Scombraria, Contribtita, Transdacta, Evandria.

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