‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne a l'aide de la langue basqueChapitre 46 sur 61 · LES IBÈRES DANS LES TROIS ORANDBS ILES DE LA MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

LES IBÈRES DANS LES TROIS ORANDBS ILES DE LA MÉDITERRANÉE

Hors de l’Espagne, les Ibères ne se sont pas étendus vers le nord, mais nous les retrouvons au sud. Il est à peu près certain qu’ils occupèrent en partie les trois grandes îles de la Méditerranée, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Les anciens l’affirment, et il n’y a aucune raison d’en douter. Les Ibères purent y venir de l’Espagne et de la Gaule, ou les occuper comme autochthones. Leur migration dans les lies si peu éloignées était facile et naturelle. Quelques traces fort rares de leur langage, restées dans les noms de lieux, fortifient encore cette opinion.

Pour la Corse 1 , nous possédons le passage si connu de Sénèque ( Consolatio ad Helviam, 8) où, dans ses considérations sur les peuples qui se succèdent tour à tour dans la même contrée, il cite la Corse successivement colonisée par les Phocéens, les Ligures et les Espagnols. Il reconnaît les derniers à leur ressemblance avec les Cantabres.

< . On a reconnu en Corse un grand nombre de noms de lieux d’origine basque. (Trad.)

Môme coiffure, même chaussure, quelques mots communs seulement, cardans la fréquentation des Grecs et des Ligures, leur langage s’éloignait de celui de la patrie. Il n’y a rien à opposer au témoignage de Sénèque, espagnol luimêmç. Mais, en parlant des Espagnols et des Gantabres, qui déjà étaient mêlés aux Celtes, il ne nous apprend pas si les colons de la Corse étaient des Ibères, et encore moinà s’ils occupaient une partie importante de l’île. Niebuhr (Histoire romaine, I, 110) prétend que les Ibères y ont précédé les Ligures, ce qui ne résulte pas des paroles de Sénèque. Les Ibères pouvaient bien avoir perdu l’habitude de leur langue maternelle, dans leur fréquentation avec les autres peuples de l’ile. Quand Diodore de Sicile parle du dialecte corrompu et difficile à comprendre des habitants de la Corse, il n'a point en vue une langue indigène propre à cette contrée, mais le grec altéré qu’on y employait.

J’ai déjà dit que Pausanias attribue aux Ibères la fondation de la première ville bâtie en Sardaigne. Je suis étonné que, soit dans l’histoire romaine de Niebuhr, soit dans la critique qui en a été faite dans les annales de Heidelberg, il n’ait pas été parlé de son récit, qui cependant ne paraît pas tout à fuit à dédaigner; je ne crois guère que des mots basques figurent encore dans les dialectes actuels de la Sardaigne. Du moins, dans tous les ouvrages qui traitent de ces dialectes, je n’en ai trouvé aucune trace.

Quelque opinion qu’on adopte sur la Sicile et sur l’origine des Sicanes, il n’en est pas moins certain, d’après les auteurs anciens, que dans les temps les plus reculés cette lie a compté des Ibères parmi ses habitants. Le fait est incontestable, que les Sicanes soient venus d’Espagne ou de la côte sud de la Gaule que l’on aura pu prendre pour le pays exclusivement nommé lbérie. A part les Sicanes,

Ut RECHERCHES

nie renfermait d’autres Ibères. — Comme mon travail

se borne à donner les résultats dus à la présence de la

langue basque dans les noms de lieux, il ne faudra pas

oublier ce que j’ai dit plus haut (c. 32) sur Morgetes et

Murgantia.

Il est certain que les Ibères n’ont peuplé la Sardaigne et la Corse que comme émigrants. — Pour la Sicile, les avis sont partagés ; quelques auteurs comptent les Ibères au nombre des habitants primitifs de cette lie, tout comme les Cyclopes et les Lestrygons. L’histoire ne nous fait connaître en Sicile, pas plus qu’en Espagne, ou sur la côte sud de la Gaule, aucun peuple antérieur aux Ibères, car les Kynètes, dont on parle, ne sauraient être considérés comme différant des Ibères ou des Celtes *.

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